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Outsphere 2, Le Réveil

On est de retour à l’univers de mon auteur préféré, Guy-Roger Duvert, dans le cadre de son roman Outsphere. Comme indique la couverture, on parle cette fois d’Outsphere 2 : Le Réveil.

J’ai pris beaucoup trop de temps pour lire ce livre, mais la faute est à moi, pas M. Duvert. Le vocabulaire a exigé encore plus d’efforts à ma part pour fouiller dans les dictionnaires bilingues. Ça ne devrait pas être un problème pour la grande majorité d’entre vous. D’autre part, j’ai lu 1 689 pages dans ma quatrième langue cette année. Je m’en veux à moi un peu moins tout à coup.

On replonge dans un atmosphère « dernier espoir de l’humanité », et si vous vous souvenez du premier tome, où les génies qui savent qu’ils sont tout ce qui reste de l’espèce ont quand même réussi à gaspiller une belle partie de leurs atouts en se battant les uns contre les autres… disons que la crise continue.

Mais cette fois, les problèmes ne naissent pas seulement de la bêtise humaine. Le réveil duquel le titre parle est celui des Ashkaniens, une espèce extra-terrestre dont les colons n’ont trouvé que les ruines de leurs installations pendant le premier tome. On a vu des preuves que quelques Ashkaniens restaient dans un état de sommeil cryogénique, mais il n’était pas clair s’ils étaient toujours vivants. Ils le sont.

Comme dans le premier tome, ce livre se traite d’autres choses que juste les vies de personnages fictifs sur une autre planète. M. Divert aborde des thèmes de la différence entre le communisme et la démocratie, et bien qu’il n’utilise pas ces mots, la théorie du Grand filtre — pourquoi on n’a pas rencontré d’autres espèces avec des milliards de planètes ? Il y a un moment où un militaire récapitule le slogan de Marx — « chacun subvenait aux besoins de la colonie selon ses capacités et recevait en fonction de ses propres besoins » — et c’est intéressant à penser aux similarités entre le communisme et la hiérarchie militaire. Mais enfin, c’est des militaires qui soutiennent la transition à un gouvernement civil.

Aussi comme dans d’autres livres de M. Duvert, il y a des clins d’œil vers les faits divers de nos jours. Il y a un moment où un soldat souhaite avoir des piles au lithium pour qu’ils explosent !

Beaucoup du livre parle des efforts des colons pour développer la colonie. Ils perdent de plus en plus des atouts apportés de la Terre, et j’ai l’impression que leurs descendants vont vivre une vie beaucoup moins technologique que même la nôtre. On n’entend pas parler de comment ils vont éduquer les prochaines générations à faire les mêmes métiers d’ingénieur, de physicien, ou de médecin, pour choisir trois rôles très importants dans les deux premiers tomes. Mais peut-être que la bonne réponse est la même qu’à la question de La Fille quand elle avait 5 ans : « Pourquoi est-ce que personne ne va aux toilettes à la télé ? » Parce que ces détails ne servent qu’à retarder l’histoire qui nous intéresse, ma petite.

Je pourrais aussi dire que le livre fournit une bonne raison pour mettre la question à côté tout court, mais en dire plus serait à jouer au divulgâcheur.

Juste un mot de plus sur l’intrigue. Si vous avez lu d’autres livres de M. Duvert, vous savez qu’il va y avoir des pertes. Beaucoup de monde qui ont survécu le premier livre ne voient pas la fin de celui-ci. Il y en a certains où j’aurais aimé voir un sort plus heureux, mais ce n’est pas la vraie vie et ces livres sont écrits pour des adultes. pas des enfants. Il faut accepter que comme a dit Clint Eastwood dans Impitoyable, « Le mérite n’a rien à voir là-dedans ».

Je vais prendre une petite pause avant de lire Outsphere 3 (déjà acheté, évidemment), parce que mon prochain livre, beaucoup plus court, est une œuvre non-fictive, récemment sortie et tellement liée à l’actualité. Si vous suiviez mon Twitter en novembre, vous savez déjà quel livre et par qui. Mais peut-être que c’est M. Duvert lui-même qui va me faire tarder à reprendre Outsphere, car en recherchant des titres sur Amazon.fr… Nid d’Espions à Canton ? Les Chroniques Occultes sont de retour ? (On le savait de l’interview, mais pas la bonne date.) Comme on dit en anglais, taisez-vous et prenez mon argent ! (En fait, il l’a maintenant pour ce livre !)

Mon livre de Yann Couvreur

Je ne l’ai pas mentionné à l’époque, parce que mon achat du jour a été abîmé avant que je ne puisse le prendre en photo, mais l’une de mes découvertes préférées pendant le voyage fou était la boutique de Yann Couvreur aux Galeries Lafayette Haussmann. J’y ai acheté une tartelette framboise-estragon, et bien que je ne sois pas sûr que la combinaison est ma préférée, le niveau de son œuvre est évident.

Depuis ce temps-là, je regarde ses vidéos sur YouTube. Comment puis-je expliquer je n’ai jamais fait même une de ses pâtisseries pour ce blog ? Peut-être parce que son petit-déjeuner pour une personne prend 24 heures ?!? Vous pensez que je plaisante, mais sur de telles choses, jamais :

Quand monsieur dit que quelque chose est facile, il menthe ment. Mais on peut quand même beaucoup apprendre en suivant ce qu’il fait, et c’est pourquoi j’ai acheté son livre pendant mon dernier voyage. ([Et entre les JO et mes efforts, il sera vraiment son dernier ! — Mon ex])

Dès le départ, il veut que vous sachiez exactement quel genre de livre vous avez acheté. Ce sont ses « roulés de viennoiserie au mètre ». Les voir est assez pour perdre tout espoir de les fabriquer à la maison :

Ses kouign-amans sont aussi faits à un niveau inconnu chez moi :

Mais peut-être qu’il ne faut pas perdre tout espoir. Cette femme les a clairement réussis :

Voici ce qu’il appelle « un dessert facile » :

Et voici la liste d’ingrédients qui va avec. Comme je vous ai dit, il menthe ment :

Parfois il utilise d’autres mots d’une façon que je ne reconnais pas. Ce sont ses « éclairs » :

Il a en fait 3 recettes dites « éclairs », toutes en cette forme. Je n’ai pas les bons moules. Mais je m’intéresse quand même à sa technique pour le glaçage, évidemment supérieure à la mienne. C’est pourquoi je vous dis qu’il y a beaucoup pour apprendre de ce livre, même si très peu des recettes sont vraiment possibles à la maison.

