Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les faux amis, 3e partie

Ça fait deux mois depuis notre dernier séjour au pays des faux amis, et je me sens un peu coupable pour y revenir, car c’est le cadeau qui continue à donner. Je soupçonne que le total se compte à des milliers.

On commence cette fois à partir du dauphin effrayant, Flipper :

Affiche du film Flipper par Reynold Brown, Domaine public

En français argotique de nos jours, « flipper » veut dire « être perturbé », selon mon dictionnaire Oxford. Mais en anglais, au-delà du nom du dauphin, c’est juste un nom pour les nageoires pectorales, ainsi que pour les trucs que l’on contrôle dans un jeu de…euh… flipper :

Jeu de flipper, Photo par Wayne Patrick Finn, Domaine public

Mais quant au participe présent, « flippant », on va encore plus loin. En anglais, un commentaire « flippant » n’est qu’ironique — aucune question de faire peur ! ([Moi, j’aime être flippant dans les deux sens. — M. Descarottes])

En lisant Prospérine Virgule-Point, j’ai croisé le mot « bribe » plusieurs fois, comme celle-ci :

C’est bien évident du contexte que ça ne veut dire rien d’autre qu’un morceau, un bout de quelque chose, ici une image. Mais en anglais, « bribe » veut dire « pot-de-vin ». Encore une fois, vu le contexte, c’est plus déroutant que perplexe. Mais oh là là, j’ai des questions sur le nom de famille de l’ancienne star de hockey canadienne, Félix Potvin !

Je crois que j’ai mal utilisé achever au passé ici. Ça ressemble tellement au verbe « achieve, » qui veut dire « réaliser » ou encore « réussir ». Mais en fait, si je dis que j’ai achevé mon dîner pas-de-calaisien, ça veut dire seulement que c’est terminé. Et quant au dessert, c’est peut-être exactement ce que je veux dire moi-même. Vous jugerez pour moi.

Au fait, j’ai presque achevé ma lecture du troisième tome des Chroniques Occultes de Guy-Roger Duvert, et il me rend fou avec « se douter », ce qu’il utilise beaucoup dans ce livre. Sans le pronom réflexif, douter veut dire exactement la même chose que « doubt » en anglais. Mais « se douter » veut dire presque l’opposé ! « Je doute que je gagne la loterie » veut dire que je ne sais pas que ce propos est faux, mais je ne le crois pas. « Je me doute que je gagne la loterie » veut dire plutôt « Je ne le sais pas, mais je crois que c’est au moins possible. » Non, je ne vous raconte pas des nouvelles — j’ai gagné juste 4 $ la dernière fois où j’ai acheté un billet.

Et en parlant de trucs qui me rendent fou, Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour se plaindre de son plus ancien problème. Ou est-ce son problème le plus ancien ? C’est ça le problème.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

J’invente

L’une de mes choses préférées sur la langue française, c’est que d’habitude, je peux m’exprimer d’exactement la façon dont j’ai envie. Au moins, c’est le cas quant à la grammaire. Mais il y a des fois où je suis frustré car le français réutilise le même mot où j’en ai plusieurs dans la tête. Ici, je dirais « spectrum » pour les couleurs, et « spectre » pour la fantôme :

Et il y a d’autres fois où je n’arrive pas à trouver le bon mot et dois l’inventer, dans le cadre des règles bien connues. Par exemple, quand j’ai écrit ma recette de Saint-Honoré, j’ai dit sur la crème pâtissière « verser les œufs enlaités (j’invente un mot) dans la casserole ». C’était pas un mot existant, mais il a bien suivi les règles de l’orthographe ; évidemment, c’est-à-dire « mélangé avec du lait ». J’ai fait la même chose en disant « les têtes empoêlées » pour certains qui ont été frappés à la tête avec une poêle.

J’invente des noms français pour la géographie autour de chez moi ; j’ai déjà partagé certains. Ma ville d’Irvine est devenu « Elbe-en-Irvine » d’après l’île d’Elbe, mais en plus, il ne me dérange pas de mentionner Irvine. C’est comment notre terrain de mini-golf est aussi devenu Boomers-sur-Irvine. Celle de mon ex est Anguille-sous-Roche pour cacher la vérité en lui rendant hommage. Mais il y a d’autres : l’école de ma fille est Saint-Sérieusement, d’après Saint-Cyr, et les habitants de Newport Coast, où les maisons se vendent à partir de 3 millions vivent sur la Côte-de-Beaucoup-d’Or. Un jour, je vous offrirai une carte plus complète, mais je vous déconseillerai de lui faire confiance. Je fête aussi de faux jours fériés comme le Jour de la Catastrophe, anciennement mon anniversaire de mariage.

