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Autant de feuilles que d’ans

C’est encore une fois mon jour le moins préféré de l’année, celui où je dois avouer que je vieillis. 47 ans avec ce coup de vieux. Avant que la fin n’arrive, j’aimerais vous dire une fois que j’ai réussi ma bête noire. Voilà, le mille-feuille de Cook&Record :

Au moins le mien vous rendra moins aveugle que le gâteau de notre président, qui a fêté ses 146 ans hier — ne me regardez pas comme ça, c’est ce que dit la légende :

Quelques jours avant le début du blog, j’ai essayé de faire un mille-feuille pour la première fois. Voici les résultats :

Oh là là, mais l’écriture pique les yeux presque autant que le glaçage ! « Mais Justin », vous me dites « voici la preuve que vous êtes menteur ! Il y de la pâte feuilletée industrielle chez vous après tout ! Pas besoin de tout faire à la main ! » Ah oui, on voit ici la pâte Pepperidge Farm, la seule disponible aux supermarchés ici. C’est un produit inférieur, et on ne peut guère la contrôler. Ça gonfle quel que l’on fasse.

Mais en fait, j’ai menti dans ce post-là. J’ai dit que j’allais les refaire jusqu’à ce que je les réussisse. La réalité, c’est que j’ai mis les mille-feuilles à côté jusqu’à cette semaine. Ce premier essai est venu de la peur que j’ai dû tout faire tout de suite. Je n’étais pas du tout prêt à l’époque. Si on clique la photo, on peut voir à quel point il me reste des choses à apprendre. Des gouttes de fondant ont tombé sur les mauvaises couches, et le glaçage en haut peut être plus plat. Les couches de pâte feuilletée sont presque de même taille, mais même ça pourrait mieux aller.

Après 3 ans et demi, je crois que je comprends enfin, non pas seulement sur la pâtisserie, mais la philosophie, l’esprit derrière vivre à la française. C’est bon d’être enthousiaste, mais il y a un bon ordre derrière tout. Il y a une raison pour chaque pas, et même si c’est « seulement » de la tradition, il faut l’apprendre afin de la comprendre. Je ne sais pas si le fondant marche aussi bien si on le chauffe jusqu’à 113°C au lieu de 114°C — mais je sais qu’il faut le maîtriser avant de penser « Je peux faire différemment ». Juste en faisant ce lot de mille-feuilles, j’ai enfin compris que j’avais la mauvaise habitude d’arrêter de battre le fondant trop tôt au lieu de trop tard. Il faut faire confiance à quelques gouttes d’eau pour le sauver plutôt que chercher un point où il ne deviendra pas solide. Vous regardez le tout premier mille-feuille chez moi où le chocolat n’a pas fini en flottant sur le fondant.

Mais il me reste le sens de devoir tout faire, en ce moment. Je me demande souvent « Et si vous aviez appris le français à partir du collège comme vous l’aviez voulu ? » Je sais que je n’aurais pas les mêmes amis, tombé sur les mêmes découvertes, fait les mêmes bêtises. Serais-je plus heureux avec cette autre vie ? Je ne sais pas. Mais je me sens toujours comme si je dois mettre toute une vie à la française dans la moitié du temps.

Garder ces deux pensées en équilibre, c’est la partie la plus difficile de tout ce blog. En écrivant ce post, j’ai reçu un courriel de France TV qui m’a rappelé autre chose d’il y a 3 ans :

Quand j’y ai créé un compte, j’ai dû leur donner un code postal. Vous pouvez voir ce que j’ai fait. J’ai envie — comme j’ai envie — mais quel que je veuille, ce n’est pas à moi de faire autrement. C’est quoi le bon ordre derrière ce problème ? Je ne sais pas, mais je continuerai de pratiquer, de m’améliorer, et d’espérer que le bon moment arrivera.

Félicitations à Cook&Record

Ça fait trop longtemps depuis la dernière fois où vous avez lu le nom Cook&Record ici. Les cornes meringuées du gâteau « monstre », les religieuses, et les cœurs guimauves de la Saint-Valentin sont les seules recettes que je lui dois même en partie cette année. En partie, c’est parce que nos chemins ont un peu divergé — pour autant que ses macarons fraise sont jolis, je m’intéresse à des garnitures différentes, non pas à des coques artistiques. Mais elle est aussi silencieuse depuis des mois et hier, on a finalement eu l’explication :

C’est une coïncidence heureuse. Si tout va bien, vous allez la revoir de façon extraordinaire en quelques jours. N’oubliez pas qu’à mon avis, je lui dois tout ce que je suis en cuisine. On parle souvent de « influenceurs », mais beaucoup de monde qui revendiquent ce titre ne font que de bêtises pour avoir de l’attention. À chaque fois où je fais de la pâte feuilletée, c’est elle. Les galettes des rois et les cookies géants ? Elle aussi. Le gâteau Napolitain, une signature du blog ? Ça porte son nom. En fait, la photo de couverture de mon profil Facebook ? C’est presque toute grâce à elle. Enseigner à 9 000 km, c’est de la vraie influence.

