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Super Mario échec

Je voulais vous présenter quelque chose de nouveau aujourd’hui. Vendredi, un nouveau jeu vidéo de la série Mario est sorti, Super Mario Bros. Wonder (lien en français). La Fille l’attendait avec impatience car elle a bel et bien vaincu le dernier Zelda il y a des mois. Et franchement, bien que mon avis soit que Tears of the Kingdom est le meilleur jeu de tous les temps, il n’y a rien de plus sain que Mario. Rien de « sexy », rien de sanglant, tout est drôle… je fais confiance à Mario plus que n’importe qui.

Tout comme Zelda, La Fille m’a demandé de faire un dessert inspiré par le jeu. La dernière fois, c’était le gâteau « monstre ». Cette fois, j’ai essayé de faire des macarons qui rappelleraient les fleurs parlantes du nouveau jeu. Voici un exemple :

©️Nintendo

Évidemment, j’ai dû simplifier le dessin. Oubliez les pétales et la tige — ce sont des formes trop compliquées. Mais j’ai pensé « Je peux faire la bouche et les yeux avec une deuxième couleur de pâte à macaron ». Je pense beaucoup de choses, mais il ne faut pas les exprimer toutes, vous savez ?

Ce que j’ai gaspillé pour cet effort, c’est immense. Je me suis rendu chez Surfas, à Los Angeles, juste pour acheter du chocolat blanc de Cacao Barry, parce que je vous ai dit que celui de Ghirardelli ne marche pas dans les recettes de Pierre Hermé. Voilà :

Enfin, presque juste pour acheter le chocolat. Si je dois faire un aller-retour à cette ville (120 km en total), tout seul, avec les embouteillages que j’adore, je vais visiter mon resto persan préféré, Shamshiri Grill, à chaque fois. Voilà :

Alors, les macarons. Commençons par les coques. Mon idée était de faire une meringue française nature, retirer un peu de la pâte, et colorer la majorité orange, et la petite partie noire. Ça a presque marché :

Vous pouvez voir que j’ai utilisé deux douilles de tailles différentes, les deux plus petites que d’hab pour les macarons. J’ai mis un peu de la pâte noire au centre de chaque cible :

Pas mal. Et maintenant, l’orange, puis je dessinerai de petits yeux au-dessus, e hop !

Vous pouvez le voir, j’ai VITE regretté les yeux et me suis arrêté. Je n’ai pas eu une douille assez petite pour ce genre de travail. Mais j’avais planifié une certaine quantité de coques sans « bouches » car seulement un côté doit avoir un visage, n’est-ce pas ? Ce n’était pas complètement un désastre une fois enfourné :

Mais les tailles ne sont plus les mêmes. Les coques à deux pâtés sont plus grosses que celles sans partie noire. Je n’ai pas pu faire des paires comme prévu. Ce n’est même pas la pire partie. Ça, c’est la ganache.

J’avais planifié la ganache des macarons « infiniment framboise » de Pierre Hermé. Les trois ingrédients sont des framboises fraîches, du jus de citron, et du chocolat Valrhona Ivoire. J’ai coupé les quantités par 4 ; sinon, j’ai suivi la recette au pied de la lettre :

Et exactement comme mon autre essai de faire l’une de ses ganaches qui exigent du Valrhona Ivoire, cette ganache restait beaucoup trop molle même après 12 heures au frais. J’ai « réussi » à en pocher un peu dans chaque paire de coques, sans trop de renversements. Mais les résultats sont un échec :

Le goût de la ganache est hyper-acidulé, le chocolat blanc de Cacao Barry a tous les mêmes problèmes que Ghirardelli pour deux fois le prix… il n’y a rien de cette expérience que j’ai envie de refaire. Ça me fait peur, car je comptais sur ce chocolat blanc pour ma prochaine recette originale pour le blog. Je vais l’essayer quand même, car j’ai dépensé presque 70 $ entre le chocolat et l’essence. (Surfas ne l’enverra pas par courrier, et les magasins qui le feront exigent des sommes énormes.)

