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Oyez ! Oyez ! Oyez !

Il y a des pépites que je garde pour des jours comme aujourd’hui, où il y a des urgences, comme…euh… emmener ma fille au ciné pour revoir le film Super Mario Bros. avant qu’il ne quitte les cinés. C’était important — nous avons dû vérifier s’il y avait vraiment un resto français dans le film. C’est vrai ! Il s’appelle « Chasse au Canard », la traduction exacte du jeu des années 80, « Duck Hunt« . (Le premier lien dit que c’est au pluriel ; c’est faux.) À cause de ces recherches importantes, je n’ai pas eu le temps pour un plus long article

Une telle pépite, c’est que chaque séance de notre Cour suprême commence avec une citation en français. Ne me croyez pas sur parole. Le clip suivant vient de C-SPAN, la LCP américaine. (Au fait, selon le site de LCP, c’est la C-SPAN française. Mais j’ai mes priorités dans le bon ordre.) Veuillez pardonner la prononciation. J’ai mis l’enregistrement au bon moment :

Mais pourquoi fait-on une telle chose ? La réponse vient de l’époque de Guillaume le Conquérant. Du XIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle, on n’était pas obligé de poursuivre ses procès en anglais dans les tribunaux anglais. On avait le droit de parler en « Law French » (français des lois). C’était une version de la langue spécialisée pour les tribunaux. Certains mots ont survécu jusqu’à nos jours.

Kelham’s Dictionnaire de la langue normande, Domaine public

Par exemple, celui qui porte plainte contre un autre dans les tribunaux anglophones — soit au Royaume-Uni, au Canada, ou aux États-Unis — c’est le « plaintiff », du Vieux Français « plaintif » (on dit maintenant « plaignant »). Celui qui répond, c’est le « defendant », version sans accent de « défendant ». Ce que le défendant est accusé d’avoir fait (dans un procès civil, pas criminel), c’est un « tort ». On sort parfois les criminels de prison avant la fin de leurs peines — on appelle ça « parole », car c’est sur leur parole qu’ils se comporteront bien.

Certains mots ont bien changé. Dans la théorie des lois, quiconque a commis un tort s’appelle « tortfeasor ». « Feasor » ne paraît pas être français, non ? Et si je vous disais que ça descend de « tortfaiseur », ça vous parle ? Et quant aux lois qui se traitent de propriété trouvée par hasard, on l’appelait « treasure trove ». Au temps de Guillaume, c’était « trésor trouvé ». Mais personne ne dit pas « treasure trove » aujourd’hui en tant que terme légal. De nos jours, ça veut dire une grande quantité de trésors, ce que l’on trouverait dans le repaire d’un dragon, où la cave d’un château.

La Cour suprême n’est pas la seule d’ouvrir leurs séances par « Oyez ! ». On le trouve toujours au Texas, en Pennsylvanie, en Virginie, et en Louisiane. Oui, en dehors de la Louisiane, ça peut être surprenant, où on trouve le français !

Fête d’anniversaire

Aujourd’hui, j’ai accueilli une petite fête d’anniversaire pour ma fille et 5 amies. Pendant les 24 heures précédentes, le cauchemar. J’ai dû aussi accueillir mon petit frère, qui ne se soucie pas de telles questions comme « Doit-il faire d’autres choses ? ». (C’est la même chose toute ma vie ; aucun risque que ça changera.) Comme vous savez déjà, ma fille ne voulait rien d’une boulangerie professionnelle. Et croyez-moi, il y avait des problèmes. Mais d’abord, voici les résultats.

