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Mon vieux village

Aujourd’hui, j’étais à Claremont, Californie (à ne pas confondre avec Clermont) pour le 25e anniversaire de mon obtention du diplôme. Parce que je suis cinglé, naturellement j’assiste aux cérémonies de la fac où j’ai commencé, Harvey Mudd, plutôt que celle où j’ai reçu mon diplôme, Claremont McKenna. C’est quand même où tous mes amis restaient. Les écoles ne sont pas si intéressantes, mais je pensais qu’il serait intéressant de vous montrer un village américain –on n’habite pas tous dans de grandes villes !

Commençons aux bords du village ; d’un côté, il y a un magasin de jouets.

Plus proche de moi, il y a un bureau de poste. Je n’ai pas pu y entrer, parce que le samedi, les bureaux de poste ferment tôt. Mais ce bâtiment a presque 100 ans (vieux pour la Californie), et au-dedans il y a une fresque des années 30.

Peut-être que vous pensez qu’il n’y a que des autoroutes ici, et pas de trains. Ce n’est pas vrai. Voici la gare, un bâtiment de 1927 classé monument historique, d’où on peut aller à Los Angeles :

Juste avant que je ne sois quitté le village, un resto italien y est ouvert. Mon dîner en famille pour fêter la fin de mes études y a eu lieu :

Il y avait seulement une boulangerie à l’époque, et il reste seulement une boulangerie. Vous ne l’aimeriez pas, n’étant pas à la hauteur des standards français ; franchement, même à l’époque, moi non plus :

Il y avait une boutique de glaces et de bonbons qui a aussi ouvert juste avant la fin de mes études ; elle est toujours là et les pommes d’amour sont « à mourir », comme on dit en anglais :

Une vieille pharmacie des années 40 est devenue pizzeria :

Il y avait quelque chose de nouveau et très français à cette visite — une crêperie ! Dit « Crêpes of Wrath », un calembour sur le livre américain « The Grapes of Wrath » par John Steinbeck, traduit en français sous le nom Les Raisins de la colère. « Les Crêpes de la colère » n’aurait aucun sens aux anglophones :

À côté de la crêperie, on trouve le bâtiment dit « Harvard Square » (dans la rue dit « Harvard » — toutes les rues à Claremont ont les noms de célèbres universités ailleurs). C’était là, dans l’ancien Harvard Square Café où j’ai découvert la tarte Tatin pour la première fois. Le café nous a quitté il y a une décennie. Il y a un nouveau resto dans son éspace, dit Bardot. Je n’ai pas eu le temps pour y manger, mais je suis CURIEUX.

Finalement, nos villages ont leurs propres hôtels de ville, mais nous les appelons « City Hall » :

Je veux partager deux petits anecdotes de la fac. Pour une chose, il y avait — et il reste — une tradition où certains élèves font du monocycle pour aller à leurs classes. Pas moi ; j’avais trop peur :

Aussi, pendant ma troisième année — n’oubliez pas qu’aux États-Unis, on pass 4 ans à la fac, pas 3 — un ami m’a persuadé de demander rendez-vous à une fille en l’appelant du téléphone au-dedans de l’ascenseur à l’intérieur de la bibliothèque. Voici l’ascenseur :

Cette idée n’a pas été bien accueillie, mais je doute que ce soit la faute de l’ascenseur.

De toute façon, c’était mon jour à Claremont, où j’ai passé 2 ans heureux, ainsi que 2 autres.

Comme moi

La semaine stressante continue, et je n’avais vraiment pas le temps d’écrire hier ou aujourd’hui. Mais il y a une séquence à sauver avant minuit chez moi :

Et je me sentirais énervé si je le perds à cause d’autres personnes — surtout une en particulier. Alors, aujourd’hui un article tres bref où j’avoue l’existence de l’une de mes sources.

J’entends souvent « Justin, on ne connaît personne comme vous, aussi dédié à la France de l’étranger ». Et je vous dis, il faut simplement savoir où les trouver. Je connais des dizaines de milliers, et tous appartiennent au même groupe de Facebook :

Voici la photo de couverture du groupe Everything French. C’est parfaitement bilingue, à moitié anglophone, à moitié francophone. Bien que ce soit géré par des expatriés d’autres pays qui habitent en France, la plupart des membres sont des étrangers aussi dingues obsédés que moi, qui ne rêvent de rien d’autre, qui planifient toutes leurs vacances pour un seul et unique pays — non, pas la Belgique, faites attention ! (La Belgique a quand même ses charmes que la France n’arrive pas à égaler.)