Mais le jeu ? C’est magnifique. Moins innovant que son prédécesseur, Super Mario Odyssey, mais hallucinant comme rien d’autre. Nous en avons les deux énormément profité, et je suis sûr que ça continuera. Mais la prochaine fois où elle demande un dessert inspiré d’un jeu, la réponse sera non. Je ne suis pas ce genre de pâtissier

La reine des serviettes

Il y a des années — on parle d’une décennie — il y avait un bienfait merveilleux lié à habiter à Elbe-en-Irvine. Nous sommes proches de Disneyland — l’original — et tous les Noël, ils envoyaient les personnes qui se déguisaient en tant que Mickey, Minnie, Donald, et Dingo (on dit Goofy ici) pour jouer dans un spectacle gratuit au centre commercial « Fashion Island » (Île de la Mode). Des gens s’installaient devant la scène à partir de l’ouverture du centre, alors les gérants ont enfin décidé qu’ils pouvaient juste laisser des serviettes sur terre, et le reste de nous étaient obligés de les respecter. C’était un échec, et ils ont fini par mettre fin aux spectacles.

Pourquoi dis-je ça maintenant ? J’ai récemment découvert — complètement par hasard — que vous connaissez évidemment ce comportement nul en France aussi. Instagram m’a proposé de clip d’une jeune humoriste, Philippine Delaire, qui traite d’exactement ce sujet :

Oh là là, mais elle m’a fait rire !

Il s’avère qu’elle est extrêmement drôle, même si ce style de jouer tous les rôles dans un sketch n’est plus original, vu que tout le monde le fait maintenant. Par exemple, ici elle fait ce que l’on aimerait tous faire dans les transports publics quand on entend des conversations personnelles. Je n’arrive pas à me mêler dans les affaires des inconnus, mais croyez-moi, il y a des fois où j’y pense :

Un dernier clip ? Voilà, tous les lundis, je vérifie mon horoscope — chez Le Gorafi (je suis Furet, entre le Scorpion et le Sagittaire). Ce n’est vraiment pas mon truc, mais j’aime les parodies. Alors je n’ai aucune idée si ses propos sur les signes astrologiques sont pris au sérieux par les connaisseurs. Mais encore une fois, j’ai ri.

Ça fera longtemps avant que je n’arrête de rire des serviettes !

La soirée belote

Ce soir, j’étais à une nouvelle activité de l’OCA, une soirée du jeu de cartes « belote ». Au-delà des publications du groupe, je ne le connaissais pas du tout. Mais il restait plusieurs places disponibles, alors je me suis dit « Pourquoi pas ? » C’était un bon choix.

La belote n’est pas trop compliquée, surtout par comparaison avec le tarot. On joue avec seulement les cartes supérieures d’un jeu : 7-10, l’as, et les 3 visages. Les atouts peut être n’import quelle couleur, pas comme le tarot avec ses atouts dédiés. Je l’ai appris assez vite.

Comme toujours à ces événements, un dessert est allé avec moi. C’est ma carte de visite. Je ne vais pas vous dire ce que j’ai fait, parce que c’est mon dessert seinomarin. Disons que c’était très bien accueilli, et j’étais ravi à découvrir que je suis en fait déjà un peu connu pour ça. Deux autres invités parlaient de ma grande production pour le soiree cinéma en mars. Un des invités s’est souvenu de mes macarons pour le marché de Noël. Ça me fait plaisir. Je me sens toujours comme s’il y a du monde qui se méfie de moi — pourquoi veux-je m’intégrer dans un groupe d’expatriés ? — et les desserts m’aident à les convaincre que je m’intéresse vraiment à la culture.

Honnêtement, je n’arrive pas à imaginer quel serait mon escroc. « Bonjour, vous avez tous soit 20 ans de plus soit 15 ans de moins que moi. Alors je ne suis pas ici pour jouer le brouteur, mais je suis quand même louche. » C’est bien logique, ça. ([Il est quand même louche, d’accord. — Mon ex])

Mais je dois vous dire, ce groupe m’a vite adopté, bien que la moitié d’entre eux ne me connaisse pas avant. J’ai appris le jeu, personne n’avait pas besoin de parler lentement, et le temps que je les aie quitté, c’était comme si on se connaît déjà depuis longtemps. Je les ai déjà fait une promesse que la prochaine fois, j’apporterai des macarons. Vous savez que je ferai mon tout pour livrer quelque chose à la hauteur de leurs souhaits. Vraiment, la formule n’est pas difficile !

Le Silence des bruyants

Je me souviens bien de 2020. Pour moi, c’était une meilleure année que pour beaucoup de monde. C’est largement à cause du fait que j’étais chanceux d’avoir acheté assez de PQ juste avant le virus pour ne pas m’inquiéter pendant les mois de pénurie (c’est une histoire 100 % vraie). Mais aussi un peu parce que j’ai appris le français, découvert Indochine et de Funès pendant la même semaine, bla-bla-bla. Mais largement le PQ.