Photo de couverture Facebook : brioche, flognarde, cookie géant, far breton, tarte Snickers, Napolitain, mi -cuit au chocolat

Je souhaite tout le bonheur au monde à la nouvelle famille.

Aucune idée

Depuis très longtemps — plus d’un an entier — j’écoute Les Grosses Têtes en forme de podcast. Je télécharge l’intégrale dans l’appli quand je suis dans ma voiture, et hop ! Plus de bêtises à la radio. Mais il y a peut-être trois semaines, j’ai découvert quelque chose de magique. Si je mets RTL à la radio dès que je laisse ma fille à l’école, je peux écouter l’émission en live parce que votre après-midi est mon matin.

Ça a deux bienfaits. Pour une chose, j’entends les derniers moments de l’épisode au lieu du début — je n’ai jamais eu l’habitude d’écouter toute l’émission, et si je saute par les introductions, ça me convient. Mais autre chose, j’entends les sons de la vraie quotidienne — les nouvelles et les pubs. Je dois être la seule personne au monde qui veut les écouter. Vous ne croiriez jamais ce qui arrive dans la voiture — les cris de joie tels que « Une pub de Carrefour ! Carrefour a des fromages en promotion ! » Puis je partage cette folie avec certains amis, qui doivent penser que je suis fou. ([Soyez rassuré, Justin. Personne ne pense une telle chose. — M. Descarottes]) Voici un exemple :

Édité pour garder la confidentialité de La Fille

Vous voyez pourquoi je suis si accro ? Il ne m’est jamais venu dans l’esprit que l’on pourrait vendre du foie gras à la radio. La marihuana, ben oui, car ça, c’est légal selon nos théories de la loi exactement pareilles à celles de la Confédération avant la Guerre de Sécession. Mais le foie gras ? Non, nous sommes civilisés alors les drogues oui, les produits français, non ! (Les fèves tonka sont aussi illégales ici, ai-je mentionné ça ?)

Mais revenons à nos Grosses Têtes. Jeudi matin, j’écoutais M. Ruquier et ses amis et il a demandé une question qui m’a laissé complètement sans espoir de répondre. Voici un lien vers la bonne intégrale. À 55:30, M. Ruquier commence à parler de « la 32e enquête du commissaire Brunetti, mais qui est l’auteur des enquêtes ? » On lui demande si l’auteur est français et il précise qu’en fait, l’auteur est une femme américaine. (Ne me regardez pas comme ça — je sais qu’il suffit de dire « américaine » avec la bonne prononciation pour distinguer entre les hommes et les femmes.) On ajoute que ses romans se déroulent à Venise. Ça ne m’aide pas du tout. Puis M. Ruquier dit qu’elle est l’auteure de polars américains la plus connue et ici, je commence à me tirer les cheveux. Parle-t-il de Nora Roberts ? Ou de Gillian Flynn ? (Je connais leurs noms, mais pas les contenus de leurs livres.) Il mentionne que l’auteure a plus de 80 ans, mais ça ne m’aide pas du tout.

Puis, la boulette. Laurent Ruquier finit par mentionner par hasard qu’elle s’appelle Donna Leon. Il n’était pas censé faire ça, au moins toujours pas ! Il décide de donner les 300 € à l’auditeur qui a posé la question car l’erreur est à lui — je respecte tellement M. Ruquier pour ça.

Donna Leon, Photo par Michiel Hendryckx, CC BY-SA 3.0

Mais oh là là, je compte sur les questions qui concernent les États-Unis pour avoir une opportunité pour connaître les bonnes réponses. Et cette fois, je n’avais franchement aucune idée !

