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L’arrêt à la californienne

Je n’ai pas grand-chose aujourd’hui ; c’est un moment stressant. Alors je vais me plaindre d’un comportement que mes con-citoyens ont adopté plutôt récemment. Par récemment, je veux dire depuis environ 3 ans déjà, mais pas plus. Je l’appelle « l’arrêt à la californienne ».

Vous savez tous qu’un carrefour n’est pas seulement un supermarché, que l’usage ordinaire du mot veut dire un croisement de deux rues. Parfois il y a des feux rouges pour gérer le traffic, parfois il n’y a que des panneaux octogonaux rouges qui disent…euh, « stop ». À votre place, j’insisterais sur « arrêt », comme au Québec, mais comme je vous dis parfois, je ne peux pas faire pour vous ce que vous refusez pour vous-mêmes. Si vous voulez dire « week-end » au lieu de « fin de semaine », je ne vais pas vous corriger. De toute façon, je crois que l’on sait tous de quoi je parle.

Quand il n’y a que deux voies dans des sens opposés, il n’y a vraiment pas de problème si on ne s’arrête pas devant les panneaux. Bien sûr, pas pour les piétons, ou comme je les appelle, les quilles, mais il n’y a pas de risque d’accident de voiture. Dans ce qui suit, je parle des carrefours avec des voies dans 3 ou 4 sens ; c’est-à-dire, les situations où on peut faire un virage à angle droit ou croiser le chemin d’un autre. Je pique un dessin de Wikipédia pour illustrer ce que je veux dire, même si dans ce cas, il n’y a que des panneaux de stop dans 2 des 4 sens.

Dessin qui montre un carrefour avec des voies dans 4 sens, mais avec des panneaux de stop seulement dans 2 des 4 sens.
Carrefour avec 4 voies, Dessin par Roulex 45, CC BY-SA 3.0

Aux États-Unis, la règle quand il y a plusieurs voitures qui arrivent en même temps, c’est que la première voiture à arrêter sera aussi la première à partir. On imaginerait que ça encouragerait les gens de s’arrêter le moins de temps possible, et on aurait raison. Mais la nouveauté californienne est bien pire que ça.

Si deux voitures approchent de l’intersection en même temps, la deuxième ralentira comme si elle allait s’arrêter. Mais dès que le chauffeur voit que la première voiture s’est arrêtée, il accélère et fait son virage sans s’arrêter du tout.

Comme vous pouvez imaginer, c’est extrêmement dangereux. Si on fait ça d’une position assez loin derrière la ligne transversale, c’est bien possible que le conducteur de la première voiture croie que la deuxième voiture s’arrêtera, alors il entrera l’intersection. Les connards comptent sur la peur de nos jours, car ils savent que nous savons tous que le type qui approche peut être un maniaque meurtrier.

J’ai failli me faire tuer le jour du Réveillon cette semaine, car un tel chauffeur a décidé que même une distance de 100 mètres derrière le panneau n’était guère une raison pour ralentir, peu importe s’arrêter. Encore une fois, ce ne serait pas un si grand problème si ces types ne faisaient pas de virages directement devant les autres voitures. Mais la Californie, c’est le pays des « moi d’abord », et franchement, s’ils risquent de tuer des inconnus, ils s’en foutent.

Le bilan de l’année 2024

Ça y est, la fin de la quatrième année entière du blog. Cette année est plus douce-amère que les autres parce qu’elle a vu beaucoup de fins. Revivons l’année 2024 d’Un Coup de Foudre.

Images de l'année : albums de Nicolas Moro et Sandrine Mallick, tarte aux figues, tarte tropézienne, bokit, Biosphère et Lachine à Montréal
De gauche à droite, de haut en bas : Nicolas Moro, tarte tropézienne, Sandrine Mallick, bokit, Biosphère de Montréal, steak sauce Roquefort, tarte aux figues, Lachine. Haute résolution en cliquant.

Commençons avec mon obsession, le trafic, auquel il faut mettre un stop dans les Caraïbes. (Désolé, je suis incorrigible — mais je l’assume.) Au début de chaque année, j’aime estimer ce que je considèrerais une bonne année, ou encore plus, une année de rêve. Ayant terminé 2023 avec 30 966 vues sur 15 309 visites, j’ai décidé qu’une bonne année serait 42 000 vues sur 20 000 visites, et une année de rêve serait 50 000 vues sur 25 000 visites. Avec 49 900 vues sur 26 700 visites pour commencer le dernier jour de l’année, j’ai fini avec 50 124 vues sur 26 826 visites. Je vous remercie tous pour ça.

Connaissez-vous le film « Y a-t-il un flic pour sauver le président ? » ? Au début, le lieutenant Drebin reçoit un prix « pour ses 1000 revendeurs de drogues tués ». En l’acceptant, il dit « En fait, j’ai percuté les deux derniers avec ma voiture, mais heureusement, il s’est avéré que tous les deux étaient des revendeurs. » Je me sens comme si j’atteins mon but de même façon ! (C’est ma traduction ; je ne connais pas la VF officielle.)

Parlons des fins. En avril, on a fêté mes 100 films français avec une semaine de mon classement. Il n’y aura jamais une vraie fin aux films, mais je me sens comme si c’était la fin du projet de les regarder afin d’apprendre la langue. Le débit d’un film par semaine n’a duré qu’une année, de 2020 à 2021, mais ça reste l’époque la plus extraordinaire de ma vie. J’ai travaillé pendant plus de 6 mois sur le tableur qui est devenu mon classement, et c’était un soulagement de le mettre enfin derrière moi.

Octobre a vu la fin du plus grand projet du blog, le Tour des Départements. Je n’ai toujours pas les bons mots pour la combinaison de joie et de tristesse qui va avec cette fin. Vous les lecteurs ne voyez que les produits finaux. Pour moi, ne plus visiter le site du Guide Vert presque tous les jours sent l’état de manque. ([C’est pourtant rien par rapport à ses cris pour du nougat de Montélimar. — M. Descarottes])

Et bien sûr, il y avait les pertes personnelles. Mon amie Pascale me manque tous les jours, et je ne suis toujours pas guéri du choc de la mort de M. Descarottes. Hier, j’ai posté la pub suivante dans le groupe privé de l’OCA dans l’espoir que l’on pourra profiter du bol de rechange que je gardais, ou de sa cage :

Capture d'écran d'un post sur Facebook avec des photos de la cage, d'un bol neuf, et d'un sac de nourriture.

