Archives mensuelles : mars 2023

La lutte pour le français

Je ne devrais pas trop dire sur ce sujet, mais je suis en train de revivre une lutte que j’ai perdu il y a 30 ans qui a changé ma vie de façon dramatique. Comme j’ai écrit quand il n’y avait qu’une dizaine de lecteurs ici ;

Il y a trente ans, ma mère m’a fait suivre des cours d’espagnol au lieu de français à cause d’«être plus utile». Maman, je t’aime, mais tu avais tort ! Si ça fait bizarre que j’apprenne si vite, c’est parce que je me sens comme j’ai raté trente ans du vrai moi. On peut dire que je suis à la recherche du temps perdu. 😉

Bonnes fêtes de fin d’année

C’est maintenant le temps pour ma fille de choisir ses cours de la prochaine année scolaire. Si elle veut commencer avec une langue étrangère, le seul choix dans son collège est l’espagnol. Sinon, si elle attend un an de plus, elle peut choisir entre l’espagnol, le français, le chinois (version mandarine), ou le latin au lycée.

Sa mère exige qu’elle commence tout de suite avec l’espagnol. Ma position est plus compliquée. D’une part, j’ai évidemment une préférence afin qu’elle puisse lire ce blog et parler avec mes amis. D’autre part, je veux qu’elle choisisse pour elle-même.

Les arguments sont exactement les mêmes qu’il y a trente ans : ce serait plus utile, elle peut nous demander tous les deux de l’aide, et si elle commence maintenant, elle peut suivre des cours plus avancés plus tôt au lycée. Inutile de dire que je peux lui offrir des opportunités qu’aucun autre élève n’aura. Enfant, je regardais la télé en espagnol pour apprendre ? Elle peut profiter d’une médiathèque à la maison que personne n’égalera. Elle peut demander de l’aide à deux parents qui n’étudient plus l’espagnol depuis 25 ans ? Ce n’est pas mieux de demander de l’aide d’un parent qui parle tous les jours ?

Je n’aime pas donner l’impression que j’ai une dent contre les hispanophones. Mais ces arguments ne tiennent pas chez moi. Je vous ai dit plusieurs fois ici que la culture mexicaine est aussi le patrimoine du sud-ouest des États-Unis. Mais ce n’est vraiment pas ce que je suis. J’ai passé 7 ans en étudiant l’espagnol, je l’ai maîtrisé au point où je lisais un roman par semaine pour un cours de littérature à l’université — puis il est parti de ma vie sans laisser de trace. Je dois travailler pour trouver les francophones, mais il n’y a rien de plus essentiel chez moi.

Je me demande souvent ce qui me serait arrivé si j’avais gagné la lutte en tant que collégien. Il est fort probable que je n’aurais jamais rencontré les mêmes amis, que ce blog n’existerait pas. Je n’ose pas deviner si je connaîtrait Louis de Funès ; certainement, Rabbi Jacob ne serait pas joué aux écoles américaines de nos jours. Pour ma part, et seulement la mienne, il est peut-être chanceux que j’ai commencé aussi tard. Mais je n’aimerais pas compter sur être aussi chanceux, et surtout pas pour elle.

Supposons qu’elle arrive au lycée et décide de poursuivre le chinois. Je le soutiendrais tant que c’est son choix. J’avoue que je serais déçu, mais ce n’est pas ma vie. Quand ses parents ne sont pas d’accord, les choix passent aux mains d’un psychologue nommé par le tribunal. Je dois espérer que son choix sera le bon.

Allez-vous pré-commander

Il y a des jours où rien ne va. Ce soir, les pâtes de fruits d’Auvergne en ont fait de celui-ci un. Je m’intéresserai à voir si ce sera différent le matin, mais après 6 heures, il n’y a aucune preuve que ce sera le cas. Alors, je vais me rendre utile en faisant de la publicité pour un ami du blog. (Je vous rappelle que je n’accepte pas d’argent et il n’y a aucun réseau publicitaire ici. En plus, il ne savait pas que j’allais écrire ce post.)

