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Le dîner de Noël, version 2022

Ce soir, j’étais encore une fois chez Moulin avec les membres et l’équipe de l’Alliance française. Contrairement à la dernière fois, c’était une très bonne nuit. Le choix de compagnons à la table fait vraiment toute la différence.

Voilà, l’extérieur du resto. Ils sont toujours Moulin, mais maintenant, ils appellent la partie avec du service à table « bouillon », d’après ce genre de resto en France. J’applaudis l’effort d’éduquer les consommateurs américains.

Voici la carte, un peu différente que l’année dernière :

J’étais agréablement surpris que le serveur ait pu prendre ma commande en français. Bien que le propriétaire soit expatrié français, l’équipe est grosso modo des américains. Aussi, j’aime trouver des excuses pour jouer le m’as-tu-vu du subjonctif. (C’était un sujet de conversation ; pas moi, juste le subjonctif.)

Voilà la meilleure partie du dîner, la tartine de chèvre chaud. Effectivement, s’il y avait eu deux fois de tartine sur l’assiette, mais rien d’autre pour le dîner, ça aurait suffi.

Le filet de daurade n’était pas mal, mais j’ai déjà eu assez de légumes verts :

La crème brûlée était compétent, mais manquait de goût fort. Moulin fait plein de très belles pâtisseries que je recommande sans hésitation ; en ce cas, je crois que c’était une question de budget et de quantité (il y avait une trentaine d’invités). Si quiconque me rendait visite et on déjeunait chez Moulin, je lui conseillerais de prendre un mille-feuille ou un petit Paris-Brest, pas la crème brûlée.

Je suis un peu gêné d’avoir été le seul de prendre du pain à la table. C’est le truc californien, d’éviter les glucides. Quant au pain, j’étais français avant que je ne puisse parler — l’anglais. Je n’arrive pas à imaginer un temps où je sauterais le pain.

Ma prof de chanson était là, et on a dîné à la même table. Elle avait menacé de m’obliger de chanter « Petit Papa Noël » pour le groupe, mais c’était beaucoup trop bruyant pour ça. La moitié d’entre vous ne l’a pas écouté — j’aurais été prêt :

C’était une soirée très agréable et même si Moulin/bouillon est un peu cher — c’est Newport Beach ici, c’est-à-dire le Versailles californien — ça vaut la peine pour mieux connaître ma petite communauté francophone.

Le Codex de Simon de Thuillières

Le grand problème avec des manuscrits comme mon cher Très riches heures du duc de Berry, c’est que personne ne fait plus de tels œuvres. Ou ai-je tort ?

J’ai récemment découvert la page d’un génie sur Facebook, Le Codex de Simon de Thuillières. Pour les fans de l’art médiéval, il n’y a rien de mieux. Ce qui suit est avec la permission de l’artiste, mais il n’a rien lu à l’avance, et j’ai aucun intérêt commercial, comme toujours.

Peut-être que vous vous souvenez de l’album de Laurence Manning avec la musique de la série Zelda ? C’est en fait comment j’ai découvert cet œuvre, dans un groupe de fans de jeux vidéo. En bas est une blague sur le jeu « Breath of the Wild », vendu même en France sous son nom anglais. Mais « Souffle de la sauvagerie » est pas mal comme traduction !

©️Société C.R.E.E., Publié sur Facebook, Avec la permission de l’auteur

Pour un fan du jeu, il y a de nombreux détails malins. Dans le jeu, le héros Link peut utiliser des courants d’air créés par les feux pour voler et lancer des flèches. Le monstre au milieu est un Gardien du jeu, mais d’un style médiéval plutôt qu’une copie du jeu. En bas à gauche, on trouve un Bokoblin, un ennemi commun de la série. Et tout ça avec une description dans un François médiéval que je ne comprends point. (J’ai au moins regardé Les Visiteurs.)