Mais de plus en plus, sur ma quête à éviter les anglicismes, je joue avec des nouveautés dans la tête. Par exemple, en écrivant cette recette en haut, je pensais à écrire « vider la poubelle de votre cuisine avant de commencer parce qu’il y aura beaucoup de déchets ». En anglais, on dit « a ton » (une tonne) pour une grosse quantité, et quand on voudrait souligner à quel point c’est prodigieux, on dit plutôt « une tonne métrique » (ça pèse plus qu’une tonne impériale). Mais quand j’ai remarqué à la fin que ma poubelle vient d’être remplie, il m’est arrivé dans l’esprit de l’appeler « une poubelletaine de déchets ». Voilà, vous le comprenez déjà, j’en suis sûr. Et si je vous disais qu’une autre a donné « une demi-poubelletaine » ? Je trouve ça complètement naturel, et qu’il « s’intègre au système linguistique du français.» comme disent nos amis québécois.

Je suis sûr que vous avez quelque chose d’informel comme ça, mais je ne suis jamais arrivé à le trouver. De tout façon, dans la même veine, je n’aime pas que le français ne distingue pas entre deux situations familiales : 1) on se marie, et les parents de son époux deviennent ses « beaux-parents » et 2) son père se remarie, et la nouvelle femme devient donc sa « belle-mère ». En anglais, on appelle la première situation les « parents-in-law », et la deuxième les « step-parents ». J’ai pas de dent contre ces derniers, mais la première situation est souvent insupportable. Et j’ai franchement pas envie d’appeler les parents de mon ex « beau » ou « belle ». Je dis donc qu’ils sont mes anciens « cauche-parents » à partir de ma première idée, que la mère était ma « cauche-mère », d’après « cauchemar », bien sûr. Je travaille dur juste pour inventer mon propre vocabulaire sans anglicismes !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de plus de faux amis.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les expressions Saint-Valentin

D’abord, je dois vous dire que je suis toujours grincheux en février. Alors si Langue de Molière vous semble moins « feel-good »* que d’hab, c’est parce que l’autre choix est que je me taise pendant tout le mois.

*([Je vous ai enfin ! Un anglicisme ! Sale impérialiste linguistique ! — M. Descarottes Mais je ne connais pas le bon mot ! — Moi])

Il n’y a aucun jour que je déteste plus que la Saint-Valentin. Ce n’est pas assez qu’il faut fêter les couples, avec des décorations partout pour rappeler les célibataires leur statut inférieur (attendez, je vous parlerai plus tard d’un sacré insulte que cette culture fait contre ses célibataires). Non, ici, il faut commencer avec tout ça l’avant-hier de Noël. Ne me croyez pas sur parole, voici une photo que j’ai partagé sur Facebook. J’étais chez Walmart pour chercher des ingrédients pour ma bûche de Noël (pénurie de maïzena et de crème liquide !) :

J’ai pensé à écrire cette colonne pour la semaine prochaine, mais à moins qu’il y ait un désastre (comme l’année dernière), j’aurai une recette pour vous ce jour-là. Alors continuons avec des expressions pour la Saint-Valentin.

L’une des plus vieilles dans mon fichier est « tenir la chandelle ». En anglais, on dirait « third wheel » (« troisième roue ») pour exprimer cette idée, de quelqu’un qui est seul en compagnie d’un couple. En version anglaise, il y a une signification de plus, que la personne seule est un peu trop proche au couple. Les Dédexpressions me donne l’impression que c’est aussi le cas pour ceux qui tiennent la chandelle. Son explication m’a coupé le souffle :

Du temps où les lampes de chevet n’existaient pas, les valets et les soubrettes devaient tenir le chandelier à leurs maîtres durant leurs ébats, en leur tournant le dos.

Tenir la chandelle, Les Dédexpressions

NOPENOPENOPE, je ne ferais jamais ça pour personne. Mais quand je pense aux activités de mon colocataire pendant ma première année à la fac… beurk.

Il y a une expression en anglais très proche de la signification littérale de « tenir la chandelle », mais qui veut dire tout autre chose. « Carry a torch » (tenir la torche) veut dire de l’amour sans retour. Mon dictionnaire Oxford donne « avoir un faible pour quelqu’un » pour cette expression. Selon une source (lien en anglais), ça vient d’une coutume romaine, où quelqu’un portait une torche allumé dans le four de la maison familiale d’une nouvelle mariée jusqu’au seuil de sa nouvelle maison, pour qu’elle allume le four là-bas. Mais il n’y a rien pour dire que la personne qui portait la torche avait un intérêt romantique.