Oui, ma fille m’avait demandé de lui faire un Napolitain. Mais oh là là, le chemin pour y arriver était dif-fi-cile. J’ai raté le fondant deux fois avant de réussir la troisième, et ça prend environ 35 minutes chacune. Juste pour vous amuser, pourquoi il faut couper les bords :

Je voulais lui préparer une surprise aussi. J’avais eu une idée pour faire des macarons parfumés de framboise, avec une ganache au citron, et décorés pour ressembler aux « Piranha Plantes » des jeux Mario. Mais voici les coques :

Je les aurai quand même utilisées mais ÇA m’est arrivé :

La ganache n’a que deux formes, apparemment — glacée et liquide. Elle a dû passer des heures au congélateur mais s’est fondue quand j’ai enfin essayé de l’utiliser. OUPS. Au moins il y avait un bon gâteau :

Haute résolution en cliquant

Vous ne pouvez pas voir que j’ai dû gratter la surface car le fondant est devenu solide trop vite en l’étalant. C’est le grand secret des pâtissiers — ne pas paniquer. Il n’y a pas toujours le temps pour refaire des choses, mais il faut toujours penser aux plans de sauvegarde.

Les enfants à cette fête n’ont pas la moindre idée de mon matin !

Voleur !

J’ai de mauvaises nouvelles, et je déteste surtout vous en parler mais il faut que je le fasse. Pourquoi ? Parce que plusieurs d’entre vous — en même temps, complètement par hasard — m’ont récemment envoyé des choses. Mais j’ai peur que la gentillesse de certains ait rencontré la méchanceté des californiens.

Pour info, ma ville d’Elbe-en-Irvine est réputée d’être la plus sûre aux États-Unis selon la FBI (lien en anglais). Aimeriez-vous savoir quelle agence a demandé à notre mairie d’arrêter de dire de telles choses ? La FBI. Le problème, c’est que selon des statistiques dont la FBI est responsable pour les ramasser, le plus bas nombre de crimes arrivent ici parmi les villes de plus de 250 000 habitants. Et c’est important à savoir — il y a des années ici sans aucune meurtre. Mais cette déclaration n’est pas du tout officielle à la part de la FBI. Je n’arrive plus à trouver des articles où ils nient avoir fait ce classement, mais sachez que vous ne trouverez jamais aucune annonce de la FBI pour dire une telle chose.

De toute façon, tout ça n’est pas à dire qu’il n’y a pas de crime à Irvine, et surtout contre les biens. Il y a deux semaines, j’ai reçu un courriel du propriétaire de mon immeuble qui disait :

C’est-à-dire : après la livraison quotidienne des courriers le 11 avril, on — cette célèbre personne mystérieuse — a volé des colis des boîtes aux lettres chez moi. Pour info, les boîtes sont toutes fermées à clé. Le maître de poste croit que l’on a une clé, car les boîtes n’étaient pas abîmées.

Depuis ce temps-là, aucune nouvelle. Puis ça m’est arrivé :

J’avais commandé une nouvelle carte mémoire pour notre Nintendo Switch avant l’arrivée du jeu vidéo le plus important de l’histoire humaine, d’ici une semaine. Je parle du prochain Legend of Zelda, dit Tears of the Kingdom (son nom en VF, veuillez diriger les plaintes au Japon). La capture d’écran dit que la carte a été livrée dans ma boîte aux lettres le 29 avril.

Vous le savez déjà, mais je le dirai quand même. Quand j’ai vérifié la boîte, pas de colis. C’était tout vide. J’ai parlé avec mes voisins, et ils disent tous la même chose. Le voleur est presque un médium : il apparaît tout de suite après les notifications, avant que les pensionnaires ne puissent retrouver leurs colis. Curieux.

J’ai appelé la police, et un policier m’a rendu visite dans mon appartement pour faire un rapport. ([Vous voyez, les amis ? La police lui a rendu visite ! Il l’avoue ! Car il est criminel ! — Mon ex]) Ils m’ont donné un numéro pour l’incident puis m’ont dit de faire un rapport au bureau de poste. Et vous savez quoi ?

Le bureau de poste ne voulait rien savoir. Ils n’ont pas enregistré aucune info. Ça me dit qu’ils croient la même chose que moi — on avait déjà une clé. Le facteur aussi. Qui aurait eu l’opportunité de copier sa clé ? Ouaip, Justin Maigret est arrivé à la même conclusion. C’est probablement le facteur.

