Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Les fous de la cannelle

Connaissez-vous « French Morning » ? C’est la publication pour les expatriés aux États-Unis. Nous avons une relation…compliquée. D’une part, c’est une ressource inestimable pour trouver des événements culturels, des entreprises, etc. Par exemple, si vous voulez savoir où et quand trouver Gad Elmaleh aux États-Unis, eux voilà ! S’il vous faut chercher une galette des rois au Texas, demandez-leur. Même à Los Angeles. Inestimable.

Mais d’autre part, j’ai parfois l’impression d’être analysé par des extra-terrestres. Oui, on utilise le système Fahrenheit ici. S’il vous faut absolument connaître la météo en degrés Celsius, appuyez sur le bon bouton de votre portable. Ne vous plaignez pas que ce n’est pas logique après avoir déménagé ici. On a déjà eu ce combat pendant les années 60. À chaque fois où je veux partager la température chez moi avec mes amis européens, j’appuie sur DEUX boutons dans ma voiture. L’un est pour changer l’échelle. L’autre est pour mettre une chanson française à la radio pour leur faire croire que je n’écoute rien d’autre — j’ai une réputation à maintenir ! Voici un exemple :

Cet album n’existe pas ! Quel est mon secret ?!?

Mais parfois, oui, j’essaye de les tromper :

De toute façon, nous parlions de French Morning. Ils écrivent parfois des analyses d’un pays que je ne reconnais guère. Cette fois, c’est un article sur notre supposée obsession pour la cannelle.

En arôme dans les yaourts, les bonbons ou les sirops, saupoudrée sur un cappuccino, en glaçage sur une pâtisserie, infusée dans une boisson non alcoolisée ou en assaisonnement dans une purée de patate douce, impossible d’y échapper. Le cinnamon diffuse depuis des décennies ses effluves camphrées aux États-Unis. Mais pourquoi tant d’engouement de ce côté de l’Atlantique ?

En arôme dans les yaourts ? On parle de yaourts disponibles au supermarché ? Voici la liste de parfums du yaourt grec « Oikos », la marque du Groupe Danone aux États-Unis. Aucun yaourt à la cannelle. Yoplait ? Pas non plus. Chobani, notre plus grande marque de yaourt ? Rien. Je n’ai absolument aucune idée d’où vient le tout premier exemple de l’article.

Quant aux bonbons, voici Hot Tamales, Red Hots, et Atomic Fireballs, des marques de bonbons à la cannelle. Mais c’est tout, au-delà des versions génériques des mêmes bonbons. Dans nos rayons de bonbons, on ne les remarque presque pas du tout parmi tous les chocolats.

C’est vrai que j’ai ce chocolat chaud dans mon placard :

C’est fortement à la cannelle. Mais qu’est-ce que c’est que ça en bas ? « Hecho en Mexico » Ouaip, c’est le « chocolat mexicain ». On la boit tout le temps au sud-ouest, mais c’est parce que nous mangeons comme les mexicains ! (Aussi, les vrais n’acceptent que du chocolat Ibarra. Ce truc de Nestlé est plutôt artificiel, mais c’est tout ce que l’on trouve dans mon supermarché.)

Nous aimons bien Cinnabon, c’est vrai. Au point où il n’y en a même pas un à Elbe-en-Irvine, et non pas à nos villes voisines de Tustin, Costa Mesa, et Newport Beach non plus, avec plus d’un million de personnes dans le tout. L’article dit :

Une enseigne qui compte près de 1200 magasins à travers le monde (principalement aux États-Unis).

Un peu plus que la moitié sont ici : 670 en total. Contre 334 millions de personnes, c’est un Cinnabon pour chaque 500 000. Faut pas exagérer à quel point c’est commun.

Je serais beaucoup plus d’accord que l’on est fous de « pumpkin spice, » un mélange qui contient de la cannelle, mais aussi du piment de la Jamaïque, des clous de girofle, et de la muscade. C’est partout de septembre jusqu’à fin novembre : à Starbucks, mais aussi dans les boulangeries et les restos. Vous pouvez le trouver dans ma recette de pain à la citrouille.

Je devinerais que l’article lié ici a été écrit par quelqu’un qui déteste vraiment la cannelle, et est en résultat hyper-sensible où qu’elle la trouve. Mais sa description du point auquel nous sommes censés être fous de la cannelle est si loin de la réalité, je dois me demander de quel pays il parle vraiment.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La prononciation de noms étrangers

Cette semaine étant dingue, les articles seront courts. Cette fois, Langue de Molière va donc vous parler d’une question qui le tracasse depuis 3 ans.