Il y a une autre expression, très controversée chez moi, de « poser un cobaye » à quelqu’un. ([C’est lapin, et vous le savez bien ! — M. Descarottes]) Ça veut dire prendre un rendez-vous avec quelqu’un, puis ne pas y assister. En anglais, on dirait « stand up someone » (faire rester debout). Je n’ai pas d’exemples personnels liés à cette expression, je voulais juste taquiner le lapin. ([Cobaye !])

Puis il y a une expression que j’ai trouvé sur un panneau à côté d’une fontaine d’eau à l’aéroport à Paris, « vivre d’amour et d’eau fraîche ».

Si vous lisez le lien en haut, sur le panneau, vous verrez que j’étais pas trop heureux d’être rappelé de l’amour en arrivant et en quittant le pays. Je pense souvent à cette fontaine, et souhaite toujours que je lui aïe dit « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau ! » Il aurait été amusant de découvrir ce qui passerait après.

Mais quant à l’expression elle-même, Les Dédexpressions dit « On a tendance à utiliser cette expression pour qualifier les personnes qui perdent l’appétit au début d’une relation amoureuse. ». Je dois avouer, je n’ai absolument aucune idée de quoi elle parle. J’ai certainement perdu l’appétit à la fin — j’ai perdu 14 kg en 3 mois en 1996 de cette façon — mais au début ? Pas compris, sincèrement.

Mais ne vous inquiétez pas. Pour ceux comme moi qui ont hâte de voir la fin de Saint-Valentin, mon supermarché est déjà prêt :

Ouaip. Ils ont déjà commencé à vendre des trucs pour Pâques.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler du Système D — quand on ne trouve pas les bons mots en français, il faut les inventer.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les impondérables

Quand j’apprenais l’espagnol au lycée, ma chère prof Señora Mouser avait un dicton. Les élèves se plaindraient d’un point de grammaire, puis elle leur répondait « Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’il y a 500 ans, un comité de vieux se sont assis autour d’une table en se disant « Que peut-on faire pour embêter Raul ? » C’est ça ? » (N’oubliez pas que nous avions dû adopter des prénoms espagnols ; moi, je tourne toujours la tête si on dit « Diego ».)

Elle voulait être ironique, bien sûr, mais je me demande parfois si c’était seulement parce que la Real Academia Española n’a été fondée que jusqu’en 1713. C’est parce que de plus en plus, je me demande si l’Académie française existe pour exactement cette raison.

Tout ça a été provoqué quand je me suis rendu compte d’une erreur stupide dans ma critique de Prospérine Virgule-Point. Vous êtes apparemment tous trop gentils pour me parler d’une telle chose :

Une monnaie appelée « livre » n’est pas « le », mais plutôt « la ». Tout ce que je peux dire pour me défendre, c’est qu’il n’y a aucun article qui apparaît avec le mot dans le livre :

Toutes les mentions sont des quantités comme ici. Ce qui m’a enfin rendu au courant, c’était un article sur Quora qui a mentionné des exemples de mots qui ont des significations différentes selon leur genre, dont celles-ci. Je connaissais déjà la différence entre un manche :

et une manche :

Mais il y en a beaucoup plus : la politique est ce qui se passe à l’Assemblée Nationale, alors que le politique est la personne qui veut y être. La règle est soit un truc qu’on utilise pour mesurer la longueur des choses soit ce qui est produit par la politique. Cependant, j’ai peur de décrire l’état d’affaires où ce tas de trucs m’appartient :

Des règles et d’autres choses, Photo par Kmtextor, CC BY-SA 4.0

C’est curieux, cette façon d’interdire d’avoir plus qu’une règle à la fois au moyen d’un sale tour linguistique.

Au fait, ce sera le sujet de la prochaine blague de la semaine.

Mais j’ai une autre plainte sur ce thème. Ça concerne les noms de nos états en français. D’abord, je trouve vos habitudes en ce qui concerne les noms étrangers incompréhensibles. Parfois vous insistez pour traduire les noms propres de leurs langues maternelles, au moins de leurs formes en anglais. Par exemple, Kuwait est la version anglaise du nom arabe kuwayt ; en français, on écrit plutôt le Koweït. Par contre, on écrit le Costa Rica bien qu’il y ait une traduction exacte de l’espagnol, la Côte Riche.

Alors on trouve qu’aux États-Unis, New Mexico devient le Nouveau-Mexique et Hawaii devient Hawaï (sans article). Mais le New York n’est pas « Nouveau-York », le New Jersey n’est pas « Nouveau-Jersey », et Massachusetts est juste le Massachusetts bien que ça doive faire mal à la langue pour vous tous. Et croyez-moi, c’est franchement pas facile pour nous non plus ! C’est impossible de comprendre pourquoi vous traduisez certains, mais pas d’autres.

