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Le massacre d’Oradour-sur-Glane

Aux États-Unis, quand on apprend les représailles allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, l’exemple habituel est celui de Lidice dans la République tchèque moderne. Après l’assassinat de un officiel, Reinhard Heydrich — qui l’a mérité, bien sûr — les nazis ont tué presque tous les habitants du village, 340 en total. (Environ 70 femmes et enfants ont survécu les camps.) Mais hier, j’ai appris l’histoire d’un crime encore plus gros (également horrible, pour être clair), le massacre d’Oradour-sur-Glane, où plus de 640 civils ont été assassinés. Aujourd’hui, le 10 juin, est l’anniversaire de ce crime. Ici, je suis les récits de plusieurs articles de Wikipédia, tous liés ici.

Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? La veille, le 9 juin, la division SS « Das Reich » a commis un massacre à Tulle, en Corrèze, où ils ont tué 117 civils pour faire des représailles contre le maquis de la région. Puisque les allemands avaient dû répondre au débarquement des Alliés en Normandie, Das Reich a reçu des ordres qui disaient qu’ils devraient rejoindre le front. Mais ces ordres, reçus le 7 juin, disaient aussi qu’ils avaient jusqu’au 11 juin pour conclure leurs opérations avant de s’en aller.

Le commandant de l’un des bataillons de la division Das Reich, un certain Adolf Diekmann était déjà responsable du massacre de Tulle. Le matin du 10 juin, il a eu une réunion avec le général Heinz Lammerding, sous-chef de la Gestapo dans la région ; Joachim Kleist, un officiel de la SS ; et quelques collabos de la Milice. Les historiens ne sont pas d’accord sur ce qui s’est passé pendant cette réunion, mais la décision a été pris de faire un exemple d’Oradour — un village sans réputation pour cacher des résistants.

Diekmann a donné un ordre que les habitants a dû rassembler dans le champ de foire ; pour leur part, les habitants croyaient que c’était un contrôle de routine. Selon les historiens André Desourteaux et Robert Hébras :

M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donnait directement sur la place va jusqu’à demander à un soldat allemand s’il peut aller vérifier la cuisson de gâteaux qu’il venait de mettre au four et s’entend répondre, en français, qu’on va s’en occuper.

Donc personne ne soupçonnait ce qui arriverait. Les hommes étaient séparés en groupes d’une trentaine à chacun, six au total, puis les allemands leur ont tiré dessus à mitrailleuse. Selon un survivant, Marcel Darthout :

Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous.

350 femmes et enfants étaient enfermés dans l’église du village. Les allemands ont explosé l’église mais il y avait toujours des survivants. La SS y ont entré pour tirer sur ceux qui restaient. Il n’y avait qu’une survivante, Marguerite Rouffanche, qui nous raconte :

J’ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin.

Les allemands comprenaient exactement à quel point c’était un crime. Selon l’historien Jean-Jacques Fouché :

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible, reproduisant une pratique usuelle sur le front de l’Est.

Malheureusement, seulement les collabos ont reçu la justice qu’ils méritaient. En 1951, le général Lammerding a été condamné à mort par un tribunal militaire français, mais le gouvernement n’a pas arrivé à obtenir son extradition. Diekmann est parti à l’enfer le 29 juin pendant la bataille de Normandie.

On termine ce récit avec un court métrage tourné par le journal France Libre Actualités en septembre 1944. Les allemands ont tout détruit. Je ne pourrais jamais rien ajouter ; les images parlent pour eux-mêmes.

Les fichiers du blog

Ce blog donne une fausse impression que je suis bien organisé — il y a toujours des recettes juste à temps pour les fêtes, il y a plusieurs colonnes régulières, et il y a parfois des trucs complètement inconnus qui apparaissent ici. Ça donne peut-être l’idée que je sais faire mes devoirs.

Rien n’est plus loin de la vérité. Presque tous les matins, sauf le mardi quand je sais que le Canard arrivera (ça apparaît à 15h pour moi, minuit en France), je me dis « Punaise, que publierai-je ce soir ? ». Mais je garde deux fichiers qui m’aident à gérer le chaos.