Mais je me souviens très bien de cet octobre pour deux des mêmes raisons que vous tous. Je n’oublierai jamais le meurtre de Samuel Paty, où je me demandais pourquoi beaucoup de mes amis avaient posté cette image partout :

J’ai reconnu la fonte parce que même aux États-Unis, « Je suis Charlie » était célèbre. Il est souvent le cas que nous ne savons rien de ce qui se passe en France, à moins qu’il se traite de Vanessa Paradis pendant son mariage avec Johnny Depp. Mais l’attaque contre Charlie Hebdo a servi pour sortir certains des ombres, comme on dit en anglais. Nous avons bien appris qui disait « Je crois à la liberté d’expression — mais aussi aux conséquences », comme si des crimes ne le sont plus si on est offensé.

Je pense au linguiste le plus célèbre au monde, Noam Chomsky, prof du MIT, qui a pris l’opportunité (lien en anglais) — pour critiquer Charlie Hebdo pour avoir licencié le caricaturiste Siné. Le professeur Norman Finkelstein a fait la comparaison (lien en anglais) entre Charlie et Der Sturmer, un journal des Nazis — et a dit « Je n’ai pas de sympathie ». Le magazine Jacobin — je ne plaisante pas, c’est un magazine américain — a aussi trouvé (lien en anglais) l’affaire Siné beaucoup plus d’un problème que les meurtres. Et ces gens se croient des défenseurs de la liberté d’expression.

Environ dix jours après le meurtre de Samuel Paty, le procès de l’attaque de 2015 a commencé. J’ai acheté le numéro spécial de Charlie en anglais — le seul que j’ai acheté — pour mieux comprendre. Cette fois, je n’ai rien lu aux États-Unis. On l’avait oublié.

Alors, hier matin, je me suis réveillé pour découvrir qu’un ami en France m’avait envoyé un lien vers un article sur le meurtre de Dominique Bernard, encore une fois un prof. Parce que je suis bien au courant du fait que ce meurtre était lié aux demandes du Hamas, je l’ai mentionné à mes amis. Du silence.

Et je trouve ce silence curieux. Les bruyants, avec leurs drapeaux de la semaine et leurs anathèmes réguliers et leurs questions sur vos loyautés, n’ont plus rien à dire. Je vous ai déjà dit ça. Mais pour Samuel Paty et Dominique Bernard ? Sûrement il n’y a aucune « nuance » quant à ces meurtres.

J’ai remarqué une grande différence entre la France et les États-Unis pendant ces trois dernières années. Depuis 2009, quand j’ai rejoint Facebook, je n’ai jamais publié un avis partisan, un choix fait exprès. Parmi mes amis francophones, je vois le même comportement — je ne peux pas vous dire qui a voté pour qui, parce que personne ne dit rien. C’est presque la même chose avec la religion — je crois que je sais qui sont les croyants, mais je devine, car personne ne dit rien. Aux États-Unis, si vous ne déclarez pas vos « équipes », je vous rassure — on va vous les demander, et pas forcément poliment. Vous n’avez jamais vraiment vécu l’expérience américaine jusqu’au moment quand un ami vous dit que vous n’avez pas le droit de manger dans une chaîne de restos rapides — In-N-Out, le burger californien — car une citation de la Sainte-Bible, Jean 3, 16, est imprimée sur le fond de leurs gobelets.

Je n’arrive pas à imaginer le Français qui me dirait que l’on n’est plus amis à cause d’un burger.

Ce n’est pas le billet que je voulais écrire aujourd’hui. J’ai d’autres chats à fouetter, comme toujours (pardonnez-moi, Louloute, c’est juste une expression). Mais il me semblait que je serais bien hypocrite si je n’ai pas écrit sur exactement ce meurtre après m’être plaint des bruyants qui se taisent au mauvais moment. Tout ça, c’est à dire que je vois votre peine, je ne l’oublierai jamais, et je ne ferai pas d’excuses pour ça non plus.

Le trilingue le plus drôle au monde

Il y a longtemps — on est en 2020, mais je ne me souviens plus d’exactement quand — un ami m’a envoyé un clip qui a contenu cet extrait :

Mais on avait coupé le tout dernier moment avec le nom de l’auteur, alors il me fallait attendre jusqu’à la fin de cette année-là pour découvrir le génie qui est M. Loïc Suberville.

