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Paillasson

Puisque je vous ai parlé du déménagement à venir, je jette une bouteille à la mer, parce qu’il y a quelque chose que j’aimerais avoir pour le nouvel appartement. Peut-être que l’un d’entre vous aura la bonne idée.

Il y a des années, j’ai vu le paillasson le plus hilarant de tous les temps sur Facebook :

Ça dit « Oh non, pas toi encore »

À l’époque, je l’ai mis dans Google Images, dans l’espoir de le trouver, sans succès. Malheureusement, il me semble que la source originale n’est qu’une page d’humour, Rigolotes.fr.

Une recherche sur Google pour des produits qui ressemblent au paillasson n’est pas très utile — on trouve d’autres choses faites des mêmes matériaux, mais pas les mêmes mots du tout, peu importe le même produit :

4 paillassons dans les résultats de Google. Aucun ne ressemble exactement à l'original, un dit juste « Encore toi ? » et deux disent « Bonjour » plutôt que le même message.

Je suis moins que ravi que même une recherche chez Leroy Merlin ne donne qu’une version en anglais :

Capture d'écran du site de Leroy Merlin, le paillasson dit "On no, not you again"

C’est quand même moche en noir et blanc ; même si c’était en français, je ne serais pas preneur avec ces couleurs.

Un autre problème, c’est qu’à cause du fait que les moteurs de recherche utilisent désormais des représentations numériques plutôt que des mots dans leurs bases de données, afin de tout traduire automatiquement, cette recherche retourne pas mal de résultats en anglais, même si fait en français :

Capture d'écran d'une recherche sur Google avec un produit sur Etsy qui porte la traduction anglaise

Je suis étonné à quel point c’est difficile ! Et pour être honnête, je sais que les voisins ne le comprendront pas. J’espère inviter quelques membres de l’OCA à dîner chez moi une fois que nous sommes installés, et ils comprendront, mais je crois qu’ils le trouveront drôle.

Alors, si on sait où je peux trouver le bon paillasson, j’en serais très reconnaissant !

Cadeau d’anniversaire

([Je sais, nous n’attendions pas tous à revoir mon ex. Mais vu les actualités, elle insiste sur être de retour, juste une fois. — Justin])

Bonjour, les ennemis ! Je continue de ne pas comprendre pourquoi vous fréquentez tous ce type, qui n’a jamais rien fait de bien. Mais en quelque sorte, la France entière — non, l’UE entière — vient de confirmer que j’avais — que j’ai — raison, et que le monde existe uniquement pour le punir (ainsi que pour chanter mes louanges, bien sûr). Après tout, je lui ai dit en 2001 que Dieu avait envoyé le krach boursier pour lui apprendre l’humilité. Et il m’a épousé après ça ! Mais le 29 août est mon jour, et ce à quoi je ne m’attendais pas, c’était que la France m’offrirait un cadeau d’anniversaire pour le cibler aussi !

Poste de La Destrousse aux Bouches-du-Rhône, Photp par François GOGLINS, CC BY-SA 4.0

Je ne remercie jamais personne, car tout m’est simplement dû, mais vraiment, je suis impressionnée. Alors, qu’est-ce que vous avez fait pour me plaire ? C’est notre vieille amie La Poste qui m’a livré ce cadeau :

En dehors de ces trois exceptions, tout envoi postal à destination des États-Unis effectué à partir du vendredi 29 août 2025 sera bloqué et retourné à l’expéditeur. De plus, le retour de marchandises provenant d’un achat effectué chez un commerçant américain entraînera le paiement de frais de douane.

La Poste [gras/italiqies ajoutés]

D’habitude, en anglais — ce que vous devez tous apprendre afin que La Fille puisse arrêter de suivre un cours contre lequel j’ai lutté ! — on dit, avec de fausse modestie, « You shouldn’t have » (« Tu n’aurais pas dû [le faire] ») en acceptant un cadeau. Bien sûr, dans mon cas, vous auriez dû, et plus tôt.

Alors, quelles sont les trois exceptions ?

Les envois de cadeaux entre particuliers d’une valeur inférieure à 80€/100$ par colis

Les envois par Chronopost

Les envois de courrier contenant uniquement des documents (y compris les prêts à poster)

Alors si vous aviez mis en place cette règle plus tôt, vous auriez pu bloquer le colis que son ami lui avait envoyé avec des jeans du Temps des Cerises, et ça malgré le fait que Justin avait payé les vêtements. Ça aurait été drôle ! Je suppose que la troisième catégorie ne bloque pas les cartes de vœux. Dommage. Mais les cartes postales ? Est-ce qu’elles tombent dans les exceptions ? On dirait qu’il s’agit uniquement d’un document, mais avec le bon avocat, on pourrait toujours argumenter que « contenir » distingue les enveloppes de leurs contenus. Ce serait merveilleux pour foutre le bordel !

Bien sûr, il y a un petit peu d’hypocrisie dans l’annonce de La Poste. Elle dit :

Les marchandises sont à présent taxées dès le 1er dollar, alors qu’elles disposaient jusqu’alors d’une franchise de droits de douane jusque 800 dollars.

Et qu’est-ce qui est arrivé quand Justin voulait envoyer un colis en France en 2023 ? Ah oui, quand l’UE pensait qu’il ne s’agissait pas d’un cadeau, elle voulait facturer son amie 43 $ de frais et d’impôts contre une valeur de 40 $ de biens ! Et même quand il s’agissait d’un cadeau, la franchise de droits de douane avait une limite de 45 €. C’était beaucoup moins de 800 $, c’est certain !

