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La visite

J’ai caché une surprise au cours de la semaine dernière. Je vous ai récemment dit que le blog de Shannyshou a été supprimé. Eh bien, il y a une semaine, j’ai reçu une courriel de sa part, pour me dire qu’elle serait à Los Angeles. Heureusement, je vérifie mes « pourriels », comme disent les québécois pour les e-mails indésirables — mon fournisseur avait gentiment mis son message dans ce dossier-là. Ça arrive beaucoup trop souvent avec mes courriels en français, car la grande majorité ressemblent à ceci (reçu ce week-end) :

C’est donc toujours une bonne idée de me dire dans les commentaires si vous m’avez envoyé un courriel.

De toute façon, elle m’a dit qu’elle serait ici, on a échangé des infos afin de se contacter, et c’est comment j’ai fini par aller à Santa Monica hier matin pour nous retrouver à la Boulangerie Chaumont. J’ai malheureusement oublié de prendre une photo de l’extérieur, et la vitrine en plus, pour vous montrer, mais voici ma commande. C’est un croissant vegan à la fraise — pourtant, en quelque sorte ils ont bien réussi une pâte feuilletée !

Je dois vous dire, elle est aventurière — j’ai vécu à Los Angeles pendant 3 ans, pourtant je n’ai jamais, même pas une fois, osé monter dans un bus là-bas. (Par contre, je l’ai fait deux fois à Paris pendant le voyage pour voir Indochine — mais je fais beaucoup plus confiance à vos bus qu’aux nôtres !)

Shanny est aussi sympa dans la vraie vie que je l’avais crue en lisant son blog. On a passé une jolie heure ensemble en parlant de tout et n’importe quoi. J’ai appris, parmi d’autres choses, que ma quête d’éliminer tout anglicisme de mon écriture vous rend parfois plus perplexe que j’avais su. Par exemple, je dis « pourriel » pour les e-mails indésirables et balado en France veut dire les Guides Balado. Oups. Mais c’est le genre de chose que j’apprends seulement en parlant avec d’autres personnes — je n’allais jamais fouiller partout dans le site de la FNAC pour ça !

Puisque je garde toujours la confidentialité de toute personne qui me rencontre ([AHEM. Vous partagez toutes mes données, dont mes photos nues. — M. Descarottes]), je ne partagerai pas la photo de nous ensemble. Mais ça rejoint mes souvenirs précieux des 4 dernières années.

Je suis ce que je suis, alors je suis passé par chez Surfas pour acheter quelques nouvelles douilles et recharger mon stock de poches.

Maintenant, je dois vous partager une histoire gênant. Vous allez bien rire. La dernière fois où je suis allé à LA, j’ai essayé de visiter Primo’s Donuts, qui a pris la place de Stan’s, anciennement la meilleure boulangerie de donuts de la ville pendant 60 ans. (Je vous ai mentionné la visite échouée à l’époque.) Primo’s a quitté l’ancienne place de Stan’s, mais j’ai décidé de chercher sa place originale, qui existe toujours.

Les amis, je ne savais pas jusqu’à aujourd’hui que pendant mes 3 années à LA, j’ai vécu à moins de 1 km de chez Primo’s. C’est dans une rue, Sawtelle, où je ne suis jamais allé car le quartier était nul alors je ne l’ai jamais exploré. Pour vous donner le goût de sa nullité, quand j’y ai déménagé, j’ai fait un appel à ma compagnie d’assurance automobile pour mettre à jour mon adresse, et la femme au téléphone a crié « Je suis si désolé ! » Pourquoi ? Il s’est avéré que j’étais désormais dans les pires adresses qu’ils assureraient, et ma facture a presque doublé !

Alors, Primo’s. Cette boulangerie existe depuis 1956, et avec la fermeture de Stan’s, est la plus vieille de la ville. J’étais là juste avant sa fermeture, alors il ne restait pas trop de donuts. Voici des photos :

Je regrette de vous dire qu’ils ont le deuxième meilleur « apple fritter » — un donut aux pommes, frit et non pas enfourné — que j’ai eu de la vie, dépassé seulement par Stan’s. Pourquoi est-ce que je le regrette ? Parce que je ne veux visiter ce quartier pour rien. J’y ai passé trois des pires années de ma vie ! (Il y a deux apple fritters sur la dernière photo, à droite sur le plateau au centre de la photo.)

Dernière anecdote ? En Californie, on peut acheter des plaques d’immatriculation personnalisées. Regardez ce que j’ai vu en quittant LA :

C’était une super journée grâce à Shanny, et j’espère la revoir la prochaine fois où je suis en France !

La terre qui tue

L’année dernière, j’ai eu deux occasions pour vous parler des tremblements de terre, avec « Mon guide aux tremblements de terre », ce que tous les californiens savent sur notre ennemi, le sol. Puis avec « Le hurriquake », mon compte rendu de l’événement météorologique le plus ridicule de ma vie.