Je dois avouer quelque chose — je ne suis pas en fait grand fan des Saint-Honorés. Mais je crois que c’est souvent une des meilleures preuves de la qualité d’un chef. Le sien est un chef-d’œuvre, exactement comme attendu :

Parmi les choses dont j’ai espoir, voici sa tartelette à la framboise. Ce n’est pas le même que celle que j’ai acheté l’année dernière.

Il y a quelques recettes salées dans ce livre. Je ne connais pas trop de quiches comme celle-ci :

L’une des dernières choses dans le livre est une de mes pâtisseries préférées, le Paris-Brest. Encore une fois, il y a 8 choses à faire, dont 3 crèmes différentes pour la garniture. Peut-être qu’un jour, j’essaierai de faire une version un peu plus simple :

Franchement, je m’attendais à un livre de cette hauteur. Le chef Couvreur n’est pas un Meilleur Ouvrier de France, mais il est quand même l’un des plus doués que j’ai vus. Je suis grand fan, et je recommande ce livre à tous les chefs à la maison un peu ambitieux. Ce livre n’est pas là pour vous apprendre les classiques comme la bible de Gaston Lenôtre. C’est là pour vous pousser vers les techniques les plus avancées, la pâtisserie en tant qu’art.

Outsphere

Pour la cinquième fois, on retourne vers l’univers de Guy-Roger Duvert, au début d’une troisième série. Non, je n’ai pas abandonné Les Rôdeurs de l’Empire — mais croiriez-vous que c’était l’auteur lui-même qui m’a dit d’y sauter ? Moi non plus — pourtant, c’est exactement ce qui s’est passé. Il m’avait conseillé de le lire avant de continuer avec ses autres livres pendant la conversation autour de notre interview. D’une part, vous ne serez même pas un peu surpris que j’ai a-do-ré ce roman. D’autre part, si vous pensiez que je ne pourrais pas chanter plus fortement ses louanges, vous aviez tort.

Pour vous rappeler, je vous ai dit en critiquant L’Appel d’Am-Heh que M. Duvert fait toujours ses devoirs. Je veux être prudent — ses œuvres sont toujours clairement originaux à lui. Mais il me semble qu’il doive être très bien lu parmi les maîtres de science-fiction qui ont écrit sur les colonies dans l’espace. Mettons la scène, puis je m’explique.

Quant à Outsphere, il s’agit d’une arche interstellaire envoyée vers une étoile distante pour établir une colonie sur une nouvelle planète, le nommé Outsphere. Mais il y a deux chemins pour ce genre d’histoire : « l’empire de l’humanité », telle que l’on trouve dans Star Trek ou Star Wars, où la galaxie se trouve remplie de planètes habitées, bien connectées. L’autre chemin, c’est « le dernier espoir », où tout part en cacahuète et c’est un combat pour la survie de l’espèce. Ici, on est carrément dans la deuxième catégorie.

Très similaire aux Rôdeurs de l’Empire, les premiers chapitres se concernent avec mettre beaucoup de personnages sur l’échiquier. On rencontre d’abord beaucoup de militaires et scientifiques, chargés de gérer l’atterrissage et la construction de la nouvelle colonie. Au fur et à mesure, de plus en plus de civils sont réveillés pour rejoindre les efforts.

Il s’avère que l’Arche n’est pas le seul effort lancé par les Terriens. Quelques semaines après leur arrivée, une deuxième arche arrive. Il s’avère que après le départ de l’Arche, la technologie s’est améliorée assez pour une seconde tentative, et en plus, les humains sur le deuxième vaisseau sont plus évolués. Ils sont légèrement télépathiques et prennent des décisions en tant qu’un groupe. Les différences entre ces deux groupes d’êtres humains auront des conséquences.

Bien que le livre parle d’une colonie fictive, M. Duvert prend l’opportunité pour provoquer des réflexions sur certains sujets bien terrestres. Par exemple, quand un colon du premier groupe meurtre un colon du deuxième groupe, il se justifie en pensant « Les Français étaient-ils racistes lorsqu’ils tuèrent des Allemands sous l’Occupation ? Il ne s’agissait pas de racisme, mais de légitime défense ! » Dans ce cas, il a peut-être tort quant à son analogie, mais on ne peut que penser à la tendance moderne — surtout aux États-Unis — de dire que tout le monde qui n’est pas d’accord est nazi, donc tout et n’importe quoi est justifié. Il s’avèrera que la situation est beaucoup plus compliquée que ce monsieur en pense.

Comme dans d’autres livres duvertiens, il y a des moments genre clin d’œil vers le lecteur à cause du fait que les personnages se parlent probablement dans une autre langue, bien que le livre soit écrit en français. Très peu après le début, un espagnol se réveille dans l’Arche et ça arrive :

Le caisson cryogénique s’ouvrit, laissant apparaître un grand Hispanique aux traits anguleux.

— Putana Madre !

Bowman sourit en voyant tousser violemment Francisco Baya, dont le réveil était difficile….

— Ho, Colonel… dit Baya. Je veux dire… Putain de réveil !

1ère partie, Chapitre 4

C’est gentil de M. Baya de traduire ses jurons pour nous.

Ce livre me rappelle de nombreux maîtres de la science-fiction. Par exemple, Isaac Asimov, qui a mis la table avec son Cycle de Fondation, où il y a deux visions très différentes pour comment sauver l’humanité. Si on disait que l’Arche est la Première Fondation, et l’Utopia est la Seconde Fondation, surtout en ce qui concerne leurs méthodes, on ne serait pas loin de la vérité. La coopération mal à l’aise entre les deux groupes me rappelle fortement Au tréfonds du ciel par Vernor Vinge, surtout parce que le manque d’identité personnelle du deuxième groupe me rappelle les « Émergents ». Dès que j’ai lu la première mention d’un certain organisme qui infecte tous ceux qui respirent l’air de la planète, j’ai crié « C’est l’organisme Warden ! » de mon auteur préféré du genre, Jack Chalker — tout inconnu en France, il me semble, mais dont sa série Les Quatre Seigneurs du Diamant fait une chose similaire (enfin, avec des buts très différents). J’ajoute aussi la maîtresse irlandaise Anne McCaffrey, dont les origines de sa célèbre série La Ballade de Pern partagent de nombreux traits avec le sort d’Outsphere — surtout que les colons pensaient à créer une société technologique, mais ils vont finir par vivre la vie que la planète leur permet.

Outsphere nage dans les mêmes eaux que ces œuvres, mais est tellement sa propre histoire. Je les mentionne pour vous indiquer le rang d’auteurs auquel il faut faire la comparaison. Je vous recommanderais tout et n’importe quel livre parmi les précédents sans hésitation, et Outsphere mérite une place à côté de chacun.