Mais oh là là, si vous n’avez jamais joué à Breath of the Wild, vous n’avez aucune idée à quel point les Gardiens sont effrayants. Ne l’imaginez pas :

Il s’adresse à tous genres de sujets culturels, pas seulement les jeux vidéo. Voici une parodie de la Bande à Picsou :

©️Société C.R.E.E., Publié sur Facebook, Avec la permission de l’auteur

Toute l’équipe est là, même si les noms sont inattendus pour moi. Je connais les trois neveux de Donald sous les noms de Huey, Dewey, et Louie. En français, ils sont devenus Riri, Fifi, et Loulou, et dans la version la plus récente — lui-même un chef-d’œuvre — ils sont maintenant Richard, Firmin, et Louis. (En VO, ils ont aussi reçu des prénoms plus officiels.) Je sais que les Beagle Boys sont les Rapetou en français, et les « Gras Petou » est un calembour sur ce dernier, mais même le Trésor de la Langue Française n’a pas pu m’aider.

Notre dernier exemple traite de l’actualité. On a récemment parlé de Black Friday, Vendredi noir, ou Vendredi fou, selon vos goûts — voici Ténébreux vendredi :

©️Société C.R.E.E., Publié sur Facebook, Avec la permission de l’auteur

Au passé — et pas si longtemps — il y avait en fait des morts aux États-Unis à cause de cette connerie chaque année. Pourtant, les magasins refusaient d’arrêter les promotions folles. C’est le virus qui a enfin empêché tout ça. Alors je trouve l’image d’une émeute pour l’occasion très pertinent. (Au fait, on dit aussi « tenebrous » en anglais, mais c’est considéré archaïque. J’adore donc ce dessin encore plus.)

Naturellement, il ne servirait à rien de parler d’un codex s’il n’y en avait vraiment pas. Il existe en deux versions, régulier et « Édition Reliquaire ». Il y a aussi un plus court « Cahier de jeux et d’esprit » qui promet également des mots « croisades » (croisés, j’espère) et une « grille géante de mots mêlés riche de 200 insultes » en moyen François. Il y a même un carnet de chasse afin de vous aider à la chasse de Pokémon. J’entends parfois des polémiques sur la chasse, mais d’habitude sur les sangliers — évidemment le droit à chasser les Pokémon est si bien établi que personne n’ose plus le contredire. J’adore son humour, et j’ai hâte de découvrir plus de son œuvre !

Le nougat breton

Si vous avez vu mon post avec mes derniers achats chez myPanier, vous savez que j’ai acheté un nougat bien français, mais pas de Montélimar. Est-ce une hérésie, ou une belle découverte ? On verra !

J’avoue, j’achèterais presque tout et n’importe quoi — au moins une fois — tant que la boîte dit « nougat » et est labellisée en français. (Attention vendeurs peu scrupuleux chez Cartier : je reconnais la différence entre le nougat et les bijoux. Et j’ai assez de Déclaration pour le reste de ma vie.) C’est-à-dire que j’allais goûter celui-ci peu importe sa région d’origine.

Je ne connaissais pas la nougaterie, « Le Bonheur des Ogres », et je suis sûr que je rate la signification de leur nom. Mais sur leur site, ils promettent que leur nougat « répond aux attentes d’un produit d’épicerie fine haute gamme ». Ils viennent du Morbihan, mais j’ai trouvé ce nougat trop tard pour le mentionner dans le bon post.

Voici leurs ingrédients :

C’est une liste impressionnante. On peut suivre toutes leurs sources. J’ai aucune idée si les œufs du Maine-et-Loire aient quelque chose de spécial, mais on paye cheeeeeer pour la vanille de Madagascar, c’est certain. Et c’est un produit bien cher — 8,65 $ la barre de 80 grammes aux États-Unis. Pour une fois, « l’impôt d’importer » n’est pas si grand — cette barre vous coûtera environ 7 €. En revanche, le nougat Soubeyran de Montélimar coûte 5,90 € la barre de 100 grammes chez Galeries Lafayette.