Mais cette année a aussi vu des points forts. La tarte aux figues de Claire Heitzler et la tarte tropézienne de Yann Couvreur seraient les meilleurs desserts de n’importe quelle année du blog. Le bokit (et la poudre à colombo) était exactement le plat bon marché que je cherchais au fil du Tour, et la pièce de bœuf sauce Roquefort de Chez Gégène vient d’apparaître dans le bulletin de l’OCA en tant que ma recette pour deux pour la Saint-Valentin. (Je ne recommande que personne planifie un dîner romantique sur ma parole.)

Et parlons du bulletin — est-ce qu’il y a même une personne qui aurait deviné que je prendrais en charge la responsabilité d’écrire une publication de 30 pages tous les deux mois pour une association francophone ? Je ne le crois toujours pas moi-même ; pourtant, quand j’ai vu la demande originale en mars, j’ai tout de suite su que j’étais la bonne personne pour le poste. Et j’ai des nouvelles à cet égard — à partir de janvier, je ferai enfin partie du bureau et assisterai aux réunions, exactement comme j’avais espéré. Ne me demandez pas comment — peut-être qu’il y a eu des conversations dans les coulisses, mais je ne sais rien.

N’oublions pas le voyage à Montréal de l’été. J’aurais préféré que ce soit juste moi et La Fille, mais nous y avons passé de bons moments, surtout rencontrer enfin Anne-Marie, première abonnée du blog !

Côté musique, le nouvel album d’Indochine est arrivé et parti sans faire grand-chose chez moi. (Mon article sur « The Salingers », en revanche, c’était très populaire.) Mais 2024 a aussi vu deux de mes découvertes préférées, Sandrine Mallick et Nicolas Moro. Je les écoute quotidiennement même après des centaines de fois pour « Swing à La Villette ».

Je n’ai lu que 3 livres en français cette année : Le jour où je me suis convertie, par Claire Koç, qui a suscité la polémique, ainsi qu’autre chose, PluriElles, par Céline Kokkomäki — ma recommandation la plus forte de l’année, et Outsphere 3 : Réligions, par Guy-Roger Duvert, toujours mon auteur préféré. Backup ne compte pas, car lu en anglais. J’espère que la grande nouvelle de 2025 à cet égard sera la publication du livre du Tour — en quelques mois, je serai à la recherche de correcteurs pour lire environ 10-15 pages chacun. Je ferai mon tout pour le sortir avec une vraie édition, parce que je crois — égocentrique que je suis — que ça méritera mieux que disparaître parmi les millions d’auto-édités.

C’est ici où je finis habituellement en me plaignant que l’article le plus populaire du blog reste celui sur la fois où j’ai failli me faire avoir par un brouteur. Mais cette année, ce n’est plus le cas — quelle que soit la raison, je ne suis plus le maître des brouteurs en formation. En fait, cet article ne fait même pas partie du top 10 :

Top 10 des articles cliqués sur Google, dont les blagues de la semaine, ma critique du livre de Claire Koç, et la règle de 666, les trois mesures d'un homme exigés par les américaines

Je suppose que je suis toujours le Balzac des fausses relations, vu que l’article le troisième plus populaire se traite des attentes irréalistes des américaines. Mais ne vous inquiètez pas, les internautes sont devenus plus effrayants que jamais. Ce qu’ils recherchent, ça me dégoûte :

Des top 20 recherches, il y en a 4 sur la vie personnelle de Claire Koç et son mari, et une sur « Jeanne Added vie privée », alors que les brouteurs sont tombés en 20e place. Bien sûr, je suis ravi que les blagues soient devenues une destination importante pour les internautes, mais mes articles sur les femmes nommées sont strictement sur leur travail. Je suis heureux de voir que certaines recettes obscures ont attiré de l’attention, le frescati et les macarons de Boulay, mais je trouve cette tendance écœurante. En plus, si je vais être lié avec une chanteuse comme ça, elle sera Julie Zenatti, Véronique Sanson, ou personne. Non, mais je n’écris pas sur elles de cette façon non plus.

Hélas, on ne peut pas choisir le moyen de sa renommée. Mais je vous apprécie chacun et tous, et j’essaie de ne jamais vous faire perdre du temps — je reste reconnaissant pour chaque moment que vous passez chez moi. Merci de votre confiance, merci de m’avoir lu en 2024, et on se reverra en 2025 !

La Gauloise ratée

Comme je vous ai récemment dit, aux États-Unis c’est pire d’être juste soupçonné d’avoir fumé une cigarette que de maltraiter les « petits gens » (on dit en anglais « little people » ; peut-être qu’il y a une expression plus courante pour ce que je veux dire — ceux qui ne sont pas prestigieux). Ceci n’est pas une apologie pour le tabac, mais il y a tant d’hypocrisies sur le sujet que ça va peut-être donner la mauvaise impression aux lecteurs nord-américains. Alors juste pour être clair :

Je n’ai jamais rien fumé, soit une cigarette soit un cigare soit de la marijuana. (Pour des raisons dégoûtantes, cette dernière passe crème en Californie.) Même chose pour le tabac à priser, la snus, quoi que ce soit. Je ne l’encourage pas non plus et ma fille a certainement entendu ce message de ma part. (Il est possible qu’elle soit plus stricte que moi ; à voir si ça continuera.)