Les Rôdeurs de l’Empire

On retourne encore une fois vers l’univers de Guy-Roger Duvert, mais cette fois, on n’est pas dans les Chroniques Occultes. C’est sa série « Les Rôdeurs de l’Empire », et cette fois, on parle du premier tome. (Puis-je ajouter que j’adore que l’on dit « tome » pour ça ? En anglais, ce mot veut dire un gros livre, un qui pèse, euh…des livres !)

Avant de continuer, je vous recommande aussi les avis de Light & Smell et Les Crins du Barde.

Bien que je me sois trouvé dans le monde duvertien à cause de ses équipées lovecraftiennes, il s’avère que je l’adore autant pour ses personnages et ses cadres à lui. L’Empire et ses alentours doivent une certaine ambiance aux conventions du genre du fantastique, mais on est encore une fois aux mains d’un maître avec ses propres idées. Le problème pour moi, c’est comment l’expliquer sans jouer le divulgâcheur.

Ce livre, également que L’Appel d’Am-Heh, lance une série, mais commence d’une façon très différente – et j’oserais dire plus française — que l’autre. Qu’est-ce que je veux dire ? L’Appel d’Am-Heh commence par lancer le lecteur en plein milieu de l’action — on retrouve un archéologue en train de fouiller un temple égyptien sans explication, et son assistant est tué dans les premières pages. C’est un style très américain, d’après ses sources comme Cthulhu et Indiana Jones.

Les Rôdeurs de l’Empire, par contre, prend le premier vingt pour-cent du livre pour mettre les pièces sur l’échiquier, une belle vingtaine de personnages. (Il y a un glossaire à la fin du livre.) C’est exactement ce que j’ai dit du style français en regardant mes premiers films — il y a beaucoup plus d’attention à mettre la scène, et le « denouement » (mot anglais qui veut dire « dénouement ») se déroule plus vite car il ne reste autant de temps. Oscar est l’exemple le plus extrême de cette tendance — 60 minutes lentes d’exposition suivies par 20 minutes des rires les plus fous possibles. Les Rôdeurs de l’Empire est loin d’être Oscar, mais après une quarantaine de pages, j’ai décidé de recommencer à nouveau et écrire des notes après avoir fini chaque chapitre. C’est difficile de tout garder en tête ! Mais je vous promets — ça vaut le coup.

Une fois la scène est mise, quel échiquier ! On est à la frontière de deux pays sur le point de tomber en guerre, il y a de nombreuses factions, des mercenaires de loyauté inconnue, des criminels, et pas mal de civils malchanceux, au mauvais endroit au mauvais temps. Quand une armée assiège une auberge où tous ces personnages se réunissent complètement par hasard, c’est comme un roman où Psychose se retrouve avec L’espion qui m’aimait (le roman, pas le film), dans une ambiance de Mobile Suit Gundam 0080. Un espace confiné, de grands mystères, et de lourdes pertes partout, surtout parmi ceux qui n’ont pas cherché le danger.

Je vous conseille de ne pas vous attacher à n’importe quel des personnages. Encore plus que d’hab, M. Duvert n’a pas peur de tuer ses personnages, et il y aura des rebondissements à découvrir avant la fin. Vous aurez probablement tort sur l’état d’affaires à la fin. Mais ce ne sera pas facile — avec seulement quelques pages pour présenter chacun de ses personnages au début, il réussite quand même à donner un beau sens de leurs origines et leurs buts.

J’ai ma plainte habituelle quant aux prénoms des personnages. On est dans un monde bien fictif, alors il n’y a pas besoin de rencontrer des noms familiers. Et on va rencontrer Sathin et Eyamen, Jorekin et Roeken, tout au bien. Mais aussi Logan, Ethan, Trevor et Tobias ? Qu’est-ce qu’il y a ? Pas besoin de retrouver des noms anglophones pour donner un sens de l’exotique ! Dans mon roman, ce serait plutôt Delphine ou Gontran, peut-être un Enguerrand ou une Aliénor, pas mes copains de classe à la maternelle ! Mais ne me prenez pas au sérieux ; pour des lecteurs francophones, ça marche sûrement.

Mon autre plainte, c’est qu’il y a un personnage qui parle en « business English », même si les mots sont en français. Il dit à un moment « Mon calendrier est assez libre, en ce moment ! », et à un autre « Je suis un joueur en équipe, moi ! » J’entends surtout « team player » pour le dernier dans la tête. Encore une fois, ne me prenez pas au sérieux, à moins qu’il revienne pour dire qu’il fait « le buzz ».

Au-delà de ces soi-disant plaintes, j’ai énormément profité de ce livre, comme d’habitude chez M. Duvert. Je ne sais pas si je me lance dans la suite pour mon prochain livre, ou revienne vers Outsphere, un autre de ses livres en attente sur mon appli Kindle . Mais il n’y a aucune question que je continue d’être fan, et de le recommander sans hésitation.

L’Ombre de Nyarlathotep

Ça fait assez longtemps depuis la dernière fois où on a parlé des Chroniques Occultes de Guy-Roger Duvert. Rappelez-vous de L’Appel d’Am-Heh et Les Disparus d’Arkham si besoin.

D’abord, je vous dirai que je suis largement d’accord avec les avis de Light&Smell et Les Crins du Barde. J’ai énormément profité de ce livre et je le recommande sans hésitation. Mais cette fois, j’ai quelques plaintes ainsi que mes louanges habituelles. Néanmoins, commençons avec les points forts.

L’une des choses que j’adore la plus chez M. Duvert, c’est qu’il y a de la réalité dans ses contes. Au début, on entend parler d’un certain Bhagwant Das, ancien roi du Rajasthan au XVIe siècle. Il était réel, ainsi que le village de Canning, d’où nos héros se lancent dans une expédition. Hew Draper, accusé d’être sorcier à Londres, a vraiment laissé des graffitis bizarres dans la Tour de Londres, puis est disparu sans explication. On devrait toujours lire M. Duvert en jetant un œil sur Wikipedia (ou une souce mieux réputée !), parce qu’il y a plein de faits divers à apprendre dans ses livres.

Une autre chose que je vous ai déjà dit, mais qui reste aussi vraie que jamais cette fois, c’est qu’il a bien maîtrisé le Mythe de Cthulhu. Encore une fois, le lecteur qui a déjà lu Les montagnes hallucinées tirera plus de ce livre que les autres, avec ses références au plateau de Leng. Cette fois, il faut mentionner aussi La Quête onirique de Kadath l’inconnue et Le Cauchemar d’Innsmouth, ainsi que L’Appel de Cthulhu et les histoires appelées Nyarlathotep et Le Chaos rampant. Je ne veux rien divulgâcher en expliquant pourquoi tous ces livres et nouvelles sont importants, mais disons que M. Duvert fait toujours ses devoirs. Et cette fois, il nous présente un monstre bien de sa propre invention, qui convient parfaitement au Mythe. Ceux des Profondeurs approuveraient.