Encore pire, vous faites des exceptions aux règles ! Habituellement, si je vous dis que je suis dans ma ville, je dis « Je suis à Elbe-en-Irvine ». Dans mon comté, « dans le comté d’Orange ». Dans un état, ça suit les règles pour des départements selon le féminin ou le masculin : « en Californie », « dans le New Jersey ». Mais il y a deux exceptions : « au Texas » et « au Nouveau-Mexique ». Personne ne m’a jamais dit la raison, mais peut-être que ça a quelque chose à voir avec les deux ayant les noms d’autres pays. Après tout, il y avait une République de Texas avant qu’elle ne fasse partie des États-Unis. Pourtant, le Nouveau-Mexique n’était jamais son propre pays. Mais plus important :

Pourquoi est-ce que vous avez des avis forts sur ce sujet ?

Et franchement, je soupçonne depuis longtemps que l’on dit « au Québec » au lieu de « dans le Québec » pour être un peu coquin. Mon explication pour le Texas et le Nouveau-Mexique ne s’applique pas au Québec, parce qu’il était toujours soit une colonie soit une province, jamais un pays indépendant.

Tout ça, c’est-à-dire que dans une langue souvent très logique, quand vous faites des exceptions, elles ne sont jamais petites. Elles confondent. Mais peut-être que c’est pour s’assurer que les élèves font attention. Cela, ce serait l’explication la plus française de toutes !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Not faire

En anglais, « fair » (en tant qu’adjectif) veut dire « juste ». On le prononce d’exactement la même façon que « faire ». Alors comme notre ami Calimero, qui se plaignait tout le temps que c’était vraiment trop injuste, les enfants anglophones se plaignent que « it’s not fair. » Mais moi, j’ai une autre plainte sur faire.

On l’utilise beaucoup trop.

Je suis aussi coupable que n’importe qui. On a la même mauvaise attitude paresseuse en anglais. Et les japonais, eux aussi. Nous disons tous « faire » ou « do » ou «する» (suru) comme s’il n’y a aucun autre verbe dans les langues. On fait les courses, les valises, le parcours, les magasins, un tour — il n’y a presque rien que faire n’arrive pas à… euh… faire. En anglais, ma mère a un coup de faire assez grave qu’elle dit « do the candles » (faire les bougies) pour dire « allumer les chandelles sur un gâteau ». Chez les japonais, c’est assez grave qu’ils disent « ai shimasu » pour « je t’aime » — c’est à dire qu’ils font l’action d’aimer quelqu’un.

Il s’avère que je suis très loin d’être le seul à se plaindre de ce problème. J’ai cherché « verbes au lieu de faire » avec le but de trouver ceux qui en avaient marre de faire, autant que moi. J’étais pas déçu.

Par exemple, j’ai trouvé un épisode d’un podcast qui parle d’une belle dizaine de synonymes pour faire, et je ne savais même pas qu’on pourrait utiliser faire dans certains de ces cas !

Il mentionne dire « Ça fait combien ? » et le remplacer faire par coûter. Mais moi, j’ai seulement appris coûter pour ceci ! Je ne suis pas sûr que j’aurais compris le sens s’il ne l’avait pas donné !

Autre exemple : Il donne deux phrases, « Je ne m’y fais pas. Je ne m’y habitue pas. » Encore une fois, je connaissais seulement « s’habituer » pour cette utilisation ! Peut-être que le hibou vert n’était pas aussi idiote que l’on en pense.

J’ai trouvé aussi cette leçon d’un lycée rouennais. Ils font la polémique contre plusieurs verbes, non pas seulement faire — et contre « chose » aussi ! Au lieu d’avoir, ils suggèrent « comporter », « éprouver », « poursuivre », etc. Mais il faut… euh… fabriquer attention : ces mots veulent dire des… hein, comment dire selon eux… ustensiles très particuliers. On « éprouve » des sentiments, on n’éprouve pas un stylo dans sa trousse. C’est peut-être pas si facile de tout simplement remplacer faire, ni avoir non plus. Voyons.

Le tour est quand même fait joué. Je ressens ai envie de faire composer des phrases presque aussi compliqués que dans mes livres. Je tombe suis toujours pas fini avec Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin (80 %), mais je remarque que dans ce roman, personne ne « dit » jamais rien. Ils bafouillent, ils marmonnent, ils grondent, mais disent ? Jamais. (11 fois dans les 100 premières pages, mais presque toujours dans les paroles d’un personnage.) Je peux confectionner faire ça, je vous gronde dis !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine mais encore une fois, je ne sais toujours pas quel sera le sujet.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Vous vous appelez QUOI ?