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous sont familiers avec l’excellent blog Jours d’humeur. Sous son pseudonyme de « Patrick Fouillard » (on sait qu’il s’appelle vraiment « Gifnem29 » ou « Jourd’hu », je ne suis pas sûr duquel), il a publié un roman policier avec Éditions Ouest-France, Dossiers froids. J’ai acheté une copie l’année dernière, mais c’est vraiment difficile pour moi, car étant en papier, je ne peux pas copier/coller les mots que je ne reconnais pas dans mon appli dictionnaire. Et il a un grand vocabulaire, alors croyez-moi, il y en a plein. Franchement, si vous lisiez son blog, vous le saviez déjà. Même s’il fera longtemps avant que je ne finisse Dossiers froids, je n’ai aucune doute quant à la qualité de son écriture.

Il aura bientôt un nouveau roman disponible, Le Détective et la comtesse. J’attendais à mentionner ça jusqu’au moment où on pouvait le pré-commander chez FNAC, car c’est d’où je viens de le commander :

Oh, est-ce que ça me coûte moins que pour vous ? Oui, car pas de TVA à l’étranger ! D’autre part, vous avez Carrefour, et Pierre Hermé, et Yann Couvreur, et Nina Métayer, et vous pouvez allez voir Paul Taylor n’importe quand et… bon, si vous avez envie d’économiser un euro par ici et par là, j’échangerai de place avec vous sans hésitation. (Et si vous pensez « Mais Justin, vous ne connaissez pas ma VDM », mon ex va avec. Je gagne même si vous me lisez à Fresnes.)

De toute façon, voici le lien pour le pré-commander chez FNAC. Et si vous préférez Amazon.fr, le pré-commander chez eux. Je suis certain qu’avoir un bon début l’aidera.

Essayer et réessayer

J’avais prévu de vous présenter mon dessert puydômois aujourd’hui. Mais comme dit le titre d’une comédie musicale américaine des années 60, « Quelque chose de drôle est arrivé en allant au Forum », dit en traduction « Le Forum en folie » (voyez-vous ce qu’on perd habituellement en traduction ?).

Dans ce cas, je revis les caisses de Wassy. Si vous ne vous souvenez pas de cet incident, j’ai dû faire et refaire la recette quatre fois pour la réussir une fois. Je sais faire les caisses de Wassy maintenant. Cette fois, je romprai ma règle habituelle de ne pas dévoiler mes plats avant de les publier. Vous allez bien rire de celui-ci.

J’ai essayé de préparer des pâtes de fruits d’Auvergne. J’ai suivi une recette d’une source fiable, de façon très fidèle, mais en les démoulant, voici ce qui s’est passé :

Les instructions ont dit « laisser figer 1h ». Après 3 heures, le problème est clairement quelque chose d’autre. Je doublerai la pectine demain. Et si ça ne marche pas, je changerai de dessert. Je n’ai aucune envie d’expérimenter à nouveau toute « l’expérience caisse de Wassy ».

Complètement par hasard, je vis deux telles expériences en ce moment. Si vous étiez ici pour la sortie du dernier album de Laurence Manning, vous savez déjà que je suis grand fan du Legend of Zelda. Ma fille aussi. Puisque le prochain jeu, à sortir en français sous le nom Tears of the Kingdom — ne me regardez pas comme ça, ils sont tous sortis de cette façon — arrivera le 12 mai, très peu après l’anniversaire de ma fille, j’essaye de l’acheter une copie de la version « Collectionneuse ».

Et c’est presque impossible. Les pré-commandes ont été toutes vendues en moins de deux heures après l’annonce, avant que je n’en aie entendu parler. Merci, Nintendo. Bien sûr, personne qui a réussi à réserver une copie ne veut la garder — elles sont toutes disponibles sur Ebay pour 2-3 fois le prix original. Je déteste ces gens. (Il doit y avoir un nom pour ça en français ; c’est quoi ?)

Mais il y a toujours une façon de le pré-commander. Trois magasins ont le droit de le vendre, Pire Vente (ce que je surnomme « Best Buy », correctement traduit « Meilleur Achat »), Cible (« Target » en anglais), et La Boutique du Diable GameStop (connu en France sous le nom Micromania-Zing ; ont-ils une réputation également nulle ?). Ils continuent de mettre 1-2 exemples en vente à la fois, et on doit être chanceux pour les trouver aux bons moments.