En 1921, l’une des plus grandes chaînes de stations-service aux États-Unis a été fondée, Pep Boys (lien en anglais). Leurs pubs étaient célèbres pour les dessins des fondateurs, Manny, Moe, et Jack, toujours avec un cigare dans la bouche de Manny, qui fumait dans la vraie vie. Voici un exemple :

Publicité de 1937 qui montre des dessins des 3 fondateurs de Pep Boys
Publicité des Pep Boys de 1937, domaine public

Mais en 1990 (lien en anglais), Manny a perdu son cigare à jamais :

Logo de Pep Boys de 1990, où le cigare de Manny a été supprimé
Pep Boys logo de 1990, CC BY-SA 3.0

En 1997, on a ouvert un mémorial au deuxième président Roosevelt, celui de la Seconde Guerre mondiale. Sa statue n’avait aucune cigarette, malgré le fait que toute photo de lui montre une cigarette à la main.

Statue du président Franklin Roosevelt à Washington, D.C.
Statue du président Franklin Roosevelt, Photo par JohnEditor132, CC BY-SA 4.0

En 1998, le gouvernement de l’État de Californie a interdit de fumer partout dans les bâtiments — les restos, les arènes, les bars, etc. Pas les immeubles, mais avec du temps, la grande majorité l’ont banni en plus — et il m’énerve sans cesse que les gérants réagissent immédiatement à tout rapport d’une cigarette, mais si ses voisins font la fête jusqu’à 2h du matin tous les jours, tant pis.

En même temps, ce même gouvernement — je parlé de Californie seulement, pas le fédéral à Washington, D.C. — a décidé qu’il voulait vraiment être le partenaire silencieux des entreprises du tabac. Les impôts sur un paquet de cigarettes, anciennement 0,37 $ le paquet, ont été presque triplés, jusqu’à 0,87 $ :

Capture d'écran d'un tableau qui montre tous les impôts sur les cigarettes en Californie
Source

À l’époque, cette augmentation était censée payer les coûts des maladies liées au tabagisme. Mais au fil du temps, on disait, « Pourquoi pas forcer les fumeurs à payer tout ce que l’on veut — les EHPAD, les dentistes, le sida, quoi que ce soit ? » Alors en 2017, on a voté une augmentation de 2,00 $ le paquet, un autre triplement des impôts. Et parce que l’on s’en fout du fait que c’est un impôt sur les citoyens les plus pauvres, au-delà de moi, qui le trouve injuste, personne ne se plaint de la hausse des revenus.

Capture d'écran d'un graphique qui montre les revenus annuels de l'État venant des impôts sur les cigarettes
Source

Je ne vous dis pas ça pour vous ennuyer avec des chiffres, mais plutôt pour vous montrer qu’à partir des années 90, il devenait de moins en moins acceptable d’être vu en public avec des cigarettes ou autour de fumeurs. Et que de nos jours, on peut leur faire tout et n’importe quoi.

C’est ça le contexte pour avouer quelque chose qui me dérange depuis 30 ans déjà. En 1995, il y avait une élève française à ma fac, là pendant une année pour un séjour linguistique. Comme toujours, je garde la confidentialité de toute personne mentionnée sur ce blog, alors je ne mentionnerai pas son nom, mais je l’ai vite trouvée sur les réseaux sociaux, ce qui a confirmé que je n’avais rien imaginé.

On vivait dans le même dortoir. Je savais exactement qui elle était, car la fac n’était pas grande, et toutes les rentrées, les universités avaient l’habitude de publier ce que l’on appelle un « facebook » — un livre avec tous les noms et photos des nouveaux élèves. (Maintenant vous savez d’où le nom du réseau de M. Zuckerberg.) Pourtant, je ne lui ai jamais une fois dit bonjour. Pourquoi ?

Parce que tous les jours, je la voyais dans la cour du dortoir, une cigarette à la main, en train de fumer. Et j’avais bien adopté les nouvelles mœurs du pays, selon lesquelles les fumeurs étaient — et restent — à un pas des lépreux.

Je ne m’intéresse pas du tout aux cigarettes, mais je me demande parfois ce qui se serait passé si j’avais dit bonjour à la gauloise avec la Gauloise.

Les animaux gèrent le zoo

J’aime écrire certains billets afin de faire plaisir à des lecteurs particuliers, et la bonne personne saura pour qui celui-ci a été écrit. Mais je crois que le reste d’entre vous trouvera celui-ci à la fois hilarant et énervant, et que vous apprendrez quelque chose en même temps. Ce qui suit est basé en partie sur mes propres observations, et en partie sur le seul acte de journalisme jamais commis par le magazine The New Yorker, Pets Allowed par Patricia Marx, écrit en 2014.

En 2005, Paris a détruit les dernières mœurs communes au public américain. Je veux dire Mme Paris Hilton, qui refusait d’obéir les règles autour des chiens dans les centres commerciaux. Elle avait l’habitude de garder un tout petit chien dans son sac à main. Les règles interdisaient les animaux de compagnie partout à l’époque, mais elle était l’héritière de la fortune des hôtels Hilton, et personne ne voulait vraiment la croiser.

Il faut comprendre que pendant toute ma vie, les animaux d‘assistance n’ont jamais été interdits nulle part. Un chien de service aux aveugles doit porter un gilet qui l’identifie clairement, et ça donne le droit d’entrer n’importe où — les avions, les restaurants, les supermarchés, etc. En revanche, leurs maîtres doivent porter des documents officiels qui prouvent que l’animal a été dressé pour ce but. Mais avec l’arrivée de Mme Hilton, plus personne ne voulait respecter ces règles.

Ici entre « l’animal de soutien émotionnel » (j’écrirai ASE pour animal de soutien émotionnel).. Il y a une catégorie légale pour ça, mais les bienfaits sont censés être très limités par rapport aux animaux d’assistance. Selon Mme Marx, deux lois américaines mentionnent les ASE. La loi dite « Fair Housing Act » (Logement équitable), dit qu’un tel animal à le droit de vivre dans les logement qui interdisent tout autre animal de compagnie. La loi dite « Air Carrier Access Act » (Droit d’accès aux transports aériens) donne un droit pareil dans les avions. On est censé avoir une lettre d’un docteur qui établi le besoin pour ces animaux.

