Cette semaine, notre thème est « ce que j’ai appris en écrivant le Tour ». On commence avec une critique que j’ai reçu très tôt, avec laquelle je suis à moitié d’accord.
Qu’est-ce que la cajasse quercynoise, le cacou, la flognarde et le clafoutis aux cerises ont en commun ? Ou la flaune, le flan pâtissier et le fion vendéen ? Ou la pescajoune et la pachade ? Ce sont toutes des recettes qui sont plus ou moins similaires . Ça nous amène à la critique.
Je n’ai pas de capture d’écran, mais à plusieurs fois, j’ai entendu — de la part des Français — « Pourquoi les départements ? C’est trop répétitif. Vaut mieux écrire au niveau des régions — vous allez perdre du temps ! »

Et il y en a d’autres du côté anglophone qui connaissent la France et qui sont d’accord. Souvent quand on recherche des villes en France, on reçoit des résultats comme ceux-ci :

Ce sont les textes que Google retourne pour les villes de Toulouse, Reims et Lille. Dans chaque cas, quiconque les a écrits pense à ces villes en termes de leurs régions, pas leurs départements.
J’ai dit que je suis à moitié d’accord avec cette critique. Là où je regrette avoir choisi ce niveau de détail est la cuisine. Si vous avez lu au moins deux ou trois des « Je découvre » avant l’Outre-mer, vous savez que je comptais surtout sur le site Keldelice pour m’aider à trouver les spécialités locales, ainsi que les sites des offices de tourisme et les sites des associations locales (je pense notamment aux producteurs de châtaignes en Ardèche ou mogettes en Vendée). Parfois, Keldelice était une mine d’or :

D’autres fois, c’était un trou noir. Vous remarquerez dans l’image suivante que le site ne connaît même pas une seule spécialité pour la Corrèze :

Quand de telles choses sont arrivées, j’ai décidé de chercher des spécialités au niveau de la région au lieu du département. Mais je faisais quand même des efforts dingues pour trouver des recettes du département avant d’abandonner. Par exemple, en Mayenne, j’ai fini par trouver un fichier publié par les cantines des écoles du département. Il me semble que le lien ne marche plus ; voici un lien vers Internet Archive et une capture d’écran de son côté :

Il y avait des fois où j’ai essayé d’imiter une recette exclusive d’un seul resto ou pâtisserie, car je n’avais pas de choix. C’est ce qui m’est arrivé avec le frescati de l’Hérault ou les macarons de Cormery de l’Indre-et-Loire. J’ai profité de jouer au détective et de noter que le même pâtissier a donné des recettes différentes pour ces mêmes macarons à France 3 qu’à Terroir de Touraine, puis d’essayer de deviner quelle était la bonne. Cependant, je croyais au début qu’il y aurait des centaines de recettes locales partout, et que j’emprunterais facilement ce dont j’avais besoin. J’ai eu tort.
Parfois, il s’avérerait qu’une recette locale avait de petites variations partout dans une région. Je pense surtout à mon dessert deux-sévrien, les macarons de Montmorillon. En fait, comme certains ont eu hâte de me le dire, Montmorillon est en Vienne. Super, je peux lire une carte, merci. Mais les macarons de Montmorillon tels que je les ai faits peuvent être réalisés avec des ingrédients disponibles chez moi. Si on ajoute quelques morceaux d’angélique à la pâte, la même recette devient les macarons de Niort, qui est le chef-lieu des Deux-Sévres. Pourtant, l’angélique n’existe pas chez moi. Si j’avais ajouté de la frangipane aux macarons, ils auraient été les macarons de Thouars, aussi dans les Deux-Sévres. On peut justement me critiquer pour ne pas avoir fait ce dernier, mais les recettes sont autrement identiques. Il y en a ceux qui considèrent que ce sont tous plutôt les macarons du Poitou. Je crois que j’ai fait le bon choix en expliquant les différences, mais ceux qui ne lisaient que les gros-titres et les tweets se sont trompés en résultat.
Voila, le raisonnement contre un tour au niveau des départements, et pour les régions.
Mais l’autre côté, c’est à mon avis plus puissant. Je sais quelque chose sur chacun et tous d’entre vous, non pas seulement les grandes villes de chaque région. J’espérais que ça lancerait plus de conversations, que le blog attirerait dès lecteurs de partout qui m’enverraient des idées pour leurs départements. Ce n’est pas arrivé exactement comme dans mes rêves, avec un compte à rebours à la une du Figaro et un grand défilé le long des Champs-Élysées pour fêter la fin du Tour. Or, je n’ai pas besoin de tout ça pour savoir ce que j’ai quand même vécu. L’exposition sur Louis de Funès de mon premier jour en France, ça s’appelle Bernard. Mon dîner chez Le Procope, ça s’appelle Elsa. Ma visite à Lisieux, ça s’appelle Le Chat voyageur. Rien de tout ça ne serait arrivé avec un court « Tour des Régions » et chacun de ces souvenirs vaut le coup tout seul. Les départements étaient donc le bon niveau.