Alors, si vous avez reçu une notification qu’un colis a été livré chez moi, dites-moi, car rien n’est arrivé. Ça ne s’applique qu’aux colis livrés par le USPS — c’est illégal aux États-Unis pour DHL, ou FedEx, ou quiconque de livrer dans les boîtes à lettres. Ils doivent tout livrer ailleurs.

Je suis vraiment désolé de devoir vous parler de ces vols, mais personne ici ne se soucie du problème. Si vous vous demandiez pourquoi je suis ingrat qui n’a rien dit, c’est que je n’ai rien vu. ([Rassurez-vous, il est quand même ingrat — Mon ex])

La vie dans deux fuseaux horaires

Je ne corrige pas toutes mes erreurs ici, un choix fait exprès. D’une part, j’aime parfois me donner des frissons de terreur en lisant les plus vieux posts du blog. D’autre part, certains commentaires perdraient leur sens si les erreurs dont ils parlaient disparaissaient. Alors, une erreur que je laisse rester, c’est que j’ai écrit que dimanche était le 1er — parce que c’est emblématique du plus grand défi de ce blog.

Sauf pour 2 périodes d’une quinzaine chacune, à cause de décalages de dates de changement d’horaire, je vis à 9 heures en retard sur la France. En général, j’essaye de publier un article par jour. Pour garder la passe de jours de suite, je les publie à 0h01 tous les jours dans mon fuseau horaire. (Au moins, c’est le but ; je ne suis pas toujours prêt à cette heure.)

Cette différence de temps a des conséquences. Parfois, c’est pour le meilleur. Quand je voulais regarder des concerts en ligne pendant le confinement, d’Indochine ou de Catherine Ringer, ou le meilleur épisode de Taratata de tous les temps (avec les deux), je pouvais les regarder vers midi, pendant le déjeuner. En théorie, c’était moins énervant pour mes voisins. (Pas vraiment, car ils s’attendent à silence absolu de ma part. De leur part… c’est un blog familial, mais c’est dégoûtant, ce que je supporte sans plainte.)

Parfois, c’est difficile. Trouver la bonne heure pour enregistrer « 5 Minutes Avec », c’est un défi. Avoir des conversations avec le service aux clients chez la FNAC ? Même moi, je suis d’accord avec mes voisins que des appels téléphoniques à 2h du matin sont nuls !

Mais en conséquence de la différence, je pense à certaines choses de façon différente que vous. Je doute que Le Canard enchaîné m’en veuille pour avoir piqué juste leur logo :

©️Le Canard enchaîné

Mais qu’est-ce que ça dit sous leur nom ? « Journal satirique paraissant le mercredi ». Peut-être pour vous. Moi, j’ai un rituel. Le mardi, je suis toujours à Rodrigo’s, un resto mexicain pour le déjeuner vers 12h45. Juste après avoir reçu ma commande à 13h, je peux télécharger Le Canard. Tous mes amis francophones sur Facebook savent que je prends tout de suite une capture d’écran du gros-titre, et le partage avec eux. J’aime le leur donner avant qu’ils ne puissent le trouver aux kiosques le matin.

Je sais, vous êtes curieux. Est-ce que Rodrigo’s est vraiment aussi bon que ça ? Voici ma commande habituelle, un chimichanga — les tortilla chips sont comprises :

En fait, bien que les chips soient excellentes, le chimichanga n’est que de qualité moyenne. Mais le prix n’est pas cher, le service est excellent, et il m’amuse de lire un journal en français dans un resto mexicain.

C’est la même chose avec les fêtes. Je dois tout préparer un jour à l’avance. Une galette des rois ou des haguignettes pour le 6 janvier ? Fait (et servi) le 5. Cette année, la galette est arrivée encore plus tôt à cause de l’horaire de ma fille, rien à voir avec les publications. Un colombier pour la Pentecôte ? Fait la veille aussi. Je veux écrire pour le 14 juillet ? Faut finir le 13 ! Pour vivre en même temps que la France, je dois tout planifier tôt.

