Bastiat et ce qu’on ne voit pas

Avant de quitter les Pyrénées-Atlantiques, on va parler d’une autre découverte française. Cette fois, c’est Frédéric Bastiat, né à Bayonne, et le coût d’opportunité, l’une des idées les plus importantes de l’histoire des études économiques. En particulier, on va parler de ça par le moyen d’où j’ai entendu parler de lui, son essai « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas ».

Buste de Bastiat, Photo par Thbz, CC BY-SA 3.0

Commençons avec, à mon avis, le meilleur paragraphe jamais écrit par un économiste :

Avez-vous jamais été témoin de la fureur du bon bourgeois Jacques Bonhomme, quand son fils terrible est parvenu à casser un carreau de vitre ? Si vous avez assisté à ce spectacle, à coup sûr vous aurez aussi constaté que tous les assistants, fussent-ils trente, semblent s’être donné le mot pour offrir au propriétaire infortuné cette consolation uniforme : « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l’industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l’on ne cassait jamais de vitres ? »

Avec cette histoire, Bastiat procède à distinguer deux cas, suivant son titre. D’abord il y a ce qu’on voit :

Le vitrier va venir, il fera besogne, touchera six francs, se frottera les mains et bénira dans son cœur l’enfant terrible.

On pourrait en conclure que cette destruction est donc une bonne chose, surtout si on écoute des économistes autrichiens qui parlent de « destruction créatrice » (les autrichiens étant plutôt experts en cette matière). Bon, en fait M. Schumpeter parlait de tout autre chose, le remplacement d’une technologie par une autre, mais je n’allais pas rater cette opportunité.

De toute façon, si détruire des choses était en fait rentable, il serait logique de tout détruire et le remplacer. Mais Bastiat nous explique pourquoi cette idée n’a aucun sens :

On ne voit pas que, puisque notre bourgeois a dépensé six francs à une chose, il ne pourra plus les dépenser à une autre. On ne voit pas que s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque. Bref, il aurait fait de ses six francs un emploi quelconque qu’il ne fera pas.

Ce qu’on voit, grâce à ses exemples, est l’idée que chaque consommation n’est pas seulement une question de ce qu’on achète, mais si c’est la meilleure utilisation. J’emprunterai un autre exemple de Wikipedia en anglais pour expliquer comment on peut calculer ce coût.

Imaginons que l’on gagne 80 000 € l’année. Mais on déteste son chef et veut travailler pour soi-même. On calcule que l’on pourrait facturer 60 000 € aux clients, et se paye 20 000 € en dépensant 30 000 € pour opérer l’entreprise. Le « profit comptable » est donc 60 000 – 20 000 – 30 000 = 10 000 €. Voilà, c’est plus que zéro et c’est donc une bonne idée, non ?

En fait, non. Parce qu’avant, on gagne 60 000 € moins que ce que l’on aurait pu gagner en travaillant pour le saligaud. Et si on soustrait 60 000 de nos comptes personnels en haut, au lieu de gagner 10 000 €, on perd 50 000 €. C’est ce que l’on ne voyait pas avant de commencer la nouvelle entreprise. Moi, je vois un type qui a gravement raté ce calcul en lançant sa propre entreprise à chaque fois où je me regarde dans un miroir. Ai-je mentionné que Bastiat est l’un de mes héros ?

Notre but ici n’est pas de considérer tous les jeux que les comptables ont inventés pour estimer le coût d’opportunité. C’est apprécier le génie de cette idée simple, née dans les Pyrénées-Atlantiques, qui est devenue l’une des considérations les plus importantes dans chaque plan d’affaires partout au monde — avant de se lancer dans une entreprise, il faut vraiment savoir ce que l’on ne voit pas.