L’un des deux est intitulé « Les Départements ». C’est bien évident que je l’utilise pour le Tour des Départements. Mais ce qu’il contient a bien changé. Voilà une capture d’écran qui ne gâchera rien :

On peut voir que mes recettes sont là, mais aussi des renseignements sur chaque département. C’est pas le cas qu’ils ont tous apparu dans mes articles. Mais quand je lis quelque chose sur n’importe où, je l’ajoute au fichier au cas où j’aimerais la citer. Vous ne pouvez pas la voir, mais il y a une dernière colonne pour me rappeler si j’ai des connaissances qui y habitent.

Alors quand je vous dis que je savais depuis longtemps que je ferais un plat ou autre, c’était déjà enregistré dans mon fichier. La seule chose que j’aimerais changer sur le blog, c’est qu’il n’y a pas assez de noms dans la dernière colonne, pour leur demander des idées.

Mais l’autre fichier, c’est un projet beaucoup plus personnel. Je l’ai récemment partagé avec la personne qui l’a inspiré, alors vous pouvez avoir un aperçu. Très peu après le début du blog, j’ai utilisé l’expression « ça coûte une blinde ». Une amie m’a écrit pour me dire que ça lui a fait rire, à cause d’être inattendu. En fait, je l’ai appris en lisant un groupe ou autre sur Facebook — je ne me souviens plus duquel.

Quelques jours plus tard, j’ai trouvé par hasard la page Facebook d’une prof d’origine française qui habite à Vancouver, Céline’s easy French. Elle publie des posts avec des expressions familières, et quand je les ai lus, je me suis dit « Voilà, j’ai une source ! Si vous pouvez faire rire les vrais français, vous serez sûrement sur la bonne route. » Et ce jour-là, « Des expressions pour faire rire F. » est né. Voici environ 5 % du fichier :

Maintenant, j’ai de nombreuses sources. N’importe quand je vois une telle expression, je la note tout de suite. Mais je n’essaye pas de forcer leur usage. Je dois avoir une raison. Bien que ce soient mes premiers ajouts au fichier, je n’ai pas toujours tous utilisés.

Ces fichiers ont quelque chose en commun — plus qu’une entrée est récente, moins que c’est probable qu’elle soit écrite en anglais. C’est difficile de faire tout ça d’une si grande distance, mais j’essaye de le vivre au maximum tous les jours.

Mon habitude méchante

Je dis parfois que je vous adore autant pour vos défauts que vos vertus. Les vertus sont les vôtres, mais les défauts sont en général aussi les miens. Pas celui-ci, mais tous les autres. (Je suis en fait complètement sérieux sur ce sujet.)

Très peu de temps après avoir commencé sur les réseaux sociaux en français, je me suis rendu compte que les Français adorent se corriger mutuellement de la grammaire et de l’orthographe. J’ai pris cette capture d’écran en 2020 ; c’est-à-dire que j’étais au courant :

Inutile de le cacher, même s’il s’agit plus d’une tendance que d’une règle. Je dirais que vous êtes trop gentils avec moi ; c’est vraiment pas nécessaire. Je sais à qui je parle.

De toute façon, il y a un an, j’ai rejoint un groupe privé appelé « Sans l’option Bescherelle ». En photo de couverture, ce groupe a mis une photo gênante :

Source

Mais en fait, c’est faux. Voilà le véritable gros-titre, et un article du Parisien sur le faux :

Source

Ce groupe se moque de tout et n’importe quoi, mais toujours en cachant les identités derrières les captures d’écran. Parfois, les erreurs sont de la façon Internet, où les posts sont presque incompréhensibles :

D’autres fois, c’est de l’ambiguïté malheureuse :

Est-ce qu’ils veulent euthanasier l’enfant ou le chien ? (C’est pas clair si celui-ci est faux.)

