Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

La fin du Dessin de la Semaine

Je viens de recevoir un message des responsables du Canard enchaîné. Ils étaient gentils, mais je comprends parfaitement leur plainte. Je ne le reproduirai pas ici, mais ils m’ont dit que vu que c’est leur seule source de revenus, veuillez ne pas partager leurs dessins la même semaine où ils sont publiés.

Ils ne m’ont pas dit de ne plus jamais partager leurs dessins, mais il n’y a aucun journal que j’aime autant au monde entier et j’ai aucune envie de les blesser de n’importe quelle façon. Je continuerai de retweeter leurs posts officiels sur mon compte Twitter, mais il me semble que c’est mieux de terminer complètement cette partie du blog.

J’offre sans réservation mes excuses au Canard.

Quand nous chanterons le temps des cols roulés

Une nouvelle personnelle avant de commencer : ça fait toujours chaud au cœur quand l’un de mes sujets me répond.

Source

Il y a un certain humour noir dans les pages du Canard cette semaine, mais franchement, c’est déjà partout depuis des semaines. On a parlé de la « sobriété énergétique », des règles concernant la température à 19°, et la hausse du prix de gaz. Mais tant que c’était toujours l’été, il restait plus abstrait que maintenant.

Au moins, on peut vraiment aller au Musée d’Orsay pour cette exposition. (Je ne vous ai jamais raconté l’histoire de la fois où je suis allé à ce musée par hasard en cherchant la bonne route pour aller à Versailles. Disons que je n’ai pas grandi avec les buses. Je n’ai pas eu le temps pour y entrer.)

J’hésite de me mêler dans les scandales des hommes politiques, car il y a souvent plein de détails que je ne connais pas. (Se taire, c’est une compétence pas assez appréciée en général.) Mais bien que je ne touche pas du tout l’affaire Bayou, l’affaire Dupond-Moretti m’est assez familière. En fait, ce genre de truc arrive tout le temps aux États-Unis, et nous avons une façon différente de le gérer. Si le Ministre de Justice serait obligé de faire une enquête concernant lui-même ou le président qui l’a mis dans le poste, il nomme un « procureur spécial » qui rapporte à un procureur général adjoint, pas le ministre lui-même. Et fais-moi confiance, tous les présidents en reçoivent un tôt ou tard. Mais je me sens comme j’ai raté quelque chose ; sûrement le gouvernement français doit avoir un tel processus.

Mais à travers le Manche, nos amis britanniques ont leurs propres problèmes. Je ne blâmerais pas Mme Truss pour la mort de la reine ! La Bourse, c’est autre chose.

Quant à la reine, je n’ai aucune idée d’où vient ce dessin, même si je le trouve plutôt drôle. Quelque chose à voir avec le complotisme, je suppose, mais c’est un genre de complot bizarre.

Comme toujours, si vous avez aimé ces dessins, abonnez-vous !*

*(On penserait que j’aurais une macro pour cette phrase. On aurait tort.)

Claire, le prénom de la honte

En avril, quelques jours après avoir acheté L’Appel d’Am-Heh, j’ai fait un deuxième achat. Je ne me souviens pas du tout de comment je l’ai trouvé, mais je me souviens bien d’avoir ressenti que je devais lire ce livre. Puis je l’ai mis à côté car j’avais déjà mes devoirs. Mais aujourd’hui on parle d’un livre qui me parle comme rien d’autre, Claire, le prénom de la honte par Claire Koç.

Ce livre est deux contes dans une histoire. Un conte est le drapeau que je hisserais sur ce blog, la chanson d’amour à la France. Le premier chapitre m’a fait sangloter. C’est beau, c’est courageux, et elle a dû lutter pour n’être que Française. ([Vous voulez aussi être Française ? C’est quand la chirurgie ? — M. Descarottes]) Quant au dernier chapitre, c’est rien d’autre que La Marseillaise moderne. L’autre conte est plus inquiétant. Elle s’est échappée de nombreuses cruautés infligées à sa famille par le gouvernement turc, mais aussi celles de son ancienne communauté immigrante* contre elle, et ses solutions reflètent son désir de ne plus jamais souffrir de cette façon. Ce conte est rempli d’expériences douloureuses et dures à lire. Mais je me suis colleté avec ce livre car il est étonnant à quel point nous sommes la même personne.