Mon dîner basco-béarnais

Pour ce dîner, je voulais faire quelque chose qui mettrais les piments d’Espelette et la cuisine à l’honneur. Quant au dessert, mon amie J m’avais dit il y a longtemps de faire un gâteau basque aux cerises, et c’est exactement ce que j’ai fait. Voilà, le thon à la basquaise, et le gâteau basque de Gaston Lenôtre :

Je dois vous dire, cette recette de thon risque de gagner la couronne de meilleur plat au poisson pour tout le Tour. L’apparence est très « paysanne », mais le goût est sublime. C’est l’essence du Coup de Foudre.

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Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les conjugaisons gratuites

Cette semaine, Langue de Molière va probablement emmerder certains lecteurs. Ce n’est vraiment pas mon intention. Disons donc d’abord qu’il y a une différence entre apprendre une chose pour la toute première fois, et apprendre une chose en traduction, où on comprend déjà le sens. Et si cette histoire semble un peu trop fanfaron, sachez au début que j’ai payé cher.

Très peu de monde ne le saviez, mais j’étais gravement malade début 2021, de façon encore pire que ce que je vous ai dit quant à la colonne vertébrale ou le diabète. Je ne veux pas vous faire vomir — disons juste que manger est devenu impossible pour moi sans cachets qui me coûtaient 500 $ le mois. Rien à voir avec le Covid si vous vous le demandiez. Mais à cause de cette maladie, c’était encore plus difficile pour moi à dormir que d’habitude. Alors je me suis mis à la tâche de finir au plus vite mes leçons de Kwiziq (à l’époque plus avancé que Duolingo).

Et il me semblait que vous aviez gardé les trucs les plus faciles jusqu’à la fin ! Qu’il soit dans Duolingo soit dans Kwiziq, on suit des centaines de leçons pour apprendre conjuguer des verbes au présent, au passé composé, et à l’imparfait. Mais voici toutes les leçons pour apprendre le plus-que-parfait :

Ne me croyez pas sur parole qu’elles sont courtes. Voici des liens en direct vers la première et la deuxième — pas besoin d’être abonné. De toute façon, j’ai fini toutes les exercices liées aux deux pendant une nuit.

Mais cette nuit était plus productive que ça. Il n’y a pas beaucoup plus de leçons pour apprendre le conditionnel passé :

J’ai tout fini dans la même nuit. Mais comme je vous ai dit, j’étais malade et c’est à dire dans la douleur. Allez, il n’y a pas trop de leçons pour ce « futur antérieur », hein :

Ouaip, même nuit. Des 100 % pour tous.

Mais je ne veux pas vous donner la mauvaise idée ! ([Beaucoup trop tard, M. Ringard — M. Descarottes]) Je ne suis pas aussi malin que ça. ([D’ACCORD ! J’ai des larmes aux yeux, on est tellement d’accord ! — Mon ex]) C’est plutôt que si on a déjà fait le travail pour apprendre les autres formes, ce ne sont que de nouvelles combinaisons. Où on a un avantage en tant qu’élève d’une deuxième langue, c’est qu’il suffit de dire « le plus-que-parfait veut dire « had » + verbe », « le conditionnel passé est « would have » », et « le futur antérieur est « will have » », et le tour est joué ! Pas besoin de plus d’explications ; j’ai déjà fait le travail, mais ailleurs, en anglais, beaucoup plus tôt.

Par contre, si j’ai dû expliquer en français ce qui signifient ces choses, sans les utiliser, et surtout à un enfant de 5-6 ans…bonne chance ! Je n’arrive même pas à l’imaginer. En plus, je suis sûr que l’enfant moyen n’a autant de mal aux intestins qu’il aimerait mourir. ([Agissez selon vos souhaits la prochaine fois ; je vous soutiendrai ! — Mon ex]) J’ai appris quelque chose, mais disons que je suis ravi que ce soit la seule et unique fois où une telle chose m’est arrivé !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine, avec son épiphanie la moins maline possible.

Je découvre les Pyrénées-Atlantiques

On continue maintenant le Tour avec le 64, les Pyrénées-Atlantiques. C’est le département le trente-sixième plus peuplé et les habitants se nomment basques et béarnais ou basco-béarnais. C’est notre neuvième séjour en Nouvelle-Aquitaine, mais premier depuis le 47, le Lot-et-Garonne.