Parfois c’est une question d’accord :

Moi, je suis si gêné par mes fautes d’accord que j’ai commencé à me laisser des rappels dans mon calendrier il y a quelques semaines :

Mais souvent, c’est juste méchant. Il y a une faute d’accord ici, mais ça pourrait facilement provenir d’un logiciel plutôt que de la stupidité. La grande majorité des posts sont comme celui-ci :

Pour être clair, je suis aussi coupable que n’importe qui. Au moins je reconnais ce que je suis devenu :

Faut pas emmerder les Justin

J’ai dû bien réfléchir sur ce post. D’une part, j’ai des « fans » qui disent que ce site n’est que de la propagande, écrit par un aveugle (ça vient de Quora, où j’avais lié le blog, mais le commentaire original a été supprimé) :

D’autre part, je sais très bien que vous (qui me lisez) êtes mes amis. Je ne manque pas d’histoires de choses que les Français qui me connaissent ont fait pour moi, et encore certains qui ne me connaissent pas du tout. Je veux donc ne pas offenser le deuxième groupe sans justifier les plaintes du premier. Je vais vous raconter une histoire qui n’est pas la meilleure version de la France. D’abord, je vais expliquer exactement d’où viennent mes avis.

Il y a un an, j’ai écrit un post intitulé « Mes plaintes ». C’e n’était pas complètement sérieux — je n’étais vraiment pas dérangé par la fontaine d’eau, bien que je DÉTESTE quand le monde me fait honte d’être célibataire. Et ce qui comptait le plus, c’était vraiment la dernière phrase. Vous me manquez toujours, même en ce moment. Mais je ne plaisantais pas du tout sur quelque chose, le fait que beaucoup de monde refusaient de me parler en français.

Je veux expliquer pourquoi ça me dérange d’une façon moins personnelle. Les européens disent souvent que les américains sont tous des monolingues, et en plus que nous ne faisons pas le moins effort. Moi, je parle quatre langues dont l’anglais de ma naissance, mais laissez-moi tomber. À mon avis, vos nouvelles vous trompent. La situation est beaucoup plus compliquée.

Il n’y a pas de langue officielle aux États-Unis. Nous faisons des efforts extraordinaires pour adapter aux besoins des immigrants sans leur demander d’apprendre l’anglais. Si on veut avoir un permis de conduire en Californie, on peut recevoir des instructions en 13 langues, et le manuel des lois en 7 langues. Pour voter, si plus de 3 % d’un comté parle une langue autre que l’anglais, l’état est obligé de leur fournir des scrutins dans leurs langues. Il y a des comtés ici avec des scrutins dans 20 langues, comme Los Angeles. Pensez-vous que c’est car la Californie est inhabituelle ? Même dans l’Iowa, on peut recevoir des instructions pour passer l’examen de conduire dans 6 langues au-delà de l’anglais.

Tout ça, c’est-à-dire que l’on n’est pas obligé de s’intégrer aux États-Unis. Si on veut rester hispanophone monolingue, on peut vivre dans certains quartiers à Santa Ana, près de chez moi, où beaucoup d’endroits au milieu de l’état. Si on ne veut parler qu’en chinois, déménager à San Gabriel réussira ce but. Ses opportunités seront limitées, et on ne deviendra citoyen de cette façon. mais c’est au moins possible.

En France, il y a une langue officielle, et ce n’est pas l’anglais. Les langues régionales sont soutenues par le gouvernement, mais si on veut avoir un permis de conduire, vous avez un choix unique de langue pour étudier les codes : le français. Pour passer l’examen théorique ? Le français. Envie de devenir citoyen ? Sauf si on se fait fusiller dans la Légion étrangère, ou est marié à une citoyenne, il faut parler le français au niveau B1. Peut-être que je rate quelque chose, mais mes liens sont tous vers des sites gouvernementaux.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Pendant ce week-end, tout le monde sauf deux personnes — un garde de sécurité au stade et une vendeuse au comptoir de Pierre Hermé dans les Galeries Lafayette — a refusé de me parler en français. J’ai remercié cette vendeuse, croyez-moi. Mais la pire chose était deux heures de comportement insultant au Procope.

Tout ça à commencé dès que j’ai dit au maître d’hôtel, « Bonjour, je suis Justin Busch et j’ai une réservation à 17h. » Il m’a répondu en anglais, et j’ai dit 3 fois que je parlais français avant qu’il m’ait enfin répondu dans la même langue. Je lui ai demandé une carte en français.