Finalement, c’est la même chose avec la balado. Je prépare les épisodes le dimanche matin chez moi. Je les télécharge sur Spotify vers 23h, quand il est toujours dimanche. Et j’appuie sur le bouton pour les publier à 0h01 le lundi. Dans la tête, c’est toujours dimanche pour moi, et pour autant que j’essaye de me souvenir de la différence, quand j’en parle à des américains, je dis toujours que je la publie le dimanche.

Au fait, juste pour rappeler le bon vieux temps, si vous avez aimé ce post, abonnez-vous au Canard enchaîné !

Y’a des macarons

(Veuillez fredonner le gros-titre selon la mélodie de Y’a d’la haine des Rita Mitsouko. Merci.)

Alors, la semaine stressante est finie. Mais je n’aimerais plus jamais assister à un autre événement avec mon ex-belle-famille. Rappelez-moi, s’il vous plaît, quelle est « belle » dans une telle situation.

De toute façon, j’ai raté mon but de produire 400 macarons et fini avec 300. Je n’aurais jamais osé imaginer ce qui arriverait. Mais d’abord, quelques vues des résultats.

Au début, tout paraissait aller bien :

J’ai acheté une boîte géante en plastique pour faire correspondre des paires de coques et les garder jusqu’à ce que je sois prêt à préparer la ganache. J’ai mis du film à contact sur chaque lot de coques, puis ajouté plus de coques.

Mais de plus en plus, il y avait des problèmes, où certaines coques sont tombées :

J’ai même gardé une assiette pour la pile de rejet :

Mais j’ai fini par produire une boîte pleine de 150 petits sacs, avec 2 macarons dans chacun :

Mon ex et son mari — je sais, je n’arrive même pas à le croire — m’ont aidé à mettre des rubans décoratifs en haut de chaque sac :

Mais soyez rassurés, les amis, ces macarons de la haine ont fini par être rejetés. Je ne vais pas expliquer quel genre d’événement il était, mais sachez que la grande majorité des invités ont refusé de les goûter.

D’une part, je suppose que je suis content de ne pas avoir gaspillé 18 heures de travail pour des gens qui ne m’aiment pas. D’autre part, j’ai dû les renvoyer avec mes invités, car il en restait beaucoup à la fin.

Message bien pris en compte, et je ne cuisinerai plus jamais pour un événement plein de tels gens.

Mon vieux village

Aujourd’hui, j’étais à Claremont, Californie (à ne pas confondre avec Clermont) pour le 25e anniversaire de mon obtention du diplôme. Parce que je suis cinglé, naturellement j’assiste aux cérémonies de la fac où j’ai commencé, Harvey Mudd, plutôt que celle où j’ai reçu mon diplôme, Claremont McKenna. C’est quand même où tous mes amis restaient. Les écoles ne sont pas si intéressantes, mais je pensais qu’il serait intéressant de vous montrer un village américain –on n’habite pas tous dans de grandes villes !

Commençons aux bords du village ; d’un côté, il y a un magasin de jouets.

Plus proche de moi, il y a un bureau de poste. Je n’ai pas pu y entrer, parce que le samedi, les bureaux de poste ferment tôt. Mais ce bâtiment a presque 100 ans (vieux pour la Californie), et au-dedans il y a une fresque des années 30.

Peut-être que vous pensez qu’il n’y a que des autoroutes ici, et pas de trains. Ce n’est pas vrai. Voici la gare, un bâtiment de 1927 classé monument historique, d’où on peut aller à Los Angeles :

Juste avant que je ne sois quitté le village, un resto italien y est ouvert. Mon dîner en famille pour fêter la fin de mes études y a eu lieu :

Il y avait seulement une boulangerie à l’époque, et il reste seulement une boulangerie. Vous ne l’aimeriez pas, n’étant pas à la hauteur des standards français ; franchement, même à l’époque, moi non plus :

Il y avait une boutique de glaces et de bonbons qui a aussi ouvert juste avant la fin de mes études ; elle est toujours là et les pommes d’amour sont « à mourir », comme on dit en anglais :

Une vieille pharmacie des années 40 est devenue pizzeria :

