Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Le gâteau Saint-Honoré de Gaston Lenôtre

J’ai fait ce dessert pour la toute première fois pour fêter le deuxième anniversaire du blog. Mais honnêtement, il n’y a rien ici que l’on n’a pas déjà fait — de la pâte feuilletée, de la crème pâtissière, de la pâte à choux, de la meringue, et du caramel. Ce qui est nouveau, c’est la façon de tout combiner, et dans le cas de la crème pâtissière, de la gérer. Cette fois, je vais simplement vous donner la recette. Mais il y aura un autre post genre « aperçu des coulisses », parce que j’ai appris des choses.

Ce post est loooooooong, j’ai donc caché la plupart pour vous. Dites-moi si vous préfèreriez ça plus souvent.

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Le pays inexistant

J’allais publier la prochaine Langue de Molière aujourd’hui, puis la recette du Saint-Honoré, mais une nouvelle m’énerve et la Langue de Molière est donc reportée à mercredi prochain. Je vais me sentir coupable comme à chaque fois où je me plains des Français, car vous êtes tous exactement pas de qui je parle. Mais à mon avis, c’est mieux d’évoquer ces sujets quand ils sont toujours des nouvelles.

Tout a commencé avec un Tweet d’un compte que je suis, Marlène Aviation. C’est écrit en anglais, et il parle de l’histoire de l’industrie de l’aviation française. Je recommande ce compte avec enthousiasme !Mais cette fois-ci, quelque chose ne va pas. C’est où « Listenbourg » ? Jamais entendu parler.

J’ai vite trouvé un article de 20 Minutes qui explique tout. Il s’avère qu’il y avait un Tweet avec une fausse carte de la péninsule ibérique pour embêter les Américains :

Oh, ha ha ha. Moi, je sais depuis la maternelle que la péninsule ibérique n’a pas de telle forme. J’avoue que plus que l’on va vers l’Est dans cette carte, plus que j’ai du mal à nommer les pays sans aide. Je peux vous dire sans difficulté quels sont le Portugal, l’Espagne, la France, le Royaume-Uni, l’Irlande, la Belgique, la Suisse, l’Italie, l’Autriche, la Pologne…après ça, sans légendes, j’ai des problèmes. Au moins, je pourrais vous dire quels sont les 3 pays Baltes, mais malgré le fait que j’ai un arrière-grand-parent Lituanien, je n’ai aucune idée quel est lequel. De toute façon…

Selon l’article de 20 Minutes, ça fait partie d’un jeu sur les réseaux sociaux :

Parmi les centaines de vidéos de ce type publiées sur les réseaux sociaux, une certaine catégorie rencontre un franc succès : les questions de géographies posées aux Américains. De nombreuses réponses sont totalement fausses, ce qui amuse beaucoup les Français. A la question, quelle est la capitale de l’Europe, certaines répondent la France.

Franchement, ils parlent d’un genre de vidéo tourné en anglais, par des anglophones, souvent américains. Voici des exemples : ici, ici, et ici. Mais quand les européens regardent de telles vidéos, ils manquent du contexte culturel. C’est quelque chose de haineux entre nous-mêmes, et on va retourner à ce sujet mardi matin avant l’élection. Bref, ces vidéos sont tournées pour se moquer d’une classe sociale en particulier, et c’est exactement cette attitude qui a créé la polarisation du pays. Disons pour l’instant que l’on ne trouve jamais de telles vidéos tournées à Détroit ou à l’Est de Los Angeles.

On peut maintenant trouver beaucoup de fausses institutions, un « ministère des affaires étrangères », « ministère d’économie », etc. J’ai du mal à comprendre si Mme Aubry fait partie de la blague, car elle plaisante apparemment sur ses propres croyances, et chez moi, on ne fait jamais ça :

Pour un instant, j’ai brièvement pensé à participer à ce jeu ! Je pensais à mettre une photo d’un cimetière américain sur Twitter pour dire quelque chose « N’oubliez pas les sacrifices qui nous avons fait pour les listenbourgois ». Mais j’ai finalement décidé de ne pas faire une telle chose. Je ne pourrais jamais me moquer de certaines choses. En plus, ceux vers lesquels j’aurais la plus envie de dire un tel commentaire ne sont vraiment pas des Français. On n’oublie jamais ses amis. Mais j’aimerais bien savoir combien des gens qui adorent ce jeu pourraient donner les bons noms pour tous les provinces canadiennes, peu importe les états américains. Encore plus drôle, les états mexicains. Après tout, c’est pas grand-chose de se souvenir de juste trois pays sur un continent entier.