Les procès

J’avais espéré publier sur les Deux-Sèvres aujourd’hui, mais ça n’arrive pas. Heureusement — pas vraiment pour les victimes — une pub est tombée tout cuite dans mon bec (quelle expression bizarre — je ne connais aucun oiseau qui cuit leur nourriture). C’est un des trucs les plus nuls aux États-Unis, et un risque pour toute entreprise qui font leurs affaires ici. Voilà :

Alors, vous pouvez voir que c’était une pub sur Instagram, et qu’elle implique une entreprise française, L’Occitane en Provence. Laissons de côté le fait que l’on ne me retrouverait pas mort (expression anglaise) dans une de leurs boutiques, pour la même raison que ça n’arriverait pas chez L’Oréal. (C’est probablement la première fois de ma vie où j’écris ce dernier nom.) Qu’est-ce veut la pub ?

C’est pour un cabinet d’avocats qui cherchent des « victimes » de l’entreprise. Ils parlent de la possibilité d’un droit à 5 000 & pour les délits de L’Occitane. Et qu’est-ce qu’ils ont censé avoir fait ?

Enregistrer les activités des visiteurs à leur site web. « Mais Justin », vous me dites, « la loi RGPD est européenne. Comment peut un cabinet d’avocats américain la faire respecter une entreprise européenne dans une cour américaine ? » Pour être clair, il n’est pas clair que ce soit leur loi choisie — ils mentionnent des lois contre l’espionnage électronique, qui existent dans chaque état. Autre chose, ils ciblent une variété d’entreprises, dont à l’intérieur :

Source, mais je vous conseille de ne pas la cliquer

Si L’Occitane a une filiale ici, ils peuvent être poursuivis ici Mais ce qui se passe vraiment n’a rien à voir avec n’importe quelle loi contre l’espionnage électronique. Il est fortement probable que leur théorie est des balivernes de la plus haute qualité. Ce qui compte — et c’est pourquoi tout coûte cher ici — c’est qu’il coûtera moins pour chacune de ces entreprises de régler le procès que de se battre jusqu’à une décision. Il y a des milliers de tels cabinets dans ce pays qui font la même chose — ils publient des pubs pour chercher un client qui dirait « ouais, je suis victime », ils lancent un procès, puis il y a un règlement juridique où les avocats reçoivent plusieurs millions de dollars pour leur travail, et les clients reçoivent chacun un coupon pour un rabais de 20 % de leur prochain achat chez la vraie victime, l’entreprise.

Il y a des mois, j’ai reçu une autre pub pour un procès similaire contre une autre entreprise française :

Ça pose la question : « Avez-vous acheté des macarons Ladurée ? Il est possible que vous ayez été trompé. » À l’époque, j’ai demandé à un ami qui est avocat, « Quelle est la théorie derrière un tel procès ? » Sa réponse était que c’était probablement le « false fill » (faux remplissage). C’est lié au phénomène de « shrinkflation », où une boîte semble contenir plus que ce qui n’est le cas. Malgré ma déception chez Ladurée à Beverly Hills, je n’ai pas répondu à la pub. Je ne ferais jamais une telle chose.

Mais ça n’a rien à voir avec un sens de loyauté. J’ai cette attitude depuis mon enfance. On peut poursuivre n’importe qui — sauf le gouvernement — pour n’importe quelle raison, et ça peut durer longtemps avant qu’un juge n’y mette un terme. Il y a un dicton parmi les avocats ici, « On se fait du bon guacamole. » ([Non, sale con, l’autre genre d’avocats ! — M. Descarottes]) Ah oui. « Le processus, c’est la punition. ». (Oui, « processus », pas « procès » — il y a beaucoup de misère avant que l’on ne voie la salle d’audience.)

Croyez-moi, je me demande souvent pourquoi il y a tant d’expatriés qui viennent ici avec de telles règles !

Un jour dans notre cuisine

Aujourd’hui, j’ai eu deux événements pour lesquels j’ai dû cuisiner. Le premier était la reprise du Marché de Noël de l’année dernière. Encore une fois, j’ai fait des macarons suite à une demande des organisateurs. La différence, c’est que cette fois, j’allais tout diriger. La dernière fois, j’ai laissé l’emballage à d’autres personnes, et après mon expérience d’avril, j’ai décidé que je pouvais tout faire moi-même. D’abord, le produit final :

Je veux que vous soyez honnêtes avec moi : est-ce que vous trouvez les rubans charmants ? Ou insultants ? Je les ai trouvés dans notre plus grande chaîne de magasins pour des produits artisanats, Hobby Lobby. Voici mes matériels :

Vous remarquerez peut-être que le deuxième lot de macarons est plus sombre. C’est la même pâte, toute préparée en même temps dans le même bol, mais le deuxième lot est toujours comme ça. Il y a des fois où la différence est bien plus visible qu’ici. De toute façon, j’y ai livré 30 sacs, ayant fait 60 macarons. Ils ont été vendus pour 2 $ chacun — mieux que l’année dernière, quand le prix était 1 $. Je sais que mon niveau de qualité se vend pour 2 $ le macaron — pas 2 — aux pâtisseries ici, mais même les produits d’un vrai professionnel qui avait fait un don se vendaient pour 2 $. Je ne me plains pas.