Je vous ai dit à la fin du dernier bilan que ce quart du Tour aurait le plus de mes amis personnels. Et dans les Pyrénées-Atlantiques, j’ai quelqu’un de vraiment spécial, J, qui veut depuis longtemps que son département brille ici. Cette entrée dans mon fichier est la plus longue de toute la France — oui, plus que le 75 — car elle m’en partage beaucoup.

On commence à Biarritz, au Rocher de la Vierge (1 étoile Michelin), un point panoramique juste dans la baie, avec une statue de la Vierge en haut. À côté, il y a l’Aquarium de Biarritz (2 étoiles), avec de nombreux poissons tropicaux, phoques et même avocats de divorce requins-marteaux halicornes. Mais ça, c’est le Biarritz du Guide Vert et on a les astuces d’une personne du coin.

Rocher de la Vierge, Photo par Diego Delso, CC BY-SA 4.0, Rocher du Basta, Photo par Tangopaso, Domaine public

On continue le long de la plage jusqu’àu Rocher du Basta. C’est un point avec des vues aussi spectaculaires de la baie que l’autre rocher, mais pas de statue donc pas de publicité. Puis, on passe au Phare de Biarritz, avec ses 248 marches pour atteindre la hauteur. Mais oh là là, quelle vue panoramique une fois atteint !

Maintenant, j’ai besoin que vous hurliez comme Nico, « Vous êtes prêts — à marcher ? ». On va faire une balade. D’abord, on va traverser Anglet, surnommé « la petite Californie française » (qu’est-ce qu’ils ont fait du mal ?), en passant par la Cathédrale Sainte-Marie (1 étoile) à Bayonne, puis traverser le Pont Pannecau pour arriver enfin au Musée basque (2 étoiles). Là, on va regarder leur collection de plus de 85 000 objets, dont des photos, des affiches, des outils, et des œuvres d’art, qui racontent la vie quotidienne basque. Puis on continuera jusqu’au quartier dit « Petit Bayonne » (1 étoile) pour marcher le long de l’Adour, prendre un verre dans l’un de nombreux bars et bodegas, et se moquer des landais pour vivre sur la mauvaise rive. Mais il y a quelque chose d’encore plus important ici tous les week-ends de Pâques, la Foire au Jambon, qui met en vedette le jambon de Bayonne IGP. Cet avril sera la 560e — ouaip, vous l’avez bien lu. Au fait, l’homme politique Jean Bon, qui avait le nom parfait pour cette foire, y est décédé. Merci, J, je vis pour ces détails.

Bon, c’est assez de marcher. On conduit vers le Sud, jusqu’à la frontière espagnole, pour visiter Saint-Jean-de-Luz. Là, on arrêt à l’Église Saint-Jean-Baptiste (2 étoiles), lieu de mariage du Roi Soleil et Marie-Thérèse en 1660 et un nef avec trois étages de galeries de chêne, comme rien d’autre que nous avons vu jusqu’ici. Vous êtes sages, alors on arrêt à la Maison Adam pour un dessert. D’ici, on visite Hendaye, pour le Château d’Abbadia (3 étoiles), construit au XIXe siècle par Viollet-le-Duc dans un style néogothique. Ne ratez ni la bibliothèque ni la chapelle. Pour plus d’infos, visitez le Chat Voyageur pour une exploration plus détaillée de ces deux villes.