Mais je préfère de ne pas finir avec quelque chose de triste, alors j’ai une autre carte, trouvé sur Twitter hier grâce à une connaissance très sympa :

Source originale

Comme j’ai partagé avec cette amie-là, il y avait une carte identique sur la couverture d’un magazine new-yorkais :

Fair use

C’est pas le 1er, version novembre 2022

Je continue à copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Nouveaux à moi :

  • Bonheurs culinaires est le blog d’une cuisinière d’origine marocaine, plein de recettes peu connues chez moi. Son potage au potimarron a l’une des plus belles photos que j’ai vues.
  • Les paravers de Millina est un blog littéraire, visé surtout mais pas seulement sur la fantasy. Elle a un style très différent des autres blogueurs littéraires avec des graphiques qui contiennent de courts sommaires des livres, en plus de ses critiques détaillées. Essayez ses réponses au Tag spécial littéraire SFFF pour un exemple.
  • Collapsofictions est un blog qui parle des dystopies et des catastrophes écologiques. Ce mois, il parle d’un livre Dehors, les hommes tombent, où il ne reste qu’un seul extra-terrestre sur Terre, et il cherche ce qui s’est passé pour faire disparaître l’humanité.
  • Le blog de PAF est celui d’un dessinateur de presse à la retraite mais toujours actif avec de nouveaux dessins. Celui-ci traite de la retraite du footballeur Franck Ribéry.

Les habituels :

Bon 2e anniversaire au blog

Aujourd’hui, ça fait deux ans depuis mon premier post, après quelques semaines de planification. Comme l’année dernière, on a besoin d’un gâteau pour le fêter :

Gâteau Saint-Honoré de Gaston Lenôtre

(Recette à suivre. Je dois faire tout moi-même. Et oh là là, j’ai des histoires à raconter. Et je dois trouver quelqu’un pour partager ces trucs, car c’est trop pour une seule personne. C’est vraiment trop injuste.)

Alors, comment vais-je ? D’une part, je croyais que nous aurions presque fini le Tour, et nous ne sommes que dans le 56. D’autre part, voilà le premier post du Tour, pour l’Ain. C’est dingue, les changements.

Et quels changements ! Au début de cette année, un petit article sur Le second degré n’est qu’une température a complètement changé l’histoire du blog. J’ai fait plein de nouvelles connaissances, il y a maintenant trois fois les abonnés de l’année dernière, je parle parfois avec des journalistes qui apparaissent à la télé comme Anne-Élisabeth Moutet et Claire Koç — on est très loin d’une petite exercice pour pratiquer l’écriture !

Et en parlant des changements, il y en aura plein pendant l’année suivante. J’aimerais bien que mes recettes font partie de ce que l’on trouve chez Google, et pour ça, le plan du blog devra changer. Connaissez-vous le JSON ? Heureusement que non (moi, je le parle assez bien, mais je vais jamais l’écrire à la main), mais c’est ce qu’on doit faire pour que Google traite les recettes comme des recettes. Je ne dirais jamais que toutes sont des réussites, mais je crois que certaines méritent plus d’attention. Tout ça reste dans l’avenir, certainement pas avant le Nouvel An.

Mais je ne penserais pas à tout ça si je ne voyais pas qu’il valait la peine. Octobre a été de loin la plus grande réussite du blog (1587 vues en janvier et encore en juillet — oui, le même nombre !), et je vous remercie pour y être :

Alors, quoi attendre d’ici le 3e anniversaire du blog ? Il y aura certainement un nouveau plan. J’ai aussi une idée pour quelque chose qui met à l’honneur le fait qu’il y a des lecteurs qui me rendent visite de 90 pays. Ce blog est et restera toujours sur la France en premier, mais c’est aussi sur la francophonie. Et nous sommes partout, même chez les pingouins. Et l’année prochaine, je m’attends certainement que je ne pourrai plus empêcher ma fille de partir à la recherche de nougat. C’est dans l’ADN de ses ancêtres. Je devrai donc l’accompagner.

