Saison 3, Épisode 41 — La Semaine de la Galette

Encore une fois, un épisode court, car je continue de sonner comme Dark Vador sans le charisme. Mais il ne faut absolument pas rater les blagues !

Je vous ai dit que j’allais avoir une galette pour le 6 janvier. La voilà ; je vous rappelle que c’est une pâte à brownies à l’intérieur :

C’est la première fois où la décoration avec un couteau a vraiment réussi pour moi, mais je suis satisfait que ça marchera pour vendredi. Comme d’hab, je l’ai fait dans un moule à tarte, façon américaine, mais ça n’a pas marché autant qu’au passé pour pousser le feuilletage. Peut-être que je ferai la prochaine sur une plaque de cuisson.

Photo de la galette dans son moule à tarte façon américaine

Je vais demander à l’hôtesse ce qu’elle veut que je fasse quant à la fève. Je ne veux pas de répétition du drame de l’année dernière.

Voulez-vous savoir pourquoi je ne m’intéresse pas à faire une galette avec de la frangipane cette fois ? J’achète mes œufs 36 à la fois, deux boîtes de 18 chacune, emballées ensemble chez Walmart. Ça fait un mois depuis la dernière fois où j’ai acheté des œufs, et ça m’a coûté environ 8 $. Voici le prix d’une douzaine chez Walmart maintenant :

Capture d'écran qui montre 7,42 $ pour 12 œufs

Pour la deuxième fois en un an, on a une épidémie de la grippe aviaire, et les producteurs sont en train de tuer la plupart des poules. On pourra donc compter sur des prix hyper-élevés au moins jusqu’en mai, et peut-être plus longtemps que ça. Je vais éviter toute recette avec de la crème pâtissière pendant un moment. En revanche, je vais sortir les macarons Saint-Valentin, grand format pour un événement en février, et pour ça, il me faudra une douzaine d’œufs. Oui, il y aura beaucoup moins de macarons chez moi aussi.

Peut-être que je devrais essayer de remplacer les œufs par des coquilles Saint-Jacques. Après tout, leur prix a aussi monté en flèche et n’a baissé que très récemment.

Dernière chose sur la galette : avez-vous remarqué que je n’ai jamais même entendu parler des galettes des rois avant 2020, et maintenant, c’est une tradition que je ne rate jamais ? Bien sûr, c’est très facile de me vendre l’idée qu’il faut faire des sucreries, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai fait une fois juste pour dire que je l’ai essayé. Je le prends tout au sérieux. S’il vous semble que j’ai quelqu’une dans la tête en disant ça, ayez un Bon Point.

Autre chose sur les prix californiens : un ami au Texas m’a appelé samedi pour se plaindre qu’il vient de payer 9,50 $ pour un Menu Maxi Best Of avec un Big Mac (on ne l’appelle pas par ce nom du tout, mais je l’ai cherché sur le site de McDo en France). Je vois que l’on payerait 11,30 € pour ça à Paris, où j’ai vérifié le prix. Devinez ce que je payerais pour la même chose :

15,10 $. Le reste du pays, sauf pour le New York, est plus proche du Texas.

Je regrette de vous dire avec la fin de la saison de la NFL que mon cauchemar de septembre est devenu la réalité. Les Chargers de Los Angeles ont gagné une place dans les éliminatoires. Pour ceux qui ne savent pas pourquoi ça me dérange, j’ai écrit sur leur trahison de ma ville natale, une chose inimaginable en France.

Au moins j’ai fait beaucoup de progrès sur le diaporama ce week-end. Je veux que ce soit fini cette semaine. L’Assemblée Générale est un grand événement avec beaucoup de choses à faire en préparation, et je ne veux que personne s’inquiète de ma partie. En plus, il faut que j’impressionne Mme le consul ; je crois que j’aurai besoin de son aide dans l’avenir. (Il y a toujours une arrière-pensée chez moi.)

Notre blague traite d’un recensement soviétique. Il n’y a pas de gros-titres satiriques ni de bonnes nouvelles cette semaine et notre seul article est Le bilan de l’année 2024. Vous pouvez entendre que ma voix ne marche toujours pas bien, mais les blagues hebdomadaires doivent continuer !

Sur le blog, il y a aussi C’est le 1er, version janvier 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Banni, où Langue de Molière fait l’école quête sur les bans, L’arrêt à la californienne, une autre de mes nombreuses plaintes sur mes voisins, Le Clan des Siciliens, un classique du ciné français, et Ici et là, plus de nouvelles récentes.

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Ici et là

Ce week-end, je suis pressé de finir quelque chose, au moins en brouillon. En tant que rédacteur du bulletin de l’OCA, il s’avère que ça me rend le « graphics guy » (le type aux graphiques, on dirait), chargé de produire tout et n’importe quoi où il faut montrer des compétences en conception graphique. Ça comprend un diaporama pour l’Assemblée Générale vers fin janvier. Le film d’hier était donc tout ce que j’allais faire pour moi-même ce week-end. Mais ça va.

Savez-vous quelles sont les deux pires choses en préparant un tel diaporama ? Le numéro 1, c’est de ne pas jouer aux favoris. J’ai fait des efforts pour ne pas mettre ceux qui sont liés à moi dans trop de diapositives. Mais le numéro 2, c’est exactement le contraire, ne pas exclure ceux qui ne vous aiment pas. J’ai mis plusieurs photos de la vedette de La Boulette dans mon brouillon, même si ça fait presque deux ans depuis la dernière fois que nous étions dans la même pièce. Et on se demande pourquoi je n’ai plus jamais envoyé une demande d’ajoute à personne.