En quittant Hendaye, on conduit par La Rhune (3 étoiles), une montagne de 900 m qui offre des vues de l’Atlantique et les Pyrénées. Mais notre prochain arrêt est Salies-de-Béarn pour le Musée du Sel et la Cité du Sel, et si on est là au bon moment en septembre, la « Hesta de la sau » ou fête du sel. D’ici, on continue à Oloron-Sainte-Marie pour la Vallée d’Aspe (2 étoiles), avec de nombreux sites remarquables naturels et son écomusée. À Oloron, on trouve l’usine de Laulhère, entreprise du patrimoine vivant qui fabrique des bérets depuis 1840. (On ne peut pas prendre un tour, malheureusement.) À Pau, la préfecture, nous avons nos deux derniers arrêts, le Boulevard des Pyrénées (2 étoiles), 2 km de jardins qui relient les deux moitiés de la ville, et le Château de Pau (2 étoiles), remanié de nombreuses fois depuis le XIIe siècle, où on trouve les appartements de l’impératrice Eugénie, ainsi que la chambre natale d’Henri de Navarre. Juste au sud-est de Pau, à Nay, le Musée du Béret existe dans une ancienne manufacture de bérets et propose des tours.

Qui sont les personnages les plus connus des Pyrénées-Atlantiques ? Isaac de Portau, mousquetaire, n’est peut-être pas très connu soi-même, mais le monde entier le connais sous le nom immortel de Porthos. Mary Todd Lincoln, la veuve du président américain Abraham Lincoln, vivait à Pau, ainsi qu’Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, auteur de certains poèmes qui ont inspiré les surréalistes, et François Bayrou, cible fréquente du Canard enchaîné. Didier Deschamps, entraîneur de foot très populaire en 2018, et moins de nos jours, est né à Bayonne, ainsi que mon héros, l’économiste Frédéric Bastiat. Jean Lafitte, pirate et terreur de la Nouvelle-Orléans, est né à Biarritz. Le vrai Martin Guerre est né à Hendaye, mais le film a été tourné en Ariège. Le terroriste le plus stupide au monde, Zacarias Moussaoui, qui a dit qu’il voulait apprendre à faire décoller un avion, mais pas à l’atterrir, est né à Saint-Jean-de-Luz.

J’ai vérifié, mais Chuck Wepner, ancien boxeur américain surnommé « The Bayonne Bleeder » (L’Hémophile de Bayonne), n’a rien à voir avec ce département. Il vient de l’autre Bayonne, dans le New Jersey.

Quoi manger dans les Pyrénées-Atlantiques ? On est chez les Basques, et c’est à eux. Comme on a déjà mentionné à Bayonne, il y a surtout le jambon de Bayonne, qui prend sa place dans la soupe appelée garbure ainsi que dans le poulet basquaise, une mijote de poulet, jambon, tomates et un autre ingrédient typique du département, les piments d’Espelette. La préparation « à la basquaise » s’applique également au thon. Les fromages à ne pas rater sont l’Ossau-Iraty AOP et le P’tit Basque, ce dernier étant plus commercial mais disponible chez moi. En dessert on trouve l’un des grands classiques de la cuisine française, le gâteau basque, souvent fourré avec de la confiture de cerises. Il faut aussi mentionner les macarons de Saint-Jean-de-Luz, liés à la pâtisserie Maison Adam. D’habitude, je ne mentionne pas de restos dont j’ai jamais visité, mais je ferai une exception pour les Frères Ibarboure, car j’ai vu les œuvres de Patrice Ibarboure, MOF, et je ne quitte pas ce département sans le rendre visite. Oh, on finit toujours avec des boissons, non ? Dans le Pays Basque c’est le cidre basque et l’Izarra, une liqueur à base d’une jolie vingtaine de plantes.

Saison 2, Épisode 1 — on commence à nouveau

Nous sommes enfin arrivés dans la nouvelle saison de la balado. Il me semble que j’ai eu besoin de toute la première année juste pour découvrir comment la faire marcher, mais maintenant, tout est réglé et je crois que je suis enfin prêt à vous livrer la meilleure balado en français produite dans un comté moitié anglophone, moitié hispanophone. Plutôt le Rasta Rockett du genre.

Non, mais sérieusement, c’est vraiment un plaisir de produire tout ça. J’entends souvent que les contenus du blog et de la balado, tous les deux, sont « feel-good », et ça reste mon but de vous faire rire, tous les jours. ([Alors, vos posts Saint-Valentin ? — M. Descarottes]) Bon, presque tous les jours. Mais en plus, il est mon but depuis le début de vous mettre en vedette, et je crois qu’avec cette saison, j’ai trouvé la bonne formule pour mieux réussir les deux.