Tout ça, c’est à dire qu’après deux ans, le Coup de Foudre reste aussi fort que jamais !

Épisode 33, avec plus de peur

Et si je vous disais que la plupart des posts pour cette semaine sont déjà écrits ? C’est vrai, car il y a trop de choses censées être prévues pour le 1er, alors je dois les déplacer. Non, en fait ça n’est jamais arrivé avant, mais vous comprendrez assez bientôt.

Notre blague cette semaine est la suite de celle de la semaine dernière, les deux faisant partie d’un sketch célèbre aux États-Unis, par Bill Cosby. Dites-moi si vous les avez aimées (ou pas), parce que ça m’aide à décider où faire mes recherches. Nos articles sont :

Sur le blog, il y a aussi les recettes de Mon dîner meusien et une discussion de comment utiliser un dictionnaire japonais.

Si vous aimez ce balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Anchor, qui abrite le balado. Bonne écoute !

Comment utiliser un dictionnaire japonais

Je vais faire quelque chose plutôt loin de nos sujets habituels, vous apprendre exactement ce qui dit le gros-titre. Pourquoi ? Parce que vous savez tous comment utiliser un dictionnaire — mais ça, c’est tout autre chose, une façon de voir le monde complètement différente. Le fait que ça intéressera certains d’entre vous qui aiment les mangas, c’est juste une prime.

Y a-t-il combien de lignes dans ces trois kanjis ?

Un, deux, et trois, d’accord ? Un bon point pour savoir compter ! Ce sont les numéros pareils en japonais, avec leurs prononciations en hiragana (l’alphabet phonétique) et en romaji (c’est-à-dire notre alphabet latin).

Combien de lignes comptez-vous dans celui-ci, nichi, qui veut dire « jour » ou « soleil » ?

« Mais Justin », vous me dites, « vous avez bien perdu la tête ! C’est évidemment un rectangle avec une ligne au milieu, donc cinq ! » Rendez-moi vos bons points, les enfants, car vous avez tort. Il n’y a que quatre lignes ici selon la méthode japonaise (ou chinoise, en fait). Voici comment les compter :

Comprenez-vous comment ça arrive ? On compte le nombre de fois que le stylo est enlevé du papier ; c’est-à-dire le nombre de coups de stylo, ou traits. Il faut juste savoir que la bonne forme pour le deuxième coup comprend un angle droit.

Pourquoi se soucie-t-on du nombre ? Considérez un caractère plus compliqué, composé de 6 traits :

Mais il n’est pas assez de savoir que ça comprend 6 traits. Après tout, on a déjà vu que le numéro 2, ni, a aussi 2 traits. Comment distingue-t-on les comptes ?

Dans ce cas, on peut considérer que nichi, notre soleil, est ce qu’on appelle un « radical », une pièce réutilisable. Il y a évidemment 2 radicaux dans le kanji en haut, et le plus gros est nichi. Avec ça, on peut maintenant chercher notre dictionnaire comme c’est de la magie :

Capture d’écran du site kanji.free.fr

On choisit le radical comme ça :

Capture d’écran du site kanji.free.fr

Puis le nombre total de traits comme ça.

Capture d’écran du site kanji.free.fr

Attention, les dictionnaires ne sont pas tous égaux à cet égard — certains utilisent le nombre de traits en total, et d’autres utilisent le nombre de traits moins le nombre dans notre radical de choix. Les méthodes sont égaux, mais il faut vérifier quelle méthode suit votre dictionnaire. En ce cas, c’est le total avec le radical, mais dans le Robert du japonais-anglais, The New Nelson, on compte pas les traits du radical. De toute façon, voilà nos résultats :

Capture d’écran du site kanji.free.fr

Il n’y a pas trop de choix, « » ? Ici, ね, prononcé « ne », est le japonais pour « hein ». (Il m’étonne que le japonais ne me font pas de gros problèmes avec le français, voiture car croyez-moi, je dis « ne » pour « hein » en anglais tout le temps.)