J’ai reçu une enveloppe d’Agnes de LeyArts, qui contenait une carte postale ainsi que l’une de ses petites œuvres d’art. Je lui ai déjà envoyé une note de remerciement, alors je crois que je peux un peu partager ici :

Vous n’avez aucune idée à quel point ça fait chaud au cœur à chaque fois où une telle chose apparaît dans ma boîte à lettres. Au fait, j’ai récemment lu que c’est « boîte aux lettres » pour le truc qui appartient à La Poste, et « boîte à lettres » pour votre boîte personnelle. En anglais, on dit « mailbox » pour les deux, et franchement, je ne peux pas imaginer une situation où je dois les distinguer. Pas drôle du tout, faire cette distinction.

J’aurai une galette des rois pour le 6, mais ce sera une vieille recette du blog, alors je ne publierai une recette ce jour-là. C’est pour pratiquer, car j’aurai un événement auquel j’apporterai une galette le 10. J’aimerais réussir la décoration en haut pour une fois — j’ai regardé une centaine d’autres pâtissiers, mais je n’ai jamais compris pourquoi les miennes se cassent plutôt que gardent les dessins.

Vos suggestions pour une fève que je peux acheter d’ici jeudi seront les bienvenues. Il n’y aura personne plus jeune que moi à cet événement. Je vous jure, si on me plaint sur la question d’une fève, ce sera la dernière galette que je ferai pour quiconque qui n’habite pas chez moi. C’est du travail. Je sais, si ça va me mettre la pression, je ne devrais pas le faire. Mais j’ai créé mon propre monstre de Frankenstein — tout le monde attend à ce que j’apporterai !

La Fille est en Arizona. Je vous rejoins en l’envoyant mes condoléances, même s’il ne fait pas 40°C en ce moment. (C’est typique en été.) Mais elle m’a envoyé un SMS intéressant hier — vous souvenez-vous de notre visite au Musée de l’Illusion à Montréal l’année dernière ? Il y en a un en Arizona aussi — en fait il y en a 24 en Amérique du Nord ! Personne ne me dit jamais rien jusqu’à ce que ce soit trop tard.

Pendant que La Fille n’est pas ici, j’ai essayé de jouer à Super Mario Party Jamboree. OMD, mais c’est difficile ! Quand La Fille avait 4 ou 5 ans, je perdais parfois exprès car elle ne savait pas ce qu’elle faisait. De nos jours, il me semble peu probable que je la batte plus jamais.

J’espérais vous surprendre avec un nouveau projet du blog ce week-end — quoi, je n’en ai pas assez déjà ? Mais j’étais beaucoup trop occupé pour le lancer cette semaine. Je vous promets, vous allez tous mourir de rire quand vous entendrez parler de ses origines !

Le Clan des Siciliens

Ce soir, je suis revenu sur les films français avec Le Clan des Siciliens, film de truands qui met en vedette Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon, ainsi qu’un petit second rôle pour André Pousse. Au contraire de Razzia sur la chnouf, cette fois, c’est Ventura qui joue un policier, et Gabin qui joue un truand. Mais comme l’autre film, c’est adapté d’un roman d’Auguste Le Breton — et presqu’autant un chef-d’œuvre. Il mériterait certainement une place dans mon « Temple de la renommée », si pas « Le Panthéon ».

Peut-être qu’il me faudra garder une page avec un classement élargi, ou changer la page actuelle des films pour refléter le classement. De toute façon, notre film.

On commence avec le menu du disque. Il y a trois langues pour les voix, et trois pour les sous-titres. Ce ne sont pas les mêmes, alors j’ai dû le regarder sans des sous-titres en français. Quand on parle des films de truands, pleins d’argot, ça peut poser des problèmes. Au-delà de « fric », que je connaissais déjà, il n’y avait pas beaucoup d’argot. J’estime que j’ai compris environ 70 % des dialogues ; je ne m’en plains pas.

Menu du disque. L'audio est disponible en français, italien et allemand ; les sous-titres en italien, allemand et néerlandais.

Le film commence dans la salle d’attente d’un tribunal. On voit Roger Sartet (Delon) en train de fumer. Le gendarme à sa droite enfile quelque chose dans sa poche, mais on ne sait pas quoi :

Delon fume sur un banc, entre deux gendarmes

Sartet est interrogé par un procureur, qui nous donne une petite biographie : criminel à partir de ses 14 ans, Sartet est un voleur, et cette fois, il semble qu’il ira en prison pendant longtemps. (C’est pas la Norvège ici.) En quittant la pièce, Sartet passe le commissaire Le Goff (Ventura), qui l’a poursuivi.

Sartet et Le Goff dans le bureau du procureur

En allant vers Fresnes, connu pour organiser des séances de Mario Kart pour ses invités, Sartet sort le truc dans sa poche. Il s’avère que c’est une perceuse et scie circulaire — il va les utiliser pour couper un trou dans le fond de la voiture cellulaire et s’échapper.

À Fresnes, Le Goff n’est pas content. Il y avait un gendarme dans la voiture cellulaire — comment est-il arrivé qu’il n’a rien entendu ?