*(Elle le considèrerait un faux pas, de dire qu’elle reste immigrante. Elle est naturalisée donc 100 % Française. Je suis heureux de suivre son exemple.)

Son histoire commence avec ce qui est censé être insulte, mais qui est à mon avis le plus grand compliment possible, « Tout en toi pue la France », la reproche de sa famille d’immigrants turcs. Que l’on me dise une telle chose ! (Sauf pour cette partie. C’est à vous.) Mais pour elle, qui vient d’une culture musulmane, c’est une menace. Sa famille habitait à l’époque à Strasbourg, mais n’avait pas le moindre intérêt à s’intégrer. Et chez les musulmans, c’est un risque très grave pour une femme de désobéir aux souhaits de ses parents masculins.

Je dois vous dire que bien que je vibre avec son premier chapitre, où elle parle de sa naturalisation, elle a fait plusieurs choix imprudents. Un exemple :

Dans le formulaire, on me proposa de choisir un nouveau prénom. J’inscrivis Claire, instinctivement.

Chapitre 1

C’est pas le choix de Claire. Tant qu’elle choisit un prénom qui comporte avec la loi de 1803, c’est son affaire. Je plaisante, bien sûr. C’est plutôt le mot « instinctivement ». Elle a changé son prénom sans rien dire à personne avant. Pas surprenant que sa famille serait choquée, même s’ils avaient soutenu l’idée. (J’avoue que ça ne serait pas arrivé en tout cas.) Elle ne leur a pas dit qu’elle allait se faire naturaliser non plus. Son père n’était pas content :

Non, mais tu m’as pas demandé mon avis ? s’emballa mon père dont le regard oscillait entre la haine et le dégoût – jamais je n’avais vu dans ses yeux une expression aussi agressive. Et la prochaine étape, c’est quoi ? Nous ramener un mari français ? Te convertir ?

Chapitre 2

Ses amis n’étaient pas mieux :

« Je suis sûre qu’ils t’ont obligée à chanter leur “Marseillaise” à cette cérémonie… Nan mais franchement… C’est dégueulasse, ce chant est si violent ! » conclurent mes deux amis journalistes présents.

Chapitre 2

J’ai envie de montrer quelque chose à ses amis.

Les prochains chapitres suivent le même thème encore et encore en racontant son chemin difficile. Je reconnais ses tendances, autant parce qu’elles décrivent également l’histoire de ma famille aux États-Unis que l’histoire de ce blog, alors je ferai le bilan puis donner quelques exemples. Elle aime la France comme on aime un époux ; être Française est son désir le plus puissant, et elle est prête à faire tout et n’importe quoi pour la défendre. Ayant vécu une rupture traumatique avec ses origines, elle est sensible aux critiques de la France de n’importe où, mais surtout à la part des immigrants qui méprisent leur pays adopté, car elle est reconnaissante. Elle prie pour le jour où elle se sentira acceptée, et n’entendra plus jamais « Mais d’où venez-vous vraiment ? » Le seul truc qui peut se faire fâcher autant que les immigrants ingrats sont les autochtones qui ne ressentent pas au même point l’amour de la Patrie.

Ça vous rappelle quelqu’un ? Où nous sommes différents, c’est qu’elle a tendance de voir les États-Unis comme une source majeure des problèmes, quand je dirais plutôt que l’on partage le même combat. ([Aussi qu’elle est assez belle pour se mettre sur la couverture de son livre. Vous êtes toute autre chose. — M. Descarottes])

La polémique d’être « français de souche » ou « français de papier » est un bon exemple de son thèse. En parlant de la polémique entre Rokhaya Diallo et Nadine Morano, elle défend fortement l’idée que l’on peut y être né, mais sans avoir l’esprit patriotique. Dans cet esprit, elle dit :

Je préfère revêtir l’habit de mauvaise immigrée qui aime la France que celui de la bonne Française qui crache sur son pays.

Chapitre 3

Mais elle a parfois du mal à voir que la même situation tient ailleurs, même si le vocabulaire n’est pas le même. Elle dit :

Le Turc, l’Algérien ou l’Américain hissent leurs drapeaux et n’ont pas honte de leurs couleurs. Pourquoi la France serait-elle la seule nation à renoncer à son héritage et ses élans patriotiques si précieux pour se forger un avenir commun ?