Je suis ici pour vous dire : je ne savais pas de quoi je parlais.

Il y a une petite poignée de moments de la vie où j’ai cru que j’étais sur le point de mourir. La fois à Los Angeles où une personne « SDF » m’a agressé avec un couteau en dehors d’une station-service. La fois où mon canot a chaviré au milieu du fleuve Colorado sans personne pour m’aider. Janvier 2021, où j’ai développé une terreur absolue de manger à cause d’une maladie trop dégoûtante pour vous raconter (ça s’est terminé en avril de cette année-là, heureusement).

Puis, jeudi après-midi.

Je ne vous ai pas menti avec mon guide aux tremblements, quand je vous ai dit que les choses commencent à devenir intéressantes à partir des tremblements de niveau 4 sur l’échelle Richter. Mais voici des captures d’écran que j’ai pris du site de l’université Caltech, ce que j’ai mentionné dans l’article de l’année dernière :

Ce sont 2 tremblements de suite, le deuxième venant 12 minutes après le premier. Mais ce qui compte le plus, c’était que l’épicentre n’était qu’à environ 5 km de mon appartement. Voici une carte — j’ai ajouté un « X » pour Elbe-en-Irvine :

Pendant toute ma vie, les épicentres étaient presque toujours à 50 km (ou plus) de chez moi. Ça vaut une réduction considérable de l’intensité perçue. Alors déjà, l’expérience était bien plus inquiétante que d’habitude. Mais je n’ai jamais — même pas une fois de la vie — expérimenté deux tremblements de suite comme ça. D’habitude, quand il y a un tremblement de terre, il y a des soi-disant « aftershocks » (secousses secondaires selon mon dictionnaire Oxford), moins forts que le premier tremblement, mais vu le bas niveau et les distances typiques, en général on ne les remarque même pas. Mais en 6 % des cas, quand un tremblement arrive, c’est en fait un « foreshock« (lien en anglais) — Google donne « pré-choc » — et le pire est à venir. Alors quand j’ai senti le deuxième tremblement, j’ai cru que la fin était arrivée.

On nous dit de rester debout dans une porte si on est à l’intérieur quand un tremblement arrive. Mais dès que le deuxième a fini, j’ai quitté mon immeuble le plus vite possible. Je ne voulais plus être à l’intérieur de n’importe quel bâtiment. Et tout à coup, j’ai vu mon quartier avec de nouveaux yeux, de façon qui m’inquiète toujours.

J’ai pensé à conduire à quelque part de bien plat, sans rien pour me tomber dessus. Regardez des photos que j’ai prises de l’intérieur de ma voiture :

On peut estimer la taille de tous ces arbres. En général, on considère qu’une étage est environ 10 pieds — 3,3 mètres. Ces arbres font tous environ 4-5 étages de haut, alors 13-16 mètres. Il n’y a nulle part où se cacher.

Je me suis garé dans le « parking » (ne me faites pas parler comme ça, hein ?) du centre commercial le plus proche :

Ce n’est pas mieux. Les arbres sont plus courts — peut-être 8-10 mètres — mais ils couvrent presque toutes les places. Au moment où je ne voulais rien autant qu’un endroit sans risques, il n’y avait aucun endroit sans arbres.

Je ne suis pas sorti de cet épisode avec une nouvelle phobie des arbres. Ce serait ridicule. Je vous ai dit la vérité quand j’ai dit avant que nous ne vivons pas dans la peur qu’un tremblement soit sur le point d’arriver. Et vous voyez que sur mes photos, il n’y a personne sur les trottoirs — les distances de marche sont trop longues. Mais maintenant, il me semble que les arbres aux côtés des rues ne servent que pour bloquer le trafic et faire des dégâts aux voitures au cas où il y aurait The Big One.

Oui, ces tremblements de terre m’ont gravement secoué.

Jeanne et moi

Je sais, c’est le Jour J et je n’ai rien préparé pour ça. Honnêtement : 1) la semaine dernière était un sacré travail, et 2) j’ai déjà dit tout ce dont j’ai envie sur le sujet (2021, 2023 — 1ère partie, 2023 — 2e partie). Un jour, il me faudra vous écrire une critique plus complète sur l’excellent livre que j’ai de Light&Smell (cliquez le deuxième lien ci-dessus). Mais aujourd’hui je vais juste vous parler de quelque chose de spécial qui m’est arrivé hier, et sa suite moins super.