Dans Everything French, on trouve tout genre de choses : des photos de voyage et la vie quotidienne, des recommandations, des idiomes et de la grammaire, et des blagues. Qu’ils aient des blagues ! J’estime qu’environ un tiers des Blagues de la Semaine viennent d’Everything French.

Bref, c’est comme ce blog, mais écrit par des centaines au lieu d’un auteur, et peut-être sans la même profondeur. Mais si vous voulez trouver toute une communauté comme ce blog, c’est le bon lieu pour visiter.

Les fous de la cannelle

Connaissez-vous « French Morning » ? C’est la publication pour les expatriés aux États-Unis. Nous avons une relation…compliquée. D’une part, c’est une ressource inestimable pour trouver des événements culturels, des entreprises, etc. Par exemple, si vous voulez savoir où et quand trouver Gad Elmaleh aux États-Unis, eux voilà ! S’il vous faut chercher une galette des rois au Texas, demandez-leur. Même à Los Angeles. Inestimable.

Mais d’autre part, j’ai parfois l’impression d’être analysé par des extra-terrestres. Oui, on utilise le système Fahrenheit ici. S’il vous faut absolument connaître la météo en degrés Celsius, appuyez sur le bon bouton de votre portable. Ne vous plaignez pas que ce n’est pas logique après avoir déménagé ici. On a déjà eu ce combat pendant les années 60. À chaque fois où je veux partager la température chez moi avec mes amis européens, j’appuie sur DEUX boutons dans ma voiture. L’un est pour changer l’échelle. L’autre est pour mettre une chanson française à la radio pour leur faire croire que je n’écoute rien d’autre — j’ai une réputation à maintenir ! Voici un exemple :

Cet album n’existe pas ! Quel est mon secret ?!?

Mais parfois, oui, j’essaye de les tromper :

De toute façon, nous parlions de French Morning. Ils écrivent parfois des analyses d’un pays que je ne reconnais guère. Cette fois, c’est un article sur notre supposée obsession pour la cannelle.

En arôme dans les yaourts, les bonbons ou les sirops, saupoudrée sur un cappuccino, en glaçage sur une pâtisserie, infusée dans une boisson non alcoolisée ou en assaisonnement dans une purée de patate douce, impossible d’y échapper. Le cinnamon diffuse depuis des décennies ses effluves camphrées aux États-Unis. Mais pourquoi tant d’engouement de ce côté de l’Atlantique ?

En arôme dans les yaourts ? On parle de yaourts disponibles au supermarché ? Voici la liste de parfums du yaourt grec « Oikos », la marque du Groupe Danone aux États-Unis. Aucun yaourt à la cannelle. Yoplait ? Pas non plus. Chobani, notre plus grande marque de yaourt ? Rien. Je n’ai absolument aucune idée d’où vient le tout premier exemple de l’article.

Quant aux bonbons, voici Hot Tamales, Red Hots, et Atomic Fireballs, des marques de bonbons à la cannelle. Mais c’est tout, au-delà des versions génériques des mêmes bonbons. Dans nos rayons de bonbons, on ne les remarque presque pas du tout parmi tous les chocolats.

C’est vrai que j’ai ce chocolat chaud dans mon placard :

C’est fortement à la cannelle. Mais qu’est-ce que c’est que ça en bas ? « Hecho en Mexico » Ouaip, c’est le « chocolat mexicain ». On la boit tout le temps au sud-ouest, mais c’est parce que nous mangeons comme les mexicains ! (Aussi, les vrais n’acceptent que du chocolat Ibarra. Ce truc de Nestlé est plutôt artificiel, mais c’est tout ce que l’on trouve dans mon supermarché.)

Nous aimons bien Cinnabon, c’est vrai. Au point où il n’y en a même pas un à Elbe-en-Irvine, et non pas à nos villes voisines de Tustin, Costa Mesa, et Newport Beach non plus, avec plus d’un million de personnes dans le tout. L’article dit :

Une enseigne qui compte près de 1200 magasins à travers le monde (principalement aux États-Unis).

Un peu plus que la moitié sont ici : 670 en total. Contre 334 millions de personnes, c’est un Cinnabon pour chaque 500 000. Faut pas exagérer à quel point c’est commun.