Alors maintenant nous avons le bon kanji.

Capture d’écran du site kanji.free.fr

On le prononce mune ou shi (selon le contexte d’autres caractères), et ça veut dire « intention » ou « objet » (sens but, pas truc). Mais cette question de contexte, c’est glorieux. Peut-être que vous avez entendu parler de l’un de leurs plus grands journaux, le Mainichi Shimbun ? Voici le titre en kanji :

Capture d’écran de Wikipedia

Mainichi = quotidien, où mai = chaque et nichi est notre soleil d’avant, pour jour. Shimbun veut dire « journal ». C’est littéralement le « Journal quotidien ». Mais voici les noms des jours :

Wikipedia, Noms des jours

C’est dimanche jusqu’à mercredi ici. Le premier, dimanche, c’est nichiyobi. Mais qu’est-ce qui se passe avec notre soleil ? Au début du mot, il est prononcé nichi, et à la fin, -bi. Presque tous les kanjis ont de nombreuses prononciations selon leurs combinaisons, et il faut mémoriser plus de 2 000 kanjis juste pour lire un journal typique. Le japonais lambda ne peut pas lire un journal jusqu’à avoir atteint le lycée. (Moi, j’ai aucune chance.)

Vous voyez, maintenant ? Il me semble que beaucoup de Français pensent que la langue est parmi les plus difficiles au monde. J’ai des nouvelles. Le japonais n’a pas de numéros de personnes pour les conjugaisons, alors leurs verbes sont plus simples, mais il ne m’a fallu que cinq mois pour lire un journal en français. Contre 14 ans, les amis. 14 ans. C’est tout autre monde là-bas.

Illusions perdues

Ce soir, avec les membres de l’Orange County Accueil, j’ai regardé Illusions perdues, un film de 2021 d’après un roman (ou deux) de Balzac. Vous comprenez donc qu’encore une fois, j’ai pas de photos.

©️Gaumont

Mais d’abord, il faut qu’on parle d’un petit vers de mirliton écrit par un poète et fonctionnaire britannique, Humbert Wolfe (lien en anglais), à propos de la presse :

You cannot hope
to bribe or twist,
thank God! the
British journalist.
But, seeing what
the man will do
unbribed, there’s
no occasion to.

Ma traduction (sans espoir de garder la poésie) :

On peut pas espérer
corrompre ou tordre
Bon sang ! Le journaliste britannique.
Mais vu ce qu’il fera sans être corrompu
Il n’y en a pas besoin.

Ce film est deux heures et demie d’explication du sens de M. Wolfe.

J’ai dit que ce film est basé sur un ou deux romans de M. Balzac car il y avait un roman appelé aussi Illusions perdues, partie de La Comédie humaine, mais certains personnages et évènements viennent de la suite, Splendeurs et misères des courtisanes. Pour être clair, ce film change beaucoup de choses pour se concentrer sur un personnage principal différent de celui des romans (il y apparaît, mais n’est pas la vedette).

C’est donc l’histoire d’un certain Lucien Chardon, nom de famille de son père, ou de Rubempré, nom de famille de sa mère. Il travaille comme imprimeur à Angoulême, mais rêve d’être poète. Il a écrit un recueil de poésie, Les marguerites, à l’honneur de son amante, la Baronne de Bargeton, qui lui croit un grand talent. Les deux quittent Angoulême ensemble pour Paris, mais après une humiliation aux mains d’un autre noble, le Baron du Chatêlet, elle le quitte.

Lucien se fait ami d’un journaliste complètement amoral, Étienne, qui le trouve utile. Étienne l’embauche pour écrire des articles scandaleux sur le théâtre et la littérature pour son journal, Le Corsaire. Dans le cadre de « journalisme », où tous les articles sont écrits selon quel cible payera le plus cher, Lucien rencontre une actrice, Coralie, de qui il tombe vite amoureux. Son « succès » sur scène n’est pas exactement faux, mais même les applaudissements sont payés dans ce monde 100 % cynique.