Notre blague de la semaine traite du ferry entre Calais et Douvres. Je vous rappelle qu’à partir de maintenant, les blagues sont disponibles du menu en haut, avec une semaine de retard. Nos articles sont :

Il y a aussi notre recette pour la Saint-Patrick, Le pain au soda irlandais de la Boulangerie Boudin — aimé par les boulangers eux-mêmes ! — et ma dernière chanson, La tactique du gendarme, aimé par de vrais gendarmes !

N’oubliez pas qu’il y a aussi de nouveaux gros-titres satiriques entre les articles. Si vous avez des idées pour de gros-titres, envoie-moi vos idées par courriel, et si je les utilise, je vous mentionnerai sur la balado.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Un an de diffusions

Lundi prochain, on atteindra notre premier anniversaire de la balado. Aujourd’hui, on va faire le bilan de la première année, puis je parlerai un peu de ce qui arrivera avec la nouvelle saison (il me semble que les anniversaires sont le bon temps pour déclarer des changements de saison).

Tout a commencé à partir de mon désir de fêter le 500e post ici de façon spéciale. Mais je vous mentirais si je vous disais que c’était bien planifié. Le premier épisode n’est que l’annonce que l’on commencera ! Après quelques semaines, j’ai commencé à faire deux choses, l’une d’entre eux ayant collé, et l’autre, pas autant. À partir du 5e épisode, j’ai commencé à raconter des blagues hebdomadaires ; ça fait maintenant 48 blagues sur la balado, toutes différentes. Aucune n’est originale à moi, mais si vous demandiez à qui que me connaisse chez les anglophones, ils vous diraient tous que je ne raconte jamais des blagues. Ou pire, que les seules sont de l’autodérision. Je n’ai jamais aimé cette habitude chez moi.

L’autre chose, c’était de surnommer le public « les filles ». J’avais une raison ! Même jusqu’à maintenant, Anchor (maintenant rebaptisé « Spotify for Podcasters ») me dit que tout le public sont des femmes, et la plupart, de 22 ans ou moins :

Je ne sais pas d’où proviennent leurs données. Mais je l’ai laissé tomber après quelques semaines car personne n’a répondu pour me dire s’il le trouvait drôle. Les humoristes vous diraient qu’il faut constamment essayer de nouveaux matériel et jeter ce qui ne marche pas.

Et en parlant de nouveaux matériel, je soupçonne que très peu de monde connaissent ce qui arrive à la fin de chaque épisode ! Le chapitre dit « fin » ne dure en général que 15 secondes, mais suit toujours la même formule : un remerciement, le sentiment « je vous adore tous », et un commentaire qui parle soit de l’actualité soit d’un article à paraître.

Je n’y suis pas arrivé par hasard. Le musicien Duke Ellington, à mon avis le meilleur compositeur de l’histoire américaine, avait l’habitude de terminer ses concerts en disant à son public « Je vous aime à la folie ». Et oui, en français, parmi plusieurs langues, mais après avoir commencé en anglais ; vidéo mise au bon moment :

Alors, quelques faits divers. Jusqu’ici, la balado a été écoutée plus de 8 700 fois. Pas mal ! Spotify ne donne pas des comptes exacts pour les statistiques mais plutôt des pourcentages. Certaines m’intéressent.

C’est pas surprenant que la grande majorité d’auditeurs sont en France ; après tout, c’est ce que je voulais :

Mais la distribution dans l’Hexagone n’est pas celle à laquelle j’attendais ! (Spotify traite les départements d’Outre-mer comme des pays séparés.)