Je serais beaucoup plus d’accord que l’on est fous de « pumpkin spice, » un mélange qui contient de la cannelle, mais aussi du piment de la Jamaïque, des clous de girofle, et de la muscade. C’est partout de septembre jusqu’à fin novembre : à Starbucks, mais aussi dans les boulangeries et les restos. Vous pouvez le trouver dans ma recette de pain à la citrouille.

Je devinerais que l’article lié ici a été écrit par quelqu’un qui déteste vraiment la cannelle, et est en résultat hyper-sensible où qu’elle la trouve. Mais sa description du point auquel nous sommes censés être fous de la cannelle est si loin de la réalité, je dois me demander de quel pays il parle vraiment.

L’économie des macarons

Ce soir, j’ai fait un lot de macarons afin de me préparer pour ce week-end. Je ne suis pas complètement content de l’affaire, mais c’est pourquoi j’ai pratiqué. D’une photo, le plus Instagram possible, on penserait que c’est un assez beau lot.

On voit quelques imperfections, mais les yeux sont attirés vers le premier plan, et ceux de l’arrière-plan ne sont pas au point, alors tout paraît bon. Je ne suis pas d’accord ; je ne servirais jamais cette assiette à des gens qui me détestent (ce qui sera le cas ; il me faut donc les épater) :

Mais j’ai du temps pour tout corriger, et ces macarons n’ont pas mon secret le plus « Pierre Hermé » — les blancs déjà cassés qui reposent pendant plusieurs jours au frigo. J’ai cassé ces œufs au moment de préparer les macarons — Chef Hermé a raison, et les protéines doivent se décomposer un peu. Mes macarons pour l’OCA ont reçu ce traitement, et c’est pourquoi il y a 1,2 kg de blancs dans mon frigo en ce moment, 40 œufs en total ;

Comme disait Q dans les films James Bond, « Je ne plaisante jamais sur mon travail, 007 ».

Mais en ce moment, je veux vous parler sur l’économie de les faire. Voici (presque tous) mes ingrédients pour l’affaire :

Il faut que j’achète une nouvelle boîte de poudre de cacao, et j’ai dû aussi ajouter 4 œufs de plus pour atteindre 40 (il y a 18 dans chacune des boîtes). Mais tout dans cette photo coûte environ 95 $. Disons qu’avec les autres ingrédients, ça coûterait 115 $ (la poudre de cacao Guittard est chère, mais il me restera plein). Aussi, ce chocolat Ghirardelli est bon, mais si j’allais ouvrir une boutique, j’utiliserais Valrhona. C’est 113 grammes x 15 barres, alors environ 1,7 kg. Ça m’a coûté 48 $ de mon 95 $. Disons que 1,7 kg de Valrhona Manjari coûte 70 $ chez Surfas. Alors, tout ça coûterait au maximum 140 $ pour les ingrédients de 400 macarons.

Aux États-Unis, on paye au minimum 2 $ le macaron, et souvent 2,50 – 3 $. Il ne faut pas avoir autant d’imperfections même à 2 $, mais vous comprenez sûrement ce que je veux dire. Juste mes desserts pour l’OCA auraient coûté 150 $ s’ils avaient dû les acheter. (J’estime qu’un tel gâteau de cette taille-là aurait coûté environ 30 $, et 5 douzaines de macarons, 120 $.) Croyez-moi, tout le monde dans cette salle-là le savait bien.

Les macarons peuvent être très rentables à ces prix, même avec les services publics et le loyer pour une boutique. Si on peut vendre le tout pour 1000 $, même si les autres coûts triplent le montant, on touche 580 $ pour un investissement de 420 $. Pas mal ! Mais il y a deux raisons pourquoi il n’y a pas une armée de concurrents qui baissent le prix.

Pour une chose, c’est difficile de vendre une telle quantité tous les jours. Y a-t-il 400 macarons vendus quotidiennement chez Moulin ? Je le doute. On va perdre une certaine quantité des marchandises avant de les vendre.

Pour une autre chose, cuisiner à la française, surtout pour une recette aussi technique que les macarons, ça demande de l’expérience. On ne se réveille pas un jour ensoleillé en disant « Je vais vendre des macarons ». Aimeriez-vous voir mon tout premier lot en 2020 ? Voilà :

Aimez-vous l’ombre du con qui ne savait pas prendre des photos ? Moi non plus ! Mais regardez plus proche. J’insiste :

C’est exactement la même recette de Laurène Lefèvre que j’ai utilisé ce soir. La différence, c’est 3 ans d’expérience et des centaines de lots. Et même avec ça, quand ça fait un mois entre lots, je perds déjà mon instinct.