Lucien devient un grand succès lui-même, car il est prêt à écrire vraiment du n’importe quoi, mais il est attrapé dans une lutte de pouvoir entre les Libéraux et les Royalistes. Et franchement, n’imaginez pas qu’un côté est mieux que l’autre. Tout le monde est bien corrompu, acheté, et sans loyauté. Peut-être que Coralie a certaines qualités, mais elle meurt de la tuberculose après avoir gaspillé tout l’argent du couple. (Ne vous inquiétez pas — Lucien arrive à la surpasser en irresponsabilité.)

J’ai pas envie d’être plus détaillé, en partie pour ne pas gâcher ce film, qui est finalement sa propre histoire, et en partie car c’est le truc le plus sombre que j’aie vu cette année, En attendant Bojangles y compris. Mais j’ai une autre plainte, et je m’en fiche si vous dites tous « Ah, bon, enfin, les américains sont tous des bégueules. »

Il y a plus de scènes de sexe dans ce film, que dans tous mes autres films français — combinés. Et elles sont pleines de nudité complète. Il y a très peu laissé à l’imagination. J’écris un blog « tous publics » sens plutôt La guerre des robots que Les Bisonours, mais absolument pas sens Peur sur la ville. Pour autant que j’aie profité de ce dernier, je ne veux pas que ma fille soit jamais scandalisée si elle lit tout ceci un jour. Et franchement, c’est ce que je suis en vrai, un fait qui ne m’a jamais récompensé dans la vie, mais que je n’échangerais pour rien. Sans vouloir m’humilier, j’ai ni besoin ni envie de regarder les ébats des autres. Je comprends assez bien qu’il y a un choix artistique de montrer toute la vie dissolue de Lucien et Coralie, et Lucien et Mme de Bargeton, mais une ou deux fois aurait servi ce but, merci.

Au-delà de ça, le film est très bien joué, tous les acteurs, mais surtout Benjamin Voisin (Lucien), Salomé Dewaels (Coralie), et l’éditeur Dauriat (Gérard Depardieu), font du bon travail, et les costumes sont superbes. En tant qu’adaptation de l’œuvre de Balzac, un maximum de cynisme inégalé sauf peut-être chez certains russes, je doute que l’on trouve beaucoup mieux. Mais c’est pas ma tasse de thé.

Je découvre le Morbihan

On continue maintenant le Tour avec le 56, le Morbihan. C’est le département le trente-est-unième plus peuplé, et les habitants se nomment morbihannais. C’est notre quatrième, et final, séjour en Bretagne.

C’est plutôt étonnant — tous les endroits dans le Morbihan sont deux fois étoilés par le Guide Vert ! Et c’est plus proche de moi que le reste de la France, Bretagne-en-Outre-Mer, je suppose :

En fait, ce Morbihan est en Louisiane, à l’ouest de la Nouvelle-Orléans. Non, je ne le connaissais pas avant de faire mes recherches, mais en fait il me semble que ce serait un endroit très agréable à visiter. Mais revenons à nos moutons.

On va commencer dans la préfecture, Vannes (2 étoiles). Il nous faudra absolument une voiture cette fois, parce que nos destinations sont pas proches les unes des autres. Au début, on visite la Vieille ville (2 étoiles Michelin) — c’est tout ce que j’aime en France, avec les maisons à pans de bois partout, une cathédrale (1 étoile) et des remparts du XIIIe siècle (2 étoiles). Puis on part à 8 km pour la Golfe du Morbihan (3 étoiles) — RÉGARDEZ CETTE PHOTO — avec soixante îles et îlots, le Château de Suscinio (1 étoile, du XIIIe siècle), de l’ostréiculture, et des sentiers pour faire du vélo et de la randonnée. De l’autre côté de la Golfe, on trouve quelque chose d’étonnant, l’Ensemble mégalithique de Locmariaquer (seulement 2 étoiles car le Guide Vert est bon pour la camisole de force, comme dirait Cruchot). Ce Stonehenge breton, construit il y a 4500 ans, comprend de nombreux dolmens, menhirs et le tombeau surnommé la Table des Marchand.

Pouvez-vous voir à quel point je profite d’écrire cet article ? Ça continue !