Vous savez que je suis devenu grand fan de Jeanne Added après avoir écrit sur elle. Je ne suis prêt à prendre l’avion pour elle, mais si je pouvais planifier des vacances autour d’un concert, je le ferais avec plaisir. Alors, j’ai vu ce post sur Instagram hier avec ses prochains concerts, et j’ai fait ma tentative de fanboy :

Mais ce à quoi je ne m’attendais pas du tout ? Une réponse :

Je ne sais pas. Une telle star a probablement un assistant qui répond à sa place. Mais évidemment elle pensait à continuer la conversation, car quelques moments plus tard, voilà :

Elle me suit avec son compte hyper-secret ! Et vous savez ce qui arrive à chaque fois, dès que l’on suit l’autre compte en retour :

Ouaip. L’invitation à parler. Dites-donc, elle n’a que 4 ans de moins que moi, mais d’autre part, il me semble plutôt probable que ce n’est pas un escroc romantique. Au moins une fois de la vie, je suis tombé amoureux de quelqu’une qui…comment dire…a préféré « sortir du placard » au lycée pendant les années 90 plutôt que dîner avec moi une fois. Je ne sais pas reconnaître certaines choses. Certains me disent qu’en fait, je l’ai fait deux fois, mais la personne en question n’a jamais rien dit. Cependant, même moi, je crois que je sais cette fois. Peu importe. Elle se montre sincèrement intéressée à ses fans :

Vous savez, je me sens très coupable, car je lui ai fait une promesse de rester discret, et moi voilà en train de la briser. Moi con.

Elle m’invite à discuter ailleurs car elle veut que tout reste discret. Signal est censé être très sûr, vous savez :

C’est ici où j’ai tout gâché, comme d’hab. J’avais voulu lui partager « Je découvre Jeanne Added », mais en quelque sorte, j’ai envoyé un autre lien vers ce blog :

Oh, c’est si gênant ! Après ça, elle a complètement arrêté de me répondre. Je me demande toujours pourquoi j’ai fait une telle bêtise.

Je regrette de vous dire que je peux être un peu vindicatif quand on me traite de cette façon :

Évidemment, je sais que ce dernier n’était vraiment pas Jeanne Added. Mais j’aimerais bien croire que la première l’était !

De pire en pire

Je ne voulais pas écrire ce post. Je ne l’avais certainement pas planifié. Mais une nouvelle vient de frapper et je veux que vous compreniez exactement ce qui se passe ici.

Remontons le temps jusqu’aux années 80. En 1983, un jeune homme nommé Ralph Rubio a ouvert un petit resto, dit Rubio’s, qui sert quelque chose d’inconnu en Californie du Sud de l’époque, les tacos au poisson, façon Basse-Californie du Sud. (C’est-à-dire la Californie qui reste au Mexique.) Ces tacos contiennent 4 choses au-delà de la tortilla : du poisson frit, du chou râpé, de la « salsa fresca » (tomates et oignons émincés), et de la sauce blanche (à base de mayonnaise). Un jeune Justin allait souvent à Pacific Beach (un quartier de San Diego) avec ses parents, qui sont vite tombés amoureux de ces tacos, comme tout le monde dans la ville.

Je déteste ces tacos. La sauce blanche est parmi les pires choses au monde entier.

Mais Rubio’s a rapidement grandi, et adulte, je suis tombé amoureux de quelque chose d’autre à leur carte, les burritos aux crevettes. Plus important, j’ai découvert que l’on pouvait changer des ingrédients. Je commande mes burritos sans sauce blanche, et avec de la « sour cream » (similaire à la crème fraîche, mais plus liquide) au lieu du guacamole. Voici un exemple :

Mon amie rouennaise trouve ce plat dégueu pour des raisons différentes que le reste d’entre vous. (On en a déjà parlé.) Elle vous dirait qu’il ne faut pas le couper en deux car il faut verser de la salsa roja (sauce rouge) au-dessus puis y faire fondre du queso (fromage). Et elle a raison, mais en tant que diabétique, il ne me dérange pas que Rubio’s ne fait pas ça.

À de tels restos, il y a toujours un « bar à salsa », car tout le monde sauf moi veut ajouter plus des salsas épicées à leurs tacos et burritos.

En fait, ce genre de truc est devenu rare après le covid. Les salsas existent toujours, mais de nos jours, on n’a plus le droit de s’en servir. On demande aux caissiers qui lui donnent de tout petits échantillons. Rubio’s est parmi les derniers restos qui permettent aux clients de se servir de la salsa. Cette photo a un an déjà — je l’ai prise car je n’ai pas cru aux yeux quand la salsa est réapparue chez eux, mais rien n’a changé depuis ce temps-là.