Je ne sais pas ce qu’il dirait de son enfance, mais il était très chanceux d’une façon. Né à des parents français expatriés au Mexique, il a grandi à San Francisco. Alors il parle toutes les trois langues sans accent étranger. Ça lui permet de faire des blagues intéressantes, qui jouent avec les trois langues en même temps. Pourtant, il est souvent important de parler au moins un peu l’anglais pour vraiment en profiter, car c’est la colle entre les autres. Ici, il n’arrive pas à se souvenir du bon mot pour les toilettes, jusqu’à ce que ce soit trop tard :

Vu qu’il est rare pour lui de tourner un clip complètement en français, voici une interview qu’il a fait pour Konbini où il raconte un peu son histoire :

Il était une fois, il est apparu sur la chaîne YouTube de Paul Taylor, humoriste britannique qui travaille à Paris, en général en format bilingue (mais bientôt, pas plus — ce n’est pas clair s’il quitte le français ou l’anglais). Cette interview est en anglais, mais avec des sous-titres en français. Ça explique bien son appel aux anglophones — pour ma part, juste en l’écoutant, je le croirais l’un de mes voisins.

Si vous m’avez suivi depuis assez longtemps, vous savez que je plaisante parfois sur la signification de « belle-mère » en français. M. Suberville aussi :

Le problème avec cette dernière vidéo, comme pleine de ses autres, c’est qu’elle fait de super blagues comme « effrayante mère » ou « méchante mère », mais le tout s’explique en anglais. Alors, bien que ce soit sur la langue française, c’est vraiment une blague pour les anglophones ou les bilingues.

Pourtant, je vous encourage de le découvrir autant que possible. Il vient d’atteindre un million d’abonnés sur Instagram, et ça n’arrive sans beaucoup d’excellent travail. (Bon, il y a un autre chemin pour y arriver, mais très peu de monde veulent le voir nu.) Je vous laisse avec un dernier clip que je crois que vous comprendrez très bien, même si la chute est livrée en anglais. Il a du talent pour vous faire comprendre :

La connerie à l’américaine

Le mercredi est censé être Langue de Molière. Mais je n’en peux plus, et bien que ce ne soit pas un blog sur la politique, c’est certainement un blog sur ma relation de plus en plus compliquée avec mes con-citoyens. Mon plus grand défi du blog n’est pas le Tour, n’est même pas la cuisine, c’est comment je vous les représente. Il y a un genre d’américain — tousse, tousse, SEBASTIAN MARX, tousse, tousse — qui gagne sa vie en disant ce que les xénophobes ont envie d’entendre, mais même si je réussis mon plus grand rêve, ce ne sera jamais moi.

Mais quelque chose a changé en 2020, et ces trois derniers jours me l’ont rappelé. Vous vous souvenez sûrement des émeutes de cette année-là. Mais saviez-vous qu’il y avait des gens qui demandaient que l’on paye les cautions aux émeutiers afin de les permettre de continuer à faire des émeutes ? C’est vrai. Moi, je ne soutiens pas brûler et cambrioler des magasins qui n’avaient rien du tout à voir avec le problème original. Certains me considèrent un monstre pour cette attitude, car je n’écoute pas suffisamment « la voix des plus défavorisés ». Je rejette ça, mais c’est les États-Unis d’aujourd’hui. Gardez ça dans l’esprit.

Si je parle des trois derniers jours, je parle évidemment du massacre en Israël, non pas les émeutes de 2020. Alors, avant de continuer, je dirai que ce n’est pas mon intention de vous dire ce que vous devriez penser de qui a raison dans ce conflit. J’espère quand même que nous serons d’accord qu’il ne faut pas couper la tête des bébés. Si ce n’est pas le cas, merci de me quitter.

Mais il s’avère qu’aux États-Unis, les deux sont liés. Ça va prendre du temps.

Il y a deux jours, j’étais horrifié par des vidéos comme celle-ci, où une femme raconte la découverte de la mort de sa grande-mère car son tueur l’a tourné avec le portable de la grande-mère, puis l’a utilisé pour mettre la vidéo sur son compte Facebook :

J’étais également choqué que personne n’a répondu aux nouvelles que certains chantaient « gazer les juifs ». Je croyais la Shoah quelque chose qu’il ne fallait pas répéter.

Puis j’ai remarqué deux choses déroutantes. Pas comme en 2020, quand j’étais la seule personne que je connaissais à ne pas devenir enthousiaste des émeutes, j’étais la seule personne à même mentionner que cet événement s’est passé parmi mes connaissances. L’autre chose, c’était les drapeaux. Je ne connais pas la tradition en France, mais aux États-Unis quand on est en deuil, on met les drapeaux en berne. Au-delà d’un McDo près de chez moi, aucun drapeau sur mon chemin quotidien était dans cet état. Après l’avoir recherché, j’ai découvert que des 50 états, seulement 11 ont ordonné que les drapeaux soient mis en berne, et tous étaient des états « rouges » (avec des gouverneurs Républicains). Ça ne devrait pas être une question partisane !