Quand le serveur est arrivé pour la première fois, 30 minutes après que je sois assis, il m’a laissé une carte en anglais et est rapidement parti. Voilà la carte :

J’ai vite décidé que je voulais prendre le « hanger steak, » mais je ne connaissais pas le bon mot en français. Et franchement, je me sentais déjà énervé. Quand le serveur est revenu, j’ai dit, « Désolé, vous n’avez pas de menu en français ? » Il m’a dit « One moment, » et est parti avec la carte. Quelques instants plus tard, il est revenu avec celui-ci :

Mais quand il est revenu une troisième fois pour prendre ma commande, il m’a dit « What would you like? » J’ai répondu avec la soupe à l’oignon et l’onglet de bœuf. Il m’a demandé la température pour le bœuf, et je lui ai répondu « à point ». Après ça, il a repris l’anglais. Pendant l’heure et demie suivante, il et ses deux aides m’ont parlé seulement en anglais. C’était bien évident que c’était fait exprès. Ce dîner a quand même pris assez de temps que j’ai dû partir sans goûter leur glace, exactement la chose pour laquelle j’y étais venu.

Tout seul avec mes pensées, je pensais à mettre fin à tout ça. Ce n’était que la version la plus récente de ce qui s’est passé à l’aéroport. Et à mon hôtel. Et à la pharmacie. Plus méchant qu’à ces autres endroits, bien sûr, mais je me demandais si c’était un message que je m’étais gravement trompé. J’ai jeté un coup d’œil sur le bouton rouge, et si une amie ne m’avait pas contacté au bon moment, peut-être que vous ne liriez pas ce post :

Je ne peux pas faire plus pour m’intégrer à la société française sans y vivre. Et je sais très bien que personne ne sait ce que j’ai fait sans avoir lu ce blog. Mais je me demandais comment je me sentirais si j’étais un immigrant mexicain et des américains ont refusé de me parler en anglais. Je me demanderais pourquoi je faisais des efforts. Si je voulais être insulté en anglais toute la journée, j’habite déjà au bon lieu. ([Menteur ! Je ne vous insulte jamais en anglais ! Mais peut-être que c’est le temps de commencer ! — M. Descarottes]) Je relis mon post sur la politesse de l’année dernière, et je me demande « Mais où est donc passé tous ces gens ? »

C’est étonnant. Vous parrainez l’Alliance Française pour apprendre la langue aux étrangers. Vous vous plaignez de nous quand nous n’apprenons pas la langue. Mais face à quelqu’un qui sait dire toutes les bonnes choses, plus qu’il essaye, plus que vous vous foutez de sa gueule. On n’est pas en rupture, mais la relation est plus qu’un peu abîmée.

Le voyage fou

Je vous ai promis que l’on va parler de certaines choses malheureuses de ce dernier week-end. Mais pas aujourd’hui ! Cette fois sera donc un récit des bonnes parties du voyage. Plus ou moins. Je vous préviens, c’est LONG.

Vendredi matin, j’ai dit « au revoir » à M. Descarottes. Il ne m’a même pas regardé ! ([Pas besoin de le faire pour les serviteurs, garçon. — M. Descarottes])

J’ai entré par Amsterdam, dans un vol de KLM. Comment est-il arrivé qu’Air France et KLM font partie de la même entreprise, mais les repas chez KLM sont autant horribles que ceux d’Air France sont bons ?

Je suis arrivé à Schiphol vers 8h30. Je n’ai rien contre les Néerlandais — l’équipe sur l’avion était toute sympa — mais à mes oreilles, leur langue sonne comme le chef suédois des Muppets sous méthamphétamine. Au contrôle des passeports, la police des frontières m’a presque refusé l’entrée, parce qu’elle ne croyait pas que j’étais là juste pour le concert !