Je dois vous dire la vérité : j’adore ce nougat assez que je me sens un peu le traitre. C’est un produit d’une qualité extraordinaire, avec un prix égal à sa hauteur. J’ai exactement deux plaintes : le rapport qualité prix n’est pas proche du niveau des meilleurs nougats de Montélimar, et c’est collant — j’ai dû couper la plastique au fur et à mesure de manger, car c’était difficile de le retirer de l’emballage. D’autre part, on pourrait dire que c’est un bon régime pour votre portefeuille. On va pas trop acheter à ces prix !

Toute plaisanterie mis à côté, c’est un vrai plaisir, un pur bonheur de trouver un nougat à ce niveau. Plus que j’écris, plus que j’ai envie de nouveautés et de revenir. Une découverte comme celle-ci remonte la morale.

La « Coupe du monde littéraire »

Je vous ai mentionné que La bibliothèque Roz a écrit sur ce tag, originalement de la chaîne YouTube Bouquins & Books. (Vidéo en anglais.) L’idée est de choisir 11 auteurs — comme une équipe de foot — pour représenter votre pays. En plus, si on connaît assez bien les règles de foot, d’expliquer pourquoi les postes vont avec chacun. Franchement, bien que j’aie joué au foot pendant toute ma jeunesse, et j’aie été coach de l’équipe de ma fille, cette partie ne m’intéresse pas trop. Mais 11 auteurs, oui, ça m’intéresse beaucoup.

On commence avec notre Thierry Henry, notre Zidane, Herman Melville. On parle souvent de la question « Quel est le Grand Roman Anéricain ? ». Beaucoup de monde vous direz Gatsby le Magnifique. Même s’il était écrit en France, ils ont tort. C’est Moby-Dick. La moitié du livre n’avance même pas l’histoire, mais parle plutôt de la chasse à la baleine. Mais c’est son génie — on apprend à vivre la vie des personnages. Sa nouvelle Bartleby est considérée très importante, mais je la trouve déroutante.

Sûrement l’autre vedette de cette classe est Mark Twain. Vous pensez en ce moment au générique de Tom Sawyer, je sais déjà. Et oui, c’est un grand roman. Mais moi, je préfère la suite, Les Aventures de Huckleberry Finn, où Huck s’en va avec un esclave en fuite.

Peut-être que vous avez remarqué que tout ici est lié d’une façon ou autre. Mon prochain écrivain est John Dos Passos, pour sa trilogie des années 30s, U.S.A. C’est de la fiction expérimentale avec des petites biographies de vrais personnages historiques interpolées parmi la narration. U.S.A. a inspiré de nombreuses chansons du groupe Rush, mon préféré en anglais depuis le lycée. Essayez surtout The Big Money, d’après son roman traduit en français comme « La Grande Galette ».

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom Theodore Dreiser. De rien.

Je me sens obligé de dire Ernest Hemingway, même si je ne l’aime pas. Il a une réputation pour écrire dans un style court et clair. C’est discutable. Lisez L’Heure triomphale de Francis Macomber ou Un endroit propre et bien éclairé, considérées comme des classiques. J’ai dû les lire au lycée. Hemingway et moi, nous n’avons pas parlé depuis ce temps-là.

On peut pas parler de la fiction speculative sans mentionner Isaac Asimov. Je l’estime plus pour ses idées que sa prose. Ses romans du cycle de Fondation (j’ai lu tous sauf le dernier, ce qui était un échec et presque impossible à trouver) et des robots ont formé toute la science-fiction des 60 dernières années aux États-Unis.

Mon auteur préféré de la science-fiction et du roman le plus important du genre (à mon avis), c’est Frank Herbert. Dune est le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre : un mélange de la philosophie, de la politique, de la science, et de l’aventure. Il sait quelque chose à propos de tout et n’importe quoi.

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom Tennessee Williams aussi. Encore une fois, de rien.

Un autre auteur comme Herbert, qui sait beaucoup et l’utilise bien dans sa fiction, c’est Michael Crichton. Qu’il soit Jurassic Park, Soleil levant, Harcèlement ou bien Prisonniers du temps, il écrit toujours avec savoir-faire et une connaissance remarquable de ses sujets.

C’est mon équipe, il y a donc une place pour H.P. Lovecraft. Pas de Lovecraft, pas de Chroniques Occultes de Guy-Roger Duvert. C’est aussi simple que ça.