Chapitre 3

J’aurais bien aimé vivre dans ces États-Unis-là ! Ce livre a été publié en 2021, alors qu’il était déjà devenu à la mode de mépriser le drapeau. Plus tard, elle écrit :

Les États-Unis ont fait de la société multiculturelle la solution sine qua non, celle vers laquelle le monde entier devrait tendre.

Chapitre 4

Mais c’est exactement le combat entre les états dits « rouges » et « bleus » ! (Et en fait, elle le comprend très bien ; on y reviendra.) C’est certainement le sentiment de nos élites, qui le trouve utile d’avoir une multitude de petits groupes qui pourraient être achetés avec leurs propres programmes. N’imaginez pas que je parle d’un seul parti. À chaque présidentielle, les deux partis organisent des groupes comme Latinos for Obama ou Asian-Americans for Trump. C’est entièrement contre l’idée des Pères fondateurs, selon laquelle nous ne sommes tous qu’américains.

Je lui dirais que mes propres ancêtres ont fait le même choix qu’elle — n’être qu’américain, pas plus russe ni polonais. Il y a plein de « américains de souche » qui méprisent leur propre pays encore plus que les « bien-pensants » à l’étranger. Je reconnais donc aussi cette plainte :

Plutôt que de se sentir pleinement Français, certains vont jusqu’à brandir des échéanciers de couleur ou ausculter leur arbre généalogique pour espérer trouver un milligramme de sang étranger provenant de leurs aïeux. La France semble être le seul pays du monde où le manque d’appartenance est aussi prégnant.

Chapitre 8

Il y a de nombreux scandales aux États-Unis pendant ces dernières années où on veut se faire passer pour un membre d’un groupe minoritaire, car on aperçoit qu’il y aura des bienfaits (voilà, voilà et même une sénatrice). Il y a aussi plusieurs entreprises qui offrent des tests génétiques (voilà et voilà) pour découvrir « qui vous êtes vraiment ». La France n’est pas le seul pays du monde où se trouve cette obsession.

Au cas où on trouverait sa passion trop forte, Mme Koç nous explique que c’est une question de sécurité, de survie. Elle se plaint — avec raison — des règles importées de l’étranger qui limitent les droits de femmes de façon hypocrite :

C’est ainsi que mes parents vont me bannir quelques années plus tard lorsque je leur annoncerai que je compte épouser une personne qui, dans leur logique, est « un sale chrétien doublé d’un sale Français »…En revanche, les hommes de la famille peuvent vivre en concubinage avec des catholiques ou des protestantes sans risquer de se faire rejeter.

Chapitre 3

Il n’y a pas besoin de multiplier les exemples — elle parle aussi de ses collègues et leur club, la « Maghreb Connexion », et de ses amis bien-pensants qui ne comprennent pas sa reconnaissance vers la France. Il suffit de dire que Mme Koç dirait que dans la mesure où les associations d’aide ou bien le gouvernement essayent de maintenir un cadre d’être étranger autour des immigrants, ils ne leur rendent pas l’aide dont ils ont vraiment besoin. Ce dont elle avait besoin, c’était certainement de s’échapper. On pourrait dire exactement les mêmes choses en parlant des États-Unis, avec nos cérémonies de remise des diplômes séparés par race (voilà et voilà) — choisies volontairement par leur communautés, pas par la force de la loi.

Vers la fin, son huitième chapitre explique tout ce que je souhaite que les Français comprennent sur les États-Unis, en faisant des comparaisons entre les deux pays. Malgré mon impression au début qu’elle ne voyait pas toujours les détails, dans ce chapitre elle parle mieux de nos problèmes que peut-être n’importe quel autre Français que j’ai lu, sauf Anne-Élisabeth Moutet et Jean-François Revel. Elle voit une tendance dans les deux pays de mépriser son propre pays, pour laquelle elle blâme les « bien-pensants adeptes de l’autoflagellation ». Et ce mépris prend souvent la forme d’autoflagellation selon la couleur de sa peau. C’est la maladie qui a mis le feu aux États-Unis.

Je me compte chanceux de ne pas avoir vécu toute son histoire — c’est pas une critique, j’admire sa détermination ! Mais en lisant ce livre, j’avais l’impression de lire l’histoire de mes propres pensées. Quand je tourne les yeux vers la France, c’est parce qu’au fond je reste l’arrière-petit-fils des ancêtres qui cherchaient exactement la même chose qu’elle.