Au fait, quand ma fille n’avait que 9 mois, et avait commencé à marcher à quatre pattes (on dit « crawl » en anglais), je l’ai surnommée « Chaos Rampant » (The Crawling Chaos) d’après le surnom de Nyarlathotep.

Alors, l’histoire elle-même. Comme dans les deux premiers tomes, M. Duvert nous régale avec des lieux exotiques, une intrigue pleine de complots et rebondissements, des pièges effrayants pour nos héros, et cette fois plus que jamais, un sens que l’on pourrait vraiment finir par dire adieu à des personnages bien aimés. Vu que j’ai cru Howard mort à la fin du premier livre, ne comptez pas sur moi pour des prédictions.

C’est donc quoi ma plainte ? À mon avis, quand nos aventuriers se séparent en deux groupes, la partie qui met Milton et Kristen en vedette leur fait subir un trop grand échec pour les sacrifices qu’ils font. Cette partie peut bien être justifiée en tant qu’opportunité pour développer le personnage de Milton en particulier et je n’ai pas de plainte sur ça. Au fur et à mesure de ce genre d’enquête, il serait bien étrange si chacun ne commence pas à perdre la tête de sa propre façon. À cet égard, cette partie du livre est une réussite. Mais il se déroule pendant presque 140 pages. Il me semble que Milton a de meilleur sens que ce qu’il montre pendant ce temps, et on le voit encore une fois vers la fin de cette partie. Vu ce qu’il arrive aux deux dès qu’ils reviennent à leur base d’opérations, qui sent un peu le Deus Ex Machina, il me semble que Milton n’a pas payé assez cher pour ses décisions ici. Et je dis ça avec toute l’affection au monde pour Milton.

Mon autre plainte concerne la fin. Ce serait trop facile et pas dans l’esprit du genre si les aventuriers finissent à chaque fois en rencontrant les Grands Anciens en direct. Et franchement, ils mourraient tous si une telle chose arrivait. Mais pour autant que je l’assume, il m’a semblé que nos héros ont fini par résoudre un puzzle très différent de celui qu’ils poursuivaient.

Ce n’est pas du tout à dire que j’ai rien d’autre que hâte pour lire la suite — et j’espère qu’il y en aura une ! Je crois depuis le dernier tome que Kristen n’est pas en fait folle, même pas un peu, et rien dans ce livre ne m’a fait changer d’avis. J’ai envie de savoir si j’ai raison. (S’il s’avère dans le futur que j’ai tort, je vous le dirai.) Je crois qu’il y aura une sacrée finale qui vaudra le coup d’avoir lu toute la série, et M. Duvert a bien gagné ma confiance. Je souhaite juste qu’il soit un peu plus efficace en nous livrant à ce point.

Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin

D’abord, je dois vous dire que cet article existe seulement grâce à l’aide de Light & Smell. Après sa critique de ce livre, qui m’a donné envie de le lire, elle a entendu parler que je ne pouvais pas l’acheter sur Kindle aux États-Unis, et m’a dit qu’elle allait régler le problème. Je n’arrive plus à trouver la bonne conversation, mais je me souviens qu’elle a enfin parlé à l’éditeur. Quelques semaines plus tard, voilà ! J’en ai besoin parce que ça me permet de chercher rapidement des mots dans un dictionnaire. De toute façon, je l’ai acheté le 11 novembre, et je viens de lire les 50 dernières pages en une nuit après mon examen mercredi !

Il y a à peu près 35 ans, j’ai lu l’un des livres les plus importants de ma vie, The Phantom Tollbooth (Le Péage fantôme). En anglais, naturellement, où c’est un classique de la littérature de jeunesse. Dans ce livre-là, un enfant, Milo, voyage à travers un monde où les maths et les langues sont bien réels, où on déclame son dîner, puis on mange littéralement ses mots.

Prospérine Virgule-Point me rappelle — tout heureusement — mon ancien livre. Tout d’abord, ce livre commence avec une des phrases les plus drôles que j’ai lues :

À l’époque, ce mariage avait fait scandale, car il n’était pas courant pour deux clans aussi importants que les Point et les Virgule de se mélanger et d’oser lier leurs noms par un vilain trait d’union.

Chapitre 1

Un vilain trait d’union ! L’idée elle-même est ridicule ! Pourtant, ça annonce exactement quel genre de livre on va lire. Au cas où ce serait pas clair, quelques pages plus tard, on lit :

Mme Virgule-Point n’appelait jamais son époux autrement que par son grade. Il y avait à ce formalisme une explication très simple : le maréchal avait perdu son prénom durant la guerre contre les Trémas. Cette blessure sur le champ de bataille lui avait d’ailleurs valu les honneurs militaires.

Chapitre 1

Est-ce assez clair ? Un autre exemple : un type plutôt désagréable, un certain Honoré Point-Virgule, parle avec un accent Où Tout Ce Qu’il Dit Commence Par Des Majuscules. (Plus tard, nous rencontrons sa fiancée. Elle Est Encore Pire. Au Moins Honoré s’arrête Parfois.) Où a-t-il appris ça ? À la Capitale, naturellement. Le truc dingue, c’est que je n’arrive même pas à imaginer le son dans les têtes des personnages, mais j’ai fortement l’idée qu’il sonne exactement comme la famille royale britannique, ou La Chenille d’Alice au pays des merveilles (au moins en VO). Le style de l’autrice se prête bien à l’imagination du lecteur, peu importe si on ne peut pas vraiment expérimenter son monde fictif.

Est-ce que je dois vous dire quelle monnaie s’utilise dans ce monde ? L’euro ? Bien sûr que non. Le franc ? Pas non plus. C’est le Livre, naturellement.

Au fait, pour mieux comprendre le monde du roman, les personnages du livre savent qu’ils doivent leur existence à la littérature française (et appellent notre monde le monde réel), mais ne sont pas français eux-mêmes, ni des personnages de la littérature non plus. Ça peut être un peu déroutant, et je me demandais à plusieurs fois s’ils étaient tous faits d’encre, mais c’est apparemment pas le cas. Disons que l’on peut se rendre fou en trop pensant aux règles qui gouvernent le monde de Prospérine. Il vaut mieux d’en profiter.