J’ai parlé avec un ami sur celui-ci, et je suis d’accord : faut inclure Joseph Heller pour son roman satirique sur la Seconde Guerre mondiale, Catch 22. Le nom fait référence à une règle fictive de l’armée, où on peut pas la quitter à moins que l’on soit jugé fou, mais vouloir quitter l’armée est une preuve que l’on n’est pas fou. C’est l’un de mes romans préférés, même si c’est devenu complètement réel de nos jours.

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom William Faulkner aussi. Encore deux fois, de rien.

La meilleure série de romans de jeunesse que ce pays a produit est sans doute « À Wrinkle in Time, » sorti en France dès 1998 sous le nom Un raccourci dans le temps, par Madeleine L’Engle. Malgré le nom, elle est à nous, pas à vous. (Et ça fait mal au cœur d’écrire ça.) Mais elle vivait près de Chamonix pendant une année et assistait brièvement à l’école en Suisse. De toute façon, ses meilleurs livres traitent de voyages dans le temps, de mondes invisibles, et tous genres de créatures fantastiques. Je la recommande sans hésitation, mais absolument pas du tout la version Disney au ciné, une farce.

Finalement, j’adore les premiers romans d’Anne McCaffrey dans une série appelé La Ballade de Pern en version française. Elle y est restée trop longtemps pour mes goûts, mais pendant des décennies, elle a été l’une des autrices les plus célèbres aux États-Unis. Sa trilogie sur une femme qui vit sur une planète de cristal, et qui devient malade si elle part trop longtemps, La Transe du Crystal (lien non-affilié à Amazon.fr), est aussi excellente.

C’est mon XI américain, et contrairement à l’équipe de foot, j’aime ses chances contre les Pays-Bas !

(Crédit de photo pour les réseaux sociaux : Photo par Markbarnes, CC BY-SA 3.0)

La Cuisine des mousquetaires et « une certaine idée de la France »

Aujourd’hui, on va parler d’une France différente, d’un temps au passé, même si pas si loin, mais je veux être clair — c’est pas pour le critiquer. Bien au contraire. En plus, il y a une certaine hypocrisie en disant que l’on désapprouve de la boucherie tandis que l’on mange des viandes, mais ce dont on va parler n’apparaîtrait pas à la télé de nos jours. Je parle, bien sûr, de la Cuisine des mousquetaires et l’animatrice Maïté.

J’ai rencontré Maïté à cause de mon groupe de nostalgiques des années 80s qui m’a lancé sur cette grande aventure. (Désolé, je sais que le grammaire de l’article lié pique les yeux.) Son émission, La Cuisine des mousquetaires, est l’une des émissions qui ont vraiment lancé la cuisine à la télé, avant Iron Chef, avant Gordon Ramsey, avant Philippe Etchebest.

La première fois où j’ai vu Maïté, elle a tué un canard sur scène :

Ce qui rend cet épisode un peu choquant n’est pas qu’elle nous montre une carcasse de canard où même qu’elle cuit le sang (bien que vous ne voyiez jamais une telle chose ici). Non, c’est plutôt la façon de parler sur le canard. En ouvrant le panier où le canard attend, Maïté dit à Micheline, son assistante « Regarde comme il est joli ! Il est beau, il est beau, il est magnifique ! ». Elle le met dans un appareil que je ne reconnais pas, inversé, puis dit à Micheline « Il ne souffre pas ; c’est impeccable ». On ne voit pas le moment exact, mais tout à coup, elle nous dit qu’elle saigne son canard, et il y a un bol de sang bien frais.