Avec l’aide d’une appli dit « HotStock », j’essaye de jeter un œil sur ces sites. L’idée est pas mal :

Je reçois beaucoup de notifications, largement pour Best Buy, et après chacune, j’essaye leur site. Parfois, ça arrive pour me dire que je fais partie de la queue :

Mais à chaque fois, c’est suivi par la nouvelle que j’ai raté l’opportunité :

Pourquoi continuer à essayer ? Parce que ma fille ne me demande rien. Je ne peux même pas vous dire une autre chose qu’elle veut au-delà de ce jeu. Et elle fait presque tout ce que je lui demande (le sol de sa chambre étant peut-être exception).

Je vous ai dit quelle est la limite pour le dessert. Pour le jeu, c’est début mai ; après ça, il n’y aura plus de chance. Mais je continuerai à essayer jusqu’à ce moment parce qu’elle le mérite bien.

Mon dîner puydômois

Vous auriez dû savoir que ce dîner arriverait, même si vous ne saviez pas exactement où. Aucun tour de la cuisine française serait complet sans ce plat bien auvergnat, la soupe aux choux.

À peine 4 mois après avoir commencé en 2020, j’ai regardé le film du même nom. Et pour aller avec, j’ai fait de la soupe aux choux pour la première fois. Je n’ai pas triché — les photos à suivre ne viennent pas de cette nuit-là, et la preuve est la photo à haute résolution en haut. De toute façon, c’était trop tôt pour regarder ce film, plein de patois. Mais il y avait une scène que je connais jusqu’à maintenant par cœur :

Je réciterai le tout pour la balado, bien sûr. En tant que diabétique, je compatis. Je suis tellement Le Glaude, ça fait mal.

J’ai recherché une belle douzaine de recettes, mais fini par utiliser la même recette que j’ai trouvé en 2020. Les ingrédients sont presque toujours les mêmes, sauf pour être végétarien ou pas (ne me croyez pas sur parole). Je dois celle-ci à Alma Lach et son livre « Hows and Whys of French Cooking ». Pourquoi une recette originalement en anglais ? Parce que c’est en fait plus traditionnelle que toutes ces recettes « faciles » sur Internet en français, qui promettent des résultats trop vites ! Il faut 1 1/2 – 2 heures pour mijoter bien.

Le seul changement, à part une pomme de terre de moins, c’est du poulet au lieu de lard ou poitrine salée. Je l’ai déjà eu sous la main, et avec ça, cette recette est un très bon marché, 12 € pour assez de soupe pour 4-6 personnes. (Il n’y a pas d’ingrédients de luxe comme un œuf ou de la crème fraîche.)

Les ingrédients pour la soupe aux choux :

  • 1/2 kg de filet de poulet
  • 1 oignon
  • 2 petits poireaux ou 1 gros
  • 1 navet
  • Une belle poignée de petites carottes
  • 1 pomme de terre
  • 1 chou vert, environ 1/2 kg
  • 1 L de bouillon de poulet
  • 700 mL d’eau
  • Du sel et du poivre

Les instructions pour la soupe aux choux :

  1. Rincer, sécher, et couper le poulet, l’oignon, et les poireaux.
  1. Mettre de l’huile d’olive dans une cocotte (la mienne fait 6,75 L), juste assez pour couvrir le fond. Chauffer l’huile sur un feu moyen, puis y faire revenir — légèrement — le poulet.
  1. Une fois visiblement cuit partout, baisser le feu, ajouter l’oignon et les poireaux, couvrir et laisser mijoter pendant 1/2 – 1 heure. La recette originale dit 1 heure entière, mais vérifier la cuisson ; j’ai continué après 1/2 heure.
  1. Pendant que le poulet et les légumes mijotent, couper la pomme de terre, le navet, le chou, et les carottes.
  1. Préparer le bouillon de poulet.
  1. Quand le poulet et les légumes sont tendres, ajouter les 4 légumes de #4 à la cocotte. Mélanger le tout, ajouter le bouillon et l’eau (1,7 L en total), saler, poivrer et remuer. Puis couvrir la cocotte, hausser le feu jusqu’à moyen-doux, et laisser mijoter pendant 1 heure.
  1. Retirer la couvercle, rectifier l’assaisonnement et servir.