Il y a un tueur à gages, un certain M. A-N-O-N-Y-M-E, qui se dévoile comme antagoniste important. Je ne veux pas jouer le divulgâcheur, mais dans Chapitre 7 (de 22), son chef lui dit quelque chose qui m’a étonné :

Quant à vos Point et vos Virgule, je vais envoyer une Mary-Sue les surveiller.

Chapitre 7

Au moment de le lire, je me suis devenu fou en me demandant « On parle de la même idée d’un personnage avec trop de compétences et sans défauts qu’on entend par ce nom en anglais ? Je rêve, sûrement ! » Mais oui, c’est bel et bien elle, tirée originalement (lien en français !) des magazines de fans de Star Trek. Il me rend bien heureux de partager cette idée sans devoir l’expliquer.

Et je dois ajouter que pour autant que ce monde apparaisse mignon, pour autant que certaines choses soient difficiles à imaginer, quand M. A-N-O-N-Y-M-E font ses crimes, c’est horrifiant. L’autrice a un talent indéniable pour faire croire le lecteur à la gravité de ce monde. Tout ce parler d’encre et de ponctuation n’empêche pas l’immersion dans cette réalité et j’ai fini par détester M. A-N-O-N-Y-M-E (parmi d’autres) autant que n’importe quel meurtrier quotidien.

Mais c’est une chose de parler du monde que l’autrice a créé. Comment est-ce en tant qu’histoire ? Étonnant. Je me suis trompé sur tout dès le départ — je croyais au début que « la phrase sans fin » serait quelque chose comme « L’Histoire sans fin », qui se renouvelle éternellement. Mais en fait, c’est plutôt littéralement une phrase qui n’est pas terminée (on l’apprend vite), et ça a des conséquences graves. Sauf pour notre héroïne, je me suis trompé du destin de chacun et tous des personnages. Pourtant, il y a des indices pour le lecteur patient (et qui ne galère pas autant avec la langue). La fin est bien logique, et ma seule plainte est qu’elle se déroule plutôt vite dans les 30 dernières pages. Pourtant, je ne dirais jamais qu’il y a même la moindre partie gaspillée — ce monde est un tel délice qu’il vaut bien le coup d’y passer du temps.

J’avoue que je suis plus qu’un peu surpris que ce roman est considéré « de jeunesse ». C’est un roman fantastique, bien sûr, mais en plus de tous les jeux de mots, j’ai du mal à croire qu’un roman aussi complexe, de plus de 300 pages, convienne aux enfants de l’âge collégial.

Pour la troisième fois en trois essais, Mme Light & Smell a recommandé un livre qui valait tous mes efforts de le lire. À mon tour, je vais le recommander dans le groupe privé de l’OCA, car j’espère qu’il gagnera assez d’exemplaires vendus pour que l’édition sorte plus de livres aux États-Unis. J’espère certainement lire plus de livres par l’autrice, Mme Dargelos !

Claire, le prénom de la honte

En avril, quelques jours après avoir acheté L’Appel d’Am-Heh, j’ai fait un deuxième achat. Je ne me souviens pas du tout de comment je l’ai trouvé, mais je me souviens bien d’avoir ressenti que je devais lire ce livre. Puis je l’ai mis à côté car j’avais déjà mes devoirs. Mais aujourd’hui on parle d’un livre qui me parle comme rien d’autre, Claire, le prénom de la honte par Claire Koç.

Ce livre est deux contes dans une histoire. Un conte est le drapeau que je hisserais sur ce blog, la chanson d’amour à la France. Le premier chapitre m’a fait sangloter. C’est beau, c’est courageux, et elle a dû lutter pour n’être que Française. ([Vous voulez aussi être Française ? C’est quand la chirurgie ? — M. Descarottes]) Quant au dernier chapitre, c’est rien d’autre que La Marseillaise moderne. L’autre conte est plus inquiétant. Elle s’est échappée de nombreuses cruautés infligées à sa famille par le gouvernement turc, mais aussi celles de son ancienne communauté immigrante* contre elle, et ses solutions reflètent son désir de ne plus jamais souffrir de cette façon. Ce conte est rempli d’expériences douloureuses et dures à lire. Mais je me suis colleté avec ce livre car il est étonnant à quel point nous sommes la même personne.

*(Elle le considèrerait un faux pas, de dire qu’elle reste immigrante. Elle est naturalisée donc 100 % Française. Je suis heureux de suivre son exemple.)

Son histoire commence avec ce qui est censé être insulte, mais qui est à mon avis le plus grand compliment possible, « Tout en toi pue la France », la reproche de sa famille d’immigrants turcs. Que l’on me dise une telle chose ! (Sauf pour cette partie. C’est à vous.) Mais pour elle, qui vient d’une culture musulmane, c’est une menace. Sa famille habitait à l’époque à Strasbourg, mais n’avait pas le moindre intérêt à s’intégrer. Et chez les musulmans, c’est un risque très grave pour une femme de désobéir aux souhaits de ses parents masculins.

Je dois vous dire que bien que je vibre avec son premier chapitre, où elle parle de sa naturalisation, elle a fait plusieurs choix imprudents. Un exemple :

Dans le formulaire, on me proposa de choisir un nouveau prénom. J’inscrivis Claire, instinctivement.

Chapitre 1

C’est pas le choix de Claire. Tant qu’elle choisit un prénom qui comporte avec la loi de 1803, c’est son affaire. Je plaisante, bien sûr. C’est plutôt le mot « instinctivement ». Elle a changé son prénom sans rien dire à personne avant. Pas surprenant que sa famille serait choquée, même s’ils avaient soutenu l’idée. (J’avoue que ça ne serait pas arrivé en tout cas.) Elle ne leur a pas dit qu’elle allait se faire naturaliser non plus. Son père n’était pas content :

Non, mais tu m’as pas demandé mon avis ? s’emballa mon père dont le regard oscillait entre la haine et le dégoût – jamais je n’avais vu dans ses yeux une expression aussi agressive. Et la prochaine étape, c’est quoi ? Nous ramener un mari français ? Te convertir ?

Chapitre 2

Ses amis n’étaient pas mieux :

« Je suis sûre qu’ils t’ont obligée à chanter leur “Marseillaise” à cette cérémonie… Nan mais franchement… C’est dégueulasse, ce chant est si violent ! » conclurent mes deux amis journalistes présents.

Chapitre 2

J’ai envie de montrer quelque chose à ses amis.