Jusqu’à ce week-end. Il y avait 134 restos dans la chaîne la semaine dernière. Après le week-end, il n’en reste que 86. Selon nos journaux (lien en anglais), 48 restos ont fermé leurs portes, tous en Californie, tous pour la même raison — on a haussé notre SMIC par 25 % à partir du 1er avril, mais seulement pour les restos rapides et les infirmiers (chaque état a ses propres lois à cet égard). Et ils avaient déjà haussé leurs prix cette année pour la troisième fois en deux ans — croyez-moi, le même burrito et thé glacé qui me coûtaient 14 $ en 2022 sont maintenant 17 $ — alors voici ce que j’ai vu hier :

Et pour être clair, c’était le même endroit au début de cette vidéo tournée quand je vous ai récemment parlé du problème d’où manger ici — juste autour du coin :

Ce que vous ne saviez pas, c’est que Rubio’s était l’un des derniers restos rapides où je mangerais. Il en reste plusieurs en Californie, mais beaucoup moins qu’avant. Je n’aimerais pas parier sur le nombre qui restera en Californie fin 2024.

Je suis fier de ce que je cuisine pour ce blog. Mais je ne comptais pas sur devoir le faire tous les jours !

La confiturestrophe

Je me sens parfois comme si un certain pays essaie de m’envoyer un message, genre « Va-t-en ! » Je ne regarde plus ses sports ni sa télé, je ne lis plus ses livres, et il n’y reste rien à manger. Mais la semaine dernière, il a hurlé ce message aussi fort que possible.

J’ai — malheureusement — les goûts d’un californien moyen des années 70 ou 80. (Je dis malheureusement car tout ça disparaît.) J’aime les bonbons de See’s, le pain levain chez Boudin, et aussi et surtout notre fruit 100 % à nous, le boysenberry. Vous ne l’avez vu ici qu’une fois, avec une recette de macarons, alors me faudra l’expliquer.

À 30 km de chez moi, il y a un parc d’attractions. Non, pas Disneyland — celui-là est plus proche ! Cette fois, je parle de Knott’s Berry Farm, ce qui se traduit comme « la ferme de baies de la famille Knott ». Malgré le nom, aucune baie ne s’y est pas poussée pendant toute ma vie. Cependant, avant les années 60, la famille Knott était agricultrice. Et leur spécialité était la boysenberry, un hybride des mûres, framboises, des ronces américaines dites « dewberry » et la mûre de Logan, un autre hybride américain. Cette baie est nommée pour son créateur, Rudolph Boysen. Elle est la meilleure. Pourtant…

Pourtant, je n’en ai jamais vu une de ma vie. Les boysenberrys sont difficiles à cultiver et en général, ne sont pas disponibles dans les marchés. Je les connais entièrement par deux moyens : 1) les tartes à la boysenberry, disponibles uniquement à Knott’s Berry Farm, et 2) la confiture de la marque Knott’s. Étant béotien, je mange de la confiture de boysenberry en forme de sandwich, avec du beurre de cacahuète. C’est inhabituel — en général, les américains mangent plutôt de la confiture de raisin dans ce genre de sandwich, une confiture fait toujours avec une variété de raisins dite « Concord ». Les raisins Concord sont ultra bas de gamme, et aucun bon vin n’est fabriqué avec eux. (Certains vins rituels le sont.) Je déteste la confiture de raisin, et dès que j’ai commencé à vivre dans mon propre appartement en 1998, je n’achetais que de la confiture de boysenberry.

Mais j’ai récemment remarqué que cette confiture a disparu des supermarchés. J’ai fini par lire que Smucker, l’entreprise qui a les droits au nom Knott’s, vient de cesser la fabrication de cette confiture. Après 26 ans — la plupart de ma vie — je ne la reverrai plus jamais. J’ai donc fait une bêtise et acheté 4 pots à 1,5 fois le prix habituel d’un vendeur sur Amazon :

Mais j’ai le cœur brisé. Je n’adopterai jamais la confiture de raisin. Avec la disparition de Knott’s, il n’y a pas de confiture de boysenberry sur les étagères — c’était la seule marque qui la proposait. (J’ai trouvé un produit de qualité inconnue sur Amazon ; je l’essaierai, je suppose.) J’adore la confiture de cassis, mais on ne trouve pas ça non plus dans les supermarchés américains.

Alors, plus tard cette année, je dirai probablement adieu, non pas « au revoir », aux sandwichs « PB&J » (beurre de cacahuète et confiture). Mon médecin sera sans doute ravi de l’entendre — ce n’est pas la meilleure idée pour une personne diabétique. Mais ce coup est dur.

Je croise les doigts pour mon resto italien préféré — il faut qu’il me reste quelque chose, n’est-ce pas ? Et dites-donc, pourquoi est-ce qu’ils viennent d’abandonner leur site web ? (Je vous jure, je viens de le découvrir !)