Langue de Molière est bien au courant du fait que certains ne s’amusent pas en lisant qu’il pense à « jamais » et à « colère » en voyant Nevers et Angers sur une carte. Mais il n’est rien que juste, alors aujourd’hui, on parle de noms en anglais pour vous faire rire.

On commence avec notre plus grande chaîne de théâtres. Franchement, après toutes les fusions, acquisitions et faillites des deux dernières décennies, elle est la seule chaîne de théâtres, au moins dans l’ouest. Anciennement, on trouverait des théâtres ici avec des noms bien français — Bijou, Savoy (comment on écrit Savoie), Vogue. Maintenant, les théâtres sont tous :

Regal Cinéma, Photo par WhisperToMe, Domaine public

En anglais, « Regal » sans l’accent est synonyme de « royal » (qui veut dire la même chose dans les deux langues). Vu que l’on y paye 7 $ pour les mêmes bonbons vendus pour 1 $ aux supermarchés, c’est pas exactement un régal pour le porte-feuille.

Vous connaissez sûrement McDo, mais je vais vous choquer avec l’exemple suivant. Des années 70s jusqu’en 2004, le clown Ronald McDonald avait une bande de potes (dont de nombreux criminels — Hamburglar et les Fry Guys, liens en anglais), qui vivaient tous dans le pays imaginaire de McDonaldland. Mais le meilleur ami de Ronald, réapparu juste cette année dernière dans leurs courriels ?

Ouaip, son nom est en fait « Grimace ». Mais le mot n’est pas si différent entre les deux langues — et c’est pire en anglais, où c’est une expression plutôt douloureuse que comique ! Il a fait son début pendant les années 70s en tant que méchant, mais le temps que j’aie commencé à avoir des souvenirs, il était déjà devenu gentil. Qu’il ait gardé ce nom, c’était bizarre !

Peut-être que si vous avez des parents ici et les pères embauchent des tuteurs pour leurs enfants, vous entendrez parler qu’ils font tous de la publicité avec des annonces qu’ils seront en retard. Une chaîne appelée Mathnasium met ces promesses dans leur logo !

Logo de Mathnasium, Domaine public

Qu’es-ce qui arrive ? Aux États-Unis, les notes aux écoles sont sur une échelle de F à A, avec des symboles moins et plus, plutôt que de 0 à 20. A+ est la meilleure note possible. Rien à voir avec le SMS pour « à plus tard ».

Finalement, je me demande pourquoi personne ne m’invite plus aux fêtes depuis que j’ai commencé avec le français. Plutôt, ils m’envoient des invitations bizarres avec des avertissements partout :

Evite ne veut vraiment pas dire « évite ». C’est plutôt un reste des années 90s, où des entreprises en ligne ont choisi leurs noms em ajoutant « e » pour « électronique » aux noms de leurs produits. Un vendeur de jouets (toys) était eToys, un vendeur de cartes (cards) de vœux était eCards, alors un vendeur de cartes d’invitation est devenu e + invite -> evite.

Pour la première fois, Langue de Molière n’a aucune idée de ce qui arrivera dans cette colonne la semaine prochaine.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Du coup

Je vous ai déjà dit que les deux mots les plus difficiles pour moi en français sont « à » et « de ». Mais il n’y a peut-être aucun mot qui m’est plus difficile à donner une signification que « coup ».

Le premier coup dont j’ai fait la connaissance, c’était « coup d’état » car nous les anglophones l’avons emprunté au français. Mais pendant des décennies, le mot « coup » n’avait pas la moindre signification pour moi, sauf qu’on dit souvent juste « coup » pour « coup d’état ».

Puis j’ai commencé avec Duolingo, et il y avait des coups de pied et des coups de poing partout. Pas difficile à comprendre, mais tout à…euh…coup, « coup d’état » me faisait mal à la tête. C’est un pied ou un poing qui livre leurs coups. Un « coup d’état » n’est pas quelque chose fait par l’état, mais au contraire, quelque chose qui arrive à l’état.

C’est mon amie F. qui m’a donné l’expression à laquelle je pense tous les jours, le Coup de Foudre. Heureusement, le sens de « coup » ici est exactement celui des poings et des pieds. La perplexité n’augmente pas. D’autre part, j’aurais pensé qu’un « coup de cœur » serait une crise cardiaque, pourtant c’est beaucoup plus proche au sens d’un coup de foudre. Je remarque avec tristesse que 16 moins après avoir écrit sur la Haute-Garonne, Mme Émilie Mazoyer ne s’est toujours pas rendue compte que je l’ai appelée mon coup de cœur. Chérie, si vous vous fâchez contre moi à cause de cet autre article, n’oubliez pas que j’ai barré l’autre instance ! (Je sais. Je sais.)