Les prochains chapitres suivent le même thème encore et encore en racontant son chemin difficile. Je reconnais ses tendances, autant parce qu’elles décrivent également l’histoire de ma famille aux États-Unis que l’histoire de ce blog, alors je ferai le bilan puis donner quelques exemples. Elle aime la France comme on aime un époux ; être Française est son désir le plus puissant, et elle est prête à faire tout et n’importe quoi pour la défendre. Ayant vécu une rupture traumatique avec ses origines, elle est sensible aux critiques de la France de n’importe où, mais surtout à la part des immigrants qui méprisent leur pays adopté, car elle est reconnaissante. Elle prie pour le jour où elle se sentira acceptée, et n’entendra plus jamais « Mais d’où venez-vous vraiment ? » Le seul truc qui peut se faire fâcher autant que les immigrants ingrats sont les autochtones qui ne ressentent pas au même point l’amour de la Patrie.

Ça vous rappelle quelqu’un ? Où nous sommes différents, c’est qu’elle a tendance de voir les États-Unis comme une source majeure des problèmes, quand je dirais plutôt que l’on partage le même combat. ([Aussi qu’elle est assez belle pour se mettre sur la couverture de son livre. Vous êtes toute autre chose. — M. Descarottes])

La polémique d’être « français de souche » ou « français de papier » est un bon exemple de son thèse. En parlant de la polémique entre Rokhaya Diallo et Nadine Morano, elle défend fortement l’idée que l’on peut y être né, mais sans avoir l’esprit patriotique. Dans cet esprit, elle dit :

Je préfère revêtir l’habit de mauvaise immigrée qui aime la France que celui de la bonne Française qui crache sur son pays.

Chapitre 3

Mais elle a parfois du mal à voir que la même situation tient ailleurs, même si le vocabulaire n’est pas le même. Elle dit :

Le Turc, l’Algérien ou l’Américain hissent leurs drapeaux et n’ont pas honte de leurs couleurs. Pourquoi la France serait-elle la seule nation à renoncer à son héritage et ses élans patriotiques si précieux pour se forger un avenir commun ?

Chapitre 3

J’aurais bien aimé vivre dans ces États-Unis-là ! Ce livre a été publié en 2021, alors qu’il était déjà devenu à la mode de mépriser le drapeau. Plus tard, elle écrit :

Les États-Unis ont fait de la société multiculturelle la solution sine qua non, celle vers laquelle le monde entier devrait tendre.

Chapitre 4

Mais c’est exactement le combat entre les états dits « rouges » et « bleus » ! (Et en fait, elle le comprend très bien ; on y reviendra.) C’est certainement le sentiment de nos élites, qui le trouve utile d’avoir une multitude de petits groupes qui pourraient être achetés avec leurs propres programmes. N’imaginez pas que je parle d’un seul parti. À chaque présidentielle, les deux partis organisent des groupes comme Latinos for Obama ou Asian-Americans for Trump. C’est entièrement contre l’idée des Pères fondateurs, selon laquelle nous ne sommes tous qu’américains.

Je lui dirais que mes propres ancêtres ont fait le même choix qu’elle — n’être qu’américain, pas plus russe ni polonais. Il y a plein de « américains de souche » qui méprisent leur propre pays encore plus que les « bien-pensants » à l’étranger. Je reconnais donc aussi cette plainte :

Plutôt que de se sentir pleinement Français, certains vont jusqu’à brandir des échéanciers de couleur ou ausculter leur arbre généalogique pour espérer trouver un milligramme de sang étranger provenant de leurs aïeux. La France semble être le seul pays du monde où le manque d’appartenance est aussi prégnant.

Chapitre 8

Il y a de nombreux scandales aux États-Unis pendant ces dernières années où on veut se faire passer pour un membre d’un groupe minoritaire, car on aperçoit qu’il y aura des bienfaits (voilà, voilà et même une sénatrice). Il y a aussi plusieurs entreprises qui offrent des tests génétiques (voilà et voilà) pour découvrir « qui vous êtes vraiment ». La France n’est pas le seul pays du monde où se trouve cette obsession.

Au cas où on trouverait sa passion trop forte, Mme Koç nous explique que c’est une question de sécurité, de survie. Elle se plaint — avec raison — des règles importées de l’étranger qui limitent les droits de femmes de façon hypocrite :

C’est ainsi que mes parents vont me bannir quelques années plus tard lorsque je leur annoncerai que je compte épouser une personne qui, dans leur logique, est « un sale chrétien doublé d’un sale Français »…En revanche, les hommes de la famille peuvent vivre en concubinage avec des catholiques ou des protestantes sans risquer de se faire rejeter.

Chapitre 3

Il n’y a pas besoin de multiplier les exemples — elle parle aussi de ses collègues et leur club, la « Maghreb Connexion », et de ses amis bien-pensants qui ne comprennent pas sa reconnaissance vers la France. Il suffit de dire que Mme Koç dirait que dans la mesure où les associations d’aide ou bien le gouvernement essayent de maintenir un cadre d’être étranger autour des immigrants, ils ne leur rendent pas l’aide dont ils ont vraiment besoin. Ce dont elle avait besoin, c’était certainement de s’échapper. On pourrait dire exactement les mêmes choses en parlant des États-Unis, avec nos cérémonies de remise des diplômes séparés par race (voilà et voilà) — choisies volontairement par leur communautés, pas par la force de la loi.

Vers la fin, son huitième chapitre explique tout ce que je souhaite que les Français comprennent sur les États-Unis, en faisant des comparaisons entre les deux pays. Malgré mon impression au début qu’elle ne voyait pas toujours les détails, dans ce chapitre elle parle mieux de nos problèmes que peut-être n’importe quel autre Français que j’ai lu, sauf Anne-Élisabeth Moutet et Jean-François Revel. Elle voit une tendance dans les deux pays de mépriser son propre pays, pour laquelle elle blâme les « bien-pensants adeptes de l’autoflagellation ». Et ce mépris prend souvent la forme d’autoflagellation selon la couleur de sa peau. C’est la maladie qui a mis le feu aux États-Unis.

Je me compte chanceux de ne pas avoir vécu toute son histoire — c’est pas une critique, j’admire sa détermination ! Mais en lisant ce livre, j’avais l’impression de lire l’histoire de mes propres pensées. Quand je tourne les yeux vers la France, c’est parce qu’au fond je reste l’arrière-petit-fils des ancêtres qui cherchaient exactement la même chose qu’elle.

Mon livre des partisans

Le week-end dernier, j’étais chez mes parents pour retrouver quelques affaires. Saviez-vous que j’ai grandi à côté de la Loire ? C’est vrai, et j’ai pris une photo pour vous montrer !

Bon, c’est plutôt l’Avenue Loire. En fait, toutes les rues de mon ancien quartier sont nommées pour soit des vins soit des régions françaises. Le quartier est appelé « Wine Country » (Pays du vin). Profitez de dire le nom en bas, « Scripps Ranch » !