Dès que je suis arrivé en France, je cherchais le bureau de poste à l’aéroport. J’avais apporté un cadeau pour l’amie qui m’avait envoyé le livre de Cook&Record. Un ami m’a aidé à le trouver — mais malheureusement, les horaires d’ouverture n’étaient pas ce dont ils avaient posté en ligne. Tous les autres bureaux à Paris étaient déjà fermés pour le week-end. J’ai donc quitté le pays sans envoyer le cadeau.

Puis je me suis rendu à l’hôtel, l’Hôtel du Parc Roissy. Je le recommande ! C’est très proche de l’aéroport, et m’a coûté seulement 45 €. Il n’y a pas d’équipements, mais c’était bien propre et je n’ai pas de plaintes. C’est loin de tout ce dont on aimerait voir à Paris, mais si le RER B marche, c’est un bon rapport qualité prix.

Mon plus grand regret de la dernière fois était n’avoir pas visité le tombeau de Napoléon. C’était très gentil à votre part que personne ne m’a dit que je restait debout devant sa porte la dernière fois, mais c’était pour le meilleur. Je n’avais pas un billet et si je l’avais eu, je n’aurais pas eu le temps pour visiter La Grande Arche. Alors, après m’être enregistré à l’hôtel, je suis allé aux Invalides. J’ai passé par l’Opéra Garnier, une pâtisserie Lenôtre — sans l’entrer car je suis con — la Tour Eiffel, et très proche aux Invalides, un panneau en souvenir de la Shoah. (Voilà, mon vieux article sur d’autres panneaux.)

Je suis enfin arrivé pour payer mes respects à l’Empereur. Je ne savais pas qu’il y aurait autant d’autres grands généraux là-bas, surtout le Maréchal Foch. Cette fois, nous nous concentrerons sur Napoléon. Autour du tombeau, il y a dix bas-reliefs qui parlent des réalisations du Consulat et du Premier Empire. Pour moi, c’est le Code civil — on dit « Napoleonic code » en anglais pour ne pas le confondre avec notre « civil code » — qui est sa plus grande réussite. Je sais, en version originale, il aurait pu mieux respecter les droits des femmes. Mais à l’époque, c’était une grande avancée, et en plus, la meilleure chose qui se soit jamais passé pour mes voisins d’Amérique du Sud, qui l’ont adopté partout.

Après un test antigénique pour retourner aux États-Unis (nous n’acceptons pas nos propres cartes de vaccination ; ouais, moi, je ne ferais pas confiance à ces types non plus), je suis allé dans un resto fortement recommandé par l’une de mes lectrices l’année dernière, Le Procope. Peut-être que vous vous souvenez de ma recette de gelato où je vous ai raconté leur histoire. Il n’y a jamais des coïncidences chez moi. La nourriture était bonne, surtout la soupe à l’oignon. Mais vous allez beaucoup entendre sur mon expérience demain. Avant, demandez-vous comment est-il arrivé que moi, l’obsédé des desserts, suis parti sans un dessert, vu que j’en ai fait un en leur honneur.

Après le dîner, j’ai dû revenir dans la pharmacie car il y avait des problèmes avec les résultats du test. C’était négatif, mais je ne pouvais pas les retrouver. Puis, c’était le concert, la fin de ma nuit.

Le lendemain, je voulais : aller aux Galeries Lafayette Haussmann et au Temps des Cerises, faire des achats chez Carrefour, visiter un Monoprix, et acheter des films chez FNAC. Grâce à la fermeture inattendue du RER B, j’ai dû prendre un bus, et j’ai fini par visiter seulement les Galeries Lafayette. J’espérais que je pourrais au moins déjeuner dans le magasin, mais même ça aurait pris trop de temps. J’ai acheté une ceinture pour avoir quelque chose de français que je peux porter tous les jours :

J’adore que le ticket dit « designed in Paris » — dessiné à Paris — seulement en anglais, bien qu’elle soit fabriquée en Chine. On ne peut pas tromper un californien comme ça — nous venons de chez Apple, qui a inventé ce mensonge-là. De toute façon, j’ai aussi acheté du nougat, du chocolat Pierre Marcolini et des macarons Pierre Hermé pour ma fille…et deux choses pour manger dans l’avion — un éclair de Christophe Adam, et une petite tarte framboise estragon de Yann Couvreur. Moi, je tuerais pour en avoir UN ici, et je m’en fiche duquel. ([Voilà ! Il est terroriste ! Je prends tout ce qu’il dit littéralement car il n’a aucun sens de l’humour ! Ce n’est que lui qui fait partie de l’Équipe 1er Degré ! — Mon ex])