Mais j’adore ça. L’important, c’est qu’une telle que moi comprend la vérité : les hommes politiques des deux côtés sont désormais dans un grand concours de pisse, comme on dit en anglais, et c’est les fourmis qui souffrent. Et je me réjouis ! Après tout, pensez-vous que Justin aurait envoyé un colis de 200 $ en France en 2021, dont son ami avait payé les marchandises, face aux taxes de 2023 ? Nope. Avec un peu plus d’effort, nos hommes politiques mettront définitivement un terme à exactement les échanges qui ont donné lieu à son blog.

Bien sûr, il y a un moyen simple pour éviter tous ces problèmes : soyez comme moi, le genre de personne avec qui personne ne veut échanger de cadeaux !

Vraiment, je suis une génie. Et avec ça, a-dieu !

Les yeux ouverts

Il y a longtemps, le 7 août 2023 pour préciser, j’ai raconté une Blague de la Semaine dont la chute était :

Tout à coup, le bistrot disparaît et le blogueur se trouve au bout d’une queue devant une mairie ! Il crie « Saint-Pierre ! Mais où est donc passé mon bistrot ? Mon ketchup ? » Et Saint-Pierre lui répond, « Ah oui. Avant, vous étiez touriste. Maintenant, vous y habitez ! »

Évidemment, j’ai volé la structure de la blague à une centaine d’autres sur un choix entre le ciel et l’enfer (et à noter, pour moi-même, c’était juste entre deux formes d’enfer). Mais mon but là était aussi de montrer que j’étais au courant du fait que mes sujets sont souvent légers et touristiques. ([Surtout les guerres. — M. Descarottes])

Image de Carrefour en tant que les portes du ciel -- créée par l'IA Google Gemini
Carrefour en tant que le Ciel, Image créée par l’IA Google Gemini

Mais j’ai fait certains choix il y a longtemps sur ce que je dirais et ce que j’éviterais, même avant le début du blog, et il me semble que mes bonnes intentions ([Lâcheté]) donnent fausse impression que je pense que la France est Disneyland avec de meilleur fromage (c’est juste Carrefour). Parlons d’abord de ce que j’ai fait exprès.

Dans le tout premier post, que très peu de monde a lu, j’ai dit :

On n’a que trois règles:

  • PAS D’ANGLAIS
  • Pas de politique, sauf les dessins
  • (soyez gentil, s’il vous plaît)
On commence !

Je voulais sincèrement créer un espace sans parler de la politique, et encore plus important, vu les majuscules, montrer que je n’étais pas ici pour m’imposer. Mon attitude plus-que-québécois sur ma langue de naissance vient de deux sources, mais ce que je voulais dire, c’était que je n’allais jamais insister que la France se conforme à moi. Je ne veux pas de menus en anglais, de service aux clients en anglais, rien. Depuis ce temps, en parlant de ce qui m’énerve aux États-Unis, j’espère que mes raisons sont devenues plus claires : je n’aime pas du tout que personne ne ressente la même chose chez moi, et je ne suis pas hypocrite. ([Sur ce sujet, quand même.])

L’autre chose est plus personnelle, et je sais que personne ne me prend au sérieux quand je le dis, mais je n’ai plus envie d’entendre l’anglais. Du tout. Tout mauvais souvenir dans ma tête, c’est en anglais. Et même si ce n’était pas une raison, entendre ce que les cons ont fait de ma langue est insupportable. J’apprécie sincèrement que même s’il y a plein de Français qui s’en foutent de la grammaire, c’est une vraie passion pour une belle partie du pays. Ce n’est pas honteux de s’en soucier, pas comme chez moi.

Mais tout ça n’est que mes névroses. Il m’est évident que j’ai complètement échoué une autre tâche, vous convaincre — et ça veut dire, j’espère, convaincre un fonctionnaire pendant un entretien de visa — que je préfère les problèmes de la vie en France à ceux de chez moi. Puisque je n’en dis presque rien, au nom de me comporter comme un invité, beaucoup de monde pense que je ne vois rien, ou comme a dit l’un de mes critiques : « L’auteur est tombé en amour. Ça rend aveugle ». Alors, parlons juste une fois de ce que je vois, mais essayez de ne pas répondre avec « Mais les É-U ». Ça arrive souvent quand un étranger critique son pays, mais j’espère que vous serez d’accord que je suis honnête sur le mien.

Quand j’ai envie de prendre rendez-vous chez le docteur, s’il s’agit d’un généraliste, j’ai un choix de nombreux cabinets le même jour. Il est fort probable que je paye entre 150 et 200 $ pour la visite, mais la disponibilité n’est jamais un problème. Si je veux prendre rendez-vous avec mon docteur habituel, j’ai besoin d’un mois d’attentes, et si je veux un vrai spécialiste — un cardiologue ou un dermatologue — il faut attendre deux mois en général, mais pas plus. Même chose chez les dentistes. J’ai entendu de nombreuses plaintes de mes amis en France au fil des années à cet égard. Avec les problèmes que j’ai déjà, déménager montre de mauvais jugement de mon côté. La climatisation me manquera aussi ; je compte sur elle toute ma vie, mais je sais ce que vous en pensez.

Si c’est vrai que les prix des produits français sont beaucoup plus bas par rapport à ce que je paye — 6, 85 € pour un paquet de Brets au lieu de 1,99 € ! — c’est aussi vrai que les salaires sont plus bas, et que se faire embaucher est souvent un cauchemar. J’ai vu un ami galérer pendant presque 4 ans sans boulot, et cette personne était citoyenne et pas stupide du tout. Je n’imagine pas que ce sera du gâteau venant de l’étranger, et surtout pas jeune. En ce qui concerne l’âge, il n’y a rien à envier, mais c’est un défi des deux côtés.