Comme la dernière fois, j’ai pris des photos du marché pour vous. D’abord, l’extérieur du bâtiment et les panneaux pour signaler l’événement :

Voici le kiosque de l’Orange County Accueil. Peut-être que vous pouvez voir que certains produits sont étiquetés Roquette. C’est un nouveau resto ici. Je n’entends que de bonnes choses sur eux, et j’espère que l’on en parlera plus. Mais à mon avis, mes macarons méritent bien leur place.

Comme l’année dernière, il y a plein d’artisans qui veulent vous vendre soit du maquillage soit de la bijouterie soit des bougies :

Mais aussi deux qui vendaient de la confiture et de la confiture de lait :

Au cas où quelqu’un de local lirait ce post, voici l’Instagran de la confiture.

Mais tout ça, c’était juste le matin. J’ai eu encore une fois une soirée tarot hier soir, et je voulais faire quelque chose de différent, pas plus de macarons. J’ai une grande boîte à outils grâce au Tour, alors j’ai revisité la tarte au citron de Menton. Mais je suis un meilleur pâtissier maintenant qu’il y a deux ans. Voilà :

La dernière fois, je n’ai même pas tenté la meringue car il me manquait de chalumeau. Cette fois…peut-être que je devais arrêter après avoir décoré les bords, mais je suis bien content des résultats. Vous ne me croirez pas, mais j’étais ravi de faire quelque chose sans chocolat. Pour autant que j’adore le chocolat, il y a d’autres parfums, et je ne veux pas les laisser tomber. S’il vous semble que je suis obsédé par le citron après avoir raté les macarons au citron il y a des semaines, ben oui, je ne le nie pas.

Mais ce qui me rend le plus heureux, c’est que j’ai pu le partager avec du monde. Au-delà d’être diabétique, et ne pas avoir besoin de garder tant de sucreries à la maison, je n’aime pas cuisiner juste pour moi-même !

Le Conte de deux vidéos

Je viens de virer des amis. Pendant toute ma vie, je m’entendais avec beaucoup de monde où j’étais en désaccord sur tout. Tant que l’on est sincère et ne donne des coups de pied ni aux chiots ni aux enfants, on peut s’entendre. Mais pendant la dernière décennie, ça devient de moins en moins possible. Avant hier, je n’ai jamais abandonné un ami à cause de la politique, mais j’ai certainement regardé les anathèmes de mes amis. Je dis parfois, je fuis quelque chose autant que je cours vers quelque chose.

Il me semble depuis 2017 qu’une certaine partie de mon pays se sent triste à cause d’avoir raté la Seconde Guerre mondiale. Pas moi. Je l’étudie autant parce que je veux l’éviter ! Mais c’est pourquoi nos jeunes ennuyés parlaient d’être « la Résistance » pendant le dernier mandat. Comme si Jean Moulin et Marie-Madeleine Fourcade pouvaient apparaître à la radio pour dire une telle chose en toute sécurité ! On jette le mot « Nazi » par ici et par là. Ces dernières semaines, je vois des choses comme la foule qui cherchait des élèves juifs à Cooper Union — des gens qui n’ont rien à voir avec le conflit — et le vandalisme contre cette communauté-là partout, et je me dis que ce n’était jamais comme ça avant. J’ai honte de mon pays, que ça pouvait y avoir lieu :

Naturellement, je suis bien au courant des actualités en France. Mais je n’avais aucune intention de les revisiter ici jusqu’au moment hier matin où France With Véro a écrit (dans son groupe privé) que la vidéo suivante était… plutôt mal accueillie :

Je crois que c’est la source originale ; je n’ai fait aucune recherche sur le compte lui-même. De toute façon, c’est Douce France, une chanson de Charles Trenet, liée à la Résistance qui fait l’envie à mes compatriotes. Les paroles parlent de la France de ce blog, « Mon village au clocher aux maisons sages », mais je comprends l’argument que citer la nostalgie peut, dans certains cas, sous-entendre « et j’aime ce passé dont vous n’en faisiez pas partie ».

Je choisis de ne pas entendre le choix de ces enfants de cette façon — ils n’agressent personne en la chantant — mais il y a toute une polémique où les deux côtés semblent l’avoir entendu comme provocation. Si on cherche Twitter pour « Douce France » en ce moment, ce graphique se trouve encore et encore, avec des réponses haineuses :

Source

Mais il y a un autre genre de réponse. Ce monsieur en est typique.