On continue vers Carnac, où on peut passer par le Musée de Préhistoire (2 étoiles) ou continuer directement à un vrai site de la préhistoire, les Alignements de Kermario (2 étoiles), un autre site de menhirs — un millier en des lignes parallèles ! (Il n’y a pas de Kerluigi, les fans de Nintendo.) C’est le plus spectaculaire de trois alignements, un circuit qui nous occupera pendant 2 heures. Puis on conduit à la Côte Sauvage de la Presqu’île de Quiberon (2 étoiles), pour faire une jolie balade parmi les falaises et les roches. De Quiberon (1 étoile) on prend un bateau vers la Belle-Île (3 étoiles) et sa propre Côte Sauvage (3 étoiles), dont les rochers dits les Aiguilles de Port Coton (2 étoiles), la plage de Port Donnant (2 étoiles) et dans le village de Sauzon, le Musée Sarah-Bernhardt (2 étoiles), consacré à l’actrice et abrité dans d’un ancien fort militaire.

On retourne vers le continent et conduit vers Lorient. Juste avant d’arriver, on passe par la Citadelle de Port-Louis (2 étoiles), érigée par les Espagnols au XVIe siècle, et maison de nos jours du musée de la Compagnie des Indes (2 étoiles). Quant à Lorient, souvenez-vous de Saint-Nazaire en Loire-Atlantique (bien sûr, car vous ne risqueriez de rien rater ici) ? Encore une fois, la star est une base de sous-marins, Lorient La Base (2 étoiles). Mais une base de qui, la Marine française ? Euh, non. Pensez plutôt à la Kriegsmarine. Je sais, je sais. Heureusement, c’est bien repris, alors on visite en gloussant « Reich de mille ans, mon pied ! » Nos sites d’intérêt sont la Cité de la Voile (2 étoiles), où on visite les voiliers exceptionnels d’Éric Tabarly et son musée de la voile, et la base de sous-marins de Keroman (1 étoile), où le sous-marin qu’on visitera est bien français, pas australien. Ou allemand. Après, on part pour l’Île de Groix (1 étoile) parce que je veux visiter l’atelier de production de Groix et Nature, qui produit les meilleures rillettes de poisson que j’ai eues. Finalement, au nord de Lorient, on visite l’Église Notre-Dame à Kernascléden (2 étoiles) pour ses arcades recouvertes de fresques du XVe siècle et ses murailles de l’enfer pour encourager les autres.

Qui sont les personnages les plus connus du Morbihan ? René Descartes, le célèbre philosophe, vivait à Saint-Avé pendant son enfance. Jean-Yves Le Drian, ministre sous plusieurs présidents, est né à Lorient, et y était maire. Bruno Cremer, l’interprète du commissaire Maigret, avait une maison à Hennebont.

Quoi manger dans le Morbihan ? On est en Bretagne ! C’est donc très similaire à l’Ille-et/-Vilaine ou la Finistère, avec les crêpes bretonnes, les galettes de blé noir, du beurre demi-sel partout (surtout dans le caramel au beurre salé). En produits locaux, on trouve les fromages trappiste de Campénéac et trappe de timadeuc, l’andouille de Guémené, les artichauts Camus, et une mélange d’épices, le kari gosse. Peut-être que vous souvenez-vous de notre visite à Americannery et leurs rillettes de poisson ? Tout ça vient de Morbihan ! D’autres plats bretons, il y a le kig-ha-farz (le pot-au-feu breton) et son pain le fars pod, le kouign patatez (un gâteau de pommes de terre), et les moules marinières. Les desserts sont typiquement bretons : le kouign-amann, le quatre-quarts, le far breton, les sablés bretons, etc. Pour boire, il y a une spécialité locale, le cervoise, une sorte de bière aromatisée avec des plantes comme la menthe et le genévrier.

Mon dîner meusien

Pour ce dîner, le dessert a été choisi par le duc Stanislas il y a 300 ans. Il faut absolument faire les madeleines pour un dîner meusien. Je voulais trouver un plat qui n’était pas emprunté aux voisins, et je l’ai trouvé sur le site de tourisme départemental. Je vous présente la soupe de lentilles du barrois, et les madeleines de Commercy :

Notre soupe de lentilles du barrois (la région autour de Bar-le-Duc) est due au site de Meuse Attractivité. Comme d’habitude, je l’ai coupée par deux, car je n’en suis qu’un. Quant aux lentilles, l’idée est d’utiliser les véritables lentilles du barrois, mais la récolte n’est pas trop grande, et elles sont seulement disponibles dans 4 départements. Pour autant que je sache, personne parmi les habitués du blog n’y habitent. (Si j’ai tort, dites-moi dans les commentaires !) Utilisez donc n’importe quelle lentille disponible.