Il n’y a pas trop à ajouter. On ne trouve pas cette soupe dans les bistrots américains, alors je ne connaissais pas cette soupe jusqu’en 2020. Ce que j’ai écrit à mes amis anglophones à l’époque dit tout : « C’est la cuisine des paysans, pas des grands restaurants, mais c’est où le film a lieu. C’est, je pense, « la vraie France », et c’est ça dont je suis à la recherche. »

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Je fris, ils refroidissent

Langue de Molière paraît un jour à l’avance cette semaine. L’explication arrivera avec la prochaine balado.

Il y a deux semaines, Mme Aurore Ponsonnet est arrivée à bouleverser mon monde :

Ce n’était pas une nouvelle qu’il y a des verbes « défectifs ». Il s’agit du genre de chose qu’il faut savoir pour écrire cette phrase. Mais « s’agir » et « falloir » sont « impersonnels » ; je ne sais même pas ce qui voudrait dire « je… faus ? » ou « tu t’agis ». On est censé être capable de s’exprimer en plusieurs formes aux plus hauts niveaux, mais même en anglais, je ne pourrais pas construire une expression pour le premier. Le deuxième, dans un certain contexte, si — mais c’est Langue de Molière ici, pas Shakespeare, et ce qui me vient dans l’esprit est compliqué.

([Moi, je dis « il faute » en parlant de Justin, mais c’est juste pour dire que tout ce qu’il fait a tort. — Mon ex])

Naturellement, j’ai dû vérifier mon Bescherelle, qui m’a fait exploser la tête :

C’est à dire vraiment que vous comprenez ce qui arrive dans une poêle s’il y a de l’huile et un poisson, mais deux, c’est juste hors compréhension ? Il m’a absolument fallu poser la question, et Mme Moutet, très pratique comme d’habitude, m’a répondu :

Elle a raison, bien sûr, mais elle s’habitue à écrire pour des journaux, où les rédacteurs comptent les mots et les dates limites arrivent vites. On fait ce que la langue permet, et ne se soucie plus de telles bêtises. Mais moi, je reste obsédé par l’esprit derrière cette affaire. Il ne suffit pas de dire « la forme a disparu car personne ne l’utilisait plus ». Dans le désert du Sahara, peut-être que vous arriverez à me convaincre que personne ne parle jamais de faire frire deux poissons en même temps, mais sur les bords de la Loire ? J’imagine une conversation entre un chef qui écrit un livre de recettes et son éditeur :

Chef : Je veux dire aux lecteurs de mettre tous les poissons dans la poêle en même temps.

Éditeur : Vous savez très bien que l’Académie française l’interdit depuis l’accident en cuisine du Duc de Vuznetz-pas-Sérieux* en 1720. (*Ancienne commune près de Metz, Yutz, et Contz-les-Bains.)

Chef : Alors, je peux dire « Quand les poissons auront frit ».

Éditeur : Bien sûr.

Chef : Et « au cas où les poissons friraient ».

Éditeur : Ça marche.

Chef : Pas de problème si je dis « Si les poissons avaient frit avant que vous ne soyez prêt à les poivrer… ».

Éditeur : C’est du français le plus pur.

Chef : Alors, « Pendant que les poissons fritent ».

Éditeur : Espèce de con ! La malédiction revient ! Vous nous avez tous condamné !

Puis une Tarasque vient et les mange tous les deux.

Mais vous n’êtes même pas d’accord sur quels verbes sont défectifs ! Le site où Mme Ponsonnet écrit vous dira que « braire », faire le son d’un âne, ne se conjugue qu’à la 3e personne. Il brait, ils braient. Les autres entrées sont toutes vides. Le Bescherelle est d’accord. Mais les dictionnaires du Robert et de l’Académie française donnent des conjugaisons pour toutes les personnes.

J’ai une théorie pour ça. Aux fermes, c’est bien évident qu’il n’y a pas besoin d’utiliser les autres personnes. L’âne brait, les ânes braient. On ne s’adresse pas directement aux ânes. Mais l’Institut de France est à quelques pas du Palais Bourbon. Ils entendent probablement des choses.

(Nous disons exactement ça de nos hommes politiques aux États-Unis : version Républicaine, version Démocrate. Cherchez « braying ».)