« Dommage qu'[ils] ne portaient pas de Kippas » ?!? Je comprends ce qu’il veut dire, suite aux mesures de M. Darmanin, mais c’est une expression de soutien avec ses propres sous-entendus. Que les juifs contrôlent le gouvernement, c’est ça ?

Mais c’est notre conte de deux vidéos. Si la première était en réaction contre quelque chose, j’imagine que c’était cette vidéo absolument choquante de quelques jours plus tôt :

Je ne m’en veux pas aux gamines qui rient, bien qu’il y ait plein de critiques des deux sur les réseaux sociaux. Face à quelque chose comme ça, je suis sûr qu’elles étaient choquées et gênées, et franchement, une réaction colérique face aux chanteurs aurait pu être dangereuse.

Je vous ai dit au début que j’ai viré quelques amis. Non pas des français, mais certains américains que je connais depuis le lycée, même la primaire. J’espère que vous comprendrez à quel point c’était difficile. Mais je vous rappelle pourquoi j’ai appelé mon jour en Normandie « Le pèlerinage ». Les gens que j’ai sortis de ma vie approuvaient des excès de chaque mouvement des dernières années ici. Ils m’ont déjà montré qu’ils approuvent de blâmer aux groupes selon leur identité. Je ne l’excuse plus.

Mais je veux en conclure sur une note d’espoir. Je pense encore une fois à mon deuxième billet préféré du blog, Mes valeurs républicaines (le premier restera Je découvre… la France ! à jamais). Plus que jamais, je tiens à l’idée qu’en France, le citoyen n’est ni blanc ni noir, ni chrétien ni juif ni musulman, mais citoyen. Les garçons qui chantaient dans le métro, quel que l’on pense des messages subliminaux, n’ont pas choisi une chanson sectaire, mais une chanson qui fête le pays. J’y vois le Nord, et par là, un meilleur futur.

La concurrence

J’ai reçu un courriel hilarant plus tôt cette semaine, à l’adresse officielle du blog. C’était en anglais, mais je traduirai la partie qui compte. Dans le sujet, vous allez très vite voir ce qui m’a fait rire :

« Ton podcast Un Coup de Foudre a de bonne performance dans le classement d’Apple Podcasts (30 derniers jours) : #232 dans la catégorie Lieux et Voyage (Luxembourg) »

J’avouerai tout de suite que je ne connais guère le Luxembourg. Franchement, au-delà d’être le « L » dans « RTL », je ne peux pas vous dire ce qui se passe chez eux. (Ça changera, mais pas cette année.) Mais si vous saviez ce que je vois sur le site de Pomme, vous n’auriez pas non plus hâte de vous abonner à ce service. Pour une chose, il n’y a pas assez d’auditions là-bas pour que je puisse recevoir des statistiques de leur part ! Autre chose ? Voici des statistiques de lecture du blog pour tout 2023 par pays :

Les luxembourgeois aiment ce blog juste un peu plus que les polonais et les japonais, qui ne parlent pas français, et moins que les hongrois et les turcs, qui sont dans le même bateau. Encore plus incroyable, c’est mieux qu’en 2022 :

Le Brésil et l’Inde, d’autres marchés clés pour la croissance du blog. Et en plus, pour autant que je puisse voir, les classements arrêtent à #200, pas assez pour voir #232. Le gars voulait 5 $ par mois pour ce niveau d’analyse. Ouais, non, comme on dit en anglais.

Mais de plus en plus, je dois avouer que j’ai peut-être fait une erreur en gardant le nom du blog pour la balado. Parlons de « la concurrence », ce que vous allez trouver en cherchant « Un Coup de Foudre ».

Commençons chez Spotify, où elle est abritée :

Super, c’est #2 derrière la bande-sonore d’un film qui vient de sortir, avec seulement une star, Aure Atika, qui était la princesse dans OSS 117 : Le Caire, nid d’espions. Il y a un autre album, auquel on reviendra, et une tonne de playlists, qui n’intéressent à personne.

Tournons vers Apple. Franchement, iTunes est nul pour les podcasts, parce qu’il met la musique en vedette. Encore une fois, cet album apparaît, cette fois en tête.

Si on cherche juste les podcasts, j’ai un problème :certains contenus qui vont avec sont un peu épicés. Pas tous, loin de ça, mais est-ce assez pour faire des problèmes dans les résultats d’une recherche ? Je dois me demander.