Avant de continuer, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? Parce que j’ai passé mon dîner de Thanksgiving avec un chien de 50 kg à la table voisin dans le resto, qui ne portait aucun gilet identifiant — car animal de compagnie — malgré le fait que des panneaux comme celui-ci étaient partout. Ça dit « Bienvenue à South Coast Plaza. Pour la santé et sécurité de tous nos clients, on a une politique d’interdire les animaux de compagnie. Les animaux d’assistance dressés pour aider les handicapés sont les bienvenus. Les ASE ainsi que les animaux de compagnie sont interdits. »

Panneau avec la politique contre les animaux de compagnie.
Photo ©️Justin Busch, 2024.

Après le règne de notre reine Paris I Hilton, on a commencé à voir tout genre d’animal partout. C’est pour ça que Mme Marx a décidé de tester les limites les plus outrées. Voici sa première expérience (traduite par moi), où elle apporte un animal au musée Frick, l’un des musées d’art les plus prestigieux de New-York :

Le premier animal que j’ai testé était une tortue de 7 kg qui faisait 33 cm de longueur. Je l’ai attachée à une laisse pour lapins à laquelle j’ai agrafé un insigne d’ASE en tissu.

« Billet pour une, s’il te plaît », ai-je dit à la femme au guichet. « Un moment », dit-elle. « Laisse-moi trouver quelqu’un ».

« Oh mon Dieu », dit un vigile à un autre. « Cette dame a une tortue. » Un autre vigile a apparu.

« Non, non, non. Il ne peut pas entrer. » dit-il.

« C’est un ASE », ai-je dit.

« Nan », répondit-il.

« J’ai une lettre. »

« Tu as une lettre ? Laisse-moi la lire. »

Après ça, un deuxième vigile lit la lettre, puis elle est autorisée d’y accéder avec la tortue. Puis, elle procède à faire entrer la tortue dans une boutique de Christian Louboutin, E.A.T., un restaurant-traiteur, un salon de beauté — où la tortue reçoit une pédicurie, et même La Maison du Chocolat.

Puis elle fait la même chose avec un serpent dans une boutique de Chanel, deux dindes dans un bus et chez Katz’s Delicatessen, un resto célèbre, et pour son chef-d’œuvre, un aller-retour en avion avec un cochon jusqu’à Boston. Honnêtement, si vous pouvez bien comprendre l’anglais, je recommande fortement son article, qui montre les profondeurs de l’absurdité au nom d’accueillir ces faux animaux d’assistance.

Je dois avouer que je n’ai jamais vu aucun animal exotique comme ça aux restos ou dans les centres commerciaux ici. C’est toujours juste les chiens, mais presque jamais de vrais chiens d’assistance. Je le sais parce que les vrais portent toujours leurs gilets et ne dérangent jamais personne. Le chien à côté de moi pour le Thanksgiving ? Pas dressé du tout.

Mais tel est l’enjeu aux États-Unis. Parce qu’une femme riche s’en est foutue des règles il y a deux décennies, il y a des chiens partout dans des espaces où personne ne croyait qu’ils avaient le droit d’aller, aidés par la lâcheté des gérants ici et là, qui préfèrent faire semblant de croire qu’ils sont peut-être des chiens d’assistance. Et en résultat, presque plus personne ne croit aux gilets qui disent « animal d’assistance », car tout le monde croit qu’il s’agit juste des animaux de compagnie.

Sonic 3, le film

Pendant des décennies, mon choix pour le meilleur film de tous les temps, toutes langues confondues, était Le troisième homme, film noir britannique avec Orson Welles et Joseph Cotten, les deux jouant aussi dans mon choix pour la deuxième place, Citizen Kane. La Grande vadrouille, en haut de mon classement français, est en troisième place. Au moins, tel était le cas avant Noël matin.

La Fille et moi sommes allés au ciné pour regarder le sommet du septième art, le troisième volet de la série de films de Sonic le hérisson. C’est ici où il faut avouer qu’au-delà du tout premier jeu, joué parfois chez un ami avec une Sega Genesis, je n’ai jamais touché aucun jeu de la série Sonic. Il était une fois, on était un fan de Nintendo ou un fan de Sega, et pas l’autre. Et pour moi, c’était le choix le plus évident au monde — le côté avec Mario, Zelda et Samus.

Il n’est pas un secret bien caché que les films basés sur les jeux vidéo ont une très mauvaise réputation. En partie, c’est la faute aux allemands. « Oh, Justin », vous me dites, « y a-t-il quelque chose pour laquelle vous ne vous prenez pas aux allemands ? » Pas vraiment, non, mais dans ce cas, c’est car ils sont extrêmement généreux avec des crédits d’impôts si on tourne un film chez eux. On peut sortir de gros navets tournés en Allemagne en s’assurant d’un bon salaire avec les meilleurs vœux des contribuables allemands — demandez à Messrs Uwe Boll et Paul W.S. Anderson, tous les deux experts en cambriolant les allemands lambdas.

Mais même les japonais n’ont jamais montré la moindre compétence à cet égard pendant des décennies. Le film des Super Mario Bros. de 1993 est parmi les pires au monde entier — je préférerais regarder à nouveau Les Visiteurs : La Révolution, le pire navet de mon classement français, plutôt que visionner Super Mario Bros. encore une fois. Street Fighter ? Une catastrophe. Lara Croft ? 20 % sur Rotten Tomatoes.

Puis Sonic, le film est arrivé en 2020. La Fille et moi sommes allés le voir juste avant le Covid. Je ne m’attendais à rien — aucun prédécesseur n’a mérité la confiance — mais les bandes-annonces étaient amusantes, et il me semblait que ce serait une introduction pas trop sévère à la déception. Mais elle a dû me dire encore et encore, « Arrête, tu ris trop fort ! », et c’était le meilleur film d’un jeu vidéo de ma vie. Les choses avaient tant améliorées, en 2023 je pouvais vous dire que le nouveau Super Mario Bros. était « le Citizen Kane du Royaume Champignon ». Et je ne plaisantais pas — à ce point, c’était de loin le nouveau meilleur film basé sur un jeu vidéo, ainsi que bon en soi.

Photo de moi au centre d'un anneau du film en carton, qui sert en tant que porte au hall du ciné.