Et avec ça, Langue de Molière arrêtera de braire jusqu’à la semaine prochaine. On parlera plus des Tarasques début avril. La semaine prochaine, Langue de Molière vous reverra avec le mot dont vous n’avez pas besoin.

Épisode 51 — chez Pascal dans le Puy-de-Dôme

Ce week-end, j’ai lancé une nouvelle série ici, « Les découvertes françaises », une exploration des théories scientifiques et philosophiques — les bonnes, pas les conneries de certains philosophes modernes — qui viennent de la France. C’est mon but de vulgariser non pas seulement les célèbres penseurs comme Pascal, mais ceux qui sont moins connus à moins que vous soyez spécialiste, les Bastiat et les Thévenin. Quant à ce dernier, j’ai payé cher pour mon cours d’électrotechnique, et je vais en tirer quelque chose d’utile. Ou vous faire souffrir. C’est grosso modo la même chose.

Cette colonne est partie de l’une des premières choses que j’ai écrit sur Quora en français, une réponse à la question « Que fait la France mieux que les États-Unis ? » C’est bien moi, et vous reconnaîtrez sûrement le style ainsi que l’attitude. Mais la grammaire, ça pique les yeux (je l’ai écrite 5 mois après ma première leçon). Et pour autant que certains commentaires soient gentils, il y a d’autres… disons qu’il y a des râleurs Label Rouge partout. Et sur les contenus, même pas la grammaire ! À mon avis, c’est un passé qui mérite d’être fêté, et ça convient parfaitement aux autres sujets ici. Les articles ne seront pas hebdomadaires, mais quand on croise les bons chemins.

J’ai appris quelque chose de bête cette semaine. Si vous aimez trop d’articles trop vite sur WordPress, et vous avez un compte géré par Automattic, l’entreprise derrière WordPress.com, ils vous banniront d’aimer les articles des autres. C’est arrivé à une poète italienne que je suis ([La chirurgie peut aussi vous rendre italien maintenant ? Les californiens n’arrêtent jamais ! — M. Descarottes]). Elle a partagé la correspondance (c’est en anglais). Je suis ici pour vous dire qu’elle n’est pas troll. Mais attention ! Si je vous laisse une mention j’aime, ça veut dire toujours que j’ai tout lu. De cette façon, je suis assez lente pour eux. Si vous avez l’habitude de laisser beaucoup de mentions pour soutenir vos amis même quand vous n’avez pas de temps pour lire, il y a un risque que ça vous arrive.

Je dois vous remercier tous pour les commentaires gentils sur « Le bon ordre ». Faire rire aux autres est l’une des choses les plus difficiles à faire dans une langue étrangère. Et une dernière note personnelle : avec ce post, j’atteins deux jalons — 250 jours de suite de publications sans cesse, et 400 000 mots en total pour le blog. C’est comme 4 romans, pourtant la série est loin d’atteindre sa fin ! (Si vous pouviez lire la fin du Tour, vous sauriez que « fin » n’est pas français.)

Notre blague de la semaine vient d’un album de Raymond Devos. C’est un numéro comique appelé « Ouï-dire ». Je ne suis pas Louis lui, mais j’espère qu’il restera drôle dans mes mains. Nos articles sont :

Il y a aussi C’est le 1er, version mars 2023, avec le nouveau dessin de ma fille pour fêter mes blogueurs préférés, et Le banana bread de Péla, encore une fois une recette emprunté à l’une de nos pâtissières préférées.

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Le banana bread de Péla

Encore une fois, une recette de Péla est arrivée chez moi. C’est plus qu’un peu drôle qu’une recette américaine soit venue de France sur ce blog, mais je note que ça fait deux jours depuis sa publication, et si je peux faire l’aller-retour en deux jours, la recette aussi. Alors :

La photo en haut est disponible à haute résolution en cliquant.

Comme Péla a mentionné, cette recette vient des États-Unis pendant les années 30 et la Grande Dépression. Alors, deux brefs contes de ma grand-mère maternelle, née ici en 1922. 1) Son père était épicier. Quand les tomates sont venues dans son magasin, elles étaient toujours vertes. Pour les vendre plus vite, il les mettait dans de petites boîtes, quatre à la fois, puis les recouvrait avec de la cellophane rouge. 2) Étant fille d’épicier était sa propre punition, car la famille mangeait ce que les clients ne voulaient pas acheter. Et souvent, c’était les haricots de Lima. Je vois que Carrefour ne les vend pas. Ma grand-mère détestait ces haricots au point où après la fin de la SGM, elle ne les a plus jamais mamgés. Pour ma part, dès que j’ai quitté chez mes parents, je ne les ai plus jamais achetés ni mangés non plus. Pas fan.