Il y avait quelque chose de nouveau et très français à cette visite — une crêperie ! Dit « Crêpes of Wrath », un calembour sur le livre américain « The Grapes of Wrath » par John Steinbeck, traduit en français sous le nom Les Raisins de la colère. « Les Crêpes de la colère » n’aurait aucun sens aux anglophones :

À côté de la crêperie, on trouve le bâtiment dit « Harvard Square » (dans la rue dit « Harvard » — toutes les rues à Claremont ont les noms de célèbres universités ailleurs). C’était là, dans l’ancien Harvard Square Café où j’ai découvert la tarte Tatin pour la première fois. Le café nous a quitté il y a une décennie. Il y a un nouveau resto dans son éspace, dit Bardot. Je n’ai pas eu le temps pour y manger, mais je suis CURIEUX.

Finalement, nos villages ont leurs propres hôtels de ville, mais nous les appelons « City Hall » :

Je veux partager deux petits anecdotes de la fac. Pour une chose, il y avait — et il reste — une tradition où certains élèves font du monocycle pour aller à leurs classes. Pas moi ; j’avais trop peur :

Aussi, pendant ma troisième année — n’oubliez pas qu’aux États-Unis, on pass 4 ans à la fac, pas 3 — un ami m’a persuadé de demander rendez-vous à une fille en l’appelant du téléphone au-dedans de l’ascenseur à l’intérieur de la bibliothèque. Voici l’ascenseur :

Cette idée n’a pas été bien accueillie, mais je doute que ce soit la faute de l’ascenseur.

De toute façon, c’était mon jour à Claremont, où j’ai passé 2 ans heureux, ainsi que 2 autres.

Comme moi

La semaine stressante continue, et je n’avais vraiment pas le temps d’écrire hier ou aujourd’hui. Mais il y a une séquence à sauver avant minuit chez moi :

Et je me sentirais énervé si je le perds à cause d’autres personnes — surtout une en particulier. Alors, aujourd’hui un article tres bref où j’avoue l’existence de l’une de mes sources.

J’entends souvent « Justin, on ne connaît personne comme vous, aussi dédié à la France de l’étranger ». Et je vous dis, il faut simplement savoir où les trouver. Je connais des dizaines de milliers, et tous appartiennent au même groupe de Facebook :

Voici la photo de couverture du groupe Everything French. C’est parfaitement bilingue, à moitié anglophone, à moitié francophone. Bien que ce soit géré par des expatriés d’autres pays qui habitent en France, la plupart des membres sont des étrangers aussi dingues obsédés que moi, qui ne rêvent de rien d’autre, qui planifient toutes leurs vacances pour un seul et unique pays — non, pas la Belgique, faites attention ! (La Belgique a quand même ses charmes que la France n’arrive pas à égaler.)

Dans Everything French, on trouve tout genre de choses : des photos de voyage et la vie quotidienne, des recommandations, des idiomes et de la grammaire, et des blagues. Qu’ils aient des blagues ! J’estime qu’environ un tiers des Blagues de la Semaine viennent d’Everything French.

Bref, c’est comme ce blog, mais écrit par des centaines au lieu d’un auteur, et peut-être sans la même profondeur. Mais si vous voulez trouver toute une communauté comme ce blog, c’est le bon lieu pour visiter.

Les fous de la cannelle

Connaissez-vous « French Morning » ? C’est la publication pour les expatriés aux États-Unis. Nous avons une relation…compliquée. D’une part, c’est une ressource inestimable pour trouver des événements culturels, des entreprises, etc. Par exemple, si vous voulez savoir où et quand trouver Gad Elmaleh aux États-Unis, eux voilà ! S’il vous faut chercher une galette des rois au Texas, demandez-leur. Même à Los Angeles. Inestimable.