Voilà, c’est la vérité derrière le prix élevé de la pâtisserie française chez moi. Je vous ai dit avant qu’un pain au chocolat de la qualité que l’on trouve chez Carrefour pour 1, 55 € / 2, c’est 3,50 $ chacun ici. Et on paye presque aussi cher pour des pains d’une si mauvaise qualité que je refuse tout court de les manger. Trouver un boulanger de qualité, qui sait encore mieux que moi (et travaille de façon plus efficace) ? Ils ne poussent pas sur les arbres ! (C’est un dicton anglophone ; veuillez me donner une version plus française.)

Il n’y a rien que je fais pour ce blog qui me fait apprécier les ouvriers autant que cuisiner. À moins que vous croyiez vraiment que l’assiette de macarons en haut de ce post vaut vraiment 60 € ou plus (si c’est le cas, merci), appréciez qu’en France, l’économie de la pâtisserie, non pas seulement des macarons, est loin d’être aussi folle !

Café Joyeux

Je veux vous parler de quelque chose de spéciale en France. Afin de vous expliquer pourquoi il m’est important, on va d’abord parler de mon ancienne amie Jennifer, que je connaissais pendant 20 années aux États-Unis.

©️Café Joyeux

Commençons par mettre la table. Il y a une chaîne de restauration rapide ici, Corner Bakery, anciennement ma chaîne préférée pour ce genre de nourriture. Quand je vous dis qu’en 2000 et 2001, j’avais l’habitude d’aller à 3 emplacements différents chaque semaine afin que personne ne voie à quel point j’étais accro, je n’exagère même pas un peu. (Il ne reste rien de leur ancienne gloire ; j’y vais toujours de temps en temps, mais je ne le recommande plus même si vous voyagez près de chez moi.)

Mais même après qu’ils ont arrêté de vendre leurs pains, même après que tous mes plats préférés sont disparus, j’avais une raison pour aller au Corner Bakery le plus proche de chez moi. De 2000 à 2020, Jennifer y travaillait. Elle avait la trisomie 21, et y travaillait à temps partiel sous un programme pour aider à de telles personnes. Quand ils avaient un magnifique comptoir plein de desserts, et service genre buffet, elle était responsable de vendre les desserts. J’en commandais un à chaque fois juste pour ne pas la décevoir. Quand ils ont arrêté ça, elle se mettait à nettoyer les tables.

Avec le Covid, Corner Bakery a viré tous leurs employés responsables de nettoyer leurs salles à manger, handicapés ou autrement. Vous voulez une table propre ? Nettoyez-la vous-même. (Ce phénomène est partout aux États-Unis ; les restos rapides aimeraient tous ne plus offrir que des plats à emporter.) Ça fait donc 2 1/2 ans depuis la dernière fois où j’ai vu Jennifer, et j’espère que tout va bien chez elle, mais franchement, elle était déjà vieille vu sa maladie.

Alors quand France with Véro a écrit cette semaine sur la chaîne Café Joyeux, il me fallait vous en parler. Je laisserai les propriétaires vous l’expliquer :

En France, 700 000 personnes sont diagnostiquées comme ayant des troubles du spectre autistique et 65 000 sont porteuses de Trisomie 21. Elles sont deux à trois fois plus touchées par le chômage que le reste de la population. Seules 0,5%  des personnes atteintes de handicap mental travaillent en milieu ordinaire.

Au-delà d’apporter une solution innovante d’inclusion pour les personnes recrutées, Café Joyeux entend réparer cette inégalité. En 2017 naît le premier restaurant solidaire Café Joyeux qui emploi et forme des personnes en situation de handicap mental et cognitif.

Café Joyeux — Notre Mission

D’habitude, je ne recommande jamais des restos dont je n’y suis jamais allé. Mais je fais confiance à Véro au maximum, et elle dit « Bon café. Bonne nourriture. Bon service. Enfin et surtout, une disposition ensoleillée. » Et qu’est-ce que l’on y trouve ? Ce n’est pas une carte énorme ou compliquée — de la soupe, de la salade, une dizaine de desserts, des boissons fraîches ou chaudes. Mais en plus, à travers leurs 15 emplacements, presque 130 « Jennifer » français — et aucun viré à cause de l’avarice de la gestion. Que vous soyez à Rennes, Paris, Bordeaux, Nantes, Tours, ou Lyon, il y a un Café Joyeux près de chez vous. C’est un grand plaisir de vous passer ces infos.