Je crois que ce type, Dilbert, est mondialement connu ; Wikipédia me dit qu’une vingtaine de ses livres ont été publiés en français :

Dilbert, Photo par The Conmunity – Pop Culture Geek, CC BY 2.0

Mais si vous le connaissez, vous savez qu’en anglais, on ne prononce pas son nom de même façon que, disons, Robert. Google Traduction, que dites-vous ?

Alors, peut-être que M. Dilbert est assez bien connu pour que vous prononcez son nom comme nous. Mais il a des amis, tous nommés selon un jeu de mots : Dogbert, Ratbert, Catbert, etc. (Je sais, « amis » n’est peut-être pas le bon mot pour ces relations.) Est-ce que la distribution est aussi également connue ? Après tout, tous ces noms riment en anglais.

Évidemment, M. Dogbert n’est pas aussi connu que Dilbert, ou n’a peut-être pas reçu le même niveau d’attention chez Google. Mais après ces infos contradictoires, je n’ai aucune idée à quoi je peux faire confiance en ce qui concerne Dilbert.

Même chose quant à un autre type de ma connaissance. Google — et mon amie rouennaise — sont d’accord sur le prénom de ce monsieur (ce qui n’est vraiment pas étranger, mais très rare en France) :

Mais plein d’autres m’appellent par la prononciation que j’utilise sur la balado, comme « in » au début de « insensible » ([Bon choix — Mon ex]). Et franchement, je m’en fiche si j’ai tort ; la prononciation de Google me rappelle tous les blagues pourries en anglais dont je veux m’échapper (« just in time », « just in case »). De toute façon, appelez-moi ce que vous voulez, mais ne m’appelez pas en retard pour le dîner. (Désolé, c’est la traduction littérale d’une autre blague pourrie anglophone. « Call me what you want, but don’t call me late for dinner. » Une traduction plus fidèle mais sans calembour serait « Appelez-moi ce que vous voulez, mais ne dites pas que je suis en retard pour le dîner ».)

Au fait, je suis apparu dans Dilbert tout au début de ma carrière, après l’université. Ne me croyez jamais sur parole, voici la preuve :

©️Scott Adams & United Features Syndicate

C’est le Dilbert de 13/12/1998 (le lien vers les archives ne marche plus, mais j’ai sauvé l’image). Ma traduction :

Dilbert : Alors, Justin, dites-moi pourquoi vous voulez travailler ici.

Justin : Je veux trouver un remède contre l’asthme.

Dilbert : Nous ne cherchons pas en médecine ici.

Justin : Puis veux construire le plus grand barrage hydroélectrique au monde !

Dilbert : Nous ne faisons pas ça non plus.

Justin : Que faites-vous ?

Dilbert : Nous nous asseyons dans des boîtes emballées de tissu.

<bruits d’éclats>

Dilbert : C’était le son de la mort de votre idéalisme.

Justin : Amenez-moi dans ma boîte.

L’économie des macarons

Ce soir, j’ai fait un lot de macarons afin de me préparer pour ce week-end. Je ne suis pas complètement content de l’affaire, mais c’est pourquoi j’ai pratiqué. D’une photo, le plus Instagram possible, on penserait que c’est un assez beau lot.

On voit quelques imperfections, mais les yeux sont attirés vers le premier plan, et ceux de l’arrière-plan ne sont pas au point, alors tout paraît bon. Je ne suis pas d’accord ; je ne servirais jamais cette assiette à des gens qui me détestent (ce qui sera le cas ; il me faut donc les épater) :

Mais j’ai du temps pour tout corriger, et ces macarons n’ont pas mon secret le plus « Pierre Hermé » — les blancs déjà cassés qui reposent pendant plusieurs jours au frigo. J’ai cassé ces œufs au moment de préparer les macarons — Chef Hermé a raison, et les protéines doivent se décomposer un peu. Mes macarons pour l’OCA ont reçu ce traitement, et c’est pourquoi il y a 1,2 kg de blancs dans mon frigo en ce moment, 40 œufs en total ;

Comme disait Q dans les films James Bond, « Je ne plaisante jamais sur mon travail, 007 ».

Mais en ce moment, je veux vous parler sur l’économie de les faire. Voici (presque tous) mes ingrédients pour l’affaire :

Il faut que j’achète une nouvelle boîte de poudre de cacao, et j’ai dû aussi ajouter 4 œufs de plus pour atteindre 40 (il y a 18 dans chacune des boîtes). Mais tout dans cette photo coûte environ 95 $. Disons qu’avec les autres ingrédients, ça coûterait 115 $ (la poudre de cacao Guittard est chère, mais il me restera plein). Aussi, ce chocolat Ghirardelli est bon, mais si j’allais ouvrir une boutique, j’utiliserais Valrhona. C’est 113 grammes x 15 barres, alors environ 1,7 kg. Ça m’a coûté 48 $ de mon 95 $. Disons que 1,7 kg de Valrhona Manjari coûte 70 $ chez Surfas. Alors, tout ça coûterait au maximum 140 $ pour les ingrédients de 400 macarons.