Le Goff examine de près le fond de la voiture

On rencontre enfin le sauveur de Sartet, Vittorio Manalese (Gabin), chef de la famille de truands siciliens. Il veut que Sartet l’aide à cambrioler une exposition de bijoux.

Manalese rencontre Sartet

Le Goff va dans un restaurant où travaille Monique Sartet, la sœur de Roger. Il lui demande de l’appeler si Roger la contacte. Mais c’est évident qu’elle ne s’intéresse pas trop à aider la police.

Le Goff parle avec Monique au comptoir du resto.

Plus tard, il fait nuit. On voit Le Goff avec une douzaine de policiers, prêts à faire une razzia. Mais contre qui ?

Le Goff et ses policiers

C’est un hôtel, et en quelque sorte, ils savent que Roger est là avec une prostituée. La police exigent que le gérant de l’hôtel les appeler afin de leur offrir du champagne. Avec ça, Roger ouvrira la porte et la police le rattrapera. Mais Roger reconnaît le piège et s’échappe en sautant par la fenêtre.

Roger se rend chez Vittorio. Mais Vittorio a l’impression que la police savent trop sur ce qui fait Roger. Il appelle un ami aux États-Unis, un autre truand sicilien nommé Tony Nicosia, pour demander de l’aide.

Vittorio au téléphone

Ils vont dans la Galerie Borghèse à Rome, où il y a une exposition de bijouterie française. Soyez émerveillés par mes compétences en italien, car le panneau dit « Mostra della alta gioielleria Francese » ainsi que SPQR, ce qui veut dire « Senatus Populusque Romanus », le Sénat et le peuple de Rome. (Ça parle du Sénat romain ; le Sénat italien de nos jours passe son temps en regardant des pornos des jeux vidéo Ne me croyez pas sur parole — lien vers 20 Minutes et tous publics.) Enfin, mes voyages en Italie sont utiles pour quelque chose !

Vittorio et Tony se promène dans la rue, et doivent corriger un enfant qui fait semblant de les agresser avec un pistolet jouet — car il ne sait pas le tenir comme un vrai truand.

Les truands affrontent un garçon

Mais Le Goff a découvert qu’ils vont faire un cambriolage à l’étranger. Il fait une razzia sur le bureau du photographe qui produit de fausses cartes d’identité pour eux, joué par André Pousse.

André Pousse et son appareil photo

Le Goff affronte Vittorio dans son usine avec les preuves. Vittorio nie tout, mais sait qu’il faudra changer ses plans.

Le Goff et Vittorio dans l'usine du dernier

Ici, j’arrête avec les photos et le récit afin de ne pas divulgâcher le dernier tiers du film. Le nouveau plan est une œuvre de génie, et le dénouement vaut pleinement la peine. Ce film n’est pas complètement à la hauteur de Razzia sur la chnouf, plus efficace avec son temps, mais c’est encore une fois un triomphe pour Gabin et Ventura, les meilleurs acteurs dans ce genre. Le Clan des Siciliens porte ma recommandation enthousiaste !

L’arrêt à la californienne

Je n’ai pas grand-chose aujourd’hui ; c’est un moment stressant. Alors je vais me plaindre d’un comportement que mes con-citoyens ont adopté plutôt récemment. Par récemment, je veux dire depuis environ 3 ans déjà, mais pas plus. Je l’appelle « l’arrêt à la californienne ».

Vous savez tous qu’un carrefour n’est pas seulement un supermarché, que l’usage ordinaire du mot veut dire un croisement de deux rues. Parfois il y a des feux rouges pour gérer le traffic, parfois il n’y a que des panneaux octogonaux rouges qui disent…euh, « stop ». À votre place, j’insisterais sur « arrêt », comme au Québec, mais comme je vous dis parfois, je ne peux pas faire pour vous ce que vous refusez pour vous-mêmes. Si vous voulez dire « week-end » au lieu de « fin de semaine », je ne vais pas vous corriger. De toute façon, je crois que l’on sait tous de quoi je parle.

Quand il n’y a que deux voies dans des sens opposés, il n’y a vraiment pas de problème si on ne s’arrête pas devant les panneaux. Bien sûr, pas pour les piétons, ou comme je les appelle, les quilles, mais il n’y a pas de risque d’accident de voiture. Dans ce qui suit, je parle des carrefours avec des voies dans 3 ou 4 sens ; c’est-à-dire, les situations où on peut faire un virage à angle droit ou croiser le chemin d’un autre. Je pique un dessin de Wikipédia pour illustrer ce que je veux dire, même si dans ce cas, il n’y a que des panneaux de stop dans 2 des 4 sens.

Dessin qui montre un carrefour avec des voies dans 4 sens, mais avec des panneaux de stop seulement dans 2 des 4 sens.
Carrefour avec 4 voies, Dessin par Roulex 45, CC BY-SA 3.0

Aux États-Unis, la règle quand il y a plusieurs voitures qui arrivent en même temps, c’est que la première voiture à arrêter sera aussi la première à partir. On imaginerait que ça encouragerait les gens de s’arrêter le moins de temps possible, et on aurait raison. Mais la nouveauté californienne est bien pire que ça.

Si deux voitures approchent de l’intersection en même temps, la deuxième ralentira comme si elle allait s’arrêter. Mais dès que le chauffeur voit que la première voiture s’est arrêtée, il accélère et fait son virage sans s’arrêter du tout.