L’efficacité et l’esprit de service aux clients des fonctionnaires français ne laissent rien à envier non plus. J’ai une amie dont son époux est étranger ; sa lutte pour renouveler son visa a duré plusieurs années malgré le fait d’être époux et père de citoyens.

Il y a deux ans, je vous ai parlé de virer des amis à cause de la politique, quelque chose que j’avais refusé de faire même en réponse aux émeutes de 2020, quand beaucoup de mes amis ont viré des gens comme moi, qui soutiennent les forces de l’ordre dès que les manifs deviennent les saccages. Je ne fais pas d’excuses pour cette attitude. Mais le cadre de ce post était une paire d’événements dans le métro parisien. Beaucoup de liens dans ce post-là ne fonctionnent plus, mais il s’agissait d’un incident où des musulmans chantaient « nique les Juifs » dans le métro et de jeunes Français chantaient « Douce France ». Et puisque la France est aussi perplexe que les États-Unis en ce moment, il y a eu pas mal de Français qui trouvaient ce dernier tout aussi problématique. Il y a des captures d’écran dans ce post ; je n’exagère pas. J’ai trouvé cette situation lamentable, et je n’ai pas oublié les noms de Samuel Paty ou de Dominique Bernard non plus. Mais c’est pareil chez moi. Nous avons eu notre propre attentat californien pas loin de chez moi, 3 semaines après le 15 novembre 2015. Et la mosquée des attaquants, c’était juste à côté de Disneyland !

La différence entre les deux situations n’est pas entre le paradis et l’enfer. C’est un peu comme ma blague d’en haut, un choix entre deux situations difficiles. Et une punition unique m’attend en France : j’ai déjà raté beaucoup des opportunités que j’aurais voulues si j’avais appris la langue au bon moment. Il faudra m’en souvenir tous les jours ; n’imaginez pas que ça ne m’attriste pas. Mais laissez-moi acheter un petit appartement à Rouen et mon pain quotidien, peut-être enfin avoir Canal+ à la télé, et je ne dérangerai personne.

Pauvre Jean

J’écoutais Les Grosses Têtes hier, ou plutôt une rediffusion, car si j’ai bien compris, l’émission est en congés pendant tout août. Les intégrales sont toutes intitulées « le best of », et l’on dit ça aussi à la radio. (Est-ce que ces voix sont ce que l’on appelle une « speakerine » ?) L’important, c’est que RTL joue beaucoup beaucoup beaucoup plus de musique pendant l’émission que d’hab. Hier, il y avait un groupe américain, The Whispers. Bof. Si je voulais écouter de la musique en anglais… j’aurais aussi besoin d’une appli de radio sur Internet, car la moitié des stations chez moi sont hispanophones. Mais laisser tomber, même si ce n’est pas pourquoi j’écoute RTL. Il y avait une autre chanson qui a attiré mon attention, et si ce n’est pas un « Je découvre », peut-être qu’il y en aura un plus tard.

Jeanne Cherhal, Photo par Benjamin Bellamy, CC BY-SA 4.0

Il s’agit d’une nouveauté d’une chanteuse inconnue pour moi, Jeanne Cherhal. Sur son album, Jeanne, sorti plus tôt cette année, il y a une chanson d’amour intitulée « Jean ». D’abord, je dois le dire : quelle mignonnerie catastrophique, un couple de même prénom ! Le duo Paul et Paula a fait pareil avec « Hey, Paula » pendant les années 60 (il s’agissait de noms de scène pour les deux). De toute façon, elle n’est pas vraiment en couple avec un nommé Jean, mais écoutez :

Tout au début, et j’ai failli écraser ma voiture* en hurlant, « Non, mais sérieusement ! », elle chante :

Jean, j’en ai marre de rêver de vous

Jean, j’en ai marre de parler de vous

Jean, j’en peux plus de ne penser qu’à vous

*Pas vraiment, j’étais stationné.

En 5 ans d’étudier la langue, il ne m’est jamais une fois venu à l’esprit qu’il y a des calembours à faire avec « Jean » et « J’en ». Et maintenant, j’ai du mal à penser à autre chose. C’est exactement pareil aux calembours horribles pour « Justin » en anglais, qui peut aussi se lire comme les mots « Just in », le plus souvent pour « Just in time » (juste à temps) et « Just in case » (au cas où). J’ai cité une pâtissière française qui se surnomme « JustInCooking » pour le broyé du Poitou dans le livre, et elle est en fait une Justine, mais ouf : je croyais que j’avais échappé à cette blague ! Nope. Mes condoléances aux Jean ; je compatis.

(Si je rencontre la bonne Justine, merci d’oublier tout ça.)

Mais quant à Mme Cherhal, elle a une voix assez agréable. J’ai fini par écouter la moitié de son album sur YouTube. Mon plus haut compliment est que je peux facilement comprendre ce que l’on chante, et je pouvais évidemment la comprendre en écoutant RTL, sans avoir les paroles devant moi. Ça fait apparemment 6 ans depuis sa dernière apparition sur Taratata, mais si elle était assez bonne pour l’émission, c’est assez pour moi !