L’Obs nous montre un autre épisode en parlant de comment la cuisine a changé depuis son époque :

Elle parle directement à son anguille :

Ne bouge pas ma chérie, on va juste te heu… c’est rien, on va juste te tuer, te peler la peau, te découper en morceaux, t’éviscérer et te faire revenir des heures dans une marmite avec du vin rouge. C’est rien, ma chérie, c’est rien, ça passe…

Mais est-ce vraiment aussi choquant que ça ? Le chef américain Thomas Keller, le premier du pays avec deux restos trois fois étoilés, a écrit dans son premier livre de recettes (ma traduction) :

Un jour, j’ai demandé à mon fournisseur de lapins de me montrer comment tuer, écorcher et vider un lapin. Je ne l’avais jamais fait et il me semblait que si j’allais cuisiner des lapins, je devrais le connaître de l’état vivant, en passant par la tuerie et la boucherie, jusqu’au point de cuisiner. Le type est arrivé avec dix lapins vivants. Il en a cogné un sur la tête afin de le rendre inconscient, lui a tranché la gorge, l’a écorché — toute l’affaire. Puis il est parti.

Je sais pas ce à quoi je m’attendais…j’ai dû mal avec le premier. Il a hurlé. Les lapins hurlent, et celui-ci a hurlé fort. Puis il s’est cassé la jambe en essayant de s’échapper. C’était horrible.

The French Laundry Cookbook, p. 205

Il n’y a vraiment pas de différence entre ces deux. Maïté et le Chef Keller nous parle également d’un animal vivant qui finit par apparaître sur une assiette. C’est juste que nous — et j’en suis le premier — ne voulons pas le regarder.

Revenons à l’article de L’Obs. ils disent que « l’émission a bien mal vieilli ». Pourquoi ? Parce que « On y cuisinait avec les doigts, les proportions se mesuraient à l’œil, le respect de l’équilibre nutritionnel restait bien sagement au frigo, avec les légumes, qui ne sortaient qu’à de très rares occasions, et l’alcool était omniprésent. » Oh là là, c’était un problème si Mamie n’avait pas de Nutriscore ? Bien sûr, pour ma part je serais bien perdu sans ma balance.

Ils ont trouvé une académicienne, Virginie Spies de l’Université d’Avignon, pour élaborer l’argument : l’émission est « un miroir grossissant de la société » pour diffuser une cuisine à « base d’alcool, de gras et de viande » en service de « Une chaîne…qui parle de traditions et raconte une certaine idée de la France. L’émission de Maïté ne dit pas autre chose : elle met en avant des “valeurs françaises” et la nourriture des grands-parents ».

Mais qu’est-ce que l’on trouve ici chez Coup de Foudre ? Le poulet à la normande (Calvados et cidre), le bœuf bourguignon (vin rouge), les escalopes de saumon et des pêches au vin Monbazillac (vin blanc), le pastis gascon (Armagnac), et plein d’autres arrosés de l’alcool. Et alors ? Ne mettez pas de guillemets autour de ces valeurs !

J’ai commencé les recherches pour cette rédaction en pensant surtout aux moments choquants, la boucherie en direct. Mais Mme le professeur Spies a fini par éclairer mes pensées, bien que je sois sûr de façon inattendue. « Alcool, gras, viande », une certaine idée de la France — de laquelle j’ai pas honte, sauf qu’elle omet le sucre. (Aux États-Unis, on dit que nos valeurs sont « Maman, le baseball, et la tarte aux pommes », d’après une pub légendaire.) C’est pas Montaigne ici, mais ça suffit !

Des achats chez myPanier en 2022 -- des pralines roses, une tablette de chocolat, une barre de nougat, deux paquets de beurre d' Isigny et une boîte d'Anis de Flavigny

Des opportunités prises et ratées

D’abord, je vais vous dire tous d’aller lire l’excellente histoire de Thanksgiving chez Jours d’humeur. Si c’est pas tout vrai, ça devrait être le cas. Moi, je vais plutôt parler de la suite, Vendredi noir. Surtout celui-ci.

Selon le gouvernement Québécois, il ne faut pas dire « Vendredi noir » pour « Black Friday ». En fait, ils déconseillent les deux, en faveur de « Vendredi fou ». Les raisons sont très différentes, mais plutôt touchantes de leur façon. Quant à « Vendredi noir », ils disent :

Un jour noir est un jour malheureux, voire funeste, au cours duquel se produit un événement tragique pour un ensemble de personnes, par exemple les attentats du 11 septembre 2001. On a, notamment, nommé Jeudi noir le krach boursier du 24 octobre 1929, à l’origine de la Grande Dépression.