Le cimetière d’applis perdues

Il y a une histoire française que je veux tellement vous raconter, mais étant à 9 000 km, j’attends le droit d’utiliser une photo dont j’ai déjà demandé le droit à la photographe. (Je me demande parfois s’il vaudrait la peine de demander à certains s’ils pouvaient prendre des photos pour moi. Mais il n’y a pas de revenus de ce site, alors pas d’argent pour payer les efforts.) Pendant ce temps-là, je vais vous raconter l’histoire d’une mauvaise habitude.

Je ne peux pas quitter mes vieilles applis. Voilà :

De cette collection dans la photo, il ne reste qu’une seule qui marche toujours, mais je n’arrive pas à me débarrasser du reste. En fait, il y a 29 applis qui ne marchent plus de cette façon. Qu’est-ce qu’elles ont en commun ?

Pour une chose, elles étaient toutes payantes. Il y a quelque chose de dérangeant quand une appli ne marche plus après que je l’ai payée, même si je sais qu’il y a plus de revenus pour le développeur. Par exemple, « Adrenaline Golf » en haut était quelque chose de nouveau et intéressant… en 2009. C’est abandonné depuis une décennie. Mais c’était aussi l’une des premières applis que j’ai achetées, alors j’ai du mal à lui dire adieu.

Il y en a d’autres où le coût n’était pas cher, mais les souvenirs sont précieux, dont les 3 jeu Infinity Blade. Mon tout premier boulot, un CDD pour l’été entre le lycée et l’université, était en tant que testeur de jeux vidéo pour Sony, pour le Super Nintendo et le Sega Genesis. Je vous raconterai cette histoire une autre fois. Mon boulot n’était pas dire si les jeux étaient bons (indice : non) mais plutôt chercher les erreurs. Je n’ai jamais perdu les habitudes, surtout puisque j’ai fini par devenir informaticien. Une fois, j’ai trouvé une erreur dans Infinity Blade II :

Peut-être que vous voyez le problème ? Votre personnage, à droite, perd le contrôle et lève les mains pour se rendre. Ce n’est pas censé arriver ! Personne ne m’a jamais remercié pour le rapport, mais la bogue est disparue plus tard.

Il y a un jeu ici, parmi les pires que j’ai jamais joués, dont je n’arrive pas à m’en débarrasser pour une raison toute différente :

Oui, vous le lisez correctement. J’étais le meilleur joueur au monde entier de ce bazar. 12 670 joueurs n’est rien. Mais j’étais obsédé par ce jeu pendant quelques mois, car c’était à partir de l’un des grands classiques des jeux vidéo, Zaxxon. Mais celui-ci n’a pas du tout mérité hériter ce nom-là. La vérité, c’est que j’étais l’un des dizaines, même pas de milliers qui l’a joué plus qu’une ou deux fois. (On m’a enfin battu, un an plus tard. Je n’ai pas essayé de reprendre ma couronne perdue.)

Je ne manque pas d’espace sur mon portable, mais je pourrais quand même économiser une douzaine de gigaoctets en les jetant. Mais ce serait comme jeter de vieux amis. Un jour, Apple se débarrassera de ces applis pour moi, j’imagine. Mais il serait un peu bizarre de ne plus les avoir, même si elles ne servent déjà à rien.

L’histoire franco-américaine des torpilles

J’ai le moral dans les chaussettes aujourd’hui. On vient de torpiller mes plans de vacances pour cet été. Étant tous malins, vous savez déjà exactement ce que « on » veut dire en ce cas. Disons que « j’ai changé mes plans de vacances juste pour annuler nos négociations sur des vacances de plus d’une semaine et me faire foutre de votre gueule » n’est pas aussi drôle qu’en pense son autrice. On ira toujours en France, plus longtemps que ma dernière visite, mais il faudra que je coupe l’itinéraire par deux.

Mais vu que je pense aux torpilles toute la journée grâce à cette personne, bizarrement obsédée par m’empêcher de voyager en France depuis deux décennies, je vais vous raconter une histoire complètement vraie, de comment la France et les États-Unis ont partagé un drôle de moment dans leur développement.

L’idée de torpilles est beaucoup plus vieux que les États-Unis, et a ses origines en Syrie médiévale, où un chimiste arabe qui a écrit sur la possibilité de bombes marines automotrices en 1275. En Chine, l’officier Jiao Yu a écrit sur l’idée de mines marines pendant le XIVe siècle.