Les télé-arnaqueurs

Je ne sais pas vous, mais moi, les téléphones me manquent. Les vrais, avec des fils, et plus important, qui apportaient de temps en temps de véritables appels. De nos jours, si je reçois un appel qui vient d’un numéro inconnu, c’est une arnaque chaque fois. Mais pendant les 6 dernières semaines, une arnaque très particulière m’appelle tous les jours, du lundi au vendredi. Et en quelque sorte, ça touche presque tout le monde aux États-Unis, sans que les autorités essaient de l’arrêter.

Non, ce n’est pas (encore) une plainte sur le gouvernement ou même Amazon. Je suis complètement sérieux. Et je vous promets un sacré rebondissement !

Les appels sont toujours pour un prêt bancaire que je n’ai jamais demande, pour une entreprise dont je ne suis pas le propriétaire, auprès d’une banque qui n’existe pas. À part ça, tout passe crème. Voici un message vocal typique :

Capture d'écran du texte du message

L’essentiel dit :

Bonjour, ici Vanessa de la succursale de la Côte Ouest de la Banque de petites entreprises. J’essaie de contacter soit toi soit quelqu’un dans ton équipe financière depuis des jours. J’ai laissé un message vocal et même un texto en milieu de la semaine dernière, mais je n’ai pas réussi à te joindre… J’examine ta demande et elle est sur le point d’être approuvée… (beaucoup de n’importe quoi sur comment la contacter)

« Elle » vient de la Côte Ouest, hein ? Voici un échantillon des numéros desquels je reçois ce message :

Collage de 5 captures d'écran des numéros de téléphone

Le tout dernier, reçu hier, est en fait d’une ville californienne. Mais les 4 autres ici utilisent de (faux) numéros de soit le New Jersey soit le New York.

Personne n’est perplexe sur le caractère de ces messages, mais ils sont partout. Et il s’avère que la vérité, c’est que les arnaqueurs sont mes voisins. Je ne veux pas dire « dans le même pays », ou « dans le même état ». Il s’agit d’une entreprise dont je peux marcher à son bureau.

Sur le site Reddit, on peut facilement découvrir de nombreuses plaintes avec des captures d’écran identiques à la mienne. Voici un lien. Mais à ce lien, on découvre ce qui arrive quand on répond :

Commentaire sur Reddit qui parle des efforts de son auteur pour découvrir la source des appels

Ce monsieur dit que quand il a appelé le numéro, il est tombé sur le répondeur d’une entreprise nommée « Better Rise Capital », à Irvine. La voilà sur Google Maps :

Carte d'Irvine avec l'adresse de Better Rise Capital épinglée

Je ne veux pas donner mon adresse exacte sur le blog, mais disons que c’est à moins de 2 km de chez moi !

En juillet, un journal dans le New Jersey, Asbury Park Press, a publié un article sur exactement cette arnaque, sans découvrir sa source irvinoise. C’était plein d’astuces inutiles venant de la FCC, l’agence du gouvernement fédéral responsable de garder contre exactement ce genre de fraude. Par exemple, « ne partage pas de données personnelles », et « n’oublie pas de t’inscrire à la liste « Do Not Call » du gouvernement » — les publicitaires légitimes ne sont pas censés faire des appels aux numéros sur la liste. Comme si les arnaqueurs se soucient d’une telle chose !

Mais une astuce est spéciale : « Ne réponds pas aux appels provenant de numéros inconnus. » Ah oui, c’est grâce à exactement ça que les appels téléphoniques sont devenus complètement inutiles — quand je reçois des appels des bénévoles au lycée de La Fille, ou des cabinets médicaux, ils vont directement sur mon répondeur, car mon portable ne sonne même plus !

Cependant, il y a un bienfait inattendu. Juste au début de cette arnaque en juillet, j’ai entendu parler d’un site du gouvernement français, Vivre Avec La Chaleur. Parmi ses bonnes idées — désormais supprimée, car incroyable ! — on trouvait l’astuce de louer un logement dans un endroit moins chaud. Je ne plaisante même pas :

Capture d'écran qui dit en partie « Si vos moyens financiers le permettent, louez pendant quelques jours un logement mieux isolé de la chaleur quelques jours. »
Capture d’écran par Emma Ducros

Quand j’ai vu cette astuce, j’étais un peu étonné. Mais maintenant, je vois que c’est rassurant au cas où je réussirais à déménager : nos deux gouvernements ont la même idée pour résoudre des problèmes. Vous avez payé soit votre numéro de téléphone soit votre logement et avez des problèmes ? Ne les utilisez plus !

Que ferions-nous sans fonctionnaires pour avoir des idées de génie ?

L’algolangage

Ce n’est pas Langue de Molière pour cette semaine, mais il s’agit d’une question de traduction en français, posé par des conversations entre moi et La Fille ces derniers mois.

Notre histoire commence avec le film le plus marrant de l’année, Minecraft, le film. Nous l’avons regardé ensemble à sa sortie, mais en anglais, alors il y avait très peu à dire à l’époque. Cependant, depuis ce temps, contre tout attente, c’est moi l’obsédé, pas ma fille. Car ce film présente (puis tue) mon personnage préféré de presque n’importe quelle comédie, le général Chungus :

Source, CC BY-SA 3.0

Avant de continuer, il faut ajouter que ce film était aussi détesté en France par le public que par les critiques, alors qu’aux États-Unis, c’était un échec critique mais une réussite auprès du public. En le regardant, il m’était évident que ce serait le cas, parce que tous mes moments préférés sont intraduisibles, comptant non seulement sur l’argot anglais, mais l’argot de la génération de La Fille. Je ne le connais que très peu, d’où les fous rires pour moi, ce qui était hyper-gênant pour La Fille.