Aux États-Unis, on paye au minimum 2 $ le macaron, et souvent 2,50 – 3 $. Il ne faut pas avoir autant d’imperfections même à 2 $, mais vous comprenez sûrement ce que je veux dire. Juste mes desserts pour l’OCA auraient coûté 150 $ s’ils avaient dû les acheter. (J’estime qu’un tel gâteau de cette taille-là aurait coûté environ 30 $, et 5 douzaines de macarons, 120 $.) Croyez-moi, tout le monde dans cette salle-là le savait bien.

Les macarons peuvent être très rentables à ces prix, même avec les services publics et le loyer pour une boutique. Si on peut vendre le tout pour 1000 $, même si les autres coûts triplent le montant, on touche 580 $ pour un investissement de 420 $. Pas mal ! Mais il y a deux raisons pourquoi il n’y a pas une armée de concurrents qui baissent le prix.

Pour une chose, c’est difficile de vendre une telle quantité tous les jours. Y a-t-il 400 macarons vendus quotidiennement chez Moulin ? Je le doute. On va perdre une certaine quantité des marchandises avant de les vendre.

Pour une autre chose, cuisiner à la française, surtout pour une recette aussi technique que les macarons, ça demande de l’expérience. On ne se réveille pas un jour ensoleillé en disant « Je vais vendre des macarons ». Aimeriez-vous voir mon tout premier lot en 2020 ? Voilà :

Aimez-vous l’ombre du con qui ne savait pas prendre des photos ? Moi non plus ! Mais regardez plus proche. J’insiste :

C’est exactement la même recette de Laurène Lefèvre que j’ai utilisé ce soir. La différence, c’est 3 ans d’expérience et des centaines de lots. Et même avec ça, quand ça fait un mois entre lots, je perds déjà mon instinct.

Voilà, c’est la vérité derrière le prix élevé de la pâtisserie française chez moi. Je vous ai dit avant qu’un pain au chocolat de la qualité que l’on trouve chez Carrefour pour 1, 55 € / 2, c’est 3,50 $ chacun ici. Et on paye presque aussi cher pour des pains d’une si mauvaise qualité que je refuse tout court de les manger. Trouver un boulanger de qualité, qui sait encore mieux que moi (et travaille de façon plus efficace) ? Ils ne poussent pas sur les arbres ! (C’est un dicton anglophone ; veuillez me donner une version plus française.)

Il n’y a rien que je fais pour ce blog qui me fait apprécier les ouvriers autant que cuisiner. À moins que vous croyiez vraiment que l’assiette de macarons en haut de ce post vaut vraiment 60 € ou plus (si c’est le cas, merci), appréciez qu’en France, l’économie de la pâtisserie, non pas seulement des macarons, est loin d’être aussi folle !

Saison 2, Épisode 6 — les torpilles du cœur

J’ai de mauvaises nouvelles et de bonnes nouvelles cette semaine. Les mauvaises nouvelles sont : 1) il n’y a pas de 5 Minutes Avec cette semaine, et 2) le prochain dîner du Tour des Départements tardera jusqu’à deux semaines de plus. Les bonnes nouvelles sont : 1) je viens d’arranger quelque chose de spectaculaire qui vaudra la peine de patienter et qui touche sur les deux, et 2) le Tour continuera sans faire mon dîner bas-rhinois jusqu’à un peu plus tard. J’ai envie que l’on arrive dans le Rhône avant fin mai, alors je ne veux pas tout reporter. 5 Minutes Avec est déjà enregistré pour la semaine prochaine, mais c’est lié à d’autres événements.

Cette semaine sera stressante pour moi. Vous vous souvenez sûrement de mon expérience en tant que traiteur. Je voulais toujours faire une telle chose pour le groupe de l’OCA, mais j’ai choisi les macarons en tant que répétition pour un événement important samedi prochain. Malheureusement, je n’aurai jamais le droit d’en parler ici. Si ça vous semble bizarre, sachez que mon ex-cauche-famille s’implique dans l’affaire.

En parlant de l’OCA, je n’y reviendrai qu’en juin, et l’ai dit à l’organisatrice. Ça fait mal au cœur, mais je me sens toujours coupable sans comprendre la raison. J’espère qu’un peu de temps baissera la colère de l’autre personne.