Mais que devrait-on penser de « sur un coup de tête »? J’en fait plein, bien sûr, mais c’est pas la tête qui fait les bêtises à suivre ! (C’est peut-être le problème.) La tête ne frappe rien, de toute façon. C’est également heureusement le cas qu’aucun œil ne vole nulle part quand on jette un coup d’œil.

Il y a longtemps, j’ai vu cette liste sur Quora, mais j’ai oublié d’enregistrer le lien :

Honnêtement, au-delà des amis auxquels je l’ai partagé ce jour-là, je ne me souviens de même pas une fois où j’ai entendu « du coup ». Du coup, il me semble que j’ai toujours très peu d’idée de ce qui veulent dire ces coups.

Je me regarde dans la photo en haute ici, et il me semble qu’un « coup de peigne » doit être quelque chose de cruel, ce qui est en fait le cas. Pourtant, personne ne m’a pas attaqué avec un peigne ; les cheveux ont fui de leur propre volonté, et je ne les pardonnerai jamais. Qu’est-ce qu’un coiffeur avait dû faire pour être immortalisé de cette façon ?

Puis il y avait une série télévisée, Les 400 Coups de Virginie. Si coup voulait toujours dire qu’on frappe quelque chose, ce serait insensée, à moins qu’elle ait commis des crimes ! Mais en fait, « faire les 400 coups » parle d’une bataille où Louis XIII a attaqué la ville de Montauban. Les 400 coups de canon étaient censés détruire la ville, mais de nos jours, ça veut dire quelqu’un qui vit une vie désordonnée, comme s’il a reçu les 400 coups. Si on ne connaissait pas l’histoire — bonjour, moi voilà ! — cette expression aurait l’air fou.

Il y a des centaines d’autres coups. Un « coup de vieux » arrive quand quelque chose n’est plus à la mode ; plutôt un coup de vieillesse, je penserais. Un « coup de Trafalgar » arrive avec « une manœuvre inattendue, et souvent décisive » ; personne ne s’attendait à ce qui ait fait l’amiral Nelson. Je suis franchement étonné que celui-ci fait partie du vocabulaire. Mais maintenant, ma coupe est pleine ; ce coup de coups me fait mal à la tête.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec des noms pour vous faire rire.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Plus ou moins

J’ai changé d’esprit. J’allais écrire sur « coup » aujourd’hui, et j’avais un brouillon, mais j’ai vu un tweet qui m’a étonné, et après ça, c’était la plongée au trou de lapin, comme on dit en anglais (d’après Alice au pays des merveilles et le lapin blanc). Du coup, Langue de Molière parlera de « coup » la prochaine fois. Aujourd’hui, c’est les verbes inventés.

Commençons avec le tweet qui m’a lancé sur cette enquête :

Rien à voir avec les souhaits de M. Klein. C’est plutôt « Je plussoie », un verbe que je ne connaissais pas du tout. J’ai deviné que ce serait quelque chose comme « Moi aussi », et c’était pas loin. Mais je l’ai mis dans Google Traduction, et la réponse a été « more », exactement comme « plus ». J’ai donc vérifié mon dictionnaire Oxford — aucun résultat. Finalement, Wiktionary :

Source

J’avais raison. Mais c’est quoi « moinsoyer », et pourquoi le lien rouge (ce qui veut dire que la page n’existe pas) ? Bizarre, parce qu’il y a en fait une entrée pour « moinsoyer » sur Wiktionary :

Source

C’est intéressant, parce que l’on voit souvent des internautes qui écrivent « +1 » pour indiquer « d’accord », et on le voyait même sur Google en tant que bouton :

Domaine public

Mais j’ai jamais vu un « moins un » ou quelqu’un qui écrit « -1 » pour dire « pas d’accord ». Sinon, c’est logique. Moins logique, évidemment personne n’est d’accord sur la bonne orthographe pour les deux : « plussoyer, plusser ou plussoir » et « moinsoyer, moinser, ou moinsser ». J’sais pas moi. Et d’ici, une autre observation.

Juste ce matin, j’ai vu cette blague sur Complots faciles :

Source

C’est plein de faux exemples de la conjugaison, presque tous les résultats de ne pas connaître les exceptions aux règles de la langue. Mais sous le titre de « L’infinitif », on voit une règle avec laquelle je suis entièrement d’accord « se compose grosso modo en ajoutant soit -er soit -dre à la première personne ». À presque chaque fois où je vois un néologisme verbal, il se termine par « er » : shopper, overbooker, liker, ou bien les verbes des réseaux comme tweeter et instagrammer.