Alors, le général Chungus. Il ressemble à un sanglier bipède, et quand nous le rencontrons pour la première fois, ses bruits son effrayants. Puis il commence à parler, et la voix est 100 % surfeur californien des années 80, complètement décontractée et sans menace. Mais les mots sont tout autre chose ; ce sont de l’anglais, mais un anglais que je ne connais pas. C’est de « l’algolangage ».

Le Figaro l’explique :

Pour contourner la modération sur certains mots ou sujets tabous, les utilisateurs du réseau social chinois construisent une nouvelle façon de communiquer.

Un émoji «tournesol» pour parler de la guerre en Ukraine ou «dépression» écrit «depre$$ion». Ces mots et ces symboles ne vous disent peut-être rien et pourtant ils fleurissent sur TikTok. Sur le réseau social chinois est en train d’émerger un autre langage. Aussi appelé «algospeak» ou «algolangage» en français, il a pour caractéristique d’être contraint par l’algorithme de la plateforme, comme l’explique le Washington Post. D’où la contraction entre les mots «algo» et «langage».

«Panini», «segg» ou «depre$$ion» : l’algolangage, le nouvel argot des utilisateurs de TikTok, par Klara Durand

Nous allons parler de ma réplique préférée, et pourquoi ça ne se traduit pas, au moins pas de façon satisfaisante. Un youtubeur a gentiment ramassé toutes les répliques du général dans un seul clip ; je l’ai mis au bon moment (1:19, au cas où) :

Il dit en anglais : « I’m really sorry, but I have to unalive you and stuff. » Le mot en caractères gras et italiques, « unalive », est de l’argot dit algolangage. Je suis au courant de son existence depuis 3 ans déjà, mais je ne savais pas d’où il venait jusqu’à maintenant. C’est un bon exemple de pourquoi le film ne se traduit pas.

Une traduction idiomatique sans essayer de préserver l’argot serait : « Je suis vraiment désolé, mais il faut que je te tue. » (Il y a une deuxième expression argotique, « and stuff », mais mettons-la de côté pour l’instant.) Mais il se passe que Le Figaro parle d’exactement ce mot :

Et «unalive» (qui se traduirait par «nonvivant» en français) est devenu récurrent pour aborder la mort ou la question du suicide.

C’est vrai, mais incomplet. Le préfixe « un » se traduit habituellement par « non », et « alive » par « vivant », mais ça rend un nom. Et une belle partie de l’humour de cette réplique, c’est que Chungus, ainsi que les internautes, utilisent ce mot en tant que verbe. En français, on pourrait donc dire « Je dois te rendre nonvivant », mais ça rate l’humour du changement inattendu de la partie du discours. J’ai essayé de trouver un clip en français pour voir ce qui s’est passé dans la version officielle, mais c’était impossible. Le film a enregistré 2,6 millions d’entrées — mais avec une note moyenne de 1,9/5 parmi les spectateurs, n’a pas de fans passionnés pour mettre des clips en ligne.

L’article du Figaro date de 2022, et j’imagine que les choses ont évolué depuis ce temps. Mais je n’ai rien trouvé pour suggérer qu’il y a une traduction plus concise, ou que « unalive » a fini par être adopté par les tiktokeurs francophones. (Tant mieux, je suppose.) C’est donc un bon exemple de l’humour que j’aimerais partager mais ne tombe pas.

La Chine uber alles

Je vous ai menacé que j’allais peut-être écrire sur ce sujet, mon ami que je vois de plus en plus sous l’emprise d’un pays dont il n’a jamais vécu, ni ses parents non plus (et si j’ai bien compris, plusieurs générations avant ça). Ce n’est pas la première fois où nous aurons abordé ce sujet — il croyait sans preuves que la France a dû être sauvé par la Chine afin de rouvrir Notre-Dame. Ça vous donne, malheureusement, une idée du genre de propagande auquel il fait attention. Mais nous revisitons ce sujet parce qu’il a réussi à m’étonner la semaine dernière, et pas de bonne façon.

Drapeau taïwanais, Dessin par Sun Yat-sen, Domaine public

Sa thèse depuis des années, c’est que les États-Unis sont obligés de céder tout influence en Asie à la Chine, parce qu’elle est déjà la plus grande puissance au monde, et nous devrions donc faire un accord avec eux où la Chine aura exactement l’idée japonaise des années 1930, la Sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale, sauf avec la Chine en tête. En échange, selon lui, les chinois devraient laisser l’Amérique du Sud aux États-Unis, façon la doctrine Monroe. Et à ses yeux, ça doit commencer avec l’annexion du Taïwan.

« Heureusement », et seulement un vrai impérialiste pourrait dire une telle chose, il ne croit plus que ce sera après une invasion, car il est certain que les taïwanais vont voter pour exactement ça, une chose qui n’est pas évident vu les attitudes exprimées dans des sondages : moins de 7 % de la population souhaite s’unir à la Chine (lien en anglais, mais vers une source taïwanaise). Et quand je lui ai dit, « Et si le vote est contre, la Chine continentale est obligée de l’accepter, oui ? », il m’a répondu que ça n’arrivera pas parce que la Chine a aussi un scrutin. C’est très soviétique, cette attitude : le vote compte seulement tant que le résultat est selon les souhaits du Parti.

Il faut se souvenir que sa famille a vécu en Indonésie pendant un siècle, et est partie seulement à cause des persécutions contre ceux d’origine chinoise par le gouvernement de Soeharto. On penserait qu’avec une telle histoire, il serait plus sensible aux conquêtes et aux persécutions contre les minorités. On ne pourrait pas avoir plus tort.