Comme vous pouvez imaginer, c’est extrêmement dangereux. Si on fait ça d’une position assez loin derrière la ligne transversale, c’est bien possible que le conducteur de la première voiture croie que la deuxième voiture s’arrêtera, alors il entrera l’intersection. Les connards comptent sur la peur de nos jours, car ils savent que nous savons tous que le type qui approche peut être un maniaque meurtrier.

J’ai failli me faire tuer le jour du Réveillon cette semaine, car un tel chauffeur a décidé que même une distance de 100 mètres derrière le panneau n’était guère une raison pour ralentir, peu importe s’arrêter. Encore une fois, ce ne serait pas un si grand problème si ces types ne faisaient pas de virages directement devant les autres voitures. Mais la Californie, c’est le pays des « moi d’abord », et franchement, s’ils risquent de tuer des inconnus, ils s’en foutent.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Banni

Langue de Molière est de retour pour la nouvelle année avec un nouveau rebondissement sur une vieille obsession.

En anglais, il y a un mot un peu curieux pour la vieille tradition d’annoncer des mariages à venir afin que les sages puissent sauver le con de son erreur. On n’a pas fait ça en 2002, et moi voilà. Ça s’appelle « banns », écrit avec un « n » doublé — la partie curieuse, car on ne trouve pas ça souvent à la fin des mots en anglais. J’ai oublié de noter la raison pour laquelle j’ai recherché ce mot, mais j’étais certainement surpris d’apprendre que ça s’écrivait en français exactement comme ce à quoi je me serais attendu en anglais :

Capture d'écran du dictionnaire bilingue Oxford pour "banns" en anglais, "bans" en français.

C’est assez proche du français que je m’attendais à trouver une histoire d’étymologie en commun. Peut-être que c’est le cas, mais c’est bien plus compliqué qu’attendu !

Selon Merriam-Webster en anglais, « bann » vient de « ban » dans l’anglais du Moyen-Âge, ce qui voulait dire une interdiction ou une condamnation, ainsi que le processus de poster les mariages devant l’église. Et là, il s’avère que les racines se trouvent plutôt dans le vieux anglais « bannan », ce qui veut dire « faire venir » ou « convoquer », et avant ça, apparemment le vieux allemand ou bien saxon. Alors il semblerait que Guillaume le Conquérant a fait une erreur et importé de l’anglais, n’est-ce pas ?

Sauf que.

En même temps, Merriam-Webster dit qu’il y avait un autre chemin par lequel « ban » est entré pendant le Moyen-Âge. Le vieux français disait anciennement soit « ban » soit « baan » pour l’annonce avant un mariage. Mais de son tour, ça vient aussi du même verbe en vieux allemand, « bannan ».

Le Trésor de la Langue française dit ça sur la question :

2e quart XIIIe s. spéc. ban (de mariage) « proclamation publique des promesses de mariage, faite à l’église » (GERBERT DE MONTREUIL, Continuation de Perceval, 1922, 2066 : Et li prestres crie le ban : « s’il i a nului qui seüst Par coi assambler ne deüst Cis mariages, qu’il le die »);

Ban, Trésor de la Langue française

Cette entrée ne contredit pas ce que l’on entend du dictionnaire anglais, car cet usage ne date qu’au XIIIe siècle, et quand on parle du vieux anglais, on parle de l’époque jusqu’à Guillaume. Le Trésor ajoute, à propos d’autres significations de « ban » dans la même entrée :

De l’a. b. frq. *ban « loi dont la non-observance entraîne une peine » (a. h. all. ban « commandement sous menace de peine, défense, juridiction et son domaine », a. nord. ban « défense », KLUGE20) à rattacher au verbe germ. *bannan « commander ou défendre sous menace de peine »

Il semblerait donc que les bans de mariage ont leurs racines parmi les voisins allemands, qui les ont exportés dans les deux sens, à travers la Manche et en France. On a déjà parlé de comment les traditions légales se sont mélangées après Guillaume, au point où on dit toujours « Oyez ! » dans la Cour suprême américaine. Mais dans ce cas, s’il n’y avait personne pour crier les bans et objecter quand j’en avais besoin…

Ouaip. Encore une chose de plus pour laquelle je m’en prends aux allemands. Nouvelle année, même vieux Coup de Foudre, tout le monde !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la pire chose que vous les lecteurs m’avez apprise.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version janvier 2025

D’abord, un grand merci pour la fin spectaculaire à l’année 2024 — j’ai dépassé les 50 100 vues, non pas juste le grand chiffre rond. Puis, juste avant la publication, j’ai reçu un appel de mon amie rouennaise — vraiment, vous êtes tous les meilleurs. J’ai passé plusieurs de vos commentaires récents à La Fille, qui reste chez sa mère, et elle apprécie aussi vos vœux.

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things continue de poster sur Instagram, dont sur la crise des opioïdes aux États-Unis.

À encourager :

Rien de nouveau chez Le Stylo sous la Gorge, Thriller Addict, Les Dédexpressions, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, Un déjeuner en Provence, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Planète Vegas, Grain de Sable, Bonheurs culinaires, et Le journal des Jum’s. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Le bilan de l’année 2024

Ça y est, la fin de la quatrième année entière du blog. Cette année est plus douce-amère que les autres parce qu’elle a vu beaucoup de fins. Revivons l’année 2024 d’Un Coup de Foudre.