Je sais, vous mourez de curiosité sur « J’ai fait un date ». Voici son début prometteur :

Alors, sur l’appli Apple Podcasts, il y a une surprise encore pire. On est d’accord que j’enregistre en français ? Voici « Podcasts par langue ». Essayons le français, où en tête il y a une émission pas mise à jour pendant 3 ans, par un fan d’Anne Hidalgo.

Cliquons «Voir tout » (See All) et voyons qui fait partie de « tout » :

Punaise de lit ! Ça ne va pas du tout.

Alors, quel est cet autre Un Coup de Foudre qui paraît où que j’aille ? C’est un album dit « Un Coup de Foudre pour Françoise », et j’en suis conscient depuis deux ans. D’une part, je n’ai aucune envie de le critiquer, parce que je me reconnais dans l’histoire du musicien, un certain Jimmy Parramore (lien en français). Né à Chicago, il habite en Suisse, et la nommée Françoise était son épouse. Monsieur est veuf. Cet album est en souvenir de madame. Mais d’autre part, je n’arrive pas à le recommander. Vous pouvez décider pour vous-même ce que vous en pensez :

Voilà, ce sont les autres Coups de Foudre.

Maladroit

Dans les commentaires de Le théorème de Thévenin, j’ai fait une promesse que j’allais raconter l’histoire de mon cours d’électrotechnique. C’est plutôt lié au blog, pas de façon directe, mais vous reconnaîtrez certainement la même personnalité derrière les deux.

Verre brisé, Photo par Ladon, CC BY 4.0

Pour le Saint-Valentin, je vous ai raconté l’histoire de mon saladier, utilisé dans presque toutes mes recettes pendant 27 ans déjà. En même temps que cette histoire se déroulait, j’étais toujours élevé ingénieur. Et je suivais 6 classes ce semestre-là, dont un cours d’électrotechnique. Dès que j’ai décidé d’abandonner mes études d’ingénieur, j’ai aussi décidé de quitter ce cours pour souffrir moins pendant le reste du semestre. Mais c’était une décision difficile. Je voulais devenir ingénieur électricien pendant des années, et travailler dans les équipements de son — d’où mon loisir qui continue.

Alors, une fois transféré à la fac en face de la rue, je me suis fait une promesse. J’allais reprendre ce cours — et seulement ce cours — pour me prouver que je ne l’avais pas abandonné à cause d’être bête, mais parce que je ne voulais plus le faire.

Être ingénieur n’a jamais été une bonne idée pour moi, parce que je suis un danger pour moi-même avec les mains. Quand j’étais au lycée, j’ai cassé plus de verrerie au labo de chimie que n’importe quel élève d’autre dans l’histoire du lycée. Sur le terrain de baseball au même lycée, les entraîneurs ont décidé de me faire le gérant de l’équipe parce que je ne pouvais pas attraper le ballon. À la fac, j’ai dû suivre un cours de construction mécanique, dont construire mes propres outils (un tournevis et un marteau, ainsi qu’une boîte à outils) avec des machine-outils. Il fallait payer 1 $ pour chaque pièce gaspillée si on faisait des erreurs. J’étais le première élève de l’histoire de la fac de payer plus de 100 $.

Vous ne voulez pas savoir combien d’écrans de portables que j’ai brisés. Je ne sais même pas quel est le nom de ce numéro en anglais, mais il faut l’exprimer avec la fonction d’Ackermann.

Je serais probablement mort d’un choc électrique si j’avais continué de travailler avec des tensions élevées. Mais il n’y avait pas besoin d’aller dans un labo pour ce cours, alors il n’y avait pas de risque. Or, j’ai dû patienter. Malgré le fait que j’ai transféré du troisième meilleure école d’ingénierie au pays, je n’ai pas pu suivre plus de 4 cours pendant mon premier semestre, et ils devaient tous être sur place, pas aux écoles voisines (il y en a 5 aux « Claremont Colleges« , ou à mon avis, 4 ainsi qu’une maternelle pour les plus gros bébés de l’état). Ce premier semestre a été le plus ennuyeux de ma vie.

Dès que le deuxième semestre est arrivé, j’ai demandé le droit de suivre encore une fois le cours. La responsable du bureau de la scolarité m’a dit « Vous êtes fou ; vous venez d’y quitter et vous voulez y retourner ? » Mais j’ai réussi à la convaincre que le regretterais pendant le reste de ma vie si je ne l’ai pas fini. J’ai fini le cours avec une note de B-, dans un cours où la note moyenne était un B. Je ne sais pas comment la convertir à l’échelle de 20 points utilisée en France, mais les notes à Harvey Mudd sont beaucoup plus basses que le reste du pays. Ça aurait été un A à n’importe quelle université de l’Université de Californie.