Certains de mes amis ont en assez quant à mon obsession de la semaine, les casseroles (de fous rires garantis au lien). La semaine dernière, c’était l’historien Maître Gims et les pyramides. Les casseroles font quand même la source de nos gros-titres de la semaine. J’espère qu’ils vous amuseront.

Notre blague de la semaine traite de nos amis russes. Je vous rappelle qu’à partir de cette saison, les blagues sont disponibles du menu en haut, avec une semaine de retard. Nos articles sont :

Sur le blog, il y a aussi Les cookies aux trois chocolats de Péla, encore une fois une recette de notre boulangère préférée, Le cimetière d’applis perdues, sur des applis que je n’arrive pas à supprimer, et En claquant des doigts, sur une chanson de Miraculous.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

En claquant des doigts

Aujourd’hui, après des mois d’attentes, on a enfin eu un nouvel épisode de Miraculous. Deux épisodes, en fait. Mais cette fois, il y a eu une surprise. Sans plus d’attentes, sachez que cette chanson est passée à la télé américaine telle quelle, sans traduction en anglais.

Ce personnage, Gabriel Agreste, est le meilleur méchant à la télé de nos jours. Si Bruce Wayne était méchant, il serait Gabriel Agreste. Mais à vrai dire, la seule personne que vous êtes moins probable de voir danser, c’est moi. Alors, j’étais choqué.

Pourquoi est-ce qu’il est de si bonne humeur ? Nos héros Ladybug et Chat Noir ont abandonné leurs rôles, et il vient de découvrir les identités secrètes de leurs successeurs. Moi aussi, si je découvrais l’identité secrète de quelqu’un que me fait des problèmes, je danserais aussi, aussi gênant soit-il. Son assistante, qui porte le nom (un peu outrancier) de Nathalie Sancœur ne partage pas son enthousiasme, mais vu qu’elle a failli être paralysée à cause de ses bêtises plus tôt dans la série, on comprend.

Mais vous savez déjà pourquoi ma fille me l’a apportée. Elle s’en fiche de la question de si je l’aime ou pas. (J’adore, en fait.) Elle voulait avoir une traduction. Et je vais vous dire la vérité. Je me suis gravement trompé avec cette dictée inattendue.

Ne vous mettez pas à la tâche de la transcrire. J’ai assez compris pour rechercher le tout sur Google ; voici un lien avec les bonnes paroles, dont une traduction en anglais. Mais comme je me suis trompé !

Après plusieurs essais, j’ai presque correctement écrit :

Ce qui se dessine, n’est pas ce que tu vois,
Ce qui se combine, n’est pas ce que tu crois,

Après ça, les erreurs. Pour :

Tout ce que je désire je l’obtiens de toi,

j’ai entendu plutôt :

Ce que je défile, j’obtiens de toi

Ça n’a aucun sens, et j’ai raté le « tout » en plus (je n’entends pas le mot « tout » au début de n’importe quelle de ces lignes). Mais de pire arriverait. Pour :

En claquant des doigts

j’ai écrit plutôt :

On claque en des bois

J’ai peur que si ça a un sens, c’est nul.

Des trois dernières phrases :

Comme d’un battement d’ailes légères,
Je m’élève vers les hauteurs solitaires
Et de là haut je regarde en bas!

J’ai complètement raté les deux premières lignes, sauf pour « solitaire », mais compris la dernière. Je n’aime pas ma note !

Heureusement, je n’ai pas eu de problème en comprenant les quelques lignes après la chanson. Franchement, j’ai presque autant du mal à comprendre l’anglais quand on chante !

Café Joyeux

Je veux vous parler de quelque chose de spéciale en France. Afin de vous expliquer pourquoi il m’est important, on va d’abord parler de mon ancienne amie Jennifer, que je connaissais pendant 20 années aux États-Unis.

©️Café Joyeux

Commençons par mettre la table. Il y a une chaîne de restauration rapide ici, Corner Bakery, anciennement ma chaîne préférée pour ce genre de nourriture. Quand je vous dis qu’en 2000 et 2001, j’avais l’habitude d’aller à 3 emplacements différents chaque semaine afin que personne ne voie à quel point j’étais accro, je n’exagère même pas un peu. (Il ne reste rien de leur ancienne gloire ; j’y vais toujours de temps en temps, mais je ne le recommande plus même si vous voyagez près de chez moi.)