Alors, c’était pas une nouveauté quand l’inventeur américain Robert Fulton, plus connu pour les bateaux à vapeur, a construit son premier sous-marin, le Nautilus — en France, sous Napoléon. C’était le début d’une belle histoire de se faire foutre des gueules françaises quant aux sous-marins par les américains, mais laissez tomber pour l’instant. Après tout, c’était aussi un moment important pour la littérature française. De toute façon, M. Fulton a fait construire le Nautilus à Rouen en 1800, et son premier essai s’est passé dans la Seine cette année-là.

Nautilus dessin par Robert Fulton, Domaine public

Mais à quoi sert un sous-marin sans armes ? Fulton a dû inventer quelque chose pour attaquer les navires, et il a revisité l’idée des torpilles. En même temps, en 1803, son premier bateau à vapeur a coulé pendant des tests par le militaire français à Paris, et il est devenu clair que le gouvernement français ne payerait plus ses travaux.

Étant un homme très pratique, Fulton s’est dit, « Mais si les Français ne veulent pas faire sauter des navires avec des sous-marins, peut-être que les Anglais, qui ont déjà eu un peu d’expérience avec mes efforts, aimeront l’essayer ». C’est comment il est arrivé qu’en 1804, Fulton a quitté la France pour l’Angleterre, avec une promesse par Lord Sidmouth de 15 000 $ américains. (Nous n’avons toujours pas inventé la Réserve fédérale, alors le dollar valait toujours une somme.)

Et c’est donc en octobre 1804, les Anglais ont attaqué Boulogne-sur-Mer avec de nombreuses inventions de Fulton, dont un sous-marin et des torpilles. L’attaque ayant eu lieu pendant la nuit, les Français ne savaient même pas qu’il y avait un sous-marin parmi les navires anglaises, mais l’attaque était quand même un échec à cause de bonnes fortifications françaises. Fulton passait un an de plus en Angleterre, mais après la réussite de l’amiral Nelson à Trafalgar, ils ont perdu leur intérêt, et Fulton est revenu aux États-Unis, où ses bateaux à vapeur deviendraient extrêmement importants pour l’exploration de la fleuve Mississippi, partie d’un petit achat dit la Vente de la Louisiane.

Quelle leçon peut-on tirer de cette histoire ? Ne pas se mêler dans des affaires qui concernent des américains et des sous-marins ? Franchement, à l’époque, ce n’était pas grand-chose : ni un côté ni l’autre profitait des inventions de Fulton. Mais il a lancé les premiers efforts qui rendraient finalement le mot « torpiller » un verbe, d’où mes pensées du jour.

Les arnaqueurs d’Instagram

J’allais publier cet article demain, mais il y avait un accident en cuisine ce soir. Un accident délicieux pour être clair, mais il a gâché les dernières photos de mon dessert catalan, alors je le referai demain. C’est quand même facile. Au lieu de ça, on va parler d’un sujet de plus en plus déroutant ces derniers jours, des arnaques sur Instagram.

Avez-vous entendu parler d’une entreprise appelée Shein ? Non, car vous avez tous plus de 20 ans. C’était donc des nouvelles chez moi quand je commençais tout à coup de recevoir des « tags » sur Instagram comme ça, qui promettent que j’ai gagné une carte cadeau :

Hyper-gentil de leur part — bien bilingue, hein ? Il s’avère que Shein est fournisseur de vêtements de la plus basse qualité, mais qui changent de style presque quotidiennement, une sorte de Zara moins le sens d’éthique (lien en anglais). Hahaha, je me tue, Zara est déjà l’une des entreprises les moins éthiques au monde entier ! Mais au moins on ne trouve pas de cette arnaque chez Zara.

Ces tags viennent des comptes de la plus haute réputation, bien sûr :

Je me suis demandé si j’étais juste chanceux, mais une recherche sur Google m’a vite appris que c’est un problème partout. Plus tôt cette semaine, le journal Daily Mail du Royaume-Uni a publié un article sur ce sujet, où Shein a nié — pour l’énième fois — qu’ils ont responsables. Menteurs. Ça arrive apparemment encore et encore chez eux, mais pas chez leurs concurrents. Et même leurs ventes légitimes sont par des moyens similaires, avec des influenceurs payés pour exactement ce genre de chose. Cette même arnaque est apparemment aussi connue dans la presse francophone , ainsi qu’une autre qui promet de vous payer pour devenir « ambassadeur ».