Mais cette fois-ci, j’ai trouvé quelque chose de complètement inattendu, mon trésor le plus précieux en tant qu’enfant. C’est un livre intitulé « Secret Armies » (Armées secrètes), et il s’adresse aux enfants d’environ 10 ans. Il s’agit d’une histoire des partisans dans les pays occupés, surtout lequel ? La Norvège ? Qui lisez-vous en ce moment ? On parle de la France ! Ça fait un beau 25 ans depuis la dernière fois où j’ai vu ce livre, et je le croyais perdu.

J’ai relu ce livre avec de nouveaux yeux. Des photos qui n’avait aucun sens pour moi sont devenues vivantes. Commençons juste après la page de la Blitzkrieg, avec le début de l’Occupation :

Dix ans, j’ai rien compris — seulement que c’était un journal résistant, selon la légende. Maintenant, je peux tout lire, dont le message du général de Gaulle :

À TOUS LES FRANÇAIS

La France a perdu une bataille ! Mais la France n’a pas perdu la guerre ! Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude. Cependant, RIEN N’EST PERDU !

Rien n’est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l’univers libre, des forces immenses n’ont pas encore donné. Un jour ces forces écraseront l’ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but !

Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu’ils se trouvent, à s’unir à moi dans l’action, dans le sacrifice et dans l’espérance. Notre Patrie est en péril de mort. Luttons tous pour la sauver. VIVE LA FRANCE !

Charles de Gaulle

Il y a des affiches que je connaissais seulement comme propagande, sans les comprendre.

L’affiche en bas, c’est à vomir : « En travaillant en Allemagne, tu seras l’Ambassadeur de la Qualité Française. » La légende dit seulement que l’affiche « encourageait les gens à aller travailler en Allemagne ».

Je ne m’en souvenais pas, mais j’avais lu à l’époque l’histoire vraie derrière Le mur de l’Atlantique. Il y avait vraiment un peintre, René Duchez, qui a trouvé les plans dans un bureau nazi. C’est tout là, à droite :

Voici des partisans français, en train d’apprendre à utiliser des pistolets-mitrailleurs Sten :

Et en face, la première fois où j’ai entendu parler de Jean Moulin :

Souvenez-vous de la fois où on a visité l’usine Peugeot dans le Doubs ? Dix ans, je ne connaissais pas Montbéliard non plus. Maintenant, je lis l’histoire de Harry Rée, qui a convaincu le directeur de le laisser saboter l’usine, et elle me parle encore plus.

Voilà une feuille de codes secrets utilisé par l’espion Yvonne Cormeau. On penserait avec un tel nom qu’elle était française, mais en fait, elle était britannique, la fille d’un père belge et une mère écossaise. Après le mort de son mari pendant le bombardement de Londres, elle est devenue espion en Gironde, puis partout au Sud de France.

En face, la plus grande héroïne de mon enfance, après Jeanne d’Arc, Marie-Madeleine Fourcade, avec ses nombreux déguisements et fausses identités :

J’avais bien oublié que ce livre a marqué la première fois où j’ai entendu les noms Vercors et Oradour-sur-Glane, mais les deux sont là :

Le livre finit avec la libération de la France. Des autres pays sont mentionnés, mais c’est la libération de Paris qui gagne la grande majorité de l’espace. (Toujours Paris avec ces gens !) On voit les Forces françaises de l’intérieur, l’arrivée du général de Gaulle, et de la propagande soviétique, qui ne donne pas de crédit aux FFI.

C’est un petit miracle. Je voulais tellement partager ce livre avec vous tous pendant les deux dernières années. Adulte, je vais finalement vivre le plus grand rêve que ce livre m’a donné. Je vous ai laissé un nouvel indice ailleurs sur le blog.

À table avec Louis de Funès

Au début de mes vacances, France Inter m’a envoyé l’ultime tentative à troller. Si on le lit rapidement dans un aéroport en attendant Godot un avion avec plusieurs heures de retard, on pourrait cliquer sans remarquer que c’était une rediffusion d’un émission en septembre 2020. Ce dernier lien promettait un entretien avec une autrice, Claire Dixsaut, décrite comme ça :

Claire Dixsaut est l’auteur de À table avec Louis de Funès, 60 recettes bien de chez nous.

N’ayant eu aucune idée de son identité, je pensais qu’elle était peut-être une relation de M. de Funès — « chez nous » m’a donné cette idée-là. Alors, je cherchais le livre, et voilà — c’était pas disponible chez FNAC, et chez Amazon.fr non plus. En fait, ce livre a sorti en 2011 ! Mais j’ai réussi à trouver la dernière copie d’occasion chez Amazon — d’ici. Je suis également surpris que vous.

Voici la couverture :

Malgré l’âge, la police de caractères a plutôt l’air des années 1960s ou 1970s, non ? C’est le bon choix vu ses films de l’époque qui parlent de la nourriture : Le Grand Restaurant, Les Grandes Vacances, L’Aile ou la cuisse, Le Tatoué.

Juste à l’intérieur, j’ai trouvé une dédicace. Ça me rend un peu triste, car je ne peux croire que personne vendrait un tel cadeau aussi vite (moins de 11 ans). Quelque chose d’horrible a dû arriver au premier propriétaire :

Au fait, puis-je vous dire que j’adore votre écriture à la main ? Il me semble que tous les Français, quoi qu’ils fassent, ont l’écriture parfaite. C’est dingue — saviez-vous que l’un de nos anciens ministres faisait passer quelques cercles pour sa signature ?

Alors, qu’est-ce que l’on trouve au-dedans ? Ce ne sont pas de recettes de la maison de Funès — ce sont en fait des recettes de films ! J’ai hâte d’ajouter qu’il n’y a pas de suggestion que ces recettes elles-mêmes étaient préparées pour le tournage de leurs films respectifs. Mais quand le titre parle de recettes « bien de chez nous », c’est-à-dire — largement — des recettes françaises authentiques. Dois-je vraiment vous dire que celle-ci vient du Gendarme à New York ? Et qu’est-ce qui s’est passé dans le film ?

Il y a la recette la plus importante de la filmographie de Louis de Funès. Les quantités ont bien changé, mais vous la connaissez par cœur : « 1 kilogramme kartoffeln, 1 litre milch, drei eier, neunzig gramm butter, salz, und…UND ! MUSKATNUSS ! MUSKATNUSS, HERR MULLER ! » (Attendez le balado, hihihi.) Si je rencontre un jour un allemand appelé Muller, vous savez ce qui arrivera. J’espère que la police sera gentille avec moi.