Mais même après qu’ils ont arrêté de vendre leurs pains, même après que tous mes plats préférés sont disparus, j’avais une raison pour aller au Corner Bakery le plus proche de chez moi. De 2000 à 2020, Jennifer y travaillait. Elle avait la trisomie 21, et y travaillait à temps partiel sous un programme pour aider à de telles personnes. Quand ils avaient un magnifique comptoir plein de desserts, et service genre buffet, elle était responsable de vendre les desserts. J’en commandais un à chaque fois juste pour ne pas la décevoir. Quand ils ont arrêté ça, elle se mettait à nettoyer les tables.

Avec le Covid, Corner Bakery a viré tous leurs employés responsables de nettoyer leurs salles à manger, handicapés ou autrement. Vous voulez une table propre ? Nettoyez-la vous-même. (Ce phénomène est partout aux États-Unis ; les restos rapides aimeraient tous ne plus offrir que des plats à emporter.) Ça fait donc 2 1/2 ans depuis la dernière fois où j’ai vu Jennifer, et j’espère que tout va bien chez elle, mais franchement, elle était déjà vieille vu sa maladie.

Alors quand France with Véro a écrit cette semaine sur la chaîne Café Joyeux, il me fallait vous en parler. Je laisserai les propriétaires vous l’expliquer :

En France, 700 000 personnes sont diagnostiquées comme ayant des troubles du spectre autistique et 65 000 sont porteuses de Trisomie 21. Elles sont deux à trois fois plus touchées par le chômage que le reste de la population. Seules 0,5%  des personnes atteintes de handicap mental travaillent en milieu ordinaire.

Au-delà d’apporter une solution innovante d’inclusion pour les personnes recrutées, Café Joyeux entend réparer cette inégalité. En 2017 naît le premier restaurant solidaire Café Joyeux qui emploi et forme des personnes en situation de handicap mental et cognitif.

Café Joyeux — Notre Mission

D’habitude, je ne recommande jamais des restos dont je n’y suis jamais allé. Mais je fais confiance à Véro au maximum, et elle dit « Bon café. Bonne nourriture. Bon service. Enfin et surtout, une disposition ensoleillée. » Et qu’est-ce que l’on y trouve ? Ce n’est pas une carte énorme ou compliquée — de la soupe, de la salade, une dizaine de desserts, des boissons fraîches ou chaudes. Mais en plus, à travers leurs 15 emplacements, presque 130 « Jennifer » français — et aucun viré à cause de l’avarice de la gestion. Que vous soyez à Rennes, Paris, Bordeaux, Nantes, Tours, ou Lyon, il y a un Café Joyeux près de chez vous. C’est un grand plaisir de vous passer ces infos.

Le cimetière d’applis perdues

Il y a une histoire française que je veux tellement vous raconter, mais étant à 9 000 km, j’attends le droit d’utiliser une photo dont j’ai déjà demandé le droit à la photographe. (Je me demande parfois s’il vaudrait la peine de demander à certains s’ils pouvaient prendre des photos pour moi. Mais il n’y a pas de revenus de ce site, alors pas d’argent pour payer les efforts.) Pendant ce temps-là, je vais vous raconter l’histoire d’une mauvaise habitude.

Je ne peux pas quitter mes vieilles applis. Voilà :

De cette collection dans la photo, il ne reste qu’une seule qui marche toujours, mais je n’arrive pas à me débarrasser du reste. En fait, il y a 29 applis qui ne marchent plus de cette façon. Qu’est-ce qu’elles ont en commun ?

Pour une chose, elles étaient toutes payantes. Il y a quelque chose de dérangeant quand une appli ne marche plus après que je l’ai payée, même si je sais qu’il y a plus de revenus pour le développeur. Par exemple, « Adrenaline Golf » en haut était quelque chose de nouveau et intéressant… en 2009. C’est abandonné depuis une décennie. Mais c’était aussi l’une des premières applis que j’ai achetées, alors j’ai du mal à lui dire adieu.

Il y en a d’autres où le coût n’était pas cher, mais les souvenirs sont précieux, dont les 3 jeu Infinity Blade. Mon tout premier boulot, un CDD pour l’été entre le lycée et l’université, était en tant que testeur de jeux vidéo pour Sony, pour le Super Nintendo et le Sega Genesis. Je vous raconterai cette histoire une autre fois. Mon boulot n’était pas dire si les jeux étaient bons (indice : non) mais plutôt chercher les erreurs. Je n’ai jamais perdu les habitudes, surtout puisque j’ai fini par devenir informaticien. Une fois, j’ai trouvé une erreur dans Infinity Blade II :

Peut-être que vous voyez le problème ? Votre personnage, à droite, perd le contrôle et lève les mains pour se rendre. Ce n’est pas censé arriver ! Personne ne m’a jamais remercié pour le rapport, mais la bogue est disparue plus tard.