Ne connaissant pas les jeux de Sonic, je regarde ces films comme n’importe quel autre membre du public. C’est pourquoi j’étais si impressionné par les deux premiers — pleins de références aux jeux, bien sûr, mais le premier était un film de potes du premier rang, et le deuxième était simplement la comédie la plus hilarante que j’ai vue en anglais depuis 12 ans (RED).

Sonic 3 est un triomphe pour Jim Carrey au même niveau que The Mask ou Ace Ventura, détective chiens et chats. Il joue également le docteur Robotnik (le méchant des jeux vidéo) ainsi que son grand-père, Gérald — et s’il jouait anciennement le docteur Robotnik comme ses autres personnages comiques, cette fois, il réussit le défi de jouer deux membres de la famille comme ayant des traits similaires, mais leurs propres personnalités, souvent sur l’écran en même temps. Où le docteur Robotnik était souvent un clown, Gérald est un maniaque meurtrier qui veut tuer le monde entier. C’est la différence entre le Joker de la série Batman à la télé des années 60 et le Joker du deuxième film Batman de Christopher Nolan. Jean Marais aurait tellement apprécié ces deux rôles par un acteur dans le même film.

L’autre nouveau méchant, Shadow, est aussi un personnage complexe. Il est en colère contre tout le monde, mais c’est un monde qui l’a traité de monstre dès son arrivée, et qui a tué la seule personne qui est devenue son amie.

Avec beaucoup de personnages des jeux sur l’écran, les êtres humains inventés pour les deux premiers films reculent en second plan. Mais même là, ils sont utilisés à bon escient et leur vie reste en jeu.

Comme toujours avec des films de science-fiction, il ne faut pas demander des questions sur certaines choses — les hérissons, comment peuvent-ils parler et courir si vite ? Mais ce sont tous des personnages bien réalisés, une histoire où la fin n’est pas inévitable et on perd un personnage bien-aimé des fans, et en plus, il reste une comédie écrite à très haut niveau (au moins en anglais). Est-ce vraiment numéro un dans mon classement ? Non, Messrs Welles et de Funès et Bourvil ne vont nulle part. Mais est-ce que ça porte ma recommandation la plus enthousiaste ? Absolument.

La baguette magique de Noël

Il n’y a pas de bûche de Noël cette année sur Un Coup de Foudre. Pas comme l’année dernière, il n’y a pas d’échec derrière ce choix. C’est largement qu’entre le décès de M. Descarottes et tomber malade, je n’ai pas eu le temps pour concevoir quelque chose de nouveau. J’ai fait des cookies pour le Père Noël, selon la tradition américaine et une recette de Péla à paraître ici plus tard, mais aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire de Noël. La Fille est la fille en question ; peut-être que je suis le père en question, mais comme mon ex vous disait encore et encore, je n’ai jamais rien fait pour personne, alors c’est probablement un autre père d’un univers parallèle qui est le responsable.

Il était une fois, plus particulièrement en 2016, il y avait une chaîne d’émissions pour les petits enfants, dit Disney Junior, qui ne montrait que des émissions de qualité avec des buts educatifs ainsi qui des buts de divertissement. Je sais, de nos jours, il y a une chaîne de basse qualité portant le même nom qui ne diffuse que du bazar sans rien enseigner, mais c’est pourquoi ceci est un conte. La Disney Junior de 2016 était un atout inestimable, avec La Maison de Mickey, Princesse Sofia, Miles dans l’espace, et pour nous le plus imporant, Jake et les Pirates du Pays imaginaire. Dans cette dernière émission, il y avait un personnage qui apparaissait de temps en temps, la Princesse Pirate. Ce personnage portait une baguette magique dite la « Rainbow Wand », la Baguette Arc-en-Ciel. Voici une image dont les droits sont à Disney, mais c’est important pour ce qui suit :

La Baguette Arc-en-Ciel de l'émission Jake et les Pirates du Pays imaginaire
Image du site Fandom qui revendique le droit de la distribuer sous CC-BY-SA 3.0, mais j’ai mes doutes

Vous pouvez voir que cette baguette ressemble fortement au genre d’épée dit une rapière, mais il n’y a pas de lame proprement dit, et au lieu d’un point à sa fin, il y a un joyau coloré aux sept couleurs de l’arc-en-ciel (pas toutes visibles ici).

Le centre commercial South Coast Plaza a des visites du Père Noël pendant tout décembre chaque année, et les enfants peuvent lui écrire des lettres en plus. Quand la fille de notre histoire a écrit sa lettre, le père pensait qu’il allait faire une crise cardiaque :

Lettre au Père Noël écrit en 2016 -- le texte suit dans l'article.

La lettre dit :

Chère Père Noël, Je me suis comporté bien. Tu es le meilleur Père Noël. Je t’aime. Tu es super. Baguette Arc-en-Ciel de la Princesse Pirate.

La Princesse Pirate était une très puissante sorcière mais ne faisait pas beaucoup d’apparitions dans la série de Jake, alors il n’y avait aucun jouet lié à elle. Que faire ?

Le père a apporté ce problème à un groupe de discussion en ligne auquel il appartenait. On lui a suggéré : « Tu es doué en logiciels, n’est-ce pas ? Pourquoi pas créer un modèle et l’avoir fait avec une imprimante 3D ? » Ah, super, il était certain que ce serait hyper-facile — non, pas vraiment. Mais il s’est avéré qu’il pouvait jouer en ligne gratuitement avec un logiciel d’Autodesk dit Tinkercad. Avec ça, après quelques jours d’efforts, il a produit deux dessins — un pour la baguette, et un deuxième pour le joyau. Il ne voulait pas les combiner, car il n’était pas certain que ça marcherait très bien. Voici les dessins :

Son dessin n’avait pas l’aspect mince de la baguette originale, mais toutes les parties étaient visiblement là, surtout la garde pour la main. Puis, le père à soumis ses dessins à plusieurs services de fabrication pour trouver le moins cher. Deux semains plus tard, voici ce qui est arrivé dans sa boîte à lettres :

Puis le père a acheté un coffre au trèsor dans un magasin de bricolage, et a dû teintre le bois lui-même. Vous pouvez voir que le type n’était pas trop doué :