Images de l'année : albums de Nicolas Moro et Sandrine Mallick, tarte aux figues, tarte tropézienne, bokit, Biosphère et Lachine à Montréal
De gauche à droite, de haut en bas : Nicolas Moro, tarte tropézienne, Sandrine Mallick, bokit, Biosphère de Montréal, steak sauce Roquefort, tarte aux figues, Lachine. Haute résolution en cliquant.

Commençons avec mon obsession, le trafic, auquel il faut mettre un stop dans les Caraïbes. (Désolé, je suis incorrigible — mais je l’assume.) Au début de chaque année, j’aime estimer ce que je considèrerais une bonne année, ou encore plus, une année de rêve. Ayant terminé 2023 avec 30 966 vues sur 15 309 visites, j’ai décidé qu’une bonne année serait 42 000 vues sur 20 000 visites, et une année de rêve serait 50 000 vues sur 25 000 visites. Avec 49 900 vues sur 26 700 visites pour commencer le dernier jour de l’année, j’ai fini avec 50 124 vues sur 26 826 visites. Je vous remercie tous pour ça.

Connaissez-vous le film « Y a-t-il un flic pour sauver le président ? » ? Au début, le lieutenant Drebin reçoit un prix « pour ses 1000 revendeurs de drogues tués ». En l’acceptant, il dit « En fait, j’ai percuté les deux derniers avec ma voiture, mais heureusement, il s’est avéré que tous les deux étaient des revendeurs. » Je me sens comme si j’atteins mon but de même façon ! (C’est ma traduction ; je ne connais pas la VF officielle.)

Parlons des fins. En avril, on a fêté mes 100 films français avec une semaine de mon classement. Il n’y aura jamais une vraie fin aux films, mais je me sens comme si c’était la fin du projet de les regarder afin d’apprendre la langue. Le débit d’un film par semaine n’a duré qu’une année, de 2020 à 2021, mais ça reste l’époque la plus extraordinaire de ma vie. J’ai travaillé pendant plus de 6 mois sur le tableur qui est devenu mon classement, et c’était un soulagement de le mettre enfin derrière moi.

Octobre a vu la fin du plus grand projet du blog, le Tour des Départements. Je n’ai toujours pas les bons mots pour la combinaison de joie et de tristesse qui va avec cette fin. Vous les lecteurs ne voyez que les produits finaux. Pour moi, ne plus visiter le site du Guide Vert presque tous les jours sent l’état de manque. ([C’est pourtant rien par rapport à ses cris pour du nougat de Montélimar. — M. Descarottes])

Et bien sûr, il y avait les pertes personnelles. Mon amie Pascale me manque tous les jours, et je ne suis toujours pas guéri du choc de la mort de M. Descarottes. Hier, j’ai posté la pub suivante dans le groupe privé de l’OCA dans l’espoir que l’on pourra profiter du bol de rechange que je gardais, ou de sa cage :

Capture d'écran d'un post sur Facebook avec des photos de la cage, d'un bol neuf, et d'un sac de nourriture.

Mais cette année a aussi vu des points forts. La tarte aux figues de Claire Heitzler et la tarte tropézienne de Yann Couvreur seraient les meilleurs desserts de n’importe quelle année du blog. Le bokit (et la poudre à colombo) était exactement le plat bon marché que je cherchais au fil du Tour, et la pièce de bœuf sauce Roquefort de Chez Gégène vient d’apparaître dans le bulletin de l’OCA en tant que ma recette pour deux pour la Saint-Valentin. (Je ne recommande que personne planifie un dîner romantique sur ma parole.)

Et parlons du bulletin — est-ce qu’il y a même une personne qui aurait deviné que je prendrais en charge la responsabilité d’écrire une publication de 30 pages tous les deux mois pour une association francophone ? Je ne le crois toujours pas moi-même ; pourtant, quand j’ai vu la demande originale en mars, j’ai tout de suite su que j’étais la bonne personne pour le poste. Et j’ai des nouvelles à cet égard — à partir de janvier, je ferai enfin partie du bureau et assisterai aux réunions, exactement comme j’avais espéré. Ne me demandez pas comment — peut-être qu’il y a eu des conversations dans les coulisses, mais je ne sais rien.

N’oublions pas le voyage à Montréal de l’été. J’aurais préféré que ce soit juste moi et La Fille, mais nous y avons passé de bons moments, surtout rencontrer enfin Anne-Marie, première abonnée du blog !

Côté musique, le nouvel album d’Indochine est arrivé et parti sans faire grand-chose chez moi. (Mon article sur « The Salingers », en revanche, c’était très populaire.) Mais 2024 a aussi vu deux de mes découvertes préférées, Sandrine Mallick et Nicolas Moro. Je les écoute quotidiennement même après des centaines de fois pour « Swing à La Villette ».

Je n’ai lu que 3 livres en français cette année : Le jour où je me suis convertie, par Claire Koç, qui a suscité la polémique, ainsi qu’autre chose, PluriElles, par Céline Kokkomäki — ma recommandation la plus forte de l’année, et Outsphere 3 : Réligions, par Guy-Roger Duvert, toujours mon auteur préféré. Backup ne compte pas, car lu en anglais. J’espère que la grande nouvelle de 2025 à cet égard sera la publication du livre du Tour — en quelques mois, je serai à la recherche de correcteurs pour lire environ 10-15 pages chacun. Je ferai mon tout pour le sortir avec une vraie édition, parce que je crois — égocentrique que je suis — que ça méritera mieux que disparaître parmi les millions d’auto-édités.