On n’a même toujours pas atteint notre premier département en Île-de-France ! C’est le plus bas niveau de détail disponible pour la France. Mais j’ai des faits divers sur les États-Unis qui vont bouleverser ce que vous pensiez du pays :

Que la Californie soit en première, ce n’est vraiment pas surprenant. On verra qu’il y a probablement des connaissances personnelles qui l’écoutent. Mais des top 10 d’états, dont 3 des top 5, 4 sont des états dits « rouges » car ils votent pour les Républicains. Essayez d’éviter une crise cardiaque. L’une des choses que j’essaye de vous expliquer depuis le début, c’est que j’approche les départements d’exactement la même façon que je souhaite que vous approchiez nos états. Ne croyez pas toujours aux idées reçues.

Alors, la Californie :

Les deux grandes populations d’expatriés sont à LA et partout dans la région dite « Bay Area » autour de San Francisco. Mais Elbe-en-Irvine, c’est chez moi, et il y a beaucoup de monde qui m’ont rencontrés grâce à l’Alliance française ici et à LA. Très peu de monde me parlent de ça, mais on parle de centaines de fois entre ces deux. Impossible que ce soient tous des inconnus !

Alors, le futur. Il y a quelque chose que je veux faire depuis, disons, il y a 5 mois, qui transformera la balado. J’avais espéré la lancer avec le prochain épisode, mais l’horaire n’a pas marché exactement comme prévu. Avec le deuxième épisode, il y aura un nouveau genre de reportage dans la balado, un pas géant direction « avoir sa propre identité ».

Il y aura aussi un nouveau genre de blague. Vous savez tous à quel point Le Canard enchaîné me manque. Je serai abonné pour le reste de ma vie, bien sûr, mais je ne le cite plus, suite à leur demande. Il me semble que ce blog est plus pauvre sans leur esprit alors à partir de la nouvelle saison, il y aura des gros-titres satiriques annoncés au fur et à mesure de chaque épisode. Ils ne seront pas tirés du Canard ; ce sera seulement mon propre travail. Vous êtes le bienvenu à proposer des idées et recevront du crédit si je les utilise.

On m’a dit qu’il y a des lecteurs sourds qui ne peuvent profiter de la balado. Je veux faire quelque chose pour eux. Puisque je voulais que la blague de la semaine soit une raison pour écouter, jusqu’à maintenant elles ne sont pas apparues ici. J’ajouterai une page pour servir comme archive, et les blagues y apparaîtront avec une semaine de retard.

Et si je vous disais que l’un de ces changements est né d’un complot juste pour un événement lié au Tour des Départements ? Je vous raconterai toute la vérité au bon moment, que ça marche ou pas.

Traiteur !

Comme je vous ai dit avant, je confonds souvent traître et traiteur, car ils sont tous les deux proches de l’anglais « traitor » (qui veut dire « traître ». Ce soir, j’ai joué le traiteur pour mon groupe de cinéphiles de l’Orange County Accueil. Voilà tout ce que j’ai fait pour eux :

Ce sont de vieux favoris du blog, le gâteau Napolitain et les macarons au chocolat. C’est surprenant de remarquer que je n’ai pas fait un post pour les macarons au chocolat eux-mêmes, mais je n’ai pas pris les bonnes photos pour ça cette fois. De toute façon, je voulais vous partager quelques astuces pour faire ces recettes en grand format.

D’abord, le Napolitain. J’ai fait ce que l’on appelle en anglais un « quarter-sheet », 24×33. Mon moule habituel fait 18×18. Pour calculer combien d’ingrédients je devrais utiliser, j’ai calculé les tailles en centimètres carrés. 792 contre 324, alors 2,4x. Pour le rendre plus simple, j’ai donc multiplié toutes mes quantités par 2,5. On peut voir à quel point tout est géant :

La couche avec la poudre de cacao est toujours là plus difficile à étaler dans cette recette. Vous pouvez voir qu’en grand format, elle devient de plus en plus inégale :

C’était pas grave. Les autres couches restaient plus ou moins plates :

C’est ça le résultat :

J’ai dû refaire le fondant, parce que la première fois, il a séché en touchant le gâteau. Mais si je ne vous avais pas dit ça, vous ne le reconnaîtriez jamais.