Mais d’autre part, j’ai parfois l’impression d’être analysé par des extra-terrestres. Oui, on utilise le système Fahrenheit ici. S’il vous faut absolument connaître la météo en degrés Celsius, appuyez sur le bon bouton de votre portable. Ne vous plaignez pas que ce n’est pas logique après avoir déménagé ici. On a déjà eu ce combat pendant les années 60. À chaque fois où je veux partager la température chez moi avec mes amis européens, j’appuie sur DEUX boutons dans ma voiture. L’un est pour changer l’échelle. L’autre est pour mettre une chanson française à la radio pour leur faire croire que je n’écoute rien d’autre — j’ai une réputation à maintenir ! Voici un exemple :

Cet album n’existe pas ! Quel est mon secret ?!?

Mais parfois, oui, j’essaye de les tromper :

De toute façon, nous parlions de French Morning. Ils écrivent parfois des analyses d’un pays que je ne reconnais guère. Cette fois, c’est un article sur notre supposée obsession pour la cannelle.

En arôme dans les yaourts, les bonbons ou les sirops, saupoudrée sur un cappuccino, en glaçage sur une pâtisserie, infusée dans une boisson non alcoolisée ou en assaisonnement dans une purée de patate douce, impossible d’y échapper. Le cinnamon diffuse depuis des décennies ses effluves camphrées aux États-Unis. Mais pourquoi tant d’engouement de ce côté de l’Atlantique ?

En arôme dans les yaourts ? On parle de yaourts disponibles au supermarché ? Voici la liste de parfums du yaourt grec « Oikos », la marque du Groupe Danone aux États-Unis. Aucun yaourt à la cannelle. Yoplait ? Pas non plus. Chobani, notre plus grande marque de yaourt ? Rien. Je n’ai absolument aucune idée d’où vient le tout premier exemple de l’article.

Quant aux bonbons, voici Hot Tamales, Red Hots, et Atomic Fireballs, des marques de bonbons à la cannelle. Mais c’est tout, au-delà des versions génériques des mêmes bonbons. Dans nos rayons de bonbons, on ne les remarque presque pas du tout parmi tous les chocolats.

C’est vrai que j’ai ce chocolat chaud dans mon placard :

C’est fortement à la cannelle. Mais qu’est-ce que c’est que ça en bas ? « Hecho en Mexico » Ouaip, c’est le « chocolat mexicain ». On la boit tout le temps au sud-ouest, mais c’est parce que nous mangeons comme les mexicains ! (Aussi, les vrais n’acceptent que du chocolat Ibarra. Ce truc de Nestlé est plutôt artificiel, mais c’est tout ce que l’on trouve dans mon supermarché.)

Nous aimons bien Cinnabon, c’est vrai. Au point où il n’y en a même pas un à Elbe-en-Irvine, et non pas à nos villes voisines de Tustin, Costa Mesa, et Newport Beach non plus, avec plus d’un million de personnes dans le tout. L’article dit :

Une enseigne qui compte près de 1200 magasins à travers le monde (principalement aux États-Unis).

Un peu plus que la moitié sont ici : 670 en total. Contre 334 millions de personnes, c’est un Cinnabon pour chaque 500 000. Faut pas exagérer à quel point c’est commun.

Je serais beaucoup plus d’accord que l’on est fous de « pumpkin spice, » un mélange qui contient de la cannelle, mais aussi du piment de la Jamaïque, des clous de girofle, et de la muscade. C’est partout de septembre jusqu’à fin novembre : à Starbucks, mais aussi dans les boulangeries et les restos. Vous pouvez le trouver dans ma recette de pain à la citrouille.

Je devinerais que l’article lié ici a été écrit par quelqu’un qui déteste vraiment la cannelle, et est en résultat hyper-sensible où qu’elle la trouve. Mais sa description du point auquel nous sommes censés être fous de la cannelle est si loin de la réalité, je dois me demander de quel pays il parle vraiment.

L’économie des macarons

Ce soir, j’ai fait un lot de macarons afin de me préparer pour ce week-end. Je ne suis pas complètement content de l’affaire, mais c’est pourquoi j’ai pratiqué. D’une photo, le plus Instagram possible, on penserait que c’est un assez beau lot.