C’est ici où je finis habituellement en me plaignant que l’article le plus populaire du blog reste celui sur la fois où j’ai failli me faire avoir par un brouteur. Mais cette année, ce n’est plus le cas — quelle que soit la raison, je ne suis plus le maître des brouteurs en formation. En fait, cet article ne fait même pas partie du top 10 :

Top 10 des articles cliqués sur Google, dont les blagues de la semaine, ma critique du livre de Claire Koç, et la règle de 666, les trois mesures d'un homme exigés par les américaines

Je suppose que je suis toujours le Balzac des fausses relations, vu que l’article le troisième plus populaire se traite des attentes irréalistes des américaines. Mais ne vous inquiètez pas, les internautes sont devenus plus effrayants que jamais. Ce qu’ils recherchent, ça me dégoûte :

Des top 20 recherches, il y en a 4 sur la vie personnelle de Claire Koç et son mari, et une sur « Jeanne Added vie privée », alors que les brouteurs sont tombés en 20e place. Bien sûr, je suis ravi que les blagues soient devenues une destination importante pour les internautes, mais mes articles sur les femmes nommées sont strictement sur leur travail. Je suis heureux de voir que certaines recettes obscures ont attiré de l’attention, le frescati et les macarons de Boulay, mais je trouve cette tendance écœurante. En plus, si je vais être lié avec une chanteuse comme ça, elle sera Julie Zenatti, Véronique Sanson, ou personne. Non, mais je n’écris pas sur elles de cette façon non plus.

Hélas, on ne peut pas choisir le moyen de sa renommée. Mais je vous apprécie chacun et tous, et j’essaie de ne jamais vous faire perdre du temps — je reste reconnaissant pour chaque moment que vous passez chez moi. Merci de votre confiance, merci de m’avoir lu en 2024, et on se reverra en 2025 !

Saison 3, Épisode 40 — Bonne année

On est de retour avec un épisode très court pour finir l’année. Je tousse toujours trop pour enregistrer un plus long, mais au moins de cette façon, il y a une blague et les Bonnes Nouvelles. Vous pouvez entendre à quel point je reste malade.

La blague est quelque chose de la Pologne du XIXe siècle. De nos jours, les villes de Minsk et Pinsk se trouvent en Biélorussie — tant pis pour eux — mais à l’époque, elles étaient les deux sous l’emprise russe après la conquête de la Pologne. J’imagine que les blagues qui confondent les deux, avec leurs noms similaires, ont duré jusqu’à nos jours.

Je regrette de vous dire que La Fille ne nous rejoindra plus dans la nouvelle année. Elle a reçu le jeu Super Mario Party Jamboree de son oncle. Après m’avoir demandé pourquoi j’ai choisi la princesse Daisy plutôt que la princesse Harmonie pour jouer contre elle, je lui ai dit que c’était car Daisy est mon coup de cœur. La Fille est donc morte suite à des blessures, ses derniers mots étant, « Haha, tu préfères celle qui ressemble la plus à ma mère ». C’est faux, même si les deux sont des brunes. Au cas où il y aurait des policiers qui lisent ce blog (il y a parfois une gendarme), elle est chez sa mère comme prévu et sera de retour en janvier.

J’aimerais vous dire que je suis sur le point d’atteindre mon rêve le plus fou pour le niveau de trafic ici cette année. S’il vous semble qu’il y ait un article que vous aimeriez relire, ou partager, soyez le bienvenu.

J’ai entendu parler qu’un navire espagnol a été rattrapé à Tahiti avec 500 kg de cocaïne. C’est la gendarmerie nationale qui a fait la découverte avec l’aide de la police fédérale australienne. Agent spécial Pierre Palmade, pas reconnu avant comme responsable de l’enquête, est vite arrivé sur scène pour prendre en charge la contrebande. « Je me battrai contre ce fléau un gramme à la fois ! » dit-il.

J’ai accueilli mon meilleur ami et sa famille hier soir. Ils sont en Californie pour des fêtes en famille, mais avaient un soir libre, alors nous sommes allés dans un nouveau resto mexicain ensemble. J’étais épaté par la qualité autant que les prix. Ça s’appelle Caló Kitchen + Tequila. J’ai prendre mon burrito au poulet en photo !

Burrito au poulet qui est en fait farci, ce qui n'arrive jamais en Californie

Je les ai surpris avec une bûche de Noël Riviera, identique à celle vu ici il y a deux semaines (sans la meringue). C’est bon de me connaître.

Notre blague traite de Minsk et Pinsk. Les Bonnes Nouvelles Françaises cette semaine traitent d’un homard rare. Il n’y a pas d’articles dans la balado, ni de gros-titres satiriques. Ça fait moins de 3 minutes du début jusqu’à la fin.

Sur le blog, il y a aussi La musique de Noël américaine, sur les origines surprenantes des tubes de la saison, La baguette magique de Noël, sur un jouet fabriqué par des lutins californiens, Les cookies chewy chocolat de Péla, nos cookies pour le Père Noël, Sonic 3, le film, ma critique du film nommé, Les animaux gèrent le zoo, sur les faux animaux d’assistance, et La Gauloise ratée, sur le tabagisme.