Mais la veille de Noël, tout était prêt :

Le coffre de trésor rempli avec des cacahuètes d'emballage en polystyrène et les deux parts de la baguette

Pour expliquer la situation, il a crée une lettre du Père Noël pour aller avec. C’est beaucoup trop long à traduire, mais l’important, c’est qu’elle dit en partie que les meilleurs sorciers, tels que Merlin ou des personnages de l’émission, fabriquent leurs propres baguettes, alors elle doit la peintre. Je ne plaisante pas :

Lettre du Père Noël à la fille en question

La lettre promet en plus qu’elle sera aussi lutin honoraire une fois elle finira sa tâche. Voici quelques vues du produit final :

Et la fille est enfin devenue lutin honoraire :

Certificat de lutin honoraire créé par l'auteur du blog

Malheureusement, les colles utilisées pour assembler les deux parts de la baguette ensemble n’ont jamais été très efficaces, alors la baguette est encore une fois en deux parts de nos jours.

Mais quelle histoire, hein ?

Cadeaux de Noël

Je vous ai fait une promesse au début de la semaine que je vous montrerais les cadeaux de Noël pour La Fille. Il s’avère que je ne peux pas vous montrer le tout, car certaines choses ne sont pas encore livrées — mais c’est une super opportunité pour me plaindre d’Amazon.

Mais d’abord, un mème que j’ai vu hier, qui convient très bien au sujet :

Photo d'un camion de livraison de Chronopost avec la légende « Chronopost va se lancer dans la livraison de colis. L'entreprise spécialisée dans la distribution d'avis de passage va se diversifier en livrant les colis qui lui sont confiés ».
Source

On pourrait remplacer le camion de Chronopost par un de FedEx et surtout d’UPS aux États-Unis, et la blague tomberait également fortement aux oreilles américaines. Personne ne m’a jamais donné une explication logique de ce phénomène, bien qu’il y ait des milliers de fils sur, par exemple, Reddit. C’est aussi le cas que DHL, n’a jamais, même pas une fois, fait pareil pendant toutes mes expériences chez eux.

Au fait, je n’ai jamais compris quelle est la différence entre Chronopost et Colissimo. Les deux sont également des services du Groupe La Poste, pour autant que je puisse trouver sur Wikipédia.

Alors, Amazon. Ils ont l’habitude énervante de facturer non pas selon la vitesse, mais selon la date de livraison. Si on achète des trucs de leur part qui arriveraient « trop vite », ils retarderont simplement le départ du colis. J’ai commandé beaucoup de trucs chez eux le 17 (j’avais une raison pour patienter, je vous jure, mais une histoire longue et peu intéressante). Voici toute l’histoire du premier colis, le seul à arriver :

Capture d'écran du trajet du colis -- parti de San Diego à 23h et livré vers 16h le lendemain.

Il est parti de San Diego le 19 — à environ 130 km au sud de moi, ou comme on dirait, 80 miles — et a été livré le 20.

Au fait, mon dictionnaire Oxford est hyper- condescendant et pense que vous n’êtes pas capables de comprendre le mot « miles ». Ne me croyez pas sur parole ; voici l’entrée :

Capture d'écran du dictionnaire bilingue Oxford, qui montre des exemples convertis en kilomètres à chaque fois.

En quelque sorte, de plus petits vendeurs étaient capables d’expédier mes colis le 17 :

C’est pas la FNAC ici.

« Assez, Justin ! » vous me dites. « C’est quoi dans tous ces colis d’enfer ? » Bonne question, je ne m’attendais pas à ce que vous la posiez ! Ce sont tous les enregistrements de Weird Al Yankovic, notre trésor national des parodies depuis 40 ans déjà. Avec deux exceptions — son album Straight Outta Lynwood, car nous l’avons déjà, et son album Poodle Hat, disponible nulle part malgré étant sorti en 2003, beaucoup plus récemment que 4 des 6 albums dans la photo suivante :

Photo de 6 des 12 albums que j'ai commandés

Ne me dites pas « Mais vous pouviez juste les acheter sur iTunes » — je le sais, mais j’insiste sur être le propriétaire de ce que j’achète. Et elle va avoir de meilleure qualité quand je les copie tous dans un codec sans pertes.

Elle le sait déjà, car nous étions ensemble quand les billets ont été mis en vente, mais on va voir Weird Al en concert l’année prochaine. J’aime trouver des liens entre ses cadeaux et des choses à venir autant que possible, pour monter le niveau d’enthousiasme. Comme mon ex vous dirait, ça me montre un mauvais père car je la taquine en lui rappelant l’attente. Mais c’est la même personne qui dit que je respire « de façon SINISTRE ». Le Dark Vador de la Farce, c’est bien moi !

Mais l’autre chose, c’est quelque chose dont je suis vraiment fier. D’habitude, je n’achète rien que je vois dans une pub, afin de ne pas fournir des infos utiles, mais pour cette chose que j’ai vu sur Facebook, ça valait la peine (j’ai quand même quitté Facebook pour faire l’achat dans tout autre navigateur). De quoi s’agit-il ?

Capture d'écran qui montre douze porte-clés en forme des manettes de 5 consoles différentes
Capture d’écran (lien en français)

Ce sont des porte-clés en forme de manettes de plusieurs consoles de jeux vidéo de Nintendo, de la Famicom des années 80 jusqu’à la Nintendo 64. D’habitude, il faut voyager chez Nintendo à Kyoto pour les acheter. Mais grâce au site Meccha-Japan, on peut les commander, impossible de faire directement de chez Nintendo. Le seul problème, c’est que l’on n’a pas le droit de choisir quel porte-clé on va recevoir. J’en ai donc commandé deux dans l’espoir qu’au moins un d’entre les deux ne serait pas la saloperie du centre du deuxième rang. Ce petit bâton me faisait mal aux mains ! Je ne voulais vraiment pas son voisin à droite, avec le bouton jaune, mais même ça, ce serait mieux.

Voici ce que j’ai reçu il y a 3 semaines :

Photo de deux porte-clés manette dans leur emballage d'œuf en plastique.