Hier, j’ai découverte la raison pour ça, et c’est pourquoi je vous ai dit que les émeutes de 2020 sont liés au massacre chez moi. Il s’avère que les nombreuses associations qui revendiquent le nom « BLM » soutiennent le massacre, ainsi que leurs supporters. Et avec cet imprimatur, personne ne le contredira. Je n’ai pas dit « soutiennent les palestiniens ». Je veux être très clair. Voici des affiches postés en ligne par certaines associations, ainsi qu’à une manif à New York :

Les panneaux à la manif disent « Par n’importe quel moyen » et « Décoloniser n’est pas une métaphore ». En haut à droite, ça dit « Il ne faut pas condamner leur résistance mais plutôt la comprendre comme auto-défense légitime ». Quant aux deux autres, l’image d’un parachute évoque l’attaque et rien d’autre. Je n’accepte pas que tuer des petits est une question d’auto-défense — mais il faut ajouter qu’au-delà de mon meilleur ami et sa femme, je suis seul parmi mes amis à y croire. Ça me choque et me fait déprimer en même temps.

Encore une fois, je ne vous dis pas à suivre telle ou telle position en ce qui concerne le Moyen-Orient. Mais j’ai encore une fois le cœur brisé que mes con-patriotes sont de si grands fans de la violence politique. Et la certitude qui va avec !

Mais la pire chose, c’est que si je suis complètement honnête, je le soupçonnais déjà avant ce week-end.

L’amour est dans l’avion

Je vous ai menacé que j’allais vider mes brouillons, et on commence aujourd’hui avec quelque chose qui attend depuis déjà un an entier ! Cette fois, on parle d’une série de 3 épisodes du podcast « French Expat » du site américain « French Morning », Les couples multiculturels. Malgré le nom, le site est tout en français et ciblé aux expatriés, alors vous pourrez comprendre presque tous les contenus. Pourquoi presque ? Parce qu’il y a de nombreuses anecdotes racontées par les couples différents, et certains ne parlent pas bien (ou tout court) le français.

Avion d’Air France, Photo par Steven He, CC BY-SA 4.0

D’abord, un mot sur le sujet en général. Je m’intéresse depuis longtemps — à partir du lycée — aux histoires de conversions religieuses et changements d’identité. Mais non pas celles avec des motivations évidentes. Que le Roi Henri IV soit passé du protestantisme au catholicisme parce que « Paris vaut bien une messe », ça ne m’intéresse pas trop ; un tel dicton met à côté la sincérité. Que l’auteur G.K. Chesterton ait fait la même chose parce qu’il avait changé d’avis, ça m’a donné mon livre préféré de tous les temps. Que le père d’une copine de classe de ma fille ait appris un peu de chinois et commencé à manger leurs plats afin de se marier avec une femme d’origine chinoise, bof, c’est évidemment pour avoir de la paix à la maison. Qu’un type qui ne puisse déménager nulle part et n’ait pas non plus de future belle-famille pour épater se plonge dans une culture ? Ça fait déjà presque trois ans où je n’arrive pas à me taire sur le sujet.

Vous comprenez donc la distinction. Je ne nierai pas que je serais ravi de passer de la catégorie qui m’intéresse à celle que je trouve ennuyeuse. C’est certainement évident à d’autres personnes. Mais ce qui m’intéresse ici vient de ce que je vois aux États-Unis ; il me semble que les couples mixtes finissent par être vraiment une chose ou l’autre. J’étais donc curieux si ce serait le cas ailleurs. Ce sont à moitié des histoires franco-américaines ; il y a deux couples franco-canadiens (mais pas québécois dans les deux cas), un franco-allemand, et un franco-espagnol.

Il n’y a pas de longues histoires dans ces épisodes. Toutes les deux minutes, on passe d’un couple à un autre. Dans le premier épisode, on rencontre une dizaine, et on peut vite voir à quel point les choses sont variées. Le tout premier que l’on rencontre, Mac et Cindy, est clairement un couple à l’américaine. Les deux sont attachants, mais il ne comprend guère le français et c’est bien clair qui a fait les efforts linguistiques (par contre, c’est lui qui a fait les efforts pour voler ; c’est une vraie histoire d’amour).