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La Gauloise ratée

Comme je vous ai récemment dit, aux États-Unis c’est pire d’être juste soupçonné d’avoir fumé une cigarette que de maltraiter les « petits gens » (on dit en anglais « little people » ; peut-être qu’il y a une expression plus courante pour ce que je veux dire — ceux qui ne sont pas prestigieux). Ceci n’est pas une apologie pour le tabac, mais il y a tant d’hypocrisies sur le sujet que ça va peut-être donner la mauvaise impression aux lecteurs nord-américains. Alors juste pour être clair :

Je n’ai jamais rien fumé, soit une cigarette soit un cigare soit de la marijuana. (Pour des raisons dégoûtantes, cette dernière passe crème en Californie.) Même chose pour le tabac à priser, la snus, quoi que ce soit. Je ne l’encourage pas non plus et ma fille a certainement entendu ce message de ma part. (Il est possible qu’elle soit plus stricte que moi ; à voir si ça continuera.)

En 1921, l’une des plus grandes chaînes de stations-service aux États-Unis a été fondée, Pep Boys (lien en anglais). Leurs pubs étaient célèbres pour les dessins des fondateurs, Manny, Moe, et Jack, toujours avec un cigare dans la bouche de Manny, qui fumait dans la vraie vie. Voici un exemple :

Publicité de 1937 qui montre des dessins des 3 fondateurs de Pep Boys
Publicité des Pep Boys de 1937, domaine public

Mais en 1990 (lien en anglais), Manny a perdu son cigare à jamais :

Logo de Pep Boys de 1990, où le cigare de Manny a été supprimé
Pep Boys logo de 1990, CC BY-SA 3.0

En 1997, on a ouvert un mémorial au deuxième président Roosevelt, celui de la Seconde Guerre mondiale. Sa statue n’avait aucune cigarette, malgré le fait que toute photo de lui montre une cigarette à la main.

Statue du président Franklin Roosevelt à Washington, D.C.
Statue du président Franklin Roosevelt, Photo par JohnEditor132, CC BY-SA 4.0

En 1998, le gouvernement de l’État de Californie a interdit de fumer partout dans les bâtiments — les restos, les arènes, les bars, etc. Pas les immeubles, mais avec du temps, la grande majorité l’ont banni en plus — et il m’énerve sans cesse que les gérants réagissent immédiatement à tout rapport d’une cigarette, mais si ses voisins font la fête jusqu’à 2h du matin tous les jours, tant pis.

En même temps, ce même gouvernement — je parlé de Californie seulement, pas le fédéral à Washington, D.C. — a décidé qu’il voulait vraiment être le partenaire silencieux des entreprises du tabac. Les impôts sur un paquet de cigarettes, anciennement 0,37 $ le paquet, ont été presque triplés, jusqu’à 0,87 $ :

Capture d'écran d'un tableau qui montre tous les impôts sur les cigarettes en Californie
Source

À l’époque, cette augmentation était censée payer les coûts des maladies liées au tabagisme. Mais au fil du temps, on disait, « Pourquoi pas forcer les fumeurs à payer tout ce que l’on veut — les EHPAD, les dentistes, le sida, quoi que ce soit ? » Alors en 2017, on a voté une augmentation de 2,00 $ le paquet, un autre triplement des impôts. Et parce que l’on s’en fout du fait que c’est un impôt sur les citoyens les plus pauvres, au-delà de moi, qui le trouve injuste, personne ne se plaint de la hausse des revenus.

Capture d'écran d'un graphique qui montre les revenus annuels de l'État venant des impôts sur les cigarettes
Source

Je ne vous dis pas ça pour vous ennuyer avec des chiffres, mais plutôt pour vous montrer qu’à partir des années 90, il devenait de moins en moins acceptable d’être vu en public avec des cigarettes ou autour de fumeurs. Et que de nos jours, on peut leur faire tout et n’importe quoi.

C’est ça le contexte pour avouer quelque chose qui me dérange depuis 30 ans déjà. En 1995, il y avait une élève française à ma fac, là pendant une année pour un séjour linguistique. Comme toujours, je garde la confidentialité de toute personne mentionnée sur ce blog, alors je ne mentionnerai pas son nom, mais je l’ai vite trouvée sur les réseaux sociaux, ce qui a confirmé que je n’avais rien imaginé.

On vivait dans le même dortoir. Je savais exactement qui elle était, car la fac n’était pas grande, et toutes les rentrées, les universités avaient l’habitude de publier ce que l’on appelle un « facebook » — un livre avec tous les noms et photos des nouveaux élèves. (Maintenant vous savez d’où le nom du réseau de M. Zuckerberg.) Pourtant, je ne lui ai jamais une fois dit bonjour. Pourquoi ?

Parce que tous les jours, je la voyais dans la cour du dortoir, une cigarette à la main, en train de fumer. Et j’avais bien adopté les nouvelles mœurs du pays, selon lesquelles les fumeurs étaient — et restent — à un pas des lépreux.

Je ne m’intéresse pas du tout aux cigarettes, mais je me demande parfois ce qui se serait passé si j’avais dit bonjour à la gauloise avec la Gauloise.