Il y a un jeu ici, parmi les pires que j’ai jamais joués, dont je n’arrive pas à m’en débarrasser pour une raison toute différente :

Oui, vous le lisez correctement. J’étais le meilleur joueur au monde entier de ce bazar. 12 670 joueurs n’est rien. Mais j’étais obsédé par ce jeu pendant quelques mois, car c’était à partir de l’un des grands classiques des jeux vidéo, Zaxxon. Mais celui-ci n’a pas du tout mérité hériter ce nom-là. La vérité, c’est que j’étais l’un des dizaines, même pas de milliers qui l’a joué plus qu’une ou deux fois. (On m’a enfin battu, un an plus tard. Je n’ai pas essayé de reprendre ma couronne perdue.)

Je ne manque pas d’espace sur mon portable, mais je pourrais quand même économiser une douzaine de gigaoctets en les jetant. Mais ce serait comme jeter de vieux amis. Un jour, Apple se débarrassera de ces applis pour moi, j’imagine. Mais il serait un peu bizarre de ne plus les avoir, même si elles ne servent déjà à rien.

Les cookies aux trois chocolats de Péla

Il y a deux semaines, avant la dernière fois où ma fille a quitté la maison, je lui ai fait une promesse, qu’elle reviendrait à découvrir une recette de Péla sur la table. Hier, elle est rentrée, et ces cookies aux trois chocolats l’attendaient. (Au fait, vous n’avez aucune idée à quel point j’entends « Tu fais trop de trucs avec des pruneaux, puis tu me montres toutes les photos de Péla. Il faut que je déménage ! »)

J’ai suivi sa recette exactement, mais il me semble que les miens sont un peu moins cuits. C’est pas grand-chose, mais vérifiez avec la lumière de votre four plutôt qu’utiliser un chronomètre si vous préférez un cookie plus croustillant.

Les ingrédients pour les cookies aux trois chocolats :

  • 120 grammes de beurre à température ambiante
  • 60 grammes de sucre roux
  • 40 grammes de sucre en poudre
  • 1 oeuf
  • 2 cuillères à café de vanille liquide
  • 220 grammes de farine
  • 1 sachet de levure chimique 
  • 100 grammes de pépites de chocolat noir
  • 100 grammes de pépites de chocolat au lait
  • 100 grammes de pépites de chocolat blanc

Les instructions pour les cookies aux trois chocolats :

  1. Dans le bol du robot pâtissier muni de la feuille, mélanger le beurre coupé en morceaux, le sucre roux et le sucre en poudre.
  1. Ajouter l’œuf et la vanille, puis mélanger.
  1. Ajouter la farine et le sachet de levure chimique, puis mélanger rapidement.
  1. Mélanger les trois chocolats dans un bol. Verser la grande majorité dans le bol du robot, mais réserver environ 10 % pour la dernière étape. Mélanger pour incorporer les pépites dans la pâte.
  1. Laisser reposer au frigo pendant 30 minutes.
  2. Préchauffer le four à 180ºC.
  3. Former dès boules de pâte, environ une douzaine. Les déposer sur une plaque de cuisson et aplatir le tout. (J’ai eu 4 cookies de plus sur une deuxième plaque.)
  1. Enfourner pendant 8 minutes.
  2. Sortir la plaque de cuisson — mais n’éteignez pas le four ! Mettre le reste des pépites sur les cookies (qui resteront toujours très mous).
  1. Revenir les cookies dans le four et continuer de faire cuire pendant 3 minutes de plus.
  2. Les cookies seront toujours un peu mous. Les laisser refroidir sur la plaque pendant au moins 15 minutes avant de les retirer.
Portrait de Molière par Nicolas Mignard

L’« Engrish » français

Auparavant, je vous ai mentionné l’« Engrish » sans vraiment l’expliquer. Ce n’est pas le mot le plus gentil, mais l’idée est bien connue. En japonais, il n’y a aucune distinction entre « r » et « l ». On peut prononcer les lettres comme ら, り, etc. soit comme « ra, ri,… » soit « la, li,… ». Ça leur est égal. (Dans la bouche, ces sons sont très proche — la langue reste dans la même place, et c’est une question de comment l’air circule.) Alors, quand on parle de « Engrish », ça veut dire des choses dites en anglais mais avec les fautes que l’on attend d’un locuteur asiatique natif.