Je pense aux bousculades qui ont tué (lien en anglais) des chercheurs de bons marchés et je ne suis pas sûr qu’ils aient raison, mais ces jours-là sont finis. Il n’y a plus de promotions pour les 20 premiers acheteurs. Peut-être qu’un jour, personne ne se souviendra plus de cette bêtise culturelle.

Mais l’autre raison des Québécois est tout simplement qu’on va emprunter à l’anglais en marchant sur leurs cadavres, pour emprunter une métaphore anglaise (« il faudra me passer sur le corps » est proche, mais manque du mot piquant) :

L’emprunt à l’anglais Black Friday, d’usage récent en français, n’est pas acceptable parce qu’il ne s’intègre pas au système linguistique du français.

Je n’arrive pas à comprendre quel emprunt serait acceptable, mais je suis pas offensé. C’est leur affaire, et en plus, bien que mes raisons ne soient pas les leurs, on partage le même but de ne pas entendre des anglicismes. (Vous ne comprendrez jamais l’horreur de « Is that OK? »/« Est-ce OK ? ». Comptez-vous chanceux.)

J’ai évité nos centres commerciaux aujourd’hui, parce qu’il reste quand même de grosses foules, et les « promotions » sont largement un escroc. Mais j’ai visité le meilleur magasin d’Orange County, myPanier, parce qu’ils ont eu une vraie promotion. -20 %, comme beaucoup de monde, mais sans avoir haussé les prix avant, comme cette blague de Martine :

Qu’est-ce que j’ai acheté ? Voilà :

Du chocolat pour ma fille, du beurre pour la pâtisserie, des Anis de Flavigny afin d’occuper mon docteur, du nougat de…Bretagne ? — on verra — et des pralines roses lyonnaises. Ça fera 11 départements de plus — peut-être 4 mois — avant d’arriver dans le Rhône. Mais ça fait un an entier depuis la dernière fois où les pralines roses y ont été en stock, et je n’allais pas rater mon opportunité. Vais-je les utiliser dans une recette ? Aucune idée, mais il sera moi qui prendrai cette décision, pas le manque d’un ingrédient. (Au fait, est-ce que je devrai écrire 2 articles, 69D et 69M ?)

([Menteur ! Dites-leur la vérité ! Ce sont pas l’intégrale de vos achats ! — M. Descarottes]) Bon, il dit la vérité. J’ai aussi acheté 4 barres du chocolat Ghirardelli, mon préféré pour les ganaches. ([Et ? ET ?]) Ç…ce…cela !

([C’est pas un produit français, garçon.]) C’est un souvenir d’enfance, c’est mon excuse.

De toute façon, j’ai récemment raté une autre opportunité, dont je doute qu’elle revienne. Je voulais tellement une affiche du concert d’Indochine à Paris, exactement comme sur ce T-shirt :

©️Indoshop

Mais j’attendais car leurs frais de livraison à l’étranger n’ont rien à voir avec le coût, étant 32 € tout court. Et je voulais aussi commander le T-shirt, mais ma taille (L, pas XL, merci) est en rupture de stock depuis le début. Je voulais acheter les deux en même temps au lieu de payer les frais deux fois. En attendant le T-shirt pendant des mois, la boutique ne vend plus l’affiche. Si on m’avait dit que je ne pouvais en choisir qu’un, il aurait été l’affiche. Oups.

Tout ça, c’est-à-dire prendre vos opportunités quand elles se présentent. Je vais me donner des claques pendant longtemps à cause de cette dernière !

Le dernier événement OCA de l’année

Ce soir, je suis allé avec mon groupe de cinéphiles de l’OCA pour voir…un film américain, She Said. Il arrivera bientôt en France sous le même nom, le 23 novembre. Je ne parlerai pas du film pour plusieurs raisons, parmi lesquelles : 1) ça traite de #BalanceTonPorc/#MeToo, et c’est bien hors de mes sujets, 2) c’est un œuvre qui essaye de vous faire oublier l’histoire du New York Times quant à exactement ce sujet, et 3) quand je suis avec l’OCA, je préfère penser à de bonnes choses.