En même temps, je commence aussi à recevoir des messages de mes vieux amis, les brouteurs. Mais ceux d’Instagram me semblent un peu plus intelligents ! Voici une conversation d’il y a des jours :

Dentiste ! C’est pas le « travail » typique de ces gens, des fleuristes et coiffeuses habituellement (pas dans la vraie vie, bien sûr). Je n’ai rien soupçonné quand cette personne s’est abonnée à mon compte, parce qu’« elle » a de vraies photos de travail en tant que dentiste. Rien de scandaleux. Je pensais « Voilà, peut-être qu’elle suit des pâtissiers pour voir qui est responsable de lui fournir de nouveaux clients ! ». Mais dès que l’on dit « Comment allez-vous ? » sur Internet, c’est presque certainement un escroc. L’indice certain, c’est quand ils disent « t’es beau », car je n’ai jamais entendu ça dans la vraie vie, même avant de perdre la plupart des cheveux. La flatterie ne mène nulle part chez moi.

Mais j’ai dit que ces brouteurs sont plus intelligents que d’autres. Comment ça ? Lisez la fin de la conversation. Je n’ai rien coupé. Dès que j’ai dit que je trouve pas mal d’arnaques dans ce genre de conversation, monsieur a arrêté de me parler ! (J’ai fini par le bloquer quand même.)

Je n’ai pas les compétences d’un génie comme Méta-Brouteur, mais il m’amuse de temps en temps de vérifier que j’ai toujours raison et peux détecter les arnaques. Faites attention, Instagram n’est pas plus sûr que le reste d’Internet !

Tout ce que je sais vient de D&D

Avec cet article, j’accepte que je passerai le reste de ma vie tout seul, car on n’est pas censé avouer de telles choses. Aux États-Unis, admettre que l’on a joué à Donjons et Dragons, même une fois, est grosso modo la pire chose avec laquelle on puisse se cafarder. Mais il y a un nouveau film basé sur D&D, et mon histoire en tant que joueur — terminée avec la fin de mes années à la fac ! — est fortement liée avec ce blog.

©️Hasbro/Paramount, Tous droits réservés, Source

D’abord, mettons la table quant à mes attentes pour le nouveau film. En 2000, il y avait un premier film basé sur D&D. Deux semaines après sa sortie, j’ai dû conduire 50 km — jusqu’à la frontière mexicaine ! — pour trouver un cinéma qui jouait toujours le film. Sans vous ennuyer avec les détails, il n’y avait qu’un autre groupe dans le ciné, deux mères avec leurs fils. Et après le film, l’une des mères a tourné vers l’autre et dit « Tu sais, c’était pas aussi nul la deuxième fois ! ». Ça, c’était de loin la meilleure chose cette nuit-là.

Alors, celui-ci ne peut être que mieux, si seulement par hasard.

Donc pourquoi me faire subir à une telle chose ? Un mot — tyrannœil ! La plupart d’entre vous, étant sains d’esprit avec des vies sociales, ne connaissent pas le Manuel des Monstres. La Sainte-Bible des jeux de rôle, ce fameux manuel traite de centaines de monstres que l’on peut rencontrer pendant ses aventures. Et bien qu’il y ait plein de monstres connus d’ailleurs — des vampires, des squelettes, des orques — certains n’existent que dans l’univers D&D. Si on veut les voir, il faut prier qu’un film sorte. Pendant le premier film, il y en avait un :

Capture d’écran de la bande-annonce avec un tyrannœil à gauche

Il n’y a pas de tyrannœil dans la nouvelle bande-annonce, mais il y a quand même un ours-hibou (à 1:04), une mimique (à 1:32), et une bête éclipsante (à 1:35). Tous ces liens sont en français !

Mais je vous ai dit dans le titre, d’après un célèbre livre américain, « Tout ce dont j’ai besoin de savoir, je l’ai appris à la maternelle », que tout ce que je sais, je l’ai appris de D&D. Et alors ? Pour une chose, ses capacités en tant que personnage sont contrôlées par 6 statistiques, déterminées par lancer un dès à vingt faces. La vie est aussi aléatoire de cette façon. Parmi ces statistiques, l’intelligence et la sagesse n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Comme on dit en anglais, je suis « l’enfant de l’affiche » pour cette distinction. Dit autrement, la sagesse vient un petit peu en se rendant compte de ce fait.