Certaines choses ne sont qu’inspirées par les films. Par exemple, dans « Ni vu ni connu », le personnage de Blaireau pêche les écrevisses, mais personne ne les prépare sur l’écran. Alors les écrevisses « bricoleuses » sont jolies, mais pas vraiment du film :

Dans L’Aile ou la cuisse, Gérard Duchemin remarque que le bœuf n’a que le goût de bœuf. Moi, je trouve ce plat plus marrant qu’intéressant — devrait-il avoir le goût de poisson ?

Je vous ai dit que les plats sont largement français. Quelques exceptions sont des plats japonais à cause de soit La Zizanie soit L’Aile ou la cuisse. Mais il faut que je mentionne celui-ci, des Grandes Vacances. Franchement, je ne sais pas qui veut ça :

Mais je dois ajouter que ce film vous trompe au sujet de viande « à la chantilly à la menthe ». Ce qu’on voit aux Grandes Vacances est dégoûtant — mais on ne mélange JAMAIS la chantilly avec la menthe. Ce que vous trouverez sûrement, jamais en même temps, c’est la chantilly au raifort, et la confiture de pommes à la menthe. Cette dernière est vraiment pour le mouton, et la chantilly au raifort, c’est pour le bœuf. Si vous allez chez Lawry’s à Beverly Hills, où ils ne servaient QUE du rosbif jusqu’environ 10 ans (depuis 1938), je vous promets que l’expérience ne serait pas du tout mauvaise. (Personne ne vous jettera le mauvais œil si vous sautez la chantilly, sérieusement.) Je vous aurais recommandé le restaurant St. James chez Fortnum & Mason, à Londres, mais il est devenu juste un salon de thé. (Allez là-bas quand même.)

Revenons à nos moutons, au moins ceux préparés à la française. L’autrice, Mme Dixsaut, est en même temps très bien qualifiée pour écrire ce livre et pas le meilleur choix. Elle est scénariste professionnelle, et sa connaissance des films est exceptionnelle. Elle a sorti plusieurs tels livres de recettes, comme un livre de James Bond, un sur les Tontons flingueurs, et un sur la mafia, version américaine. Il y en a d’autres, et pendant une période de 6 ans, autant de livres de recettes sont parus. C’est plutôt rapide pour développer autant de recettes. Vous ne trouveriez jamais sa recette de croissants signée par moi :

Je dois ajouter que les instructions pour la pâte levée feuilletée seraient trop longues vu que toutes les recettes tiennent sur une page pour chacune. Mais je sais que vous êtes d’accord, ce n’est pas la recette d’un Duchemin.

Je vous recommande ce livre en tant qu’œuvre d’histoire et pour susciter des remarques. Pour le cuisinier à la maison, il y en a de meilleurs. Mais pour le fan de Louis de Funès, c’est un excellent choix.

Ciel ! Blake !, Sky ! Mortimer !

J’ai fait une jolie boulette cette semaine.

Je me suis acheté le meilleur cadeau qu’un ami francophone aurait pu me donner. C’était pas mon intention. Dans un groupe Facebook bilingue, Everything French, j’ai vu la couverture de ce livre, « Ciel ! Blake !, Sky ! Mortimer ! » , et je me suis dit « Sky ! Mortimer ! n’a aucun sens en anglais — je dois en savoir plus ! Et franchement, ciel veut dire quoi ici ? » (J’ai ma réponse à cette dernière maintenant.) Je l’ai donc commandé de la FNAC (avec quelques films car il ne faut jamais rater l’opportunité).

Pour être clair, ce sont les deux couvertures d’un seul livre. Les deux moitiés du livre font la même chose, mais dans des sens opposés. Et c’est quoi qu’ils font ? Je laisserai l’auteur, M. Jean-Loup Chiflet, l’expliquer.

Même sa signature fait partie de la blague — « John Wolf Whistle » est une traduction littérale de « Jean-Loup Chiflet », et « wolf whistle » en particulier veut dire un genre de draguer plutôt agressif (voilà la version Looney Tunes).

« Sky ! Mortimer ! » est donc la partie du livre de laquelle même un francophone monolingue peut profiter. Chaque entrée commence avec une expression idiomatique en anglais, et est suivie par son équivalent en français. Les deux sont accompagnées par un dessin de Blake et Mortimer avec une traduction hyper-littérale de l’anglais utilisée comme dialogue. Voilà des exemples

En ce cas, il y a en fait une version exacte de l’expression française en anglais — « Strike while the iron is hot. »

Celui-ci est un exemple de comment la méthode du livre tourne plus vers l’humour que la vérité. L’expression anglaise est en fait plus proche à la française que l’exemple. « Chips » est certainement le mot en anglais britannique pour les frites, mais c’est aussi le mot — aux deux côtés de l’Atlantique — pour les jetons de poker.

Jetons de poker, ou « chips », Photo par Qz10, Domaine public

« Ciel ! Blake ! » fait la même chose, mais si vous ne comprenez pas l’anglais, les traductions dans les dessins n’auront aucun sens, humoristique ou autrement. Voici un exemple que je ne peux pas résister :

Un journal est apparemment un canard. On dirait en anglais que mon monde est bouleversé. Peut-être mon Le Monde en plus.

Je n’ai pas de plaintes, mais il y a certaines expressions où je dirais qu’il existe de meilleurs choix. Par exemple, « I’m on cloud nine » est donné l’expression équivalente « Je suis au septième ciel » et la traduction littérale « Je suis sur le neuvième nuage ». Ces choix sont tous les deux corrects, mais on dit aussi en anglais « seventh Heaven, » la traduction littérale du « septième ciel ». Au fait, les italiens parlent aussi du « settimo cielo ».

Un autre exemple : « We must give the devil his due » est rendu métaphoriquement comme « Il faut rendre à César ce qui est à César » et littéralement « Il faut donner au diable ce qu’on lui doit ». La traduction littérale est bonne, mais on dit aussi en anglais exactement la citation sur César, qui vient de Matthieu 22:21. J’ai aussi un doute sur l’expression anglaise « I cry monkey » pour laquelle il donne « Je suis cuit » et littéralement « Je pleure singe ». En anglais, on dirait « Mon oie est cuite » pour « Je suis cuit ». Je ne connais pas l’expression avec un singe, soit en anglais américain soit britannique, et mes recherches sur Google n’ont rien trouvé.

Mais laisse béton ! Tout ça cherche la petite bête. J’ai ri comme une baleine en lisant ce livre. Mais malheureusement pour mes amis, j’ai déjà lu le meilleur livre bilingue possible. Heureusement, il y en a un autre du même auteur sur ce sujet.