On a dîné chez Macaroni Grill, une chaîne de restos italiens américains. C’était anciennement l’un de mes habituels, mais ça me rappelle quelqu’une, alors je n’y vais plus souvent. Mais pour certains, même si je ne savais pas pendant combien de temps ils vivaient ici, c’était la première fois. Et ça, c’était une expérience !

Dans ce resto, ils servent une miche de pain avant le dîner, avec de l’huile d’olive sur des assiettes pour partager. Le truc américain, c’est d’arracher le pain avec les mains et passer des bouts autour de la table. Absolument personne n’a fait ça. Nous étions une dizaine, alors il y avait peut-être 4 miches sur la table. Chacune a été tranchée avec un couteau. Je ne m’attendais pas du tout à ça, mais il a quand même fait chaud au cœur.

Un autre moment intéressant s’est arrivé à cause d’une jolie boulette à la part du resto. L’un d’entre nous n’a pas reçu sa salade bien après l’arrivée de tous les autres plats. Aux États-Unis, la coutume en ce cas est d’offrir un dessert gratuit. (Mais ne le demandez pas aux serveurs ; ça doit arriver volontairement.) On parle souvent de commander des desserts « pour la table » ici ; c’est-à-dire que tout le monde partage le même dessert avec des fourchettes différentes pour chacun. Moi, je n’aime pas ça, mais je l’ai refusé à cause d’avoir mangé des pâtes (300 sur le moniteur de glycémie ce soir — aïe ! Des salades ce week-end !). Sinon, le groupe entier a participé à ça. Est-ce que l’on fait la même chose en France qu’aux États-Unis, où était-ce un moment bien américanisé ?

Je m’asseyais aux côtés de quelques-uns que je ne connaissais pas avant. Naturellement, j’ai parlé du blog et du voyage fou plus tôt cette année pour voir Indochine. J’oublie souvent que tout le monde ne connaît pas forcément tout ce que j’écris ici. Alors, on a dû jouer L’Aventurier sur son portable pour un autre à la table.

Ils ont bien ri quand j’ai récité ma scène préférée du Gendarme se marie par cœur, au plein milieu du resto ! J’ai eu rien à boire sauf du thé, je vous jure, mais je suis prêt à faire de vraies bêtises en français pour amuser les autres.

Mais il y avait un moment spécial que je souhaite m’arriverait plus souvent. L’une de mes nouveaux amis m’a demandé ce que j’ai fait pour mon dîner corrézien. J’ai dû le vérifier, car il y a maintenant plus de 110 recettes dans le grand tableau du Tour. C’était la mique. À mon avis, c’était pas l’une des réussites du blog (en partie parce que je n’avais aucune idée à quoi elle devait ressemble). Mais elle m’a dit que c’était très rare de trouver quiconque ici qui connaisse tout court ce plat. De tels moments valident l’effort de connaître tout le pays.

Ça fera deux mois avant notre prochaine séance de film. Ils vont me manquer.

Le concours de popularité

Hier, pendant le dîner, ma fille m’a dit « Tu devrais me citer plus souvent sur ton blog, car « La fille » est le personnage le plus populaire. » (Elle m’a expliqué que « la fille » est son nom pour son personnage « inspiré de l’actualité », car les citations ne sont pas toujours exactes.) Je lui ai répondu, « Tu sais que je viens de te citer ? », ensuite je lui ai montré que je l’ai mentionné dans Les numéros chanceux.

Mais elle n’était pas satisfaite. Elle m’a dit, « Et si tu faisais un sondage, qui penses-tu gagnerait ? » Moi, sachant qui est le patron, j’ai répondu, « M. Descarottes, certainement. Mais je suis quand même prêt à tester ce propos, si tu veux. » Et elle le voulait.

Alors, voilà, le deuxième sondage du blog.