Je découvre la liberté d’expression

Je vous préviendrai que ce billet contient plusieurs mots que l’on ne trouve pas habituellement chez moi. Au moins dans l’écriture. Si vous m’aviez entendu dans les stations de métro parisiennes pendant mon premier voyage devant tous les escaliers mécaniques en panne, vous auriez eu assez de putains pour ouvrir une chaîne de bordels. Comme je dis parfois, j’écris un blog « tous publics » genre « La guerre des robots », pas Peur sur la ville. Mais hier, j’écoutais RTL en conduisant, et je suis sorti de ma voiture bouche bée.

M. Laurent Gerra, Photo par Frantogian, CC BY-SA 3.0

Alors, on aurait pensé que j’aurais déjà écouté toutes les émissions de RTL au moins une fois. Votre petit matin est mon après-midi, après tout. Mais M. Éric Jean-Jean sonne exactement comme les animateurs de notre chaîne NPR — le phénomène a un nom, « NPR voice » (la voix NPR ; lien en anglais) — et Caroline Dublanche passe tout son émission en parlant avec ses auditeurs sur leurs problèmes personnels. Oui, je fais ça ici de temps en temps parfois souvent, mais étant hyper-égoïste, je ne m’intéresse qu’aux miens. ([Il l’avoue ! — Mon ex]) J’ai donc tendance d’écouter juste les intégrales des Grosses Têtes, n’importe quand.

Cependant, hier j’ai décidé d’écouter quelqu’un de nouveau, Laurent Gerra. J’ai écouté un épisode dit « Bern, Hollande, Dave », et oh. Là. LÀ. Je comprends que M. Gerra gagne sa vie en imitant les voix d’autrui (et je suis mal placé à juger ses capacités à cet égard), mais vers 1:25, en faisant semblant d’être Stéphane Bern, je l’ai entendu dire que « [la flamme] sera portée par MC Teubé, la star du rap locale qui interpréta en fin journée son tube « Nique ta daronne à Carcassonne » ». Heureusement pour moi, en ce moment je venais de garer ma voiture.

Aux États-Unis, toutes les chaînes de radio et de télé se diffusent avec environ 10 secondes de retard quand elles sont en live. Pourquoi ? Parce que si on a le droit à diffuser par antenne, il faut suivre certaines règles de la FCC, la Commission fédérale des Communications. Et parmi ces règles : pas de gros mots. Il faut donc jouer un bip au-dessus d’un mot comme « niquer » ou il va y avoir une amende à 5 chiffres. (Ces règles ne s’appliquent pas à la télé par câble ou par satellite.)

J’ai tout de suite posté sur Facebook que je n’en croyais pas mes oreilles. Une amie m’a vite répondu que c’était normal en France, car « on aime parler franchement ». Il me semble que oui !

En fait, aux États-Unis, on trouve souvent, surtout chez les rappeurs, qu’il y a plusieurs versions des chansons populaires, la version « officielle », puis une version dite « radio edit » (éditée pour radio) où les gros mots sont remplacés. Comme toujours, ne me croyez pas sur parole : voici la version officielle de « In Da Club » par 50 Cent et la version « propre ». Il y a beaucoup de pauses inexplicables dans cette dernière si vous ne connaissez pas la première.

Je ne veux pas exagérer. Il y a certaines différences qui vont dans l’autre sens. Aux États-Unis, on peut écrire presque tout et n’importe quoi sur un personnage jugé « public » — un homme politique ou une actrice. Ça part d’un jugement de notre Cour suprême, New York Times v. Sullivan, qui a décidé que « la charge de la preuve d’une intention calomnieuse incombe désormais au plaignant ». On n’a aucune loi aux États-Unis contre des propos haineux ; en revanche, je lis souvent sur des affaires judiciaires à ce sujet en France (voilà, voilà et voilà). Quel beau pays, les États-Unis, où on est libre de porter un panneau devant des élèves juifs qui dit « les prochaines cibles d’Al-Qassam ».

Malgré ce dernier commentaire plutôt sarcastique, j’hésite à dire qu’un système est définitivement mieux que l’autre. On dessine les lignes qu’il ne faut pas franchir très différemment, mais il y a de bonnes raisons historiques derrière chacun.

Pourtant, il me semble que nous pourrions tirer une leçon utile de ce que j’ai entendu sur RTL, et je ne veux pas dire les pubs de Grand Frais. Je suis la personne la plus naïve aux États-Unis, et même moi, je sais ce qui se passe vraiment dans l’exemple en haut. C’est un jeu plutôt bête de notre part de produire des versions uniquement pour la radio de tout genre de saleté alors que tout le monde sait la vérité. M. Gerra n’a rien dit qui inciterait personne. Si on enlevait tous les propos misogynes du rap de M. Cent, il n’y resterait rien. Même sans bannir ce dernier, on devrait reconnaître la différence.

L’inflation à la californienne

Je suis ravi que je vous aie donné une autre portion du Tour mardi, car j’ai d’autres choses dans l’esprit en ce moment. Il y a des semaines, par hasard, j’ai trouvé un vieux ticket qui vous montrera la différence entre les nouvelles et la réalité chez moi.