Mince, le voisin à droite est là ! Mais aussi un petit joyau de la NES, nom nord-américain de la Famicom. Vous voyez les voir de plus proche, je le sais. Voilà :

Photo des deux porte-clés enlevés de leur emballage. C'est facile de les remettre là-dedans.

Je vais lui présenter les deux, et elle pourra choisir celui qu’elle préfère.

Alors, voilà, c’est mon plan maléfique pour Noël. Pardonnez-moi, mais je dois m’en aller maintenant pour faire tournoyer ma moustache de méchant. (C’est invisible, mais ne vous y trompez pas.)

Quand il pleut…

…ça se déverse. Telle était la traduction que j’ai découverte il y a trois ans pour un dicton américain, « when it rains, it pours ». Ça veut dire que les maux n’arrivent jamais un à la fois. Hier n’était que pour notre pauvre M. Descarottes — j’ai un sac de carottes à moitié vide, et il me fait pleurer à chaque fois où j’ouvre le frigo. Alors j’aimerais vous remercier tous pour les nombreux mots gentils reçus ici hier. Vous êtes vraiment les meilleurs. ([Vous voyez ? Je suis une star. — M. Descarottes})

Mais ce n’était pas la seule mauvaise chose à m’arriver hier, même si de loin le pire. Je vous ai mentionné que mon ex a une autre fille. Pour être clair, je n’ai rien contre cette petite. Mais je suis sûr qu’une chose qui arrive ici tout le temps arrive également en France — quand un enfant tombe malade à la maternelle, les parents ne le garde à la maison, alors tous les enfants tombent malade. Je ne veux pas trop blâmer les autres, mais si je n’allais pas avoir un autre enfant, j’aurais au moins aimé que cette partie de ma vie reste au passé. Grâce à la petite, et le fait que La Fille change de maison toutes les deux semaines, c’est mon présent. (Il y a un super calembour en anglais pour cette dernière phrase qui ne marche pas du tout en français — « present » veut dire également « présent » et « cadeau ».)

Ne me croyez pas sur parole, que c’est la faute à la petite — sa famille vient d’annuler un voyage ce week-end car ils sont tous tombés malade. Mais ma fille m’avait dit que sa sœur était malade la semaine dernière.

Cependant, je l’ai pris plus cher que les autres. Je tousse sans cesse si fortement que je me suis fait des élongations à tous les muscles autour du ventre. Respirer fait mal, et les toux aussi.)

Alors désolé de ne pas avoir quelque chose de plus intéressant pour vous aujourd’hui. Mais comme par hasard, le billet où j’ai trouvé le dicton avait aussi le meilleur dessin du Canard pour cet instant. Je le partage à nouveau :

C'est un dessin intitulé « Retour de la grippe aviaire » où une dinde dit « j'étais si contente d'avoir échappé aux marrons. »

Et juste pour ne pas fâcher Le Canard, je mets à la une un mème du même billet :

C'est un mème qui dit « Film : il faut sauver la monde ». Puis il y a une photo avec la légende « Le monde » qui montre une carte avec seulement les États-Unis.

M. Clover Descarottes, 2019-2024

Quand M. Descarottes était chez la vétérinaire il y a des mois pour ses dents, j’ai pris rendez-vous pour mardi 17. Plus de 5 ans, il arrive souvent que les cobayes ont besoin de tout genre d’intervention. Je vous en ai parlé en septembre quand son examen annuel n’est pas bien allé. Mais avec une intervention trois semaines plus tard, il a gagné à nouveau son appétit, et avait même grossi de 200 grammes le temps que mardi ne soit arrivé.

M. Descarottes à ses 2 ans​
M. Descarottes à ses 2 ans

Important à savoir, il a subi une radiographie en même temps que l’intervention en septembre. Au-delà des problèmes des dents et de l’arthrite, il semblait que tout autre chose allait bien.

Pendant les trois dernières semaines, il avait commencé à nouveau avoir des problèmes de manger les carottes. Mais vu ce que j’avais entendu chez la vétérinaire avant, je croyais que c’était probablement ses dents encore une fois. Le rendez-vous de mardi s’est passé, la vétérinaire croyait aussi que c’était juste une question des dents, et on a pris un autre rendez-vous pour jeudi matin. Je l’ai laissé au cabinet vers 7h15, et à 11h15, j’ai reçu un appel pour me dire que la chirurgie a fini, et que j’allais pouvoir le récupérer vers 14h30.

À 12h30, j’ai reçu un autre appel. Après s’être réveillé, il avait commencé à courir comme d’habitude quand tout à coup, il s’est arrêté, et il est devenu très difficile pour lui à respirer. La vétérinaire voulait lui donner une autre radiographie

15 minutes plus tard, j’ai reçu les nouvelles horribles. Selon la vétérinaire, ses poumons étaient complètement noirs dans l’image. Elle croyait que c’était un cancer de poumon, mais dans n’importe quel cas, il ne survivrait pas la semaine. Elle m’a dit d’y aller le plus vite possible.

La Fille passait ses examens de fin d’année cette semaine. Hier était le dernier jour des examens, et elle est sortie de l’école des minutes après que j’ai entendu les nouvelles. Mais à partir de mercredi, elle était chez sa mère, alors j’ai dû lui parler.

Mon ex a une autre fille avec son nouveau mari, ce qui est son affaire. La seule raison pour laquelle je la mentionne, c’est qu’elle a dû aller chercher cette fille à son école, alors j’étais de loin le premier à arriver chez la vétérinaire :

Photo de Baker-Bristol Pet Hospital, le cabinet de la vétérinaire
L’hôpital pour animaux Baker-Bristol

Le docteur Kumar est diplômée de l’une des meilleures universités du pays, l’Université de Pennsylvanie. Je n’ai que de bonnes choses à dire à propos d’elle. Il faut savoir que presque personne n’accepte les cobayes en tant que patients ici, et je me compte vraiment chanceux de l’avoir découverte il y a 7 ans, pour le premier Clover.