On rencontre un autre couple, Fanette et Malte, où monsieur est allemand — mais on n’entend même pas un mot allemand quand ils parlent. Une femme, j’oublie laquelle, parle d’avoir grandi avec une mère française et un père sicilien, avec de vrais conflits culturels à la maison. On entend parler que certaines ont tout à coup découvert à quel point la Chandeleur leur est importante. J’y entend : « Je n’avais pas compté sur une vie si étrangère ». D’autres sont ravies à découvrir le Thanksgiving — une d’entre eux dit qu’il y a beaucoup moins de pression qu’à Noël, car pas de cadeaux. Que j’aie des nouvelles pour elle — pas quant aux cadeaux, mais à d’autres sources de pression à Thanksgiving.

Dans le deuxième épisode, les problèmes arrivent. Et non pas seulement à cause de la culture américaine. On rencontre Louisa, une française avec une mère algérienne, anciennement en couple avec un homme français pas nommé. La belle-famille n’en était pas ravie. Il y a aussi Rachel, juive, et Amine, musulman, et pas besoin de préciser la joie de leurs familles — pourtant, leur plus grand problème de loin sera la relation à distance.

Il s’avère que le père du copain de Louisa a, disons, ses idées, mais une fois qu’il découvre qu’elle « s’intéresse à toutes les questions françaises » et « vous parlez sans accent » (elle est née et a grandi dans l’Hexagone), ils s’entendent. Mais elle ne mange pas de porc, la mère essaye de la satisfaire, et ça l’embête.

Le troisième et dernier épisode concerne ce que les couples auraient aimé savoir à l’avance. La description dit que si « votre nouveau crush ne parle pas la langue de Molière…ce nouvel épisode est fait pour vous ». Bonjour. Mais les leçons, sont-elles utiles ? Pas trop.

Delphine, qui a grandi dans la campagne française trouvait que c’était très facile de s’entendre avec Aaron, fils d’une famille fermière américaine. Choquant. C’est plutôt l’un des thèses de ce blog ! Il n’est pas surprenant d’apprendre que les divergences de croyance passionnées — non pas seulement la religion, mais aussi l’amour de sa propre culture — font le plus de difficultés. Ou qu’il faut parler souvent. La conclusion de la hôtesse, c’est que « la question chance ou fardeau, la réponse est ni l’un ni l’autre ».

Il me semble que les choses ne sont pas si différentes d’ici. Mais peut-être que ce genre d’égalité n’est pas une attente réaliste. Alors, je ne sais pas si on a besoin de l’entendre mais au cas où : allez, on fait des galettes des rois et fêtent la Chandeleur, même à la marocaine, chez moi !

L’arnaqueuse de Finistère

Il y a des semaines, j’ai entendu parler d’une jolie jeune voisine de notre cher Jours d’humeur, une certaine Anne Kerdi, qui « fait le buzz », comme dites vous les anglophones. Elle a vite acquis plusieurs milliers d’abonnés sur Instagram, et vu que j’ai récemment connu un peu de succès en y faisant des présentations, j’ai pensé à leur faire connaître. Après tout, il aime la plage, tout comme elle, visiblement. (En fait, je n’ai aucune preuve qu’il aime la plage, mais après qu’il a regardé la photo en bas, j’aurai eu raison.)

Je n’ai aucun doute qu’elle aimerait faire la connaissance d’un auteur célèbre. Sauf que.

Sauf qu’il y a un problème au-delà de la différence d’âges. Ouest-France l’explique :

Source

Elle n’est rien d’autre qu’une création de l’IA, par un homme qui a clairement trop écouté « Anything She Does » de Genesis* (sur un auteur qui tombe amoureux de son héroïne fictive). Et pour être clair, l’auteur n’a jamais caché la vérité — dès le premier post, ci-dessous, il a dit que le tout est faux, avec des textes générés par une IA, puis vérifiés par l’humain avant d’être publiés. Je suis moins certain quant à concernant les photos — l’auteur tague certaines, comme celle-ci, « #generativeart » mais aussi « #modelephoto ».

*(Je plaisante. Impossible de trop écouter tout l’album « Invisible Touch« , dont « Anything She Does ».)

Il ne vous étonnera pas du tout d’apprendre qu’Anne reçoit des messages coquins, ou au moins un peu chauds, car le fait de ne pas exister n’empêche pas tous les hommes. (Il y a des applis payantes pour ce genre d’homme. Ça me donne envie de vomir.)