Si vous avez lu des nouvelles économiques de chez moi, hier notre Département du Travail a dit que le taux d’inflation annuel est à 3,4 % par rapport à l’année dernière. C’est « vrai », quand on considère que depuis les années 70, nous ne comptons ni la nourriture ni l’énergie dans ce calcul. Et quand je vous dis qu’au-delà des 169 millions d’adultes en surpoids (lien en anglais) aux États-Unis, nous sommes un pays de mannequins minces, c’est car j’ai appris les maths aux mêmes écoles.

Avant de continuer, je vous partagerai une statistique de plus. Si on croit aux statistiques officielles, le taux d’inflation total de mai 2021 jusqu’à maintenant est 16 %. Ne me croyez pas sur parole, voici une capture d’écran de la calculatrice en ligne de notre Bureau de Statistiques du Travail (Labor Statistics, d’où le « bls » dans l’adresse) :

Source

Je vous ai parlé à plusieurs fois des bonbons dits « See’s Candies« , le chocolat californien. Ce n’est pas le meilleur, mais c’est pas mal, et le rapport qualité prix était bon pendant des décennies. De tous les bonbons chez eux, mon préféré est celui dit « bridge mix », une collection de dragées à base de raisins secs et de fruits de coque :

©️See’s Candies

Je l’achète dans des sacs de 1/2 livre (227 grammes). Alors, finalement, voici deux tickets de chez See’s, de mai 2021 à gauche, et d’avril 2024 à droite :

Plus haute résolution en cliquant

« H# » veut dire 1/2 livre, 1/2 étant « half », et # étant le symbole pour les livres. Vous pouvez voir que c’est le même article — les deux portent un numéro d’identification qui dit « 8275 ». Tout est aussi égal que possible. Pourtant en 2021, le sac m’a coûté 12,25 $, et maintenant le même sac me coûte 16 $. Ça, c’est une augmentation de 30,6 %, presque deux fois l’inflation « officielle ». Si on le considère comme un taux annuel et utilise la formule d’intérêts composés, c’est un taux de 9,3 % pendant ces trois dernières années.

Bien sûr, des catégories différentes haussent par des taux différents. Selon la mesure qui compte la plus de catégories (lien en anglais), la nourriture en gros a haussé par environ 22 % (le moyen pour le pays entier) pendant ce temps.

En partie, la Californie est le pire état. Voici le prix moyen de l’essence dans le comté d’Orange (bleu) contre le moyen pour le pays entier (rouge) pendant les 3 dernières années, exactement comme nos tickets en haut. Je les tire du site GasBuddy, une ressource inestimable pour rechercher le prix de l’essence partout ici :

Source: GasBuddy

Vous pouvez voir que nous sommes habituellement 1,30 $ le gallon (environ 4 litres) au-dessus du reste du pays. Ce sont nos impôts locaux, imposés à notre capitale de Sacramento. Mais à partir de plus tôt cette année, les impôts hausseront par 0,50 $ le gallon par année. Selon notre gouvernement, ce n’est pas un impôt car :

The LCFS helps drive down the cost of low carbon fuels in California by rewarding low carbon fuel producers with credits that are paid for by dirty fuel producers.  This is not a tax and there is no money coming to the state government for this program.

Ça dit que c’est en fait une réduction dans le prix de carburants avec moins de charbon, payé avec des frais payés par les producteurs d’autres carburants. Ce n’est donc pas un impôt et l’état ne reçoit pas de recettes sous ce programme.

Seulement en Californie peut-on dire que c’est le producteur qui paye quand le consommateur est facturé pour chaque centime. On paye déjà les prix les plus hauts, et ça empirera sans cesse.

Marie-Antoinette n’a jamais dit « qu’ils mangent de la brioche ». Pour ça, il faut en fait être californien.

Wesh, frérot

Il m’est enfin arrivé. On m’a cogné sur la tête avec une poêle mais au lieu de trouver une copine française, mnt j’écris comme 1 kon. Koi, vs ne me croyez pa ?

K — désolé, Bon — ce n’est pas vrai. Mais la vérité, c’est encore pire. Ce que je crains chaque printemps vient de m’arriver pour la troisième fois pendant les 10 dernières années. On va en parler, mais pour des raisons qui deviendront claires, je dois danser autour du sujet.

Caïn venant de tuer son frère Abel, de Henri Vidal, Jardins des Tuileries à Paris, France, Photo par Alex E. Proimos, CC BY 2.0

Je ne mentionne presque jamais que j’ai un petit frère. J’étais blogueur en anglais au début du siècle, et il m’a interdit de le mentionner en ligne, afin de contrôler ses infos personnelles. Je compatis un peu avec ça — c’est pourquoi je ne mentionne jamais les noms de personnes dans la vraie vie, au-delà du mien ([Et le mien. — M. Descarottes]) Mais il ne voulait même pas que je le mentionne par un surnom — pas de preuves qu’il existe. Il ne sait pas que ce blog existe, mais G — désolé, j’ai — largement respecté ses souhaits. (Il y a quelques petites mentions par ici et par là.)