Épisode 29, avec du mayennais

J’ai reçu une belle surprise cette semaine. Regardez qui a retweeté mon article sur la Mayenne !

Deux maires et un conseiller ! Le sujet de mon prochain article vient de me suivre sur Twitter (car je l’ai suivie). Elle ne sait pas que l’on va parler de son livre. En détail. Il m’étonne parfois ce qui m’arrive grâce au blog.

Nos articles sont :

Il y a aussi Les caisses de Wassy, notre dessert haute-marnais. À la fin de l’épisode, je vous ai laissé un petit indice de ce que je ferai dès que ma voix a complètement guéri.

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Les Combattantes, 2e partie

Ce soir, j’ai continué à regarder les deux prochains épisodes des Combattantes. Juste au moment où j’avais commencé à ne plus penser aux barbares, une nouvelle attaque m’a brutalement replongé dans l’horreur de la guerre. J’essaierai d’écrire d’une façon un peu moins divulgâcheur.

Le troisième épisode commence avec Marguerite dans son bordel, face à un client aussi inattendu qu’inacceptable — son propre fils (il ne le sait pas).

Caroline a perdu la commande de camions pour son usine, mais elle donne un collier à ses ouvrières en paiement pour leur travail :

Mère Agnès, qui voulait garder les soldats fous au lieu de les retourner au front, perd sa bataille avec le docteur. Elle apprend que son patient fou qui ne parle pas est en fait Allemand, pas Français.

Le général Duvernet, père du docteur, refuse de garder son fils, Léon, près de la maison. En même temps, Suzanne, qui continue de faire semblant d’être Jeanne Charrier, sauve la vie d’un patient et réussit à convaincre le docteur de ne pas retourner les soldats fous au front. À cause de ça, Mère Agnès décide d’abandonner son enquête sur la vraie identité de « Jeanne » — mais elle sait la vérité.

Marguerite rend visite au camp où son fils est soldat. Pendant qu’elle est là, les allemands attaquent. C’est encore une fois une scène horrifiante, même si je dois avouer que les soldats sont un cible légitime, pas comme les civils avant. Léon est gravement blessé et Marguerite lui conduit au couvent.

Charles, le beau-frère de Caroline, nous rappelle qu’il est un beau salopardigaud. Il reprend la contrôle de l’usine de Caroline et lui dit ce qu’il veut pour le dîner. J’ai peur que tout aille bien pour ce gars, car il ne mérite rien.

Dans l’air pendant la conversation de Charles et Caroline, on voit un avion. Il s’avère que le pilote, gravement blessé, est lui-même le mari de la vraie — et morte — Jeanne Charrier.

Léon mort à l’hôpital malgré les efforts du docteur Duvernet et Suzanne. Le docteur reproche son père, qu’il blâme pour la mort de son frère. Poussé ensemble par l’événement traumatique, le docteur et Suzanne s’embrassent. Ça ne va pas, car le mari de Jeanne arrive, et demande de parler avec elle,

On passe au 4e épisode. Si vous avez eu l’impression que certains personnages étaient plus forts face aux horreurs de la guerre, ce ne sera pas votre épisode préféré.

Le « mari » reconnaît tout de suite que Suzanne n’est pas Jeanne, mais après avoir appris la vérité, il la fait chanter en avouant que Jeanne n’était vraiment pas sa femme.

Il fait Suzanne l’amener au corps de Jeanne — je ne suis pas sûr de combien de temps a passé, mais le cadavre reste toujours reconnaissable. En cherchant le cadavre, il trouve une carte. Suzanne reconnaît que les deux étaient des espions pour les allemands.

Mère Agnès perd sa distance de son patient. Je ne veux pas tout gâcher, mais elle me déçoit plus que n’importe qui dans cet épisode. (Charles ne peut pas me décevoir, puisque je le haïs.)

Le général Duvernet de lancer une contre-attaque pour empêcher les Allemands de prendre Saint-Paulin. Il va avoir besoin d’ambulances.

Et comme par hasard, Caroline et Marguerite arrive pour convaincre le général qu’elles peuvent transformer les camions en ambulances. Quelle chance — l’usine sera sauvée !

Suzanne entend le patient parlant allemand et dit à Mère Agnès qu’il va falloir le dire au docteur. Mère Agnès devient maître-chanteur et lui dit qu’elle sait la vérité sur « Jeanne ». Je suis si, si déçu par Agnès.