Je vais avouer que la découverte de ce compte a bel et bien gâché mon prochain poisson d’avril. J’allais « confesser » que ce blog était en fait une farce hyper-compliquée faite par une adolescente ennuyée de 15 ans dans un département très peu peuplé, peut-être la Corrèze ou la Lozère. Et que son cousin qui a déménagé à Elbe-en-Irvine est celui qui répond aux vrais courriers.

Mais avec de telles « personnes » comme Anne Kerdi en ligne, qui sait ? Peut-être que l’on peut faire un « deepfake » même de ma vidéo du concert d’Indochine ? Ce serait plus simple que croire qu’il existe un type assez fou pour faire l’aller-retour en 50 heures, n’est-ce pas ? Il me semble maintenant qu’un tel poisson présenterait un risque trop élevé. Certains d’entre vous m’ont rencontré dans la vraie vie, mais un robot derrière les courriels et les MPs ? Pourquoi pas ? Alors merci Anne, ou qui que ce soit, vous allez me faire travailler pour le prochain 1er avril. Ça, je ne pardonne pas.

Mais, euh…monsieur le programmeur ? La prochaine fois où vous me créerez dans une autre simulation, peut-être que vous pourrez me laisser garder plus de cheveux dans les photos ? Ce serait super, merci !

Ne parlez pas l’anglais comme un américain, 1ère partie

Édité pour ajouter : En ce qui suit, je parle du faible niveau d’anglais aux États-Unis de nos jours. Ce n’est pas une plainte sur ce qui disent les Français en parlant anglais !

Je me demande parfois ce que vous pensez tous quant à au sujet de mes obsessions avec la pureté linguistique. J’imagine que c’est très inhabituel pour un anglophone de refuser l’opportunité d’utiliser des anglicismes. On penserait que ça le rendrait plus à l’aise. En partie, c’est ce que les élèves de religion appellent « le zèle des convertis » — le désir de montrer que l’on fait tous les efforts possibles. Mais il y a un côté plus obscur — pour autant que certains francophones ne veulent pas entendre l’anglais, il n’y a personne qui ne peut pas le supporter plus que moi.

Personne perplexe, Dessin par Nithinan Tatar, TH, CC BY 4.0

Comment ça ? « Justin, vous êtes clairement dingue », vous dites. Mais vous connaissez certainement des gens qui sont les plus grands patriotes au monde quand un étranger critique votre pays, puis le méprisent encore plus eux-mêmes. (Nous ne manquons pas de telles personnes non plus.) C’est la même chose — car les « amateurs » de la sonorité anglaise ne savent pas forcément à quel point la langue de Shakespeare est tombé. (Je sais, toutes les générations disent ça à leur tour. Mais j’ai raison.)

Je ne lance pas une nouvelle catégorie, mais je n’épuisera pas du tout mes pensées sur ce sujet dans un seul billet.

Commençons aux restos. Quand les serveurs vous saluent au début d’un repas, ils disent « Is this your first time here? » (Est-ce ta première visite ici ?) Si on dit « Oui », ils répondent « Then, welcome » (Puis, bienvenue.) Si non, c’est « Then, welcome back » (Puis, content de te revoir). Franchement, pour autant que ça dérange, que l’on ne sait pas vous saluer sans d’abord demander des infos, c’est « Then » (Puis) qui me dérange le plus. Vous voyez que la réponse ne change qu’un mot en anglais. C’est comme parler à un robot avec un organigramme !

« Mais Justin, » vous me dites, pas sans raison, « ce n’est qu’un scénario. Blâmez plutôt les gérants. » Ah, mais il était une fois, on se moquait d’exactement ça. Il y a eu un moment où le premier président Bush a lu les directions écrites à côté de son discours, et a dit « Message: I care » (Message : je m’en soucie). C’était censé être une direction pour comment dire ses mots, pas quelque chose à répéter à haute voix ! Maintenant, nous sommes tous lui, et lui doivent nos excuses. (Ce n’est pas une invitation pour vous plaindre de lui ; ça ne concerne que la langue.)

Mais c’est bien pire que ça. Après vous avoir montré qu’il est un robot, le serveur vous demandera « What can I get started for you? » (Qu’est-ce que je peux commencer pour vous ?) Il y a dix ans, personne ne disait quelque chose d’aussi stupide. Pendant toute ma vie, c’était toujours « What can I get you started with? » (Avec quoi aimeriez-vous tous commencer ?) Les traductions françaises peuvent masquer un peu la nature de ma plainte, alors je la précise : anciennement, le COD de « commencer » était vous le client, et le COI était la nourriture. Les cons les ont inversés ! Ça fait saigner les oreilles. Ma fille n’a jamais connu un monde où les serveurs parlaient anglais, alors elle ne comprend pas à quel point ça me dérange.