Mais quand je vous ai rappelé mon premier voyage en France, j’ai dit que j’ai acheté mon billet d’avion car j’étais stressé pendant mes soi-disant vacances dans le Massachusetts. Cependant, pourquoi étais-je stressé ? Je viens de vous dire qu’il y a un sujet duquel je ne parle pas, n’est-ce pas ?

J’avais écrit toute une histoire sur quelqu’un de fictif afin d’expliquer comment une telle situation est arrivé. Mais j’ai décidé de la supprimer. C’était sarcastique à souhaits et vraiment pas ce à quoi on s’attend ici. Disons juste que mes parents me surprennent avec ce « cadeau » de temps en temps après avoir planifié des vacances, car ils savent que je n’en serai pas ravi. Et non, l’envers n’est jamais arrivé.

Au lieu de vous raconter des histoires, je vais vous apprendre une expression en anglais liée à exactement cette situation. Quand on apprend une mauvaise nouvelle, et on souhaite éviter un gros mot, on dit, « Oh brother » — littéralement « Ô frère ».

Je vous dis souvent de ne jamais me croire sur parole, alors voici un lien vers Wiktionary, qui dit que c’est une expression pour indiquer « frustration, dégoût, ou incrédulité ».

Je n’allais jamais prendre un vol en direction parisienne cet été à cause des JO. Peut-être Lyon — j’y pensais — mais je ne pouvais aller nulle part pendant plus qu’une semaine, alors il était toujours probable que je resterais en Amérique du Nord. Cependant, je ne comptais pas du tout sur cette éventualité, et il ne reste qu’une façon de garantir que ça n’arrive plus. Il faut que ce soient les dernières vacances avec mes parents, et si je dis autrement l’année prochaine, vous êtes tous les bienvenus à venir chez moi afin de me cogner sur la tête avec une poêle, car je le mériterai. Je préparerai n’importe quel plat du blog, quel que vous veuillez, pour vous remercier après que je sors de l’hôpital.

La sauce américaine à la sauce américaine

Mon dessert vendéen n’étant pas encore prêt, je vais plutôt prendre l’opportunité pour me plaindre de mes con-citoyens.

Au fait, d’où mon habitude d’écrire « concitoyens » avec un trait d’union ? Ça vient de Dilbert pendant les années 90. L’auteur Scott Adams écrivait un bulletin par courriel dans la voix de Dogbert, le chien hyper-manipulateur de la BD. Dans ce bulletin, Dogbert avait l’habitude de dire « cow-orkers » pour insulter ses collègues. En anglais, on dit « colleague » pour collègue, mais aussi « coworker ». Mais « cow » veut dire vache, d’où son insulte. Je garde ce jeu de mots dans la tête depuis 30 ans déjà, alors quand j’ai découvert « concitoyen », j’étais prêt.

J’étais chez Miguel’s Jr. pour dîner ce soir. J’y mange trop souvent car c’est pas cher, mais la qualité est moyenne ; c’est donc un bon rapport qualité prix, à ne pas confondre avec bon. Dit autrement, si mon amie rouennaise me rendait visite, je ne l’y inviterais jamais car elle connaît la bonne cuisine mexicaine. Mais il y en a pire.

De la sauce piquante, Photo par moi

Dans la cuisine mexicaine américanisée, la sauce piquante, dit soit « salsa » soit « hot sauce » selon le point auquel le resto veut faire semblant d’être authentique, joue dans le rôle du ketchup. Alors quand on commande un plat, le caissier va toujours demander « With hot sauce? » (Avec de la sauce piquante ?). Pour moi, la réponse est toujours « Non ». Heureusement, le caissier chez Miguel’s fait attention. Voici mon ticket ; je souligne la partie importante en jaune :

Ça dit « pas de sauce », d’accord. Alors, on appelle le numéro 58, j’arrive au comptoir et le type me dit « Tu veux soit de la rouge soit de la verte ? » Perplexe, je réponds « Rouge ou verte quoi ? » et il me dit dans une voix réservée aux parents d’enfants de trois ans, « Sauce piquante. Rouge ou verte ? »

Je lui montre l’autocollant sur la boîte avec ma quesadilla, car je sais déjà qu’il sera là :

« Justin », vous me dites, « c’est vraiment pas grand-chose. Juste à cause du fait que le type gagne 20 $/heure, vous pensez qu’il devrait faire attention ? » Je sais, d’accord, mais mon vrai sujet, c’est qu’aux États-Unis, on préférerait mourir que respecter les commandes du client à cet égard. Je vais vous raconter des histoires.