Je n’ai pas (encore) pu faire le tour (complet) de ton Tour (mais j’y compte bien !), mais je trouve ton idée des départements au bon niveau.
C’est clair qu’après, ça dépend des sensibilités de chacun ^^ (et côté français, c’est pas triste 😁).
Mais au moins, tu as été à la découverte plus en détail de la France.
Et c’est top 👍 !
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Je suis bien d’accord sur le fait que tu as dû faire beaucoup de recherches pour chaque département, surtout au niveau des recettes.
C’est vrai, il y a pas mal de variantes, parfois dans le même département où aux frontières. Et chacun devrait pouvoir y trouver son compte !
J’ai apprécié aussi que tu fasses ton Tour par département, et non pas par région, surtout que le découpage des régions est parfois incompréhensible !
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Il convient de se demander le pourquoi des départements (et des régions) : l’idée était de découper le pays en entités administratives à taille humaine – il se raconte que les départements sont découpés de manière à ce que tout point du département soit à moins d’une journée de cheval du chef-lieu, je pense que c’est un tout petit peu plus compliqué que ça, mais il reste l’idée de la « taille humaine ». L’autre grande idée est peut-être un peu moins avouable : le Royaume de France n’était pas une entité unique, c’était un assemblage de provinces disparates avec chacune ses traditions, ses réglementations, ses mesures, son parlement, etc. En pratique l’usage voulait à la fin du XVIIIe siècle qu’une loi enregistrée au parlement de Paris s’appliquerait partout, mais ce n’était pas du droit écrit. Dans tous les cas, il y avait des provinces avec des identités fortes, un des buts des révolutionnaires a été de casser ces identités en imposant un nouveau découpage administratif, qui serait différent de celui des provinces. Celles-ci ont cependant fortement marqué les mentalités et sont revenues sous forme de « régions » dans les années 1970. Ces régions reprenaient plus ou moins la carte des anciennes provinces, à quelques bémols près (comme Nantes, ancienne capitale de la province de Bretagne, qui s’est trouvée dans la région d’à côté).
Je ne parlerai pas de redécoupage des régions des années 2010, il s’agissait d’une manœuvre purement technocratique.
Toujours est-il que pour parler de traditions, culinaires ou autres, la province (donc, la région) est un bon niveau. Par exemple, en Alsace j’aurais du mal à trouver une spécialité du Haut-Rhin qu’on ne trouve pas dans le Bas-Rhin (pour aller plus loin, on peut étendre le concept plus ou moins à tout le fossé rhénan). Mais les départements permettent une découverte détaillée – comme je l’ai dit au début de ce commentaire qui est déjà trop long, à taille humaine -, qui je pense était aussi un des objectifs de ce tour.
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L’influence qui reste des provinces est bien évidente ici et là, même pour moi. Sans doute, mon site web préféré de tous les offices de tourisme est celui qui regroupe le Cher et l’Indre, et qui s’appelle Berry Province. Le gâteau que j’aurais aimé faire le plus de tout ce que j’ai raté — mais je n’ai pas osé le tenter pour manque de photos détaillées — est le trépais, inventé pour donner une identité plus moderne au Limousin. Je vois des traces comme ça partout.
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Anagrys a tout (et très bien, merci à lui) dit sur l’artificialité du découpage des régions et la création des départements. La France, à l’époque de la Renaissance, n’avait pas le même aspect géographique que celle d’aujourd’hui et ne pouvait absolument pas s’appeler l’Hexagone !
=> https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:Map_of_France_under_Francis_I_(1515-1547)-fr.svg
Pour ce qui est de la cuisine, qui est, avant tout, une affaire de saisons et de moments (et aussi des ingrédients dont tu disposes), il y a autant de recettes pour le même plat que de cuisiniers et chacun défend bec et ongles l’authenticité de la sienne. Alors, malgré tous tes efforts pour te documenter, avec objectivité tu auras toujours quelqu’un qui ne sera pas content de tes choix.
Pour ce qui est du dialogue participatif que tu attendais, cela tenait beaucoup du rêve d’un monde meilleur qu’il ne l’est vraiment ! 😉
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C’était super de faire par département, mais quelle somme de travail !
Cela n’empêche d’en faire par région dans le futur !
Merci pour tout et félicitations pour ce tour ´chez nous ´.
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Il est évident que tu as découvert plus de choses avec le niveau départemental plutôt qu’avec le niveau régional. Et il est normal qu’il y ait des similitudes entre deux départements. À l’échelle du Monde, la France est un petit pays.
En tout cas, bravo pour ton énorme travail !
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