L’année suivante, j’ai reçu un diplôme « magna cum laude », la deuxième des trois mentions honorifiques que l’on peut recevoir aux États-Unis, « summa cum laude » étant la plus haute. J’ai raté une mention summa par 0.02 points dans la moyenne de mes notes. Si j’avais eu un B, ou n’a pas suivi le cours, j’aurais eu la plus haute mention possible. Je m’en fiche. J’ai dû le faire.

Tout à coup, tout ce que je fais ici, c’est logique, hein ?

Bon 3e anniversaire au blog

Aujourd’hui, ça fait maintenant 3 ans que j’écris Un Coup de Foudre, dont 490 jours de suite ! Comme toujours (premier, deuxième), il n’y a qu’une chose à faire : manger un dessert. Il me fallait toujours apprendre le français si seulement parce que c’est littéralement d’où vient le mot dessert en anglais. Le Trésor de la Langue française nous dit qu’il vient de « desservir » :

Hist. 1393 desserte « dernier service du repas » (Ménagier, II, 107 ds T.-L.); 1549 la desserte, ou le dessert (EST.). Déverbal, formé sur le rad. de l’ind. prés., de desservir2

Dessert

Alors, on dessert la table pour une création originale signée Justin, les macarons Montélimar :

Non, je n’ai pas fondu mon stock de nougat de mes dernières vacances — mais il existe certainement des recettes à base de nougat fondu. J’ai plutôt décidé de créer une garniture qui rappelle mon cher nougat, à base de chocolat blanc, parfumé avec du miel, avec des éclats de pistaches et d’amandes. Je pensais à utiliser un colorant pour les rendre plus blancs, mais j’ai enfin décidé que des coques natures (légèrement parfumées à la vanille, comme pour les macarons crème brûlée) seraient plus authentiques, car les meilleurs nougats n’utilisent pas de colorants. Vous trouverez des recettes de macarons « au nougat », mais toutes au nougat fondu (voilà, voilà, voilà, et voilà). La recette sera à suivre.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé depuis la dernière fois ? On a fini 22 départements, un horaire un peu plus lente que prévu, mais le Tour aura certainement fini avant le 4e anniversaire du blog. J’ai lancé une série d’interviews, ce que je n’aurais jamais imaginé quand j’ai lancé le blog. J’ai enfin visité les sites du Jour J. Depuis mars, il y a tout à coup du monde qui veulent me voir car j’apporte des gourmandises où que j’aille. Je devrais être ravi.

Pourtant, il reste le cas que ce sont largement des activités virtuelles. Je ne sais pas à quoi je m’attendais, mais j’aimerais toujours que ce soit la vraie vie, non pas seulement des trucs que j’écris la nuit. Je ne sais pas comment changer ça en vivant à Elbe-en-Irvine, mais je ne vais nulle part. En repassant sur les autres anniversaires du blog, on peut voir que j’ai plus ou moins la même pensée à chaque fois. Au moins je suis cohérent.

Alors, il n’y a rien à faire au-delà de renouveler le même vœu qu’à chaque anniversaire — que le prochain anniversaire soit en France !

Le meurtrier

C’est presque Halloween, mais je ne vous raconte (presque) jamais des histoires fictives. Aujourd’hui, on va parler du temps où j’ai joué au billard avec un meurtrier. Cette histoire est 100 % la vérité. J’ai dû la revivre récemment parce qu’un ancien copain de classe de ma fac a décidé que monsieur devrait être libéré de la prison. À mon avis, ce monsieur a absolument mérité sa réclusion à perpétuité, mais je vous présenterai les faits à la meilleure de ma connaissance, et vous pouvez décider pour vous-mêmes.

Le genre d’arme blanche, Photo par Altoscroll, CC BY-SA 3.0

Mettons d’abord la scène. Mon tout premier coup de cœur était une fille d’origine asiatique au lycée. Elle est maintenant professeur à une grande université alors je suis ravi de vous dire que sa vie est une réussite. Mais la raison pour laquelle je vous mentionne ce détail, c’est qu’elle souffrait à cause de moi. Je ne lui ai rien fait personnellement. Mais 3 gars — Richard, Keane, et David, aucun desquels ne mérite d’être protégé — la harcelaient sans cesse. Ils l’ont fait à toute et n’importe quelle fille s’ils même soupçonnaient que je lui demanderait de sortir. Mais elle a pris le pire coup, de loin. Je n’utiliserai pas son nom, même pas une vraie initiale. Elle est simplement « A » ici.