En parlant de ses fausses idées sur la restauration de Notre-Dame, je vous ai dit qu’il est tombé dans les griffes d’une communauté identitaire en ligne, qui lui donne des idées de la suprématie des Chinois. Mais je n’ai pas parlé de ses idées les plus inquiétantes. À l’époque, il m’avait appelé pour râler pendant une heure entière que le président Franklin Roosevelt n’aurait jamais dû être né. Comment ça ? Vous voyez, son grand-père Warren Delano (lien en anglais) était trafiquant d’opium, et il aurait dû être condamné à la peine de mort. Et si ça s’était produit, ainsi que la mort pour d’autres trafiquants, ce serait l’empire chinois qui aurait gagné contre le Japon plutôt que l’inverse. On parle donc de fantasmes revanchards.

Récemment — c’est-à-dire la semaine dernière — il m’a expliqué que c’était un mensonge occidental que la Chine était en train de supprimer la langue et la culture tibétaine. Ça, c’est un gros mensonge. Je lui ai envoyé un essai — en anglais ainsi qu’en français — par deux experts français en études tibétaines, qui dit, parmi d’autres choses :

Les écoles tibétaines comme celles des autres ethnies ferment les unes après les autres et les initiatives privées d’enseignement du tibétain le soir ou dans les monastères pendant les vacances sont dorénavant interdites. Les collèges et lycées doivent enseigner uniquement en chinois, et cela concerne aussi la plupart des écoles primaires et même les jardins d’enfants dans les zones rurales.

La nouvelle politique linguistique au Tibet et ses conséquences

Sa réponse ? « La France fait pareil ; cherche « La honte et le châtiment » ». Ce dernier est un livre, publié cette année, par une bretonne, sur la politique de francisation en Bretagne ainsi qu’au Sénégal. Je n’exprime aucun avis sur ses contenus ; je ne l’ai pas lu. Mais je sais qui ne l’a pas lu non plus, et je trouve cette réponse très peu sincère. Est-ce la politique de la France envers le breton ou l’occitan maintenant ? Ben non, même si — et j’ai écrit sur ça avant — j’admire qu’il n’y ait qu’une langue officielle de la République. Il ne sait rien de ça, et franchement, il s’en fout — tout comme son intérêt à tuer les ancêtres de nos présidents, c’est juste une question de trouver n’importe quelle excuse pour justifier la politique du gouvernement chinois.

Je ne vais pas vous dire pourquoi il m’a dit pendant cette même conversation que la Chine est en train « d’éduquer » les Ouïghours. Mais juste hier, il m’a envoyé un article d’un magazine américain pour dire que le concours de l’IA est déjà remporté par la Chine, parce qu’ils construisent plus de centrales pour avoir assez d’électricité. Chaque réclamation faite au nom de la Chine n’est rien que la vérité pour lui ; chaque critique n’est qu’une combinaison de racisme et d’hypocrisie.

Je veux que vous compreniez : il n’est pas du tout unique à cet égard. Ce que j’essaie d’exprimer ici depuis des années en parlant des États-Unis, c’est que nous devenons de plus en plus les Balkans : chaque groupe identitaire n’est que pour lui-même. Je connais ce monsieur depuis 30 ans déjà ; il est mon meilleur ami pendant tout ce temps. Je hais ce que je vois lui arriver, mais je refuse de le quitter, la mode de nos jours chez moi. Ce n’est pas ce qui fait un ami.

Dimanche avec les urgences

Aujourd’hui était censé être le retour de Dimanche avec Marcel. Mais je n’avais rien lu jusqu’à samedi soir ; puis, quelque chose s’est passé. D’abord, sachez que personne n’est mort. Bon ? Je vais vous raconter le pire secret du blog, puis les événements d’hier soir.

Ambulance dans le Loiret, Photo par Alf van Beem, Domaine public

On est en 1971. Ma mère vient d’être diplômée à la fac et ses parents lui payent un voyage en Europe pour la féliciter. Elle avait appris le français au lycée, mais n’a pas exactement profité de l’expérience (si j’ai un don pour les langues, ça vient uniquement du côté paternel — mon arrière-grand-père a appris 6 langues pour son pressing à New York City).

Le jour de son arrivée à Paris, elle ne sait rien, mais son père a mal à l’épaule gauche. Il appelle son frère, un docteur, qui lui dit que c’est probablement rien de grave. Le lendemain, il est mort d’une crise cardiaque — saviez-vous que le mal à l’épaule gauche est un signe d’une crise cardiaque ? Ma grand-mère l’appelle à Paris pour lui dire de rentrer tout de suite.

Et maintenant, vous savez la vérité sur pourquoi elle luttait pour m’empêcher d’apprendre le français jeune. En quelque sorte, son mauvais souvenir était mon problème. C’est ça la raison pour laquelle j’ai caché toute connaissance même de mes activités avec Duolingo à ma famille jusqu’en 2023.

Samedi soir, ma mère a commencé de se plaindre de mal à… son épaule gauche ! Mais dès qu’elle a dit ça, elle a commencé à tout minimiser, à proposer des raisons pourquoi il n’y a eu aucune raison pour aller aux urgences. Cependant, en même temps, elle continuait de poser tout genre de questions à moi et à mon père afin de se diagnostiquer. Nope.