Tout va de pire en pire pour Suzanne — elle est kidnappée par son « mari » pour l’aider à faire un vol quelque part.

L’armée française lance leur attaque, une réussite. Cette scène me fait chaud au cœur. Finalement, on voit des pertes allemandes.

Le général Duvernet apprend que le capitaine Dewitt est mort. Je vous ai dit après le premier épisode qu’il n’allait pas survivre ; sinon, je mangerais mon portable. Le blog peut continuer ! (Je ne sais pas taper en français sur mon ordinateur.)

Il s’avère que le vol était un rendez-vous avec l’armée allemande. Ce gars, Lucien, est aussi nul que Charles.

En même temps, Mère Agnès arrive à me décevoir une dernière fois. Vous pouvez déjà deviner comment après avoir vu la photo en haut. J’espère qu’elle se sauvera, mais elle a complètement échoué dans son rôle de religieuse.

Je reste complètement accro à cette série. Ce ne serait pas un bon drame si tout allait bien, et il reste le cas que c’est la guerre — beaucoup de monde perdent la tête. C’est un si grand plaisir d’enfin partager une expérience avec vous en même temps qu’elle arrive en France, au lieu d’un an plus tard avec un DVD.

C’est le 1er, version octobre 2022

Je continue à copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles. Au fait, je suis si proche de notre prochaine critique d’un livre, qui apparaîtra ici lundi. Il ne me reste que quelques pages, mais je dois réfléchir un peu, car c’est lourd.

Nouveaux à moi :

  • Le seul blog nouveau pour moi cette fois est Notes & Silence. C’est par un Français, mais il écrit à moitié en anglais, surtout des poèmes, comme celui-ci sur un moment de l’Ancien Testament. Son blog est très…zen. Allez-y ; vous serez illuminé.

Les habituels :

Je sais, c’est une tête de coco

Je découvre la Mayenne

On continue maintenant le Tour avec le 53, la Mayenne. C’est le département le vingt-sixième moins peuplé et les habitants se nomment les moutarde-et-tournesoliens mayonnaise mayennais. C’est notre troisième séjour dans le Pays de la Loire.

Voilà, même mon correcteur galère avec ce gentilé :

Le département doit son nom à l’ancien province du Maine, qui faisait de son tour partie de l’ancienne territoire angevine. On penserait qu’avec sa population francophone, notre état du Maine aurait été nommé à l’honneur du Maine, mais en fait, il n’y a aucune preuve écrite.

On commence à la préfecture, Laval. Ici, on trouve le Vieux Château, construit au fil du temps du XIe au XVIe siècle. On peut visiter le château lui-même, mais il abrite aussi un musée, le Musée d’Art Naïf et des Arts Singuliers. Laval est le lieu de naissance de Henri Rousseau, dit « Le Douanier » à cause de son métier, devenu peintre majeur de l’école naïve. Le groupe Lactalis vient de Laval et peut-être que leur musée, La Cité du Lait, vaut une visite aussi.

Au sud-ouest de Laval, on trouve le musée très inhabituel de Robert Tatin, un sculpteur et architecte contemporain. On finit notre séjour lavallois au Château de Craon, pour se promener dans son parc de 47 hectares avec de nombreux jardins. Le château lui-même est très beau et vient du XVIIIe siècle, fini en 1779, juste avant, disons, la fin de l’époque où les nobles construisaient des châteaux. D’habitude je ne fais pas de pubs pour personne, et ils ne m’a pas payé pour dire ça, mais on peut s’y marier, et je le trouve par-faite. (J’ai pas le droit à ces photos-là.)

Au nord du département, on visite le village de Pontmain, réputé d’être le lieu d’une apparition de la Sainte-Vierge en 1871. L’Église catholique la reconnaît (pas toujours le cas ; voyez Medjugorje), mais les croyants ne sont pas obligés d’accepter les apparitions modernes. De nos jours, il y a un sanctuaire consacré à l’apparition, et on le visite pour ses nombreux vitraux. Puis on visite le Mont des Avaloirs, le point le plus haut de la Mayenne (à 417 mètres ; c’est pas les Alpes ici), pour sa vue panoramique et un belvédère d’observation très intéressant. Notre prochain arrêt est le village de Château-Gontier-sur-Mayenne ; là, on trouve 15 monuments historiques, dont un château du XIIIe siècle, et un ancien couvent des Ursulines du XVIIe siècle. Puis on visite Sainte-Suzanne, malgré le nom un des Plus Beaux Villages de France. Ce village est réputé pour avoir défi Guillaume le Conquérant, mais avec ce nom, c’est un miracle qu’il a survécu la rencontre tout court ! Ne me laissez pas continuer de cette façon. Là, on se promène sur les remparts, visite le Centre d’Interprétation de l’Architecture et du Patrimoine, et visite aussi le dolmen des Erves, le plus vieux monument de la Mayenne.