Les ingrédients de la soupe de lentilles du barrois :

  • 175 grammes de lentilles vertes du barrois
  • 1 carotte ou poignée de petites carottes
  • 1/2 oignon
  • 50 grammes de lardons fumés
  • 2 clous de girofle
  • 2 gousses d’ail
  • De l’huile d’olive
  • 8 cl de crème liquide
  • Du thym et du laurier
  • Du sel et du poivre
  • Du persil

Les instructions de la soupe de lentilles du barrois :

  1. Éplucher la carotte et l’oignon, les couper en petits dès, et les mettre dans un faitout.
  1. Faire suer les légumes, sur un feu moyen, avec de l’huile d’olive.
  1. Ajouter les lardons et faire revenir pendant 2-3 minutes.
  1. Ajouter les lentilles et mélanger pendant 1-2 minutes.
  1. Recouvrir le tout avec de l’eau — pour moi, 90 cl a suffi. Piquer les gousses d’ail avec les clous de girofle et les déposer dans la soupe. Ajouter le laurier et le thym.
  1. Porter à ébullition et laisser cuire à feux doux, pendant 30 minutes.
  1. Sortir du feu et ôter le thym, le laurier et les gousses d’ail.
  1. Saler et poivrer selon votre goût. Puis mixer les lentilles, à l’aide d’un mixeur.
    Pendant ce temps-là, ajoutez la crème liquide jusqu’à avoir un potage bien homogène. Écumer selon vos besoins.

Voilà, le résultat :

Le pain est le célèbre pain levain Boudin de Californie. Vous pouvez vous rassurer qu’il a été cuit ce matin, et n’était pas tranché jusqu’au moment où je l’ai acheté. S’il faut vivre à 9 000 km des bonnes boulangeries, c’est le meilleur que l’on puisse faire pour 5 $.

J’espère que personne ne s’est pas trompé sur mon dessert. Il fallait toujours être les madeleines de Commercy. Mais, quelles madeleines ? Il y a des centaines de soi-disant « véritables » recettes. Certaines utilisent du miel, des autres conseillent des parfums différents comme la vanille ou le zeste de citron ou bien la bergamote, et les temps de repos pour la pâte sont variés. Et chacun de ces liens se dit « la véritable ». À mon avis, les miennes sont absolument parfaites, alors voici l’énième véritable recette des madeleines de Commercy.

En fait, j’ai largement suivi la recette de Mes inspirations culinaires, avec lequel j’ai eu pas mal du succès au passé. J’ai coupé son temps de repos par deux (1 heure au lieu de 2), et je crois que je n’ai rien perdu. Ce qui compte est que la pâte doit devenir épaisse. Une heure de plus n’est pas nécessaire.

Les ingrédients des madeleines de Commercy :

  • 120 grammes de farine
  • 100 grammes de sucre
  • 100 grammes de beurre
  • 1 pincée de sel fin
  • 2 oeufs
  • 1 jaune d’oeuf
  • ½ zeste de citron ou orange
  • ½ sachet de levure chimique

Les instructions des madeleines de Commercy :

  1. Dans un saladier, râper le zeste de citron.
  1. Ajouter les œufs, jaune d’œuf et sucre et fouetter tout à la main.
  1. Ajouter la farine en trois fois avec la levure chimique. Fouetter après chacune.
  1. Faire fondre le beurre (le micro-ondes va bien), le verser dans la pâte, ajouter une pincée de sel, et fouetter. Certaines recettes utilisent plutôt du beurre demi-sel, mais je préfère contrôler le sel moi-même.
  1. Couvrir avec du film à contact, et laisser reposer une heure au frigo.
  1. Préchauffer le four à 190°C.
  2. Beurrer et fariner votre moule à madeleines.
  1. Remplir les moules à 3/4, environ une cuillère à soupe à chaque puits.
  1. Enfourner pendant 13 minutes. Commencer à surveiller avec la lumière à partir de 10 minutes.
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La liste de la peur

J’ai une liste bizarre dans la tête. Cette liste est pleine de choses qui me font peur. On penserait que ce serait plein de trucs dangereux : les tronçonneuses, les lance-flammes, les cobayes. Mais non, cette liste est pleine de trucs encore plus dangereux — des mots et des expressions français.