On voit quelques imperfections, mais les yeux sont attirés vers le premier plan, et ceux de l’arrière-plan ne sont pas au point, alors tout paraît bon. Je ne suis pas d’accord ; je ne servirais jamais cette assiette à des gens qui me détestent (ce qui sera le cas ; il me faut donc les épater) :

Mais j’ai du temps pour tout corriger, et ces macarons n’ont pas mon secret le plus « Pierre Hermé » — les blancs déjà cassés qui reposent pendant plusieurs jours au frigo. J’ai cassé ces œufs au moment de préparer les macarons — Chef Hermé a raison, et les protéines doivent se décomposer un peu. Mes macarons pour l’OCA ont reçu ce traitement, et c’est pourquoi il y a 1,2 kg de blancs dans mon frigo en ce moment, 40 œufs en total ;

Comme disait Q dans les films James Bond, « Je ne plaisante jamais sur mon travail, 007 ».

Mais en ce moment, je veux vous parler sur l’économie de les faire. Voici (presque tous) mes ingrédients pour l’affaire :

Il faut que j’achète une nouvelle boîte de poudre de cacao, et j’ai dû aussi ajouter 4 œufs de plus pour atteindre 40 (il y a 18 dans chacune des boîtes). Mais tout dans cette photo coûte environ 95 $. Disons qu’avec les autres ingrédients, ça coûterait 115 $ (la poudre de cacao Guittard est chère, mais il me restera plein). Aussi, ce chocolat Ghirardelli est bon, mais si j’allais ouvrir une boutique, j’utiliserais Valrhona. C’est 113 grammes x 15 barres, alors environ 1,7 kg. Ça m’a coûté 48 $ de mon 95 $. Disons que 1,7 kg de Valrhona Manjari coûte 70 $ chez Surfas. Alors, tout ça coûterait au maximum 140 $ pour les ingrédients de 400 macarons.

Aux États-Unis, on paye au minimum 2 $ le macaron, et souvent 2,50 – 3 $. Il ne faut pas avoir autant d’imperfections même à 2 $, mais vous comprenez sûrement ce que je veux dire. Juste mes desserts pour l’OCA auraient coûté 150 $ s’ils avaient dû les acheter. (J’estime qu’un tel gâteau de cette taille-là aurait coûté environ 30 $, et 5 douzaines de macarons, 120 $.) Croyez-moi, tout le monde dans cette salle-là le savait bien.

Les macarons peuvent être très rentables à ces prix, même avec les services publics et le loyer pour une boutique. Si on peut vendre le tout pour 1000 $, même si les autres coûts triplent le montant, on touche 580 $ pour un investissement de 420 $. Pas mal ! Mais il y a deux raisons pourquoi il n’y a pas une armée de concurrents qui baissent le prix.

Pour une chose, c’est difficile de vendre une telle quantité tous les jours. Y a-t-il 400 macarons vendus quotidiennement chez Moulin ? Je le doute. On va perdre une certaine quantité des marchandises avant de les vendre.

Pour une autre chose, cuisiner à la française, surtout pour une recette aussi technique que les macarons, ça demande de l’expérience. On ne se réveille pas un jour ensoleillé en disant « Je vais vendre des macarons ». Aimeriez-vous voir mon tout premier lot en 2020 ? Voilà :

Aimez-vous l’ombre du con qui ne savait pas prendre des photos ? Moi non plus ! Mais regardez plus proche. J’insiste :

C’est exactement la même recette de Laurène Lefèvre que j’ai utilisé ce soir. La différence, c’est 3 ans d’expérience et des centaines de lots. Et même avec ça, quand ça fait un mois entre lots, je perds déjà mon instinct.

Voilà, c’est la vérité derrière le prix élevé de la pâtisserie française chez moi. Je vous ai dit avant qu’un pain au chocolat de la qualité que l’on trouve chez Carrefour pour 1, 55 € / 2, c’est 3,50 $ chacun ici. Et on paye presque aussi cher pour des pains d’une si mauvaise qualité que je refuse tout court de les manger. Trouver un boulanger de qualité, qui sait encore mieux que moi (et travaille de façon plus efficace) ? Ils ne poussent pas sur les arbres ! (C’est un dicton anglophone ; veuillez me donner une version plus française.)