Mais cette fois-ci, j’ai exploré plus La Coupole. Il y a des vues époustouflantes sur le toit, et une collection vraiment impressionnante de souvenirs au 5e étage. J’ai failli acheter l’un de leurs affiches, mais ils n’avaient pas celle dont j’ai eu vraiment envie. (Et non, je ne l’avais pas vue — c’est juste que j’aurais pris n’importe quelle affiche de Rouen, en souvenir du meilleur jour de ma vie.)

Après ça, j’ai dû quitter le pays. Si je n’ai pas eu besoin des bus, j’en aurais fait plus. Mais comme je vous ai dit, la cuisine chez Air France est la meilleure, et si j’ai dû rentrer retourner sur mon Île d’Elbe personnelle, au moins j’ai eu deux bons repas sur la route. Je regrette tellement avoir fait ce voyage, et je ne l’échangerais pour rien au monde.

Il faudra qu’on parle

En ce moment, je suis dans un bus. C’était inattendu, mais c’est le Système D — tous genres de trucs sont toujours soit fermés soit annulés soit emballés par un escroc. À cause d’avoir perdu environ deux heures aux buses au lieu de trains, je partirai sans avoir mangé aujourd’hui. J’aurais tellement aimé revenir au Temps des Cerises et faire des achats chez Carrefour ou encore Monoprix. (Je veux visiter un Monoprix comme vous voulez visiter Hawaï.)

Mais ça devra attendre. Disons que si la leçon de la dernière fois était que les stéréotypes ont tort, la leçon de cette fois est qu’ils ne viennent de nulle part. Je dois bien réfléchir avant de vous raconter ce voyage, parce que je sais très bien que vous êtes tous mes amis, et vous ne méritez pas du tout ma colère d’hier. Ou, franchement, d’aujourd’hui pas non plus.

Alors en ce moment, je vais partager juste deux choses. D’abord, un souvenir du meilleur concert de ma vie :

Puis, un œuvre d’art que j’appelle « Avant et après » :

Je vous ai dit que je suis arrivé pour nettoyer les étagères de nougat !

Puisque je suis ici

Bonjour, les amis ! Je suis arrivé pour faire mes achats chez Carrefour. Comme on dit, après moi, la pénurie de nougat de Montélimar.

Oh ! Il se passe que je suis en France, à Paris en fait. Bon, puisque je suis là (faut fredonner le meilleur moment d’Alice et June ici), je suppose que je pourrais peut-être passer par le Stade de France pour le concert d’Indochine ce soir. Mais, vraiment, ce serait assez pour moi.

Alors, vous êtes tous malins, et vous comprenez maintenant que je plaisantais — un peu — sur le nougat. (C’est un sujet gravement sérieux, le nougat.) Je suis en fait ici principalement pour le concert. Je n’ai pas du temps pour en faire plus — je dois reprendre ma fille lundi. C’était une décision très difficile à prendre, mais le choix cette année n’était pas entre le concert et une semaine entière. C’était plutôt entre le concert et rien.

Je veux être CLAIR sur quelque chose : je ne suis pas du tout devenu le genre d’étranger qui est tombé amoureux de Paris et rien d’autre. Si j’avais encore une semaine, je n’aurais passé qu’un jour à Paris pour entrer et sortir — j’irais plutôt à Lille. Ou Lyon. Ou Caen. Ou Quimper — comme je suis tombé amoureux de Quimper ! Ou faire le tour révolutionnaire en Gironde et en Vendée. Je ne veux offenser aucune de mes connaissances en oubliant leur ville !