Qu’est-ce que tout ça a à voir avec un meurtrier ? Je veux vous faire comprendre que cette fille me détestait comme rien d’autre. Elle voulait se venger de moi, car elle a dit à des connaissances mutuelles que j’avais gâché sa vie. Alors quand elle a rencontré Alex Valentine, elle avait trouvé le bon outil pour me faire flipper.

J’étais élève pendant deux ans à Harvey Mudd College, une fac consacré à l’ingénierie. Après Caltech et MIT, c’est sans doute l’école la plus prestigieuse pour ce métier aux États-Unis. Je l’ai quitté après deux ans pour aller à une autre fac en face de la rue, Claremont McKenna. Mais un jour, pendant ma deuxième année, on a frappé à la porte. Je l’ai ouverte et un inconnu m’a dit, « Je te passe le bonjour d’A. » Après un moment pour regarder ma crise cardiaque se déroule, il a ajouté « Je m’appelle Alex Valentine. »

Il m’a invité à jouer au billard avec lui dans la cantine. J’étais choqué, mais en même temps, j’étais horriblement curieux. Comme la fois à Rome où j’ai couru vers le son d’un coup de feu dans la gare Termini, au lieu de le fuir comme tout le monde, j’ai accepté. C’était une des pires décisions de ma vie.

Il s’est avéré que les deux se sont rencontrés dans un camp pour les lycéens afin de se concentrer sur les sciences. Elle a appris qu’il allait assister à Harvey Mudd, alors pendant les deux prochaines heures de suite, j’ai entendu tout genre de chose sur quel genre de horreur je suis. J’ai aussi appris que nous avions quelque chose de bizarre en commun — il a reçu le même lit dans la même chambre que moi pendant l’année précédente. Il se plaignait de tout et n’importe quoi, mais j’avais vite décidé qu’il serait une grosse erreur de le contrarier, alors j’y restais jusqu’au moment où il m’a enfin dit « Tu sais, tu es un moins sale con que ce qu’A m’a dit. Au revoir. ». En fait, il a utilisé un mot plutôt comme « bite », mais je crois que l’on ne l’utilise pas en tant qu’adjectif en français. J’ai raconté mon expérience à plusieurs amis et les ai dits qu’à mon avis, Alex était effrayant.

On ne s’est plus parlé après ça. L’été est arrivé, et tout à coup, il y a eu une nouvelle dans le journal local, le San Diego Union-Tribune. Alex a été arrêté pour le meurtre de ses parents. Voici un lien au journal, pas à l’article original de 1995, mais à un autre de 2005, après la perte de son dernier appel. L’article raconte ce qui s’est passé, mais je vous le dirai en français avec plus de détails.

Les parents d’Alex n’étaient pas contents de son choix d’aller à Harvey Mudd. Les deux avaient leurs doctorats de l’Université de Californie à Berkeley, et voulaient qu’il y aille. Alors, ils lui avaient exigé de refaire une candidature pour transférer à cette université. Mais il se déprimait et ses notes n’étaient plus assez bonnes pour la réussir. Sa mère a découvert la vérité et lui a dit qu’elle allait la dire à son père. Alors il l’attendait dans une pièce dans l’entreprise familiale avec un tourné-à-gauche pour la tuer. Mais son père l’a attrapé avec le cadavre, alors il a paniqué et l’a aussi tué.

J’espère que vous serez d’accord qu’il n’y a aucune raison pour laquelle monsieur devrait être libéré.

Mais il a récemment rentré dans ma vie de façon complètement inattendue. Dans un groupe privé de Facebook, un copain de classe a circulé une pétition de « Change.org » pour livrer au gouverneur de Californie. Le monsieur qui a fait ça est un type qui croit que les prisons ne sont qu’un complot pour donner des ouvriers gratuits à l’État. Voici un lien vers la pétition afin de vous montrer que je ne plaisante pas. Elle était apparemment écrite par Alex lui-même. J’ai parlé à beaucoup de monde après l’avoir vu, et j’ai découvert que de nombreuses personnes avaient eu des expériences flippantes, dont des profs ainsi que des élèves.

Je ne sais rien de ce qui lui est arrivé en prison. Mais il a gagné sa réclusion à perpétuité par ses propres efforts et n’a rien fait pour me faire penser qu’il mérite autrement. C’est ma rencontre avec un meurtrier, et j’espère qu’elle restera la seule et unique pour toujours.