À Évron, on visite la Basilique de Notre-Dame-de-l’Épine, un site religieux depuis le VIIe siècle, avec de l’architecture gothique. Une communauté de moines y habite toujours. À Jublains, on visite les ruines d’une ville gallo-romaine, Noviodunum, et leur Musée d’Archéologie pour du contexte. À Fontaine-Daniel, on apprend l’histoire du produit local, les Toiles de Mayenne, un tissu haut de gamme labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant. On finît à Saint-Pierre-sur-Erve pour faire une balade sur leur pont du Moyen-Âge et explorer la Petite Cité de Caractère.

Qui sont les personnages les plus connus de la Mayenne ? Alfred Jarry, l’écrivain qui a inspiré la chanson des Beatles « Maxwell’s Silver Hammer, » est né à Laval. Le cardinal Mazarin était duc de la ville de Mayenne à partir de 1654 jusqu’en 1661. La famille Besnier, les fondateurs du groupe laitier Lactalis — j’ai du beurre Président dans mon frigo — vient de Laval. On a parlé en haut des artistes Henri Rousseau et Robert Tatin. De nos jours, c’est le Prince Albert II de Monaco qui porte le titre de duc de Mayenne.

Quoi manger en Mayenne ? Le fromage Port-Salut tire son nom de l’abbaye du Port du Salut. De nos jours, les droits au nom appartiennent au Groupe Bel. Le fromage Saint-Paulin a une histoire similaire, et les deux n’ont pas de origine protégée, alors on peut les trouver fabriqués ailleurs. Par contre, le fromage Chaussée aux Moines est produit uniquement à Craon. Le fromage Le Trappe de La Coudre vient de l’abbaye du même nom à Entrammes. Le département lui-même offre un guide avec 53 recettes locales, avec des produits locaux en vedette. En plats principaux, on trouve de tels plats que le pavé de truite de Parné-sur-Roc au beurre d’aneth et la cuisse de canette au miel. En dessert, il y a une spécialité, la bourdaine, une pomme emballée dans une pâte feuilletée. Ça me rappelle la rabote picarde, notre dessert de l’Aisne.

Le Chesterbelloc

Je n’allais toujours pas écrire cet article, sur mon écrivain préféré et son meilleur ami, mais peut-être que vous avez déjà entendu parler du fait que Mme Meloni est fan de l’écrivain britannique G.K. Chesterton. Et Tolkien. Ou pas. C’est tout à coup un « scandale » ici, car ça convient certains qui avaient déjà une dent contre les deux. Mais je ne trouve aucune mention dans Le Monde, Le Figaro, L’Obs, ou Libération, mes 4 sources habituelles pour un sondage vite de l’éventail des avis français. Néanmoins, je n’ai vraiment pas besoin d’excuse pour vous présenter M. Chesterton, l’écrivain qui m’a fait ce que je suis.

G.K. Chesterton, Auteur inconnu, Domaine public

J’ai écrit « Le Chesterbelloc » car il est impossible de parler de M. Chesterton sans mentionner son ami Hilaire Belloc, et les deux étaient connus sous ce nom composé des leurs. On parlera plus de M. Belloc quand on atteindra ses Yvelines natales, sauf pour un poème bref.

Ces auteurs font partie d’un mouvement intellectuel en Angleterre de l’anglicanisme vers l’Église catholique. Ça a commencé avec la conversion du futur cardinal Saint-John-Henry Newman en 1845, et son autobiographie spirituelle, Apologia Pro Vita Sua. Ce livre est le modèle de tout ce que j’essaye d’être, et c’était une grande influence pour Chesterton et Belloc. De leurs tours, ce livre a aussi influencé Messrs Tolkien et C.S. Lewis.