Alors pourquoi tout ça pour un concert ? Car ce n’est pas la première fois où un groupe que j’adore fête son 40e anniversaire. La dernière fois, c’était Rush et dès que cette tournée-là est terminée, ils ont pris leur retraite. Plus tard, il s’est avéré que leur batteur avait un cancer du cerveau. Il est mort en janvier 2020, et il me manque tous les jours. J’ai peur de rater Nico comme j’ai raté la dernière tournée de Rush, comme j’ai complètement raté Genesis et The Police.

Mais en plus, ce concert sera l’un des plus grands de tous les temps. Selon les statistiques :

  • Plus de 97 000 spectateurs
  • Un écran vidéo de plus de 2 500 m^2, le plus grand jamais utilisé pour un concert
  • Une tour qui fait 45 mètres de hauteur au milieu du stade
  • Une scène de 850 m^2

Je n’ai jamais fait partie d’un concert dans n’importe quel stade pendant ma vie entière. Les plus grands pour moi sont Fleetwood Mac et Rush à Los Angeles, avec peut-être 13 000 spectateurs. Même si Indochine ne prend pas sa retraite, je ne répéterai jamais cette exercice. Mais je voulais, juste une fois, vivre un tel moment avec les gens que j’aime le plus au monde.

Le boucher de Nantes

Quand j’écris les posts « Je découvre », j’essaie de présenter les départements selon leurs meilleures qualités. Mais l’histoire a aussi des ombres, et aujourd’hui, on parle d’un chapitre malheureux de l’histoire nantaise. Cette fois, je parle d’une histoire dont j’ai entendu parler d’un ami il y a longtemps, l’histoire de Jean-Baptiste Carrier et les noyades de Nantes. Je suis ici la narration du site France Pittoresque et de Wikipédia.

Les noyades de Nantes par Joseph Aubert, Photo par Musée d’art et d’histoire de Cholet, Domaine public

Je vous ai dit en Gironde que les deux départements que tout le monde connaissent aux États-Unis sont la Gironde et la Vendée, à cause de leurs rôles pendant la Révolution. On parle des révoltes vendéennes, mais cet épisode est un moment de la Terreur qui est peu connu chez moi car il s’est passé en dehors de Paris. (L’histoire de la Terreur aux États-Unis est plus ou moins : les États-Généraux arrêtent le roi, la Montagne devient de plus en plus sanguinaire, Marie-Antoinette mange de la brioche, M. Robespierre prend la parole, puis tout le monde est guillotiné, le homard Thermidor est créé et le mot « tricoteuse » entre la langue anglaise à cause du livre « Le Conte de deux cités » par Charles Dickens. On passe directement à Waterloo pour reprendre ce qui compte, la glorieuse histoire anglophone.)

D’abord, on doit établir pourquoi Carrier voulait tuer des prêtres en plus que les rebelles vendéennes. C’est à cause de la Constitution civile du clergé de 1790, selon laquelle il fallait que les prêtres abandonnent l’Église catholique pour une nouvelle Église constitutionnelle. Les prêtres qui ont refusé étaient labellisés réfractaires ; c’est-à-dire des ennemis de la Révolution et du pouvoir séculaire.

Les rebelles vendéennes ont formé une armée catholique et royale ; les prêtres étaient donc pire que juste des hérétiques qui n’étaient pas d’accord avec les révolutionnaires — ils étaient les symboles d’une cause opposée. En octobre 1793, le Comité révolutionnaire de Nantes a rendu 90 prêtres sur un bateau ancré dans la Loire, pour servir en tant que prison. Mais Carrier est arrivé pour se charger des affaires et il veut écraser complètement la révolte. Il décide donc de les tuer tous. Mais sans un procès, il ne veut pas de témoins, alors il ne dit pas au commandant du bateau qu’il va noyer les prêtres. Il leur dit qu’ils seront transférés à un autre prison.

Mais son adjutant, Lamberty, demande aux prêtres de lui rendre leurs objets de valeur. Puis, les prêtres sont attachés deux par deux et mis dans une gabare avec des trou en bas. Selon France Pittoresque :

L’eau envahit la cale, où les prêtres, commençant à se rendre compte qu’ils vont bientôt rencontrer le Créateur, se mettent à hurler de désespoir, à supplier pour qu’on leur porte secours. Un des bourreaux a l’idée de leur faire une bonne blague, il grimpe sur le chaland en train de couler pour faire semblant de vider l’eau au moyen d’une poêle à châtaignes percée de trous. Que c’est amusant ! Mais les prêtres, qui ont déjà de l’eau à mi-cuisse, ne goûtent pas la plaisanterie.