Mais attention, parce que ce n’est pas pour être méchant. Ça ne parle pas des niveaux des gens que l’on rencontre dans le coin. Ce mot est réservé à des textes « décoratifs », des slogans que l’on trouve sur une canne de café, ou des descriptions de produits que l’on trouve sur leurs boîtes. L’« Engrish » n’est donc pas comment les asiatiques (étrangers ; je ne parle pas de ceux qui sont anglophones de naissance) parlent l’anglais aux anglophones — c’est comment ils parlent l’anglais entre eux. Avant de continuer, j’ai pris quelques photos dans mon supermarché japonais local, Mitsuwa ; d’autres exemples se trouvent à Engrish.com. Je mets des explications sous chaque photo ; les erreurs de français sont les meilleures que je puisse faire pour vous donner une idée des problèmes :

« Chef-d’œuvre de sucreries parfum né à Kobe »
« La technologie traditionnelle pour mélanger… est vivante ici »
« Le goût délicieux pour tous gens qui pensent à goûter heureux »
« Pour des amants épicés »

Il y a même un exemple de quelque chose de bien rare en français ; disons qu’il y a 72x fois plus d’exemples de « pâtisseries sucrées » que « douces pâtisseries » sur Google :

Dans le cercle bleu, « Douce pâtisserie » ! Ce sont des choux, alors « Pâtisserie sucrée » serait bon.

Il y a une telle chose qu’existe en France, et je collecte des exemples depuis longtemps. Je ne parle pas du franglais traditionnel, même si ce que vous voulez dire par « jogging » pique les oreilles. Oh nononon ! Commençons avec l’exemple qui m’a lancé dans cet article, un clip que j’ai récemment trouvé avec Gilbert Montagné et une chanson de mon deuxième film français moins préféré (juste derrière son prédécesseur) :

Je sais que critiquer les deux premiers Bronzés provoque souvent des réponses fortes. Mais même si vous ne détestez pas Jean-Claude Dusse autant que moi, cette chanson fait mal à la tête pour un anglophone. J’avoue tout d’abord que certaines versions des paroles en ligne ont probablement tort, mais il y a plein d’erreurs sans ambiguïté. On utiliserait la version trouvé chez Le Monde.

Just because of you
I’m beging on you
You know it’s for you
I’m feeling for you
Good morning my love

« beging » s’écrit « begging », mais laissez tomber — « begging on you » n’a aucun sens. « I’m begging you » est « Je t’en supplie ». « On » en anglais veut dire « sur ».

I’m always say
You come laughing in my life
Night and day, my love, is for you
I love you, I’m beeing a fool by you

Prof. Justin donne un 0/20 à « I’m always say. » Il faut utiliser « -ing » après le verbe « be » (dans I’m). C’est pourtant une erreur hyper-française ; j’écoute « Je dis toujours » dans la tête en lisant cela. Le bon anglais, « I’m always saying » serait plus littéralement « Je suis toujours disant ». C’est de mauvais français, mais cette chanson est censée être en anglais. « I’m being a fool by you » est aussi nul ; ça se traduit littéralement « Je suis en train d’être un fou à côté de toi ».

Come on my love
Let’s going on
I know you know
I’ll never let you go

« Let’s going on » est la pire erreur de la chanson — SI elle est vraiment là. La bonne expression est « What’s going on? » (Que se passe-t-il ?) mais je n’arrive pas à décider laquelle chante soit M. Montagné soit Pierre Bachelet.

Love for evermore
I very feel you
Love for you my love

Et la deuxième pire erreur, qui existe sans doute, est « I very feel you ». « Je te sens très ? » Il est impossible que je devine la pensée originale derrière cette phrase.

Il y en a d’autres. Pour autant qu’Indochine soit la grande passion de ma vie, les fautes d’anglais dans certaines chansons sont horribles.

Dans « Black City Parade », que j’adore, on trouve :

I’ve got a way to see
I’ve got a way to me

Le Monde

Je peux accepter une traduction de la première phrase comme « J’ai une façon de voir ». Mais au-delà de la rime, « I’ve got a way to me » n’a aucun sens. Il faut absolument avoir un verbe, pas un pronom, après « to ».

Dans « Paradize », que je n’aime pas, Nico chante :

So far a wheel

Le Monde

À ce point, une roue ?!?

Je ne veux même pas critiquer leur chanson « Belfast ». Il me faudrait traduire un paragraphe entier de n’importe quoi de la première classe ; pourtant, j’aime bien la chanson. Mais c’est peut-être le meilleur exemple de ce que j’ai dit au début en parlant de texte « décoratif ». C’est là pour la sonorité, peut-être pour une signification hyper-personnelle à l’auteur, mais ce n’est absolument pas là pour communiquer une pensée.

