C’est l’anniversaire du Jour J aujourd’hui. Pour l’occasion, et puisque ce sont les 3 pages du livre desquelles je suis le plus fier, je vous donne un goût de ce qui arrivera. Cela fait environ 30 % du chapitre, tiré du milieu, mais se traite du bon moment. Vous reconnaîtrez peut-être certains contenus de mon récit de 2023 — il s’agit de la même visite, mais au moment d’écrire le récit original, j’étais hyper-malade. Et avec du recul, il fait partie d’une plus grande histoire. Je vous laisse à décider si c’est mieux.
Notre première rencontre avec l’histoire vivante de ce jour est à Longues-sur-Mer, où se trouvent toujours une poignée de canons allemands, partie du célèbre « Mur de l’Atlantique ». Plus tôt, à la Nouvelle-Orléans, j’avais vu un petit bout de béton des fortifications, et pour moi, c’était comme une rencontre avec une relique de la Vraie Croix. Toutefois, rien ne me prépara pour le bon état non seulement des canons, mais en particulier des casemates. Les Alliés avaient largué des bombes par milliers, mais c’est bien évident que les soldats nazis restaient quand même bien protégés. Quand on voit cela, on comprend tellement mieux pourquoi il n’y avait pas d’autre choix, pourquoi il fallait que Frank DeVita baisse la rampe du Higgins Boat qui envoya une quinzaine de soldats à leur mort sans même l’opportunité de tirer sur les nazis. C’est souvent difficile de reconnaître du mérite chez l’ennemi, mais ces fortifications auraient étonné Vauban lui-même.
Après Longues-sur-Mer, c’est enfin le moment auquel le moi collégien qui garde son livre de cette guerre depuis plus de trente ans s’attendait. Nous arrivons à Saint-Laurent-sur-Mer et stationnons la voiture pour visiter Omaha Beach. Il est peut-être 15h, pas encore l’heure de marée basse, mais bien plus proche de cela que de la marée haute. Nous arrêtons devant un monument en béton, entouré par des drapeaux des forces alliées, dit le « Monument signal ». En français et en anglais, il dit simplement que « Les forces armées débarquent sur cette plage, qu’elles nomment Omaha Beach, et libèrent l’Europe le 6 juin 1944 ». Le moment me rappelle les mots du général Eisenhower ce matin-là, « Soldats, Marins et Aviateurs des Forces expéditionnaires alliées ! Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade vers laquelle ont tendu tous nos efforts pendant de longs mois. » (Eisenhower, 1944). D’ici des minutes, je comprendrai le reste de son discours comme jamais de la vie. Nous franchissons le béton pour passer sur le sable.
Quand on reste débout sur la plage et regarde les eaux, on reconnaît finalement exactement ce qui attendait les soldats. Il y a des centaines de mètres de sable entre même la marée haute et les endroits où se trouvaient les mitrailleuses, tirant en descente vers les bateaux. Il n’y avait qu’un moyen de prendre cette plage – c’était la guerre d’usure ou rien. Je pense encore une fois aux mots du général Eisenhower, « Votre tâche ne sera pas facile. Votre ennemi est bien entraîné, bien équipé et dur au combat. Il luttera sauvagement. » (Eisenhower, 1944). Sans avoir vu les casemates de Longues-sur-Mer, ces soldats n’avaient pas d’idée à quel point les forces allemandes étaient « bien équipées ». Mais cette fois, je pense aussi aux mots de l’affiche de Londres que je viens d’apprendre ce matin, « Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’ennemi. » (« À tous les Français », s. d.). C’est exactement ici où ces forces « ont donné ».
Je pense à ma première conversation avec mon amie C., qui vous rencontrera en Seine-Maritime. J’avais mentionné « l’invasion » et elle me corrigea que les Français parlent plutôt du « Débarquement ». Je comprends pourquoi c’est un sujet sensible, et le but des Alliés n’était certainement pas de conquérir la France, mais en ce moment, le mot « débarquement » me semble insuffisant à l’occasion. C’est le langage des croisières et des aéroports avec leurs boutiques touristiques et des Starbucks partout. Si ce moment était un « débarquement », je ne débarquai jamais d’aucun transport.