Mais du banana bread, oui. Allons le faire !

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L’erreur de Pascal

Avec cet article, on lance une nouvelle catégorie, « Les découvertes françaises ». J’expliquerai tout avec la prochaine balado, mais je me doute que vous aurez déjà compris.

Avant de quitter le Puy-de-Dôme, je voulais écrire sur une pensée de son plus célèbre fils, Blaise Pascal. Je parle de son fameux pari. J’ai des sentiments mitigés quant à même évoquer le sujet, pour deux raisons. Numéro 1 « avec une balle » (« with a bullet »), comme on dit en anglais, c’est que je suis bien au courant que parler de sujets religieux est un faux pas en France. Exactement deux francophones m’ont demandé ce que je crois pendant ces 3 dernières années, ce qui me dit plus que n’importe quelle autre preuve. Disons simplement qu’il y a des indices par ici et par là le long du blog. Mais numéro 2, quel que je croie, ce blog n’est pas ici pour faire polémique… bon, pas trop souvent. 4 articles de presque 850 ? Sans en venir aux injures ? Je l’assume.

Alors, le pari de Pascal. Ça m’est arrivé dans l’esprit à cause de quelque chose dans la vraie vie il y a 3 semaines. Mais d’abord, qu’est-ce que c’est que le pari ? Pascal était philosophe, et voulait convaincre ceux en dehors de l’Église que même s’ils ne croyaient pas eux-mêmes, il valait le coup de faire un effort. Pour comprendre son argument, il faut que l’on apprenne l’idée de « valeur attendue ». Bien que je parle de cette idée dans le cadre d’une erreur, c’était un pas en avant important pour beaucoup de sujets, dont les finances et la gestion des risques.

Statue de Pascal à la Tour Saint-Jacques à Paris. Photo par Dennis Jarvis, CC BY-SA 2.0

C’est une idée très simple. Il faut savoir deux choses : la probabilité d’un événement, et ce que l’on attend à gagner s’il arrive. La valeur est le produit de multiplier ces choses. Par exemple, la valeur minimum de la loterie « Powerball » aux États-Unis est 20M $ ; quand on gagne, c’est la valeur du prix au prochain tirage au sort. Et la probabilité de la gagner, c’est 1 sur 292 201 338. La valeur attendue d’un billet est donc 20 000 000 $/292 201 338, ou 0,07 $. Pourtant les billets coûtent 2 $. C’est pourquoi je joue à la loterie seulement si le prix hausse au moins dix fois, à 200M $. La valeur attendue du billet ne s’approche presque jamais de ce qu’il coûte, mais je préfère de perdre 1,30 $ plutôt que 1,93 $. (En fait, je perds presque toujours 2 $, mais laissez tomber. C’est la valeur attendue, pas arrivée.)

Certains d’entre vous, plus doués en maths, me diront que 0,07 $ est une borne inférieure car il y a d’autres prix que l’on peut gagner, aussi plus probables. Évidemment, je le sais. Merci de ne pas compliquer l’exposition.

Pascal nous demande de considérer le résultat d’un pari sur l’existence de Dieu : soit Il existe, soit pas. Avec 2 états de réalité possibles — vous avez raison ou vous vous trompez — il y a 4 résultats possibles. J’emprunte ce tableau à Wikipédia:

Pari de Pascal, Wikipédia

Dans les cas où Dieu n’existe pas, les gains et les pertes sont limités à ce que vous arrive dans la vie ; ils sont finis. Il n’est pas vraiment important de les calculer de façon exacte. Ce qui compte sont les cas où Dieu existe et les gains et pertes deviennent illimités. Évidemment, l’un des deux est positif, et l’autre est négatif. Pascal vous dirait donc que cette analyse des risques indique qu’il vous faudrait faire un effort d’être croyant, parce que ça évitera une perte inacceptable contre 3 gains qui sont tous préférables. Oui, dans un des trois, on parie contre et a raison, mais on exclut ce cas de nos choix, car si ça ne va pas, on va dans le San Bernardino (maison de mon ancienne belle-famille).