Le marché de Noël

J’allais poster mon dîner morbihannais aujourd’hui, mais après tout ce travail pour les macarons, j’ai décidé de partager plus sur l’événement. Vous allez peut-être rire — c’est pas Strasbourg ici !* — mais c’était aussi important pour certains que j’ai mentionnés ici avant.

*Vous attendiez-vous à Versailles ?

D’abord, ce que vous vouliez le plus voir — la preuve :

Hélas, les macarons en haut de la boîte où je les ai rangés ont eu un voyage un peu difficile. Alors, ce ne sont pas mes plus beaux. Au fait, j’ai une question que je ne voulais pas du tout demander au marché. Tous les sacs de pâtisseries fait maison ont été vendus pour 1 $. Il y a deux de mes macarons, d’accord ? J’ai acheté quelques autres, et…pourquoi valent les miens la moitié de ces autres macarons ?

Mais je dois ajouter le truc le plus décevant. J’ai toujours pas la moindre idée de l’avis des clients. J’espérais que quelqu’un ouvrirait leur achat sur place, mais hélas, non.

De toute façon, il y avait une vingtaine de vendeurs. Je veux commencer avec quelqu’un de spécial, ma prof de cuisine pendant mes deux premières années avec l’Alliance française. Elle a démissionné cet été à cause de problèmes avec son horaire, alors j’étais ravi de la voir. Voici ce qu’elle fait — je n’avais aucune idée !

Malheureusement, Karine n’a pas de site Internet, sinon, je vous donnerais un lien.

D’une part, j’étais heureux de voir une grande promotion d’Americannery, car je suis fan. D’autre part, ils sont en train de fermer leur magasin. Ils disent que c’est parce qu’ils déménagent, mais il n’y a pas de nouvelle adresse. On verra. Je vous rappelle que vous pouvez trouver leurs excellentes rillettes de poissons en France sous le nom de Groix et Nature.

On vendait de la confiture de lait, mais l’a proposée sous le nom espagnol de « dulce de leche ». Je vous rassure, en Californie du Sud, tout le monde la reconnaît sous ce dernier nom. Au fait, vous allez voir au moins deux desserts mexicains ici, mais pas trop vite. Et oui, je les connais déjà.

Il y avait un monsieur qui vendait des livres « rares et vieux », et je pensais tout à coup à certaines d’entre vous. J’ai presque — presque ! — acheté un guide à Paris des années 1920s. Il était en anglais, mais la vraie raison pour laquelle j’ai changé d’avis, c’était que l’on traite toute la France également ici. Bon, je mens — si certaines choses arriveront, mon dîner seinomarin sera spécial. Mais laissez tomber jusqu’en été prochain. Ce livre de Jules Verne m’a attiré, mais pas à 180 $.

Il y avait plusieurs vendeurs de bracelets et d’arts décoratifs pour la maison. Voici deux en même temps :

Finalement, il y avait une vendeuse de bougies fait maison. Je me demande si vous reconnaissez l’objet dans lequel les grandes bougies restent debout. Ne me dites pas que c’est un bloc de bois. Évidemment, mais pas seulement.

Alors, c’est ça notre petit marché de Noël. C’est Dieu Tout-puissant qui m’envoie des courriels de la SNCF pour me torturer avec des rêves de Strasbourg comme ceux-ci. (Le Diable m’enverrait plutôt des photos de mon ex s’y en profitant.) Pour l’instant, le nôtre doit suffire.

Un message aux abonnés arnaqueurs

Il y a deux nouveaux abonnés ici que je ne supporte pas. Du tout. L’un de vous fait la promotion de la traite d’êtres humains sur votre site. Si je me trompe, c’est autrement un escroc de visas. Je m’en fiche duquel. L’autre n’est peut-être pas la même personne, mais vous êtes apparus en même temps, et réapparus en même temps après que je vous avais supprimé tous les deux.

Vous n’êtes pas les bienvenus ici, à jamais. Je vous supprimerai autant de fois que vous réapparaissez. Ne laissez pas la porte vous frapper le cul en quittant ici. (Pour le reste de vous, voici votre expression idiomatique anglais du jour ; c’est une façon impolie de dire « Quittez ici le plus vite possible ».)