Il n’y a rien que je fais pour ce blog qui me fait apprécier les ouvriers autant que cuisiner. À moins que vous croyiez vraiment que l’assiette de macarons en haut de ce post vaut vraiment 60 € ou plus (si c’est le cas, merci), appréciez qu’en France, l’économie de la pâtisserie, non pas seulement des macarons, est loin d’être aussi folle !

Café Joyeux

Je veux vous parler de quelque chose de spéciale en France. Afin de vous expliquer pourquoi il m’est important, on va d’abord parler de mon ancienne amie Jennifer, que je connaissais pendant 20 années aux États-Unis.

©️Café Joyeux

Commençons par mettre la table. Il y a une chaîne de restauration rapide ici, Corner Bakery, anciennement ma chaîne préférée pour ce genre de nourriture. Quand je vous dis qu’en 2000 et 2001, j’avais l’habitude d’aller à 3 emplacements différents chaque semaine afin que personne ne voie à quel point j’étais accro, je n’exagère même pas un peu. (Il ne reste rien de leur ancienne gloire ; j’y vais toujours de temps en temps, mais je ne le recommande plus même si vous voyagez près de chez moi.)

Mais même après qu’ils ont arrêté de vendre leurs pains, même après que tous mes plats préférés sont disparus, j’avais une raison pour aller au Corner Bakery le plus proche de chez moi. De 2000 à 2020, Jennifer y travaillait. Elle avait la trisomie 21, et y travaillait à temps partiel sous un programme pour aider à de telles personnes. Quand ils avaient un magnifique comptoir plein de desserts, et service genre buffet, elle était responsable de vendre les desserts. J’en commandais un à chaque fois juste pour ne pas la décevoir. Quand ils ont arrêté ça, elle se mettait à nettoyer les tables.

Avec le Covid, Corner Bakery a viré tous leurs employés responsables de nettoyer leurs salles à manger, handicapés ou autrement. Vous voulez une table propre ? Nettoyez-la vous-même. (Ce phénomène est partout aux États-Unis ; les restos rapides aimeraient tous ne plus offrir que des plats à emporter.) Ça fait donc 2 1/2 ans depuis la dernière fois où j’ai vu Jennifer, et j’espère que tout va bien chez elle, mais franchement, elle était déjà vieille vu sa maladie.

Alors quand France with Véro a écrit cette semaine sur la chaîne Café Joyeux, il me fallait vous en parler. Je laisserai les propriétaires vous l’expliquer :

En France, 700 000 personnes sont diagnostiquées comme ayant des troubles du spectre autistique et 65 000 sont porteuses de Trisomie 21. Elles sont deux à trois fois plus touchées par le chômage que le reste de la population. Seules 0,5%  des personnes atteintes de handicap mental travaillent en milieu ordinaire.

Au-delà d’apporter une solution innovante d’inclusion pour les personnes recrutées, Café Joyeux entend réparer cette inégalité. En 2017 naît le premier restaurant solidaire Café Joyeux qui emploi et forme des personnes en situation de handicap mental et cognitif.

Café Joyeux — Notre Mission

D’habitude, je ne recommande jamais des restos dont je n’y suis jamais allé. Mais je fais confiance à Véro au maximum, et elle dit « Bon café. Bonne nourriture. Bon service. Enfin et surtout, une disposition ensoleillée. » Et qu’est-ce que l’on y trouve ? Ce n’est pas une carte énorme ou compliquée — de la soupe, de la salade, une dizaine de desserts, des boissons fraîches ou chaudes. Mais en plus, à travers leurs 15 emplacements, presque 130 « Jennifer » français — et aucun viré à cause de l’avarice de la gestion. Que vous soyez à Rennes, Paris, Bordeaux, Nantes, Tours, ou Lyon, il y a un Café Joyeux près de chez vous. C’est un grand plaisir de vous passer ces infos.