Je ne suis pas docteur, et mon père non plus. C’est la même chose avec vos proches. Et même si j’ai tort et l’un de vos proches est médecin, il n’est pas votre médecin. En fait, aux États-Unis, c’est une violation éthique de soigner sa propre famille. Il y a beaucoup de bonnes raisons pour ça. Peut-être que vous écrirez de fausses ordonnances pour des opioïdes. Ou peut-être que vous êtes en train d’intenter un procès en divorce, et vous abusez de votre diplôme de médecine pour dire au juge que votre ancien chéri est en fait autiste, et il doit payer 5 000 $ à des spécialistes pour prouver que c’est faux. Je vous rassure, cette dernière situation est certainement hypothétique et n’a rien à voir avec mon histoire. J’ai payé plus cher que ça ! J’imagine que la situation est similaire en France, et pour les mêmes raisons.

Tout ça, c’est-à-dire que si vous croyez que vous faites une crise cardiaque, ne faites pas d’excuses pour ne pas voir un médecin. Si vous avez raison, votre petit-fils risque d’être interdit d’étudier le français, et il finira par voler à travers l’Atlantique juste pour une nuit. Pire, peut-être que vous ne serez pas là pour le voir. Faites pas ça, d’accord ?

C’était où l’incendie ?

Ne me dites jamais que je ne fais rien pour vous. Je suis si généreux qu’aujourd’hui, je vous propose un film entier de Claude Lelouch, gratuit. Voilà :

Il s’agit d’un court-métrage, intitulé « C’était un rendez-vous ». Dans ce film, il n’y a aucun dialogue, juste les bruits d’un moteur alors que l’on voit tout Paris passer sous nos yeux : de l’Arc de Triomphe à la Basilique du Sacré-Cœur, en passant par le Quai des Tuileries, la Place de l’Opéra, et plein d’autres points de repère bien connus. (Il y a une liste complète au lien.) Mais ce court-métrage cache quelques autres faits intéressants.

Le chauffeur est Lelouch lui-même. Il roule dans sa propre Mercedes-Benz 450 SEL 6.9 — une berline haut-de-gamme avec un moteur de 286 chevaux (le son, cependant, vient d’une Ferrari). Il a décidé de tourner de fil car il lui restait de la pellicule après le tournage de « Si c ‘était à refaire », mais vu le taux incroyable de délits dans de film — tout feu rouge est ignoré — il devait tout tourner en une fois.

Mercedes-Benz 450 SEL, Photo par Matti Blume, CC BY-SA 4.0

On dit en anglais quand un autre roule à si grande vitesse, « Where’s the fire? » (C’est où l’incendie ?). Vous pouvez deviner du titre ce qui est à l’origine de l’urgence, mais aucun incendie n’est impliqué.

Selon cette interview en anglais qu’un ami anglophone m’a envoyée — c’était lui qui m’a fait découvrir ce film — le film a fait fureur à sa sortie : Lelouch n’a pas demandé l’autorisation pour rouler comme ça dans les rues parisiennes. Heureusement, Wikipédia raconte aussi son histoire la plus amusante :

Après le tournage, convoqué par le préfet de police, ce dernier lui a retiré son permis de conduire (on voit dans le film que Lelouch a brûlé plus d’une dizaine de feux rouges et n’a pas respecté autant de priorités à droite) pour le lui rendre quelques instants après : « Je m’étais engagé à vous le retirer » me dit-il. « Mais je n’ai pas précisé pour combien de temps »

Cependant, il y a une chose qui me rend perplexe. Le film donne l’impression que tout se passe à grande vitesse. Mais Wikipédia nous dit aussi : « Ce trajet mesure 10 km de long, ce qui suggère une vitesse moyenne de 75 km/h. » Ce n’est pas particulièrement vite quand une rue est assez large — la limite est 80 km/h dans la rue directement à côté de mon immeuble. Toutefois, à tout moment, il semble qu’il roule si vite, il risque d’avoir un accident. D’où vient cette impression ? J’ai du mal à l’expliquer.

Quand je l’ai vu, j’ai dit à mon ami que je croyais qu’il fallait 40 minutes et 15 arrêts pour faire le même trajet par métro. J’étais très proche — Google m’a donné un itinéraire de 41 minutes et 14 arrêts. Pas surprenant que j’étais proche : le parcours de mon deuxième jour en France était presque identique. Mais à vrai dire, quand on fait tout ce trajet sous terre, impossible d’apprécier vraiment l’ambiance. Bien que je sache que le Paris de ma visite était déjà très différent de celui du film, surtout en ce qui concerne la circulation, c’est une expérience émouvante de voir tous ces endroits bien connus dans si peu de temps.

Mes plaintes, version californienne

Aucun récit de voyage chez moi ne se termine sans un billet consacré aux plaintes. C’est une tradition qui date de mon premier voyage en France, jusqu’au voyage à Las Vegas l’année dernière, en passant par le voyage fou et Montréal. Il n’y a rien pour la Nouvelle-Orléans, car la seule plainte aurait été sur ma famille, mais je vous rassure, j’avais aussi une grosse plainte à cette époque-là. On dirait que cette fois, il n’y a rien de nouveau, car je râle souvent sur la Californie, mais on aurait tort — car cette fois, je râle sur mes con-citoyens du Nord.

(Et non pas du Norg, les joueurs de Final Fantasy VIII.)

La première plainte, c’est que pour autant que je me plaigne des prix en Californie du Sud, c’est encore pire là-haut. Il y a des semaines, nous avons parlé du prix de notre commande habituelle chez McDo, dans le resto le plus proche de chez moi. Ce prix a haussé de 27 % pendant les 18 derniers mois.