Suis-je le seul à penser que ces mots font mal aux oreilles surtout avec le passé simple ? Ça sent presque Les Visiteurs : « Je n’instagrammai point l’image de vostre boîte magique ».

On trouve exactement le même phénomène en espagnol — quand on a besoin d’un verbe emprunté à l’anglais, on le confectionne avec la terminaison « -ar », presque jamais « -er » ou « -ir ». Par exemple, on dit « chutar » comme argot pour « tirer » (en anglais, « to shoot ») et « hackear » pour pirater (d’après l’anglais « to hack »). Alors ne vous inquiétez pas, les voisins au sud ont exactement le même problème !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les faux amis, 2e partie

Vous avez plutôt bien accueilli la première partie de cette série, alors continuons avec plus de faux amis, mais pas le type chez Apple qui a lu ma carte de crédit aujourd’hui, puis m’a appelé « Justin » dans chaque phrase suivante. (Suis-je obsédé ? Oui, mais je dois vous dire — c’était jamais la tendance avant les années 2000s, et je le trouve horriblement déroutant. Personne ne parle comme ça dans leur quotidienne.)

Mais pourquoi étais-je chez Apple ? Pour vous ! Attendez un peu. J’aurai une histoire aussi chanceuse que folle pour vous raconter. Pourtant, c’est pas notre sujet — don’t faire ça, Justin. Et voilà, notre premier faux ami, peut-être le plus déroutant de la langue française.

C’est bon que je n’ai pas besoin de donner une signification en français pour « dont ». Mais en anglais, on dit « ne pas » avec « don’t », l’apostrophe étant pour contracter « do not ». En anglais, on traduirait des sens de « dont » comme « that » (que) ou « including » (compris), les deux ayant rien à voir avec « ne pas », alors c’est au moins rarement le cas que je me trompe de la signification. Mais on devrait l’expliquer au correcteur de mon portable.

Il y en a un que j’ai trouvé dans L’Appel d’Am-Heh qui m’a surpris. L’expression « ça fait un bail » veut dire « ça fait longtemps », plus ou moins comme « ça fait belle lurette ». Mais dans ce roman-là, c’est dit par Milton, le détective privé. En anglais, « bail » veut dire « caution », le montant qu’on paye pour sortir de prison avant un procès. À son tour, « caution » en anglais veut dire plutôt « prudence » ou « un avertissement ». C’est toute une chaîne de faux amis qui peuvent se rendre bien perplexe !

Un autre faux ami aux bords de la loi m’est venu en regardant Un Grand Seigneur. Les prostituées du film sont appelés « pensionnaires ». En anglais, un « pensioner » veut dire une personne âgée à la retraite — ils gagnent leurs vies grâce à leurs pensions, ce qui est un vrai ami. Mais on ne dirait jamais « pensioner » pour les habitants d’un bordel en anglais !

Un de plus pour cette fois ? Juste à temps pour la saison de Noël, parlons des vœux. Celui-ci n’est pas complètement un faux ami, mais l’usage le plus commun est de souhaiter quelque chose. Le mot anglais « vow » vient du Vieux Français, où « vut » est devenu le « vœu » de nos jours. Et « vow » veut dire seulement des choses comme « un vœu de pauvreté » ou « vœu de chasteté ». ([Voilà, pourquoi je vous souhaite Meilleurs Vœux ! — Mon ex]).

C’est assez pour cette fois. Je vous ai épargné lire un article genre « ma liste de vœux » cette dernière semaine. Ça aurait été déprimant. De rien. Le Père DHL va m’apporter un prix de consolation en janvier, et ça devrait suffire pour deviner de quoi je parle. De toute façon, bien qu’il y ait plus de faux amis, pas la prochaine fois. Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler des mystères infinis du mot « coup ».

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les faux amis, 1ère partie

Scène typique quand un européen voyage aux États-Unis :

Caissier : Bienvenu chez Starbucks, que veux-tu ?

Française : Un expresso, s’il vous plaît.

Caissier : Juste un expresso ? Tu ne veux pas un venti espresso demi-caféiné avec une double pompe de sirop, et de la chantilly à base de plantes saupoudré avec de la poudre de cacao, mais seulement sur la moitié ?

Française : Non, un expresso suffira.

Caissier : Le nom pour la commande ?

Française : Ghislaine.

Caissier : Je n’arrive pas à le prononcer. Je vais t’appeler Gee. Comment payes-tu, Gee ?