Un dernier exemple pour cette fois. Vous donnez votre commande au serveur après avoir lu la carte, puis il répond « That comes with fries. Is that OK ? » (C’est servi avec des frites. Est-ce OK ? » Dans l’anglais de toute ma vie jusqu’à cette dernière décennie, demander « Est-ce OK ? » avait la polarité opposée de « Ça va ? » bien que les deux paraissent dire la même chose. On demandait cette question en s’attendant à un problème. Alors, demander « Is that OK? » en parlant des affaires habituelles, c’est-à-dire que la chose habituelle ne va pas. Si c’est le cas, pourquoi est-ce que vous la faites ?

Les serveurs ne le trouvent pas drôle quand je dis, « Non, mais je le prendra quand même. » Je réponds à exactement la question qu’ils demandent, mais ils ne comprennent pas la langue comme on l’usait pendant leur enfance. (C’est plus précise à dire que personne ne l’aurait demandé à l’époque. La question aurait plutôt été « Qu’est-ce que tu veux avoir avec ? ») Seulement quelqu’un de même âge que ma fille s’habitue à cet usage. Encore une fois, ça fait saigner les oreilles.

Je comprends que le but a changé avec cette dernière question. Le resto peut offrir plusieurs choix mais la gestion préfère que la plupart des clients choisissent la même chose. L’idée est de couper les choix en suggérant au client « la bonne réponse ». Mais c’est un abus de la langue.

La prochaine fois, on va parler de la forme possessive. Aïe, mes oreilles ! Rien que la pensée me fait mal !

Des limites

Jj’ai reçu un courriel hier matin qui m’a mis en colère. Rien à voir avec mon « ami » parisien, je vous rassure. Cette fois, c’était quelque chose 100 % fait maison, un pur produit américain.

Je vous parle parfois de nos bêtises quant aux jours fériés, aux fêtes, etc. Par exemple, le mensonge de Black Friday, les bonbons de Saint-Valentin sortis même avant le Nouvel An, ou les bonbons de Halloween en début août. Mais ça fait des décennies que ces fêtes ne sont que des opportunités commerciales, surtout Vendredi noir, qui n’a jamais eu aucune relation avec la réalité. Mais s’il y a une chose où il ne faut absolument pas en profiter pour vendre des trucs, c’est le 11 septembre. Alors, ce courriel est la pire pub que j’ai vue :

Le sujet dit « De la papeterie patriotique pour ce Jour de Mémoire ».

Crane and Company est la plus vieille papeterie aux États-Unis. Ils étaient là au temps de la Révolution, et c’est seulement leur papier utilisé pour imprimer les dollars. (En fait, en 2015, l’entreprise s’est séparée en deux, alors un client de la papeterie n’est plus un client de l’entreprise qui fabrique le papier pour l’argent.) Cette histoire est la raison pour laquelle j’achète ce dont j’ai besoin chez eux et nulle part ailleurs toute ma vie.

Le courriel continue :

Je saute par-dessus des sentiments guimauves des premières deux phrases, car tout ce qui compte est la dernière : « Montrez votre soutien pour ceux qui étaient affectés avec notre papeterie patriotique en tant que cadeau — voire inscrite avec vos pensées et remerciements. » Le bouton en bas est pour aller sur leur site. Dit autrement : « Achetez des trucs chez nous à cause du 11 septembre. »

Ce blog étant tous publics, je ne peux pas du tout partager ce que j’ai dit en lisant ce courriel. Mais j’ai tout de suite écrit un courriel en réponse pour leur dire que c’est la toute première fois où j’ai vu une entreprise oser profiter de la date. Certaines associations essayent de demander des dons, mais vendre comme si c’est la Saint-Patrick ou le 4 juillet, jamais. Et au cas où il y aurait aucun doute, le courriel voulait me faire savoir que les cartes de Noël sont en promotion, réduites par 10 % :

J’essaye de ne pas écrire des trucs rageux ici. Mais ils ont violé un tabou que même les vendeurs de voitures d’occasion n’ont jamais osé franchir. Ce qui me rend triste, c’est la certitude que l’on est maintenant sur le point où ce jour passera au même sort que la Journée des anciens combattants. Il sera un jour pour vendre des matelas et des voitures (ici, ce sont les vendeurs les moins réputés de produits légaux). Si vous me doutez, sachez que je me suis plainte de ce moment sur tous mes réseaux — et pas un seul de mes con-citoyens ne l’a remarqué.