Ce que tous ces auteurs ont en commun, à part de la foi catholique, c’est un sens de l’humour extrêmement français, mais en version également extrêmement britannique. Ça s’exprime en forme de jeux de mots, d’une façon que l’on ne trouve que rarement dans les œuvres de leurs contemporains. Ça les rend très difficiles à traduire.

M. Chesterton s’exprimait presque toujours avec des phrases paradoxales. Par exemple, dans sa propre autobiographie spirituelle, Orthodoxie, il parle de sa théorie de gouvernement (et c’est une métaphore — il n’était pas monarchiste) :

Carlyle was quite wrong; we have not got to crown the exceptional man who knows he can rule. Rather we must crown the much more exceptional man who knows he can’t.

Carlyle avait tort ; il ne faut pas couronner l’homme exceptionnel qui sait qu’il peut diriger le pays. Il nous faut plutôt couronner l’homme beaucoup plus exceptionnel qui sait qu’il ne le peut pas.

Orthodoxie, Chapitre 7, Traduction la mienne

Dans mon roman préféré, Le Napoléon de Notting Hill, il imagine un Royaume-Uni de l’avenir, où il n’y a plus une famille Windsor, mais plutôt un roi choisi par loterie, selon la théorie que c’est plus égalitariste que hériter le trône, et combien de dégâts un mauvais roi peut-il faire ? Il s’avère que la réponse est « Pas mal ! », à cause du nouveau roi, qui a un sens de l’humour aussi absurde que Sartre ou Camus, ou bien Dalí. Il crée un nouveau système féodal selon lequel chaque quartier de Londres reçoit ses propres couleurs et ses propres titres. Tout le monde adulte sait que ce n’est qu’une blague pourrie.

Mais un jeune enfant, Adam Wayne, le prend tout au sérieux — et grandit à devenir conquérant du pays ! Chesterton vivait avant les philosophes existentialistes, mais après les pessimistes allemands comme Nietzsche et Schopenhauer (il écrivait souvent contre « le pessimisme allemand »), et son œuvre est une reproche à leur idée que rien n’a de valeur — qu’en fait l’esprit humain peut trouver de la signification même dans l’absurdité.

Mais je vous ai promis des jeux de mots. Peut-être mon préféré de M. Chesterton vient de son roman, L’homme qui était jeudi (ma traduction), publié en français sous le titre Le Nommé jeudi : un cauchemar. Dan ce roman, un policier, Gabriel Syme, s’infiltre dans un groupe d’anarchistes. Il dîne avec l’un de leurs agents et dit :

« Excuse me if I enjoy myself rather obviously! » he said to Gregory, smiling. « It is new to me for a nightmare to lead to a lobster. It is commonly the other way. »

« Excusez-moi si j’en profite de façon plutôt évidente ! » il a dit à Grégory en souriant. « C’est nouveau pour moi qu’un cauchemar m’amène à un homard. Il m’arrive communément dans l’autre sens. »

Le Nommé jeudi, Chapitre 2, Traduction la mienne

Hélas, ma traduction perd le rythme de son écriture, pour autant que ce soit fidèle. Mais peut-être que vous reconnaissez d’où vient certaines de mes habitudes !

Son ami Belloc était plutôt connu pour ses petits poèmes et épigrammes. Son plus célèbre était peut-être celui-ci écrit dans un livre satirique contre le colonialisme, The Modern Traveller (Le Voyageur moderne) :

Whatever happens, we have got / The Maxim gun, and they have not.

Quoi qu’il arrive, nous, on a / la mitrailleuse Maxim, et ils l’ont pas.

Traduction la mienne

J’en conclurai en vous laissant un indice. À part de leur humour, et leurs valeurs, ce que je trouve passionnant chez leur cercle est les histoires de conversions intellectuelles. C’est pas intéressant si on change de religion pour se faire marier. Je ne dis pas que c’est pas sincère, mais la raison est évidente. Mais ceux qui changent d’identité car ils viennent à croire en autre chose ? J’ai toujours hâte de le comprendre !

Toute droite

Vraiment, l’actualité la plus importante de la semaine reste que j’ai fini le dessert maudit. Mais personne ne l’a mentionné à la rédaction du Canard enchaîné, alors ils ont choisi l’élection italienne pour leur gros-titre.