Française : En espèces.

Caissier : Haha, je plaisantais, Gee ! On n’accepte que les cartes ici, Gee ! Tu veux quelque chose de plus, Gee ?

Française, dans l’esprit : Vous ne me connaissez pas du tout, vous n’arrivez pas à prononcer mon prénom, vous me donnez un surnom ridicule, puis vous le mentionnez dans chaque phrase ? En me tutoyant ? Êtes-vous con ? On n’est pas amis !

Française, à haute voix : Non, merci.

Non, je n’aime pas non plus les faux amis. Ils sont aussi énervants qu’incontournables ici. Mais en fait, on ne parle pas de la fausse amitié aujourd’hui, mais des mots similaires qui n’ont pas la même signification, et qui me rendent fou.

Il faut d’abord que je vous dise que le meilleur faux ami que je connais vient de l’espagnol, pas le français. En anglais, on dit « embarrassed » pour gêné ou embarrassé. Mais en espagnol, le bon mot est en fait « avergonzado ». « Embarazada », ce qui ressemble le plus au mot anglais, veut dire que l’on est tombée enceinte. Embarazado, ayant une terminaison masculine, n’a aucun sens. (Mais, quand on parle avec un américain, on sait plus.) Mon ancienne prof d’espagnol au lycée m’a raconté une histoire où l’une de ses élèves a rendu visite à une famille d’accueil au Mexique, et au dîner, a voulu dire que c’était trop à manger. Mais elle s’est trompée de mot, et tout à coup, toute la famille voulait qu’elle mange encore plus !

Alors, les faux amis entre le français et l’anglais. Malgré avoir appris « j’ai envie » de Duolingo en tant qu’alternative à « je veux », je ne l’utilise pas trop souvent, car il ressemble trop le mot anglais « envy. » Envy est la jalousie, l’envie version sept péchés capitaux. Mais on n’utilise pas souvent ce mot comme nom. On dirait jamais en anglais « I have envy of eating a peach, » bien que la traduction littérale soit « J’ai envie de manger une pêche ». Rien de plus normal en français. On peut dire « I envy you, » identique à « Je t’envie », mais oh là là, pas envie d’être le pauvre qui confond les utilisations en disant « J’ai envie de toi » pour « Je t’envie ». Ce serait…compliqué, à moins que ce soit dans un bar karaoké.

À chaque fois où une recette mentionne les raisins, j’ai une petite crise cardiaque. Pourquoi ? Parce qu’on dit « grape » pour « raisin » et « raisin » pour « raisin sec ». Quand j’ai préparé mon frescati, cette question m’a rendu bien perplexe. Au fait, c’est pas une nouvelle à ce point, mais j’utilise les guillemets américains pour l’anglais, et les guillemets européens pour le français. En ce cas, impossible de voir la différence autrement.

« Sensible » me rend bien fou, car la signification n’a rien à voir avec « sensible » (vous voyez encore le problème). En anglais, « sensible » veut dire « raisonnable ». Quelqu’un qui n’est pas souvent « sensible » peut être plutôt « sensible », si vous me comprenez bien. Néanmoins, je crois que je ne me trompe pas souvent du bon mot avec ces deux. Même si c’est parce que « sensible » n’est apparu que trois fois sur le blog jusqu’à maintenant.

Une fois, j’ai eu un joli malentendu avec Laurence Manning, parce que j’ai dit (en français) que je ne pouvais pas attendre son prochain concert en ligne. Mais elle s’était habituée à me parler en anglais, et a cru que je voulais dire « attend », qui veut dire plutôt « assister ». Pour sa part « assist » en anglais veut dire « aider ». Elle m’a dit qu’elle n’allait pas accueillir des invités chez elle. Heureusement, j’ai reconnu l’erreur, et après lui avoir rappelé ces faux amis, il n’y avait plus de problème.

Au fait, cette conversation m’a rendu un peu plus paranoïaque en parlant avec les femmes en français. L’erreur n’était pas la mienne, mais je dirais à ma propre fille de se protéger d’abord et de poser des questions plus tard. Je lui dis aussi que je tuerai son premier petit ami « pour encourager les autres », une expression bien anglaise qui veut dire « pour encourager les autres ». (On connaît très bien Candide en anglais.)

Je vous ai dit dans le titre que c’est la première partie, voiture car je sais que l’on reviendra sur ce sujet. Plusieurs fois. Mais pour finir, c’est vraiment difficile pour moi de me souvenir que « partie » est une part de quelque chose, pas une fête, appelée en anglais « party » (avec un son presque identique). Avec ça, Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour continuer la partie fête.