Quant aux macarons, j’ai doublé toutes les quantités. Mais je suis très content de comment ils ont marché. En général, on sait si on a réussi ses macarons en les pochant sur le tapis — si la pâte coule, ou garde des bulles, vous avez raté vos macarons. Ce lot est presque parfait :

En les sortant du four, on voit qu’ils sont un peu moins parfait qu’attendus — 3 de 44 ont craqué :

Mais ils sont bien réguliers, n’est-ce pas ? J’étais fier de tout ça.

Ça fait des années que je veux entendre l’avis de vrais français sur ma cuisine. J’ai reçu des commentaires tres gentils ; on m’a dit que mes macarons sont mieux que ceux de Ladurée. Je ne le crois pas complètement — on ne verrait jamais une coque brisée chez Ladurée — mais je croyais que c’était du bon travail. Assez de monde m’ont demandé la recette du gâteau que je l’ai posté dans le groupe Facebook privé de l’OCA dès que je suis rentré.

Malheureusement, j’étais misérable ce soir. Peut-être que vous vous souvenez que quelqu’un s’est fâché contre moi dans ce groupe. Oh là là, c’était nul. Elle m’a dit « bonsoir », puis tout de suite tourné le dos. Plus tard, quand l’organisatrice m’a remercié pour avoir fait les desserts, elle m’a dit « C’est à vous ? ». Nous nous tutoyions avant. Message reçu. Je ne sais plus que faire, mais disons que je ne peux guère vous parler de notre film du soir, Boîte noire. C’était probablement un très bon film, mais je n’arrivais pas à me concentrer. Je suis gêné au maximum.

De toute façon, il y avait environ 5 douzaines de macarons au début, mais pas de restes au-delà d’un petit bout du gâteau. Je suis content de cette première expérience en tant que traiteur.

Le pain au soda irlandais de la Boulangerie Boudin

Aujourd’hui est la fête de Saint-Patrick, connu surtout en Irlande, mais aussi aux États-Unis. Le « soda bread, » comme on dit en anglais, est un pain traditionnel des irlandais qu’ils mangent pendant toute l’année, mais ici, c’est seulement disponible en mars. L’année dernière, je vous ai donné une recette toute traditionnelle. Cette année, avec l’aide des boulangers chez Boudin, je vous présente ma version préférée. Vous savez que mes goûts sont grosso modo les mêmes que les vôtres — alors ça veut dire quelque chose que je mangerais ce pain tous les jours si je pouvais ! (C’est une idée hyper-mauvaise pour les diabétiques.)

Voici une miche de chez Boudin, des secondes avant sa disparition aussi soudaine que délicieuse :

Si vous lisez attentivement les ingrédients, ce n’est pas complètement la même chose. Pour leurs quantités géantes, ils utilisent de la graisse végétale. Mais la version que j’ai reçu d’eux utilise du beurre. Il n’y a pas de question quel est le meilleur ingrédient. On n’utilise pas non plus plusieurs additifs chimiques. Ce n’est pas une plainte.

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La tactique du gendarme

Je vous ai promis des surprises cette semaine, n’est-ce pas ? Ça fait beaucoup trop longtemps depuis la dernière apparition du nom Bourvil dans ces pages. Et vu que c’était dans Le Trou normand, ce n’était pas mon expérience préférée. Mais en fait, ce film montre exactement pourquoi on l’adore tous.

Il me semble que Bourvil était l’homme le plus rassurant de l’histoire du monde. Il m’est absolument impossible que personne puisse garder une dent contre ce monsieur. Il était parfois l’oncle que tout le monde aurait aimé avoir en grandissant ; parfois l’ami un peu bête mais au bon cœur que nous voulons tous protéger. Pour revenir au Trou normand, le point auquel Bourvil a été embêté par tout le monde était trop — c’était vraiment dur de le regarder en train de souffrir.

C’est très facile de trouver les ennemis de Louis de Funès au-delà de l’écran (je pense surtout à Jean Marais et Jean Lefebvre), mais je n’ai jamais trouvé un mot malicieux contre Bourvil. Je suis très reconnaissant qu’il nous a laissé Le Cercle rouge, pour voir un Bourvil qui n’était pas du tout corniaud.