Une fois, j’étais chez The Cheesecake Factory, anciennement ma chaîne préférée, où malgré le nom, j’aimais commander des salades. Comme partout aux États-Unis, ils préparent leurs salades avec des quantités énormes des sauces pour salades, en général à base de crème : la « 1000 Island », la « Ranch », etc. Je déteste tout genre de vinaigrette, autant pour les goûts que les calories, alors je commande toujours mes salades sans vinaigrette ni autre sauce.

Mais cette fois, le gérant est venu à ma table pour me demander, « Es-tu sûr que tu ne veux pas de vinaigrette ? » Je lui ai répondu « Ben oui. Si j’avais dit que je ne voulais pas de tomates, serais-tu ici pour me dire que ma commande a un problème ? » « Bien sûr que non, mais il nous faut vérifier quand le client dit qu’il ne veut pas de vinaigrette. » « Bof, c’est un ingrédient comme tous les autres. Je n’en veux pas. »

Une autre fois, dans un autre resto, l’aide-serveur m’a apporté ma salade en me disant « J’ai de bonnes nouvelles ! Ils ont fait une erreur avec ta salade, mais je l’ai corrigée avant de te l’apporter ! » Il avait versé de la vinaigrette partout sur ma salade.

À presque chaque fois où je commande une salade dans un resto rapide, si je dis « Pas de vinaigrette », ils me donneront quand même un paquet de vinaigrette pour aller avec. Je n’en veux pas. Mais pour la grande majorité des américains, il est impossible que l’on veuille n’importe quel plat sans sauce, et habituellement au point d’y noyer.

C’est en fait une des plus grosses erreurs des européens en nous analysant. Vous pensez que c’est juste du ketchup. Mais en réalité, on n’est pas aussi accros au ketchup que ça. La vérité, c’est que nous sommes comme ça avec toutes les sauces.

Vacances

Quand je planifie des vacances, j’ai deux façons de le faire — complètement en secret, ou stressé. Peut-être que vous vous souvenez de mes vacances en 2021 — pendant une semaine dans le Massachusetts en famille, j’étais si stressé que j’ai acheté un billet d’avion pour la France avant même de rentrer chez moi. Mais ces dernières vacances ont été planifiées sans dire un mot à personne — en anglais. J’ai beaucoup écrit ici, mais j’ai tout caché à quelqu’une — qui que ce soit — qui m’empêchait de voyager à l’étranger.

Montréal, Photo par Marc-Olivier Jodoin, Domaine public

Puis en 2022, j’ai planifié les vacances d’une seule nuit en France, encore une fois, en secret. Cette année-là, je suis allé à la Nouvelle-Orléans avec mon père et La Fille, et disons juste qu’il ne faut pas que je raconte l’histoire derrière ce choix, mais comme toutes les vacances en famille, c’était stressant. Pour autant que j’ai aimé aller en France en 2023, il y avait encore plein d’arguments dans les coulisses.

D’où la stresse ? Je vous le dirai très franchement. J’ai la joie d’avoir le seul et unique petit-enfant de mes parents, alors chaque printemps est un long numéro de chant et de danse genre « Tu ne vas pas nous priver de notre petite-fille, n’est-ce pas ? ». Si vous me demandez, « Mais comment est-il arrivé que votre mère n’était pas là pendant les deux dernières vacances ? », je ne peux pas répondre. Sachez juste que c’est une autre jolie source de stresse.

Cet été, il y a une contrainte qui ajoute encore plus de pression. Mes vacances doivent se passer en juin car La Fille va suivre un cours de géométrie en juillet afin de se lancer dans un cours plus avancé à l’automne. Je dois dire mes plans à mon ex au moins 30 jours à l’avance à chaque fois où je veux sortir de Californie du Sud avec La Fille, alors ma date limite approche.

C’est comme ça qu’il est arrivé hier, après un mois de négociations avec mes parents, que nous allons passer une semaine à Montréal. Cette année, je dois finir le voyage en 7 jours, car mon ex a ses propres contraintes, et si elle ne peut pas passer plus de 7 jours en vacances, moi non plus. Je m’attendais à un voyage soit à New York soit à Washington D.C., mais avec toute la violence aux universités, ils ne veulent pas prendre le risque.

Nous n’avons rien planifié quant à un itinéraire à ce point. Mais je suis obligé de donner des infos de vols d’ici samedi à mon ex ou perdre mes vacances avec ma fille pour l’année.

Évidemment, je ne me plaindrai pas du tout d’une semaine dans un endroit francophone. Et peut-être même quelque part où personne ne passera à l’anglais si je m’adresse à eux en français. Mais…comprenez-vous maintenant pourquoi je préfère faire mes plans en secret ?