Ce qu’elle m’a dit, c’était qu’en se réveillant, M. Descarottes avait l’air en forme, et il avait commencé à courir autour de sa cage. Mais après une heure, tout à coup, il s’est effondré et a eu de gros problèmes de respiration. En pensant à nouveau à la situation, elle m’a dit que c’était peut-être un caillot de sang entré dans le poumon. Je ne suis pas sûr si elle voulait dire qu’elle avait tort quant au cancer où si le caillot était en conséquence d’un cancer. Je ne sais pas.

En allant vers le cabinet, j’ai tout dit à mon amie F, la personne la plus rassurante que je connais. Ça m’a beaucoup aidé à garder mon sang-froid jusqu’au moment de mon arrivée.

Il était dans un état horrible, presque dégonflé. Il ne couinait plus, et c’était tout ce qu’il pouvait faire d’essayer de lever la tête. Ça n’a pas bien marché du tout. Je me suis assis à côté de lui, et je l’ai caressé pendant une demi-heure. À 14h02, il n’a plus bougé et j’ai su.

La Fille est arrivée 10 minutes plus tard. Elle est bien traumatisée car elle n’était pas là pour son animal de compagnie. Ce n’était pas du tout sa faute. J’ai le cœur brisé pour les deux.

Je ne sais pas ce que je ferai quant à ses apparitions ici. Je sais qu’il est bien-aimé de vous tous, à partir de son explication de ses animaux de compagnie jusqu’à son effort de prendre la place des malheureux de Matignon, en passant par sa recette de gâteau aux carottes et sa recette de foin en poudre. Il n’a jamais perdu son Nord, car si on est honnêtes, l’aiguille d’une boussole ressemble plutôt fortement à une carotte. Je lui en ai donné à manger la veille de cette intervention, et toutes avaient disparu quand je l’ai vu le matin pour aller chez la vétérinaire.

Il sera enterré dans le cimetière d’animaux de compagnie ici, avec notre premier cobaye.

Douleur

On va parler aujourd’hui de quelque chose de personnel. Je reçois parfois des commentaires genre « Dites-donc, si vous me laissez un commentaire à 11h du matin, il est 2h du matin chez vous, Justin. Qu’est-ce qu’il y a ? »

En novembre 2016, j’étais entraîneur de l’équipe de foot de ma fille, quelque chose que j’avais fait depuis trois ans déjà. Mais ce que je ne savais pas à ce moment-là, c’était que j’étais sur le point d’aller en enfer. Je dirigeais les filles lors des exercises avant un match, quand tout à coup j’ai ressent un mal au dos tel comme je n’ai jamais connu de la vie.

Je n’ai rien fait de mal ce jour-là. L’orthopédiste m’a dit plus tard que le disque dans ma colonne vertébrale se dégradait depuis longtemps. C’était juste ma chance que c’était la fin. On y reviendra.

Aux États-Unis, il y a une entreprise qui s’appelle Despair, Inc. (Désespoir), qui vend des affiches « démotivateurs ». Ce sont des parodies, mais je les trouve souvent plus proche de la vérité que tout autre chose. Voici deux de mes préférées ; la première est juste là pour être drôle, l’autre nous aidera à finir l’histoire.

Affiche qui montre un ours qui pêche un saumon d'une rivière, avec la légende : « Ambition : Le trajet de mille kilomètres se termine parfois très mal ».
Ambition : Le trajet de mille kilomètres se termine parfois tres mal
Affiche qui montre un bateau en train de couler avec la légende : « Erreurs : Peut-être que le but de votre vie est de servir en tant qu'avertissement aux autres ».
Erreurs : Peut-être que le but de votre vie est de servir en tant qu’avertissement aux autres

Qu’est-ce que les affiches ont à voir avec notre histoire ? La première, rien — c’est juste que je le trouve drôle, sauf pour le saumon. Mais la deuxième, c’est la vraie nullité.

Depuis le moment où le fichu disque s’est effondré, j’expérimente ce que j’appelle « les feux d’artifice » partout — des moments où je me sens comme si quelque chose vient d’exploser dans les mains ou les jambes. Mais après les deux premières années de ça, je me suis habitué à ça et j’ai pu dormir de façon normale.

Alors quand la douleur dans les jambes est devenue de plus en plus forte fin 2018, je croyais que c’était simplement à cause de la colonne vertébrale. Je ne savais pas que j’avais perdu contrôle du diabète, géré à ce point avec de l’exercice (mais de moins en moins rigoureux à cause de la douleur). C’était seulement en mi-2019 que j’ai enfin pris un rendez-vous chez le médecin pour la première fois en plus de 2 ans.

J’avais bel et bien mal rangé le bordel. Le diabète avait fait des choses horribles aux nerfs dans les jambes. Des genoux jusqu’aux pieds, la douleur continue sans cesse — même pas pour une seconde — pendant ces 5 dernières années, et ça continuera à jamais. Je ne sais pas comment ça marche en France, mais aux États-Unis, les médecins demandent souvent où se situe la douleur sur une échelle de 1 à 10. Je dirais un 4, car il me semble que couper un membre ou une brûlure du troisième degré doit être beaucoup pire.

C’est pour ça que c’était un si grand plaisir de parler avec des gens qui sont réveillés pendant que la Californie dort. Ça fait plus de 5 ans maintenant depuis la dernière fois où j’ai dormi plus de deux heures d’affilée. Pendant un certain temps, c’était même une bénédiction un peu tordue — je voulais du temps pour étudier ? Rien d’autre à faire la nuit — mais pour autant que j’aime vous lire tous à 1h ou 2h du matin, j’ai envie de hurler tout le temps. Je n’ose pas le faire.

Personne ici ne le croit, même si les médecins me disent toujours que les IRM ont l’air douloureux, et j’ai arrêté d’essayer de l’expliquer il y a longtemps. Je le cache vachement bien quand on me voit, il me semble. Si on écoute la balado, on ne l’entend pas dans ma voix non plus.

Alors pour revenir sur notre affiche d’Erreur, si vous tirez juste une chose de tout ça, si vous avez du mal, ne soyez pas macho — allez chez le médecin avant qu’il ne devienne pire !