Pourtant, même les croyants n’aiment pas souvent cet argument. Mettre à côté la plainte que l’on pourrait parier sur le mauvais dieu. C’était évident à Pascal que les cultes grecques et nordiques sont disparues à cause d’être fausses. Laplace, un grand mathématicien, avait l’avis (lien en anglais) que Pascal avait choisi la mauvaise valeur, que plus le gain est grand, moins la probabilité que le gain soit réel. (Ça implique, à tort, qu’un dieu que ne promet rien existe presque certainement.) Mais il y aussi des plaintes (lien en anglais) que la croyance n’est pas un choix — si je vous paye à croire que le soleil est bleu, vous verrez quand même la vérité, et rien n’aura changé. Ou que c’est immoral de faire un tel choix simplement pour le gain.

Mais les problèmes viennent en général du fait que l’une des valeurs est infinie. La méthode elle-même est solide. Il y a 3 semaines, on a menacé sur TikTok de faire quelque chose d’horrible à l’école de ma fille la Saint-Valentin, sans préciser quoi exactement. J’ai en fait construit le même tableau :

C’est bien évident — même sans connaître les probabilités exactes — qu’il n’y a aucun gain, et deux pertes, et l’une est bien pire que l’autre. Je l’ai donc gardée à la maison, il n’y a pas eu d’attaque, et j’ai reçu un SMS impoli exactement comme prévu. Évidemment, dans le monde des finances, il faut estimer les coûts plus exactement, et j’ai sauté par-dessus de cette complication. Mais la méthode est la même, et l’idée de valeur attendue est donc une idée de très grande valeur. Peut-être infinie.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le bon ordre

Il était une fois, j’avais assez de peur que j’ai vérifié tous mes articles sur Google Traduction. ([Maintenant, vous publiez juste n’importe quoi. C’est pas mieux. — M. Descarottes]) M. Descarottes a un peu raison — je n’utilise plus Google de cette façon. Mais il y a quelque chose que je vérifie tous les jours, l’ordre des adjectifs et leurs noms. Revenons en 2020 pour la leçon trompeuse.

Chez les anglophones, il y a un mnémonique que l’on apprend aux élèves de français : BAGS. C’est-à-dire « Beauty, Age, Goodness, Size », ou dans une langue plus compréhensible, Beauté, Âge, Bonté, Taille. Mais il faut avouer que BABT ne veut rien dire. Pourquoi un mot qui signifie « sacs » réussit ce but, je n’arrive pas à l’expliquer. De toute façon, les adjectifs « BAGS » sont censés être tous ceux qui vont avant un nom. Mettre à côté la règle sur les adjectifs de plus de deux syllabes ; celle-ci a déjà tort.

Clairement, c’est pas complètement fou. On dit « la petite ordure », pas « l’ordure petite », et « le joli gâteau », pas « le gâteau joli ». J’ai donc du mal à comprendre comment vous supportez tous Angelina Jolie, dont son nom doit vous faire mal aux oreilles, mais c’est votre affaire. (Perso, je serais plus dérangé par son côté vampirique.)

Pourtant, cette règle de BAGS nous triche. Il y a des adjectifs qui ne vont que dans la mauvaise place, si l’on la prend au sérieux. On dit « un arbre géant », mais jamais « un géant arbre ». « Un arbre énorme » aussi, malgré le fait que ces deux traitent de tailles.

Et vous ne vous contentez pas seulement de jouer des tours avec l’ordre des mots. Non, il y a plein d’adjectifs qui changent de sens selon leur place. Mon « ancien ami » est le gars auquel je ne parle plus, mais mon « ami ancien » reste en contact avec moi, il a juste besoin de son déambulateur. Ma chère amie m’est vraiment importante, mais mon amie chère…([C’est un blog familial. Ne finissez pas cette pensée. — M. Descarottes])… ma voiture chère m’a coûté beaucoup d’argent.