Il y a un système dit « alignement » qui explique presque parfaitement le comportement des êtres humains selon deux dimensions avec 3 valeurs chacune, la morale et l’ordre. On peut être « chaotique bon » et faire du bien sans se soucier des lois, par exemple, ou « loyal mauvais » et être un vrai salopard en respectant des lois. (Ou « loyal bon » et être ennuyeux aux yeux d’autres.)

Alors, quel est le rapport entre tous ces détails et la France ? D’abord, vous souvenez-vous que j’ai mentionné les Tarasques il y a quelques semaines ? Devinez où j’ai fait leur connaissance — ouaip, dans le Manuel des Monstres !

Mais une partie de ça vient de moi. Je jouait en tant qu’un magicien nommé d’après mon sortilège préféré, Passe-muraille. Et il avait deux fils. Quels noms ai-je choisi pour les deux ? Charles et Napoléon. J’avais 11 ans à l’époque. Vous avez exactement une chance de deviner à quels personnages historiques j’ai emprunté ces noms.

Même mon état d’esprit quant à lancer le blog vient de D&D. Il y avait une campagne (dans le sens des jeux de rôle) dit Ravenloft, où chaque partie du monde, dit un domaine, appartient à un « Sombre Seigneur », tout-puissant dans leur domaine, mais aussi incapable de s’en sortir. Pour les Seigneurs, c’est en fait leur Enfer, mais ils infligent tout genre de terreur à leurs citoyens avec l’aide de monstres, souvent des revenants (vampires, zombies, etc.). Vu que mon ex m’empêchait de voyager à l’étranger pendant une décennie, je pensais au comté d’Orange comme mon Ravenloft personnel. (Qui est le Sombre Seigneur entre nous deux reste une question ouverte. Il y a des raisons dans les deux sens (lien en anglais).) Le blog était mon effort de m’y échapper.

Bon, la vérité, c’est que j’ai vu le nouveau film ce soir après le dîner, avec ma fille. C’était en fait très bien. J’ai une seule plainte — encore une fois, comme tous les films américains de nos jours, ils ont dû humilier les personnages masculins. Ce n’est pas juste mon avis, mais ce qui ont dit les co-réalisateurs (lien en anglais). Mais une fois « réussie » c’est un film plein de monstres que l’on ne peut trouver nulle part ailleurs, une histoire émouvante, et des moments très drôles. Maintenant, j’ai eu assez de films américains pour l’année et je suis bien prêt à reprendre mon régime français !

Le meilleur bonbon de Pâques

Il n’y a presque aucune nourriture américaine que je choisirais de préférence à son équivalent français. Le nougat dans un Snickers, ou le nougat de Montélimar ? Est-ce même une question ? Un cookie de Mrs. Fields ou un macaron de Pierre Hermé ? Ne me faites pas rire ! Mais il y a une chose — une seule chose — où c’est moi qui a la chance et vous ne savez pas ce que vous ratez.

Voici le meilleur bonbon de Pâques, l’œuf Cadbury :

J’ai fait mes recherches. Carrefour ne stocke guère de produits Cadbury. Monoprix ? Rien du tout. Franprix ? Le même que Carrefour. Aldi ? Rien. Ce n’est pas impossible de les trouver en France, mais il vous faudra un spécialiste en épicerie britannique. Par exemple, Le Comptoir Irlandais (une quarantaine de magasins partout en France), ou la boutique en ligne Candy Dukes.

« Mais Justin », vous me dites, « vous avez dit que c’est un truc américain ? » Aux États-Unis, ce chef-d’œuvre de la nourriture industrielle est fabriquée par Hershey sous licence de la société Cadbury. Et nous sommes fous de ces délices, par millions. Ça fait déjà deux semaines où ils ne sont plus disponibles dans n’importe quel supermarché ou pharmacie près de moi — nous les a-do-rons.

C’est quoi la magie au-dedans cet emballage comme un bijou ?

Oui, oui, un œuf en chocolat. Et je serais le premier à vous dire que le chocolat de Cadbury n’a rien de spécial par comparaison avec les autres chocolate industriels. Mais ce n’est pas la magie. Il nous faudra le craquer :

C’est du fondant et rien d’autre. Le « jaune » est juste du colorant, pas un parfum différent. Mais c’est comme manger juste la partie en haut d’un mille-feuille. Du sucre, du sucre, et encore plus du sucre ! Il n’y a rien de mieux au monde entier.

Et pour aller avec, la publicité la plus mimi au monde :

Oui, j’ai toujours les goûts d’un enfant de 5 ans, pourquoi demandez-vous ?