Je ne connais pas Mme Meloni, et je ne suis pas l’actualité italienne de même façon que la française. Mais je ne suis pas prêt à paniquer. C’est pas ma pratique de faire la polémique ici, et je n’ai aucune intention de commencer. Il y aura bientôt une critique ici d’un livre…piquant à cet égard sur la France et ce sera plus qu’assez. Pour l’instant, disons que j’entends le même genre de parler sur mon pays depuis des décennies et je le vois toujours d’une façon très différente que cette analyse.

Bon, c’était pas la seule élection de la semaine dernière ! En Ukraine, il y avait aussi un référendum sur l’annexion des territoires contrôlés par Moscou, géré par les Russes, bien sûr. Aussi légitime que n’importe quelle élection du bon vieux temps soviétique, j’en suis sûr.

Je compatis avec les patients de l’hôpital de Corbeil-Essonnes. Il n’y a aucun école ou université ou employeur des dernières vingt-cinq années qui ne m’ait envoyé une lettre pour me dire « Nous avons perdu vos données ».

Finalement, je ne comprends pas l’idée de ce monsieur. Moi, j’ai complètement coupé le sport à la télé à partir de janvier dernier, mais mes factures d’électricité continuent d’augmenter. Mais je jure, si je dois choisir entre le frigo et mes nouvelles émissions françaises…euh, désolé la télé. C’est le choix le plus français, je crois.

Mais après avoir lu un article sur cette idée, je ne sais pas. Une citation :

S’il n’est pas nécessaire d’éteindre sa télé, pas la plus gourmande en énergie, « on peut par exemple lancer sa machine à laver à 22h plutôt qu’à 19H », explique Delphine Ernotte à l’AFP.

« Crise énergétique : bientôt une « météo » de l’électricité sur France Télévisions », Actualités Orange

Lancer cette machine-là à 22h ? Les voisins vont vous a-do-rer !

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Les caisses de Wassy

On finit notre séjour en Haute-Marne, finalement, avec le caisses de Wassy, un genre de meringue. Le nom vient du fait que :

l’on place dans du papier ressemblant à des petites caissettes qui leur a donné leur nom.

Cuisine Terroirs

Je ne vais pas mentir. J’ai pas la moindre idée de quelles sont les petites caissettes. Cette recette vient du XVIe siècle, et malgré ce qui pense ma fille, j’étais pas là. (Sa blague : « Il était une fois » veut dire l’époque quand il y avait des dinosaures, George Washington était le président, et mes parents étaient des enfants !) De toute façon, ce sont des meringues aux amandes en forme de barres. Voilà :

Comment sont-elles ? Dans un mot, décollées. Aussi légères, croustillantes, bonnes avec un café. Mais surtout, décollées de la plaque de cuisson, et j’en suis ravi.

Vous pouvez lire toute l’histoire au lien en haut, mais je veux répéter quelque chose : N’utilisez pas une fourchette pour faire monter les blancs. On n’est pas au XVIe siècle. Le KitchenAid, c’est votre ami. J’ai donc combiné les astuces de Cuisine Terroirs (lié en haut) et Recoin.

Mais j’ai aussi appris que la meilleure chose, c’est de trouver les bonnes caisses en papier. Il s’avère que chez moi, elles ne sont disponibles qu’en ligne. Non, merci. Alors voilà ma solution avec du parchemin et des ciseaux :

Les ingrédients pour les caisses de Wassy :

  • 2 blancs d’œuf
  • 100 grammes de sucre
  • 100 grammes d’amandes effilées

Les instructions pour les caisses de Wassy :

  1. Montez les blancs d’œuf en neige ferme.
  1. Ajouter le sucre et mélanger bien avec soit une maryse soit une cuillère en bois.
  1. Ajouter les amandes effilées et mélanger. J’ai commencé avec 50 grammes car il me semblait qu’il y avait déjà trop d’amandes. Après avoir mélangé, je savais que j’avais tort. Alors j’ai ajouté le reste.
  1. Faire des caisses sur votre plaque de cuisson. Si vous avez le bon papier, mettez un tapis en silicone sur la plaque en avance.
  1. Couvrir avec du parchemin ou du papier sulfurisé.
  1. Faire cuire à 100°C pendant environ 1 1/2 heures. Vérifier les caisses ; les miennes ont eu besoin d’environ 20 minutes de plus pour sécher complètement. On veut les sortir quand elles sont légèrement blondes.