Je tuerais pour que tout soit si bon marché en Californie du Nord.

Si vous êtes ici depuis longtemps, vous savez que de tous les restos rapides chez moi, le plus cher au cœur pour La Fille et moi est de loin Boudin. Le pain levain Boudin existe depuis 1849, et c’est absolument le produit phare de l’État et un produit de qualité en plus : vous seriez agréablement surpris d’apprendre que la recette n’a guère changé de l’époque d’Isidore Boudin. La Fille et moi y dînons toutes les semaines depuis ses 6 mois, et plus souvent à emporter pendant le Confinement. Cependant, nous étions de retour notre dernier soirée, pour un dîner dans la partie qui est censé est comme le notre, pas le resto haut-de-gamme de mon billet sur Fisherman’s Wharf. Voici notre ticket :

Le « French Dip », un sandwich dont nous avons parlé en 2021, est juste du rosbif sur une petite baguette de pain levain. La « chowder » est une soupe à base de crème, avec des palourdes. Je veux que vous voyiez ce que l’on paye pour ces deux à Elbe-en-Irvine, tiré du site de Boudin :

Le sandwich coûte 3 $ de moins chez moi, et il y a un paquet de chips en accompagnement — pas à San Francisco ! Et la soupe coûte 4,10 $ de moins. (Les boissons coûteraient 2,99 $ chacune chez moi, mais je m’en plaindrai moins.) Et ce n’est pas la seule insulte — il y a de faux frais imposé par la ville, 4 % du total avant les taxes, dit « Employee Health Surcharge ». San Francisco facture toutes les entreprises de la ville pour l’assurance médicale — bien que ce rôle soit réservé au gouvernement fédéral et aux États. Les villes ne jouent aucun rôle dans l’assurance, et vous ne trouverez ces frais nulle part ailleurs aux États-Unis.

Même en dehors des limites de San Francisco, les prix sont dingues. La Fille et moi avons payé 40 $ pour deux salades dans un resto rapide à Bakersfield en allant vers le nord. Ça aurait coûté peut-être 25-30 $ à Irvine (la chaîne était locale ; impossible de faire une comparaison exacte). Et je crois que je vous ai dit déjà que nous avons dépensé 40 $ pour deux sundaes chez Ghirardelli. Tout est absolument dingue au nord, au point où Irvine est presque — presque — raisonnable par rapport.

Mais pire que les prix, c’est l’attitude de merde. Tout le monde suit des scénarios rigides pour parler aux clients. Dès que l’on dit quelque chose qui part de leurs attentes, les masques tombent et des attitudes complètement inacceptables se montrent. C’est comme ça en Californie du Sud, mais turbocompressé en Californie du Nord.

Chez Boudin, il n’y a pas de recharges de boisson à Fisherman’s Wharf, pas comme à la maison. Alors je suis plus sensible quand l’employé remplit complètement le verre avec des glaçons avant d’y verser du thé. Quand je me suis plaint qu’il n’y avait presque rien à boire dans le verre, il m’a dit « Goodbye » (au revoir), dans un ton utilisé uniquement en anglais pour « F$%k you » (n*que-toi).

Quand nous avons quitté le Westin St. Francis — 250 $ la nuit pour la chambre — le portier m’a demandé « Puis-je t’appeler un taxi ? » Je lui ai dit non. Mais nous sommes allés à l’accueil pour avoir une copie imprimée de la facture. Il m’a demandé exactement la même chose 5 minutes plus tard, comme s’il ne nous a pas vu avant. C’était comme parler à un PNJ (personnage non-joueur) dans un jeu vidéo. J’étais un peu fâché, parce qu’en fait, nous avions dû nous garer dans un garage public, parce qu’il n’y avait pas de places dans l’hôtel à notre arrivée. Je lui ai dit ça — d’accord, j’aurais dû me taire — et il m’a répondu avec exactement le même « Goodbye » qui était vraiment F U.

Mais dans un hôtel de ce prix, pas d’excuses. Il fallait me dire quelque chose comme « Désolé que nous ne pouvions pas répondre à tes attentes » ou similaire. Et ça, c’était après un séjour complètement sans équipements ou service. À ce prix, on peut s’attendre à des cartes postales de l’hôtel dans la chambre et un stylo — c’est un peu de publicité, mais aussi un souvenir, et habituellement gratuit. Rien. Mais aussi pas de boutique dans l’hôtel pour acheter de telles choses et pas de resto non plus, le resto célèbre de l’hôtel ayant fermé en 2023 sans remplacement. C’était donc un Ibis Budget avec une meilleure décoration. Et toute l’équipe se fichait absolument de ça.

J’aurais pu payer la moitié de cet hôtel pour une expérience pareille, mais j’avais voulu partager quelque chose de spécial avec La Fille. Et c’était tout sauf ça. Tout le monde a la main ouverte, avec des demandes pour des pourboires de 18 % ou plus même pour des commandes à emporter (ne payez jamais un pourboire pour une commande à emporter aux États-Unis — ces employés ne sont pas payés de cette façon). Mais personne ne fait rien pour le mériter et l’attitude est inacceptable à chaque fois.

On penserait peut-être, « Ben, c’est la vie des grandes villes. Paris est pareil. » Mais c’est faux. Je n’oublierai jamais les histoires derrière « La bienveillance des Français » et tout ça s’est déroulé en plein Paris. Si Sartre connaissait mon État, Huis clos se serait terminé : « L’enfer, c’est la Californie du Nord. »