Alors quand un ami m’a partagé une vidéo marrante sur Facebook, avec un vieux inconnu qui chantait « La tactique du gendarme », j’étais ravi de découvrir que c’était en fait un coup de Bourvil. Sans plus d’attente, moi voilà :

Cette chanson n’est pas grand défi pour les poumons, mais pour la langue, oh là là. Faut énoncer. Je crois que je l’ai largement maîtrisée. Il y a deux brefs moments où vous ne serez pas d’accord ; sinon, je crois que j’ai bien compris pourquoi cette chanson est rigolote.

En comparaison, voici un enregistrement de Bourvil, de meilleure qualité que dans le film d’où la chanson vient, Le Roi Pandore :

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le mot inutile

Avant de me lancer dans Langue de Molière pour cette semaine, je veux attirer votre attention vers un concours chez Les Dédexpressions, duquel cette colonne en a beaucoup tiré.

Le français a quelques mots qui ne le sont vraiment pas. Le « t » qui prend sa place entre des verbes et des pronoms au cas où le verbe terminerait par une voyelle : parle-t-on, par exemple. Ou le « l » qui se met avant « on » pour ne pas avoir l’air qu’on. Ces mots n’ont aucun sens, et sont là juste pour la sonorité.

Mais il y a quelque chose que le français exige que je trouve également sans sens, et on en parle maintenant. C’est « en », dans son sens pour compter.

En anglais, je peux dire soit « I’ll have one burger » (Je prendrai un burger) soit « I’ll have one » (J’en prendrai un) sans le nom « burger » — mais sans ajouter n’importe quel autre mot, comme « en ».

En espagnol, je peux dire « Tomaré una hamburguesa » ou « Tomaré uno ». Le genre est masculin quand on ne mentionne pas le nom, mais il n’y a pas d’autre mot non plus.

En japonais on dirait « Hambaagaa o itadakimasu » ou « Hittotsu o motte imasu ». C’est tout autre monde là-bas, mais l’explication simple, c’est qu’il faut utiliser des mots dits « compteurs » ; « hittotsu » est un de plusieurs compteurs pour 1. Si je veux dire que j’aimerais deux hamburgers, il faut dire « Hambaagaa o hutatsu itadakimasu ». On peut omettre le compteur pour un seul exemple, mais deux ou plus exige le bon compteur.

On peut donc facilement voir que de mes trois autres langues rien ne sert au but d’« en » dans « J’en prendrai un ». Et ici, avec un peu de linguistique, on peut voir pourquoi « en » me dérange.

Chez les linguistes, on parle d’une « paire minimale », deux phrases qui ne sont différentes que d’un son, une lettre, ou un mot. Ce test nous permet de distinguer des significations. Par exemple, si on dit — à haute voix :

Je suis une fille.

Je suis une fée.

on peut facilement voir que la dernière voyelle distingue les deux sens. (Essayez d’ignorer l’écriture ; à haute voix, seulement cette voyelle-là est différente.) D’autre part, si on dit :

Je suis bête.

J’suis bête.

le son est différent, mais la signification est la même. On appelle ça un allophone – un changement de son qui n’a pas sa propre signification.

Alors, si je dis :

J’en veux un.

Je veux un.

vous allez tous me dire que la première phrase est du bon français, et l’autre est du bon n’importe quoi. Ce n’est pas une paire minimale car il n’y a rien à quoi la première contraste. Mais c’est exactement ça ma plainte ! Il n’y a aucun risque de confondre la signification de la phrase sans « en » avec une autre signification — et dans toutes mes autres langues, dont une latine, il n’y a pas de tel mot ! « En » ne sert même pas à réussir un but de sonorité comme « l » et « t » dans nos exemples en haut.

Et avec ça, Langue de Molière en prendra cinq. (On dit « take five » pour une brève pause en anglais.) On se reverra la semaine prochaine pour parler de ce que l’on apprend en français quasiment gratuit.