Même la négation change de sens selon l’ordre ! Si j’écris « J’ai toujours pas fini mon dessert», c’est à dire que je suis toujours en train de faire quelque chose et il vous faudra attendre si vous avez faim. Mais si j’écris « J’ai pas toujours fini mon dessert », c’est à dire plutôt « J’ai mangé assez de desserts pour énerver mon docteur ; parfois j’ai tout mangé, et parfois j’ai laissé quelques miettes sur l’assiette ». C’est vraiment similaire quant à vraiment : « M. Descarottes n’est vraiment pas content de moi ! » veut dire qu’il est 21h01, pourtant il n’a toujours pas reçu les carottes qu’il m’a demandé à 21h. D’autre part, « M. Descarottes n’est pas vraiment content de moi » veut dire plutôt qu’il est 19h, alors il n’a reçu aucune carotte, mais il n’est toujours pas en colère contre moi.

Au fait, bien qu’il soit vrai qu’il demande toujours des carottes à 21h, j’entends « 21h » dans la voix de Catherine Ringer.

Penser au fait qu’un cobaye et une fille de 12 ans peuvent m’ordonner par ici et par là me frite vraiment, comme on dit en anglais. Heureusement, il n’y a que moi uniquement qui frite, car le français interdit deux choses de faire frire en même temps. C’est ça le sujet du prochain Langue de Molière.

Comment dessiner un bandeau

Ma fille est encore une fois partie pour une semaine chez sa mère, alors bien qu’elle sache de quoi on va parler, elle n’a rien vu. Disons qu’elle était ravie de voir des commentaires gentils avant d’aller à l’école.

Alors, reprenons le bandeau, puis je vais vous donner un aperçu de son processus. Je l’ai faite arrêter plusieurs fois pendant son travail pour prendre des captures d’écran :

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous reconnaissent au moins la religieuse, mais les autres sont ma bûche de Noël 2021 et mon macaron Saint-Valentin de la même année. Voici les 3 photos originales :

À l’école, elle apprend à dessiner avec Adobe Illustrator. Il n’y a pas besoin de commencer de zéro avec ce logiciel. Après avoir ouvert le bon fichier, elle a commencé par créer des « calques » pour manipuler l’image :

Puis avec un outil appelé le « lasso », elle sélectionne et découpe des régions de la photo qu’elle veut remplacer :

Au fur et à mesure, une partie après l’autre est remplacée dans un des calques, et l’image final commence à prendre forme :

En gardant l’image originale dans son calque, on peut vérifier que le nouveau dessin reste fidèle à l’objet original :

Finalement, on supprime le calque avec la photo originale, et il ne reste que le dessin :

C’est facile de comprendre comment les deux autres ont été produits de même façon. Tout ce travail lui a pris quatre heures sur deux jours.

Quant aux couleurs rouge et bleu qui y apparaissent, elle les a choisi d’un graphique trouvé sur Wikipédia, qui reflète le drapeau avant les changements de M. le Président Macron en 2020.

Tout le bandeau était son idée, au-delà des mots « C’est le 1er », mais comme certains ont déjà remarqué, les couleurs sont dans le sens opposé du drapeau actuel. Il y a en fait une raison pour ça.

Quelques jours après avoir terminé le dessin, elle m’a demandé si elle pouvait ajouter les couleurs du drapeau en arrière-plan. Je lui ai répondu que je m’inquiétais que ça paraîtrait comme des graffitis sur le drapeau. Aux États-Unis, on voit souvent de tels dessins (voilà, voilà, et voilà ; je ne garantis pas que ces liens dureront), malgré le fait que l’on n’est vraiment pas censé faire ça (lien en anglais). Pour être clair, ici c’est une question d’étiquette, pas de loi.

Alors elle l’a préparé en comprenant que j’allais montrer les deux dessins à une amie à laquelle je fais absolument confiance. Et sa réponse était que même si personnellement elle l’assumait, il restait un risque d’offenser les autres. Afin de ne pas offenser personne, ma fille a donc choisi de garder l’ordre inversé des couleurs, pour minimiser le risque de confusion avec le drapeau lui-même. Mais vu la réaction, elle va régler l’ordre avant la prochaine colonne.

Je vous remercie tous encore une fois pour l’accueil bienveillant de son effort. Elle était vraiment reconnaissante hier matin, alors moi aussi !