Les animaux gèrent le zoo

J’aime écrire certains billets afin de faire plaisir à des lecteurs particuliers, et la bonne personne saura pour qui celui-ci a été écrit. Mais je crois que le reste d’entre vous trouvera celui-ci à la fois hilarant et énervant, et que vous apprendrez quelque chose en même temps. Ce qui suit est basé en partie sur mes propres observations, et en partie sur le seul acte de journalisme jamais commis par le magazine The New Yorker, Pets Allowed par Patricia Marx, écrit en 2014.

En 2005, Paris a détruit les dernières mœurs communes au public américain. Je veux dire Mme Paris Hilton, qui refusait d’obéir les règles autour des chiens dans les centres commerciaux. Elle avait l’habitude de garder un tout petit chien dans son sac à main. Les règles interdisaient les animaux de compagnie partout à l’époque, mais elle était l’héritière de la fortune des hôtels Hilton, et personne ne voulait vraiment la croiser.

Il faut comprendre que pendant toute ma vie, les animaux d‘assistance n’ont jamais été interdits nulle part. Un chien de service aux aveugles doit porter un gilet qui l’identifie clairement, et ça donne le droit d’entrer n’importe où — les avions, les restaurants, les supermarchés, etc. En revanche, leurs maîtres doivent porter des documents officiels qui prouvent que l’animal a été dressé pour ce but. Mais avec l’arrivée de Mme Hilton, plus personne ne voulait respecter ces règles.

Ici entre « l’animal de soutien émotionnel » (j’écrirai ASE pour animal de soutien émotionnel).. Il y a une catégorie légale pour ça, mais les bienfaits sont censés être très limités par rapport aux animaux d’assistance. Selon Mme Marx, deux lois américaines mentionnent les ASE. La loi dite « Fair Housing Act » (Logement équitable), dit qu’un tel animal à le droit de vivre dans les logement qui interdisent tout autre animal de compagnie. La loi dite « Air Carrier Access Act » (Droit d’accès aux transports aériens) donne un droit pareil dans les avions. On est censé avoir une lettre d’un docteur qui établi le besoin pour ces animaux.

Avant de continuer, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que j’ai passé mon dîner de Thanksgiving avec un chien de 50 kg à la table voisin dans le resto, qui ne portait aucun gilet identifiant — car animal de compagnie — malgré le fait que des panneaux comme celui-ci étaient partout. Ça dit « Bienvenue à South Coast Plaza. Pour la santé et sécurité de tous nos clients, on a une politique d’interdire les animaux de compagnie. Les animaux d’assistance dressés pour aider les handicapés sont les bienvenus. Les ASE ainsi que les animaux de compagnie sont interdits. »

Panneau avec la politique contre les animaux de compagnie.
Photo ©️Justin Busch, 2024.

Après le règne de notre reine Paris I Hilton, on a commencé à voir tout genre d’animal partout. C’est pour ça que Mme Marx a décidé de tester les limites les plus outrées. Voici sa première expérience (traduite par moi), où elle apporte un animal au musée Frick, l’un des musées d’art les plus prestigieux de New-York :

Le premier animal que j’ai testé était une tortue de 7 kg qui faisait 33 cm de longueur. Je l’ai attachée à une laisse pour lapins à laquelle j’ai agrafé un insigne d’ASE en tissu.

« Billet pour une, s’il te plaît », ai-je dit à la femme au guichet. « Un moment », dit-elle. « Laisse-moi trouver quelqu’un ».

« Oh mon Dieu », dit un vigile à un autre. « Cette dame a une tortue. » Un autre vigile a apparu.

« Non, non, non. Il ne peut pas entrer. » dit-il.

« C’est un ASE », ai-je dit.

« Nan », répondit-il.

« J’ai une lettre. »

« Tu as une lettre ? Laisse-moi la lire. »

Après ça, un deuxième vigile lit la lettre, puis elle est autorisée d’y accéder avec la tortue. Puis, elle procède à faire entrer la tortue dans une boutique de Christian Louboutin, E.A.T., un restaurant-traiteur, un salon de beauté — où la tortue reçoit une pédicurie, et même La Maison du Chocolat.

Puis elle fait la même chose avec un serpent dans une boutique de Chanel, deux dindes dans un bus et chez Katz’s Delicatessen, un resto célèbre, et pour son chef-d’œuvre, un aller-retour en avion avec un cochon jusqu’à Boston. Honnêtement, si vous pouvez bien comprendre l’anglais, je recommande fortement son article, qui montre les profondeurs de l’absurdité au nom d’accueillir ces faux animaux d’assistance.

Je dois avouer que je n’ai jamais vu aucun animal exotique comme ça aux restos ou dans les centres commerciaux ici. C’est toujours juste les chiens, mais presque jamais de vrais chiens d’assistance. Je le sais parce que les vrais portent toujours leurs gilets et ne dérangent jamais personne. Le chien à côté de moi pour le Thanksgiving ? Pas dressé du tout.

Mais tel est l’enjeu aux États-Unis. Parce qu’une femme riche s’en est foutue des règles il y a deux décennies, il y a des chiens partout dans des espaces où personne ne croyait qu’ils avaient le droit d’aller, aidés par la lâcheté des gérants ici et là, qui préfèrent faire semblant de croire qu’ils sont peut-être des chiens d’assistance. Et en résultat, presque plus personne ne croit aux gilets qui disent « animal d’assistance », car tout le monde croit qu’il s’agit juste des animaux de compagnie.