Je ne veux jamais finir un article en critiquant Indochine, alors j’ajouterai que l’anglais sert parfois le même but dans les textes des Rita Mitsouko. (Mais Catherine Ringer parle anglais mieux que Nico, je crois. Aussi, ils travaillaient avec Tony Visconti, un producteur américain, et je ne sais pas quelles contributions sont les siennes.) Il n’y a aucune question de leur pire invention en anglais, « Gripshitrider in Paris« . Ça, c’est un « gripshift » :

Gripshift, Photo par Armchair, CC BY-SA 3.0

J’aurais aimé croire que le manque de la lettre « f » était une faute de frappe. Mais Mme Ringer le chante avec passion, puis les paroles parlent de crottes dans la rue, exactement comme le mot « shit » en anglais. C’est absolument fait exprès, mais c’est un jeu de mots pas du tout aussi malin qu’ils n’en pensent.

Langue de Molière doit vous quitter pour prendre une douche après avoir même pensé à Jean-Claude Dusse.

L’histoire franco-américaine des torpilles

J’ai le moral dans les chaussettes aujourd’hui. On vient de torpiller mes plans de vacances pour cet été. Étant tous malins, vous savez déjà exactement ce que « on » veut dire en ce cas. Disons que « j’ai changé mes plans de vacances juste pour annuler nos négociations sur des vacances de plus d’une semaine et me faire foutre de votre gueule » n’est pas aussi drôle qu’en pense son autrice. On ira toujours en France, plus longtemps que ma dernière visite, mais il faudra que je coupe l’itinéraire par deux.

Mais vu que je pense aux torpilles toute la journée grâce à cette personne, bizarrement obsédée par m’empêcher de voyager en France depuis deux décennies, je vais vous raconter une histoire complètement vraie, de comment la France et les États-Unis ont partagé un drôle de moment dans leur développement.

L’idée de torpilles est beaucoup plus vieux que les États-Unis, et a ses origines en Syrie médiévale, où un chimiste arabe qui a écrit sur la possibilité de bombes marines automotrices en 1275. En Chine, l’officier Jiao Yu a écrit sur l’idée de mines marines pendant le XIVe siècle.

Alors, c’était pas une nouveauté quand l’inventeur américain Robert Fulton, plus connu pour les bateaux à vapeur, a construit son premier sous-marin, le Nautilusen France, sous Napoléon. C’était le début d’une belle histoire de se faire foutre des gueules françaises quant aux sous-marins par les américains, mais laissez tomber pour l’instant. Après tout, c’était aussi un moment important pour la littérature française. De toute façon, M. Fulton a fait construire le Nautilus à Rouen en 1800, et son premier essai s’est passé dans la Seine cette année-là.

Nautilus dessin par Robert Fulton, Domaine public

Mais à quoi sert un sous-marin sans armes ? Fulton a dû inventer quelque chose pour attaquer les navires, et il a revisité l’idée des torpilles. En même temps, en 1803, son premier bateau à vapeur a coulé pendant des tests par le militaire français à Paris, et il est devenu clair que le gouvernement français ne payerait plus ses travaux.

Étant un homme très pratique, Fulton s’est dit, « Mais si les Français ne veulent pas faire sauter des navires avec des sous-marins, peut-être que les Anglais, qui ont déjà eu un peu d’expérience avec mes efforts, aimeront l’essayer ». C’est comment il est arrivé qu’en 1804, Fulton a quitté la France pour l’Angleterre, avec une promesse par Lord Sidmouth de 15 000 $ américains. (Nous n’avons toujours pas inventé la Réserve fédérale, alors le dollar valait toujours une somme.)

Et c’est donc en octobre 1804, les Anglais ont attaqué Boulogne-sur-Mer avec de nombreuses inventions de Fulton, dont un sous-marin et des torpilles. L’attaque ayant eu lieu pendant la nuit, les Français ne savaient même pas qu’il y avait un sous-marin parmi les navires anglaises, mais l’attaque était quand même un échec à cause de bonnes fortifications françaises. Fulton passait un an de plus en Angleterre, mais après la réussite de l’amiral Nelson à Trafalgar, ils ont perdu leur intérêt, et Fulton est revenu aux États-Unis, où ses bateaux à vapeur deviendraient extrêmement importants pour l’exploration de la fleuve Mississippi, partie d’un petit achat dit la Vente de la Louisiane.

Quelle leçon peut-on tirer de cette histoire ? Ne pas se mêler dans des affaires qui concernent des américains et des sous-marins ? Franchement, à l’époque, ce n’était pas grand-chose : ni un côté ni l’autre profitait des inventions de Fulton. Mais il a lancé les premiers efforts qui rendraient finalement le mot « torpiller » un verbe, d’où mes pensées du jour.