Ça fait deux ans et demie, et la liste change quotidiennement, ou presque. Mais ce que toutes les entrées ont en commun, c’est que je crois que je me bananerai en les utilisant. Et ce qui me fait peur vous surprendra.

La première fois où je me suis rendu compte de la liste est arrivée avec le mot « tellement ». Vous êtes tellement fou, Justin, n’est-ce pas ? Mais en fait, il y avait une explication logique. La meilleure traduction de « tel » est « such ». La meilleure traduction de « -ment » est « -ly ». Ça marche bien en général : rapidement = rapidly, exactement = exactly, complètement = completely. Mais il n’y a aucun « suchly, » et je n’arrive même pas à décrire ce qui voulait dire un tel mot. Je faisais des efforts pour l’éviter. (Bon, Wiktionary vous donnerez suchly, un rappel que n’importe qui peut l’éditer, et le fait souvent.)

Le prochain était « falloir » dans toute sa splendeur. « Devoir » marche plus ou moins de la même façon que « have to » en anglais, ou bien « deber » en espagnol. Mais il m’a fallu une année entière avant de me sentir à l’aise avec l’utilisation de falloir.

« Car » était un problème jusqu’à récemment, et je n’utilisais que « parce que ». C’était car « car » voulait dire « voiture » en anglais, et ça, c’était déroutant.

Quels sont les mots sur la liste en ce moment ?

  • Il s’agir — Dans mon dictionnaire Oxford, il y a des douzaines d’exemples pour seulement deux sens car c’est bien surprenant à quel point il est difficile d’expliquer en anglais. Je l’utilise parfois dans le présent, mais il n’y a aucun exemple de « il s’agissait » ici. Je crois que je ne l’ai jamais vu au futur. Il s’agit d’un problème que j’ai toujours.
  • Constater — Il me semble que c’est plus ou moins « se rendre compte », « remarquer », ou bien « établir ». Mais j’ai dû mal à écrire une phrase avec ce mot. Je constate qu’il n’y avait aucun exemple ici non plus.
  • Désormais — au début, j’avais l’impression que ça voulait dire « à partir du moment où il est dit ». Mais c’est donc aussi à dire « et c’était pas le cas avant ». Puis je vois des exemples comme « Avec désormais un quart des Européens considérés comme obèses » (Canard enchaîné de 10/5) où ce Tweet de M. Mélenchon, « Félicitations au physicien Alain Aspect désormais prix Nobel. » et il me semble que ça veut dire « maintenant ». Alors je ne l’utilise presque jamais (2 fois ici avant ce post). Vous allez désormais le chercher ici, je le sais.
  • N’importe quel verbe avec s’en — Je m’en fiche si vous pensez que j’exagère. Je viens d’utiliser l’un des deux verbes avec « s’en » en tête où je sais ce que je fais. Je m’en irai avant de dire une autre bêtise. Voilà, l’autre.

Mais il y a des mots qui ne m’ont jamais fait mal à la tête malgré n’ayant pas d’équivalent en anglais. « Manquer » marche d’exactement la même façon que « gustar » en espagnol (même si ce dernier veut dire « aimer bien »).

Malgré tout ce temps, je n’ai jamais dit « On peut se tutoyer ? » à personne. Jamais « ¿ Podemos nos tutear ? » en espagnol non plus. C’est pas la même chose. Je comprends bien comment ça marche, mais je préfère que vous choisissez. (Aussi, je ne peux pas toujours me souvenir de quelle relation j’ai avec certains ; « vouvoyer et prier », je dis.)

(Crédit de photo pour les réseaux sociaux : Molière par Nicolas Mignard, 1658, Domaine public)