Mais c’est une façon efficace de tuer un grand nombre d’hommes en même temps. Carrier, qui a un sens de l’humour vraiment macabre, appelle ça « la déportation verticale » dans la « baignoire nationale » ; c’est-à-dire, la Loire. Il profite tellement de cette expérience qu’il a fait noyé entre 1 800 et 4 800 victimes — les historiens ne sont pas d’accord sur un chiffre exact.

En plus des noyades, Carrier a ordonné des fusillades qui ont tués environ 3 000 prisonniers, dont des civils, des femmes, et des enfants. Carrier est un homme impitoyable ; selon Wikipédia :

Francastel, Tréhouart et Prieur de la Marne, membre du comité de salut public, sont dénoncés par Jean-Baptiste Carrier pour leur modérantisme. Il exhortait à la répression la plus féroce : « Il vous est ordonné, écrit-il au général Haxo, d’incendier toutes les maisons des rebelles, d’en massacrer tous les habitants et d’en enlever toutes les subsistances ».

Carrier fait partie de la chute de M. Robespierre. Mais après l’acquittement d’une centaine de nantais, il y a de nombreux témoins contre lui et il est mis en accusation. Il est un criminel sans doute, mais peut-être qu’il n’avait complètement tort quand il a dit :

« Tout est coupable ici, jusqu’à la sonnette du président. Vous serez tous enveloppés dans une proscription inévitable »

Il est guillotiné le 16 décembre 1794, mettant fin à la Terreur de Nantes.

Je m’en vais

Je n’en peux plus.

Vous savez tous que je suis 100 % accro au nougat de Montélimar. J’en ai acheté à Paris l’année dernière, puis j’ai écrit sur la Drôme, d’où il vient. Mais le stock de nougat tendre chez myPanier est en rupture depuis février, et il s’est avéré que je n’aime pas le nougat dur. J’en ai trouvé un peu en avril quand j’ai commandé le chocolat en forme de couteau suisse, mais Yummy Bazaar coûte beaucoup trop cher pour être la bonne source.

Connaissez-vous les contes de C.S. Lewis sur le pays de Narnia, surtout Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique ? Dans ce livre, il y a un garçon, Edmund, qui trahit sa famille et les narniens pour une boîte de loukoum. Moi, j’ai toujours trouvé cette histoire trop ridicule. Le problème n’est pas vendre sa famille et tous ses amis à une sorcière. C’est pas grand-chose. Mais pour du loukoum ? Non, c’est à rire. En revanche, pour du nougat de Montélimar ? Ça, je pourrais comprendre.

Alors, je vais régler cette situation à tout prix bientôt. Le nougat me manque, et je suis prêt à faire une vraie connerie pour en avoir plus. Demain, je vais vous raconter une dernière histoire nantaise avant notre dîner départemental. Mais après, vous allez voir à quel point je souffrira pour avoir la meilleure chose au monde, le nougat de Montélimar.

(N’imaginez pas que j’ai perdu la tête. Il y a toujours de la méthode derrière mes folies.)

Mes erreurs de géographie

Pendant la vie de ce blog, j’ai fait — et je continue de faire — quelques erreurs géographiques. Parfois, je peux au moins plaider que mes sources m’ont trompé. Il y avait le temps où j’ai pensé que la Cité du Chocolat était en Ardèche — car leur site de tourisme l’a mentionnée. Il y avait le temps où j’ai mis le ZooParc de Beauval en Indre-et-Loire, car le Guide Vert m’a dit que c’était proche du Château de Chenonceau, et je n’ai pas remarqué que le code postal l’a mis dans le Loir-et-Cher. Je fais ATTENTION maintenant aux codes postals de chacun des trucs dans mes articles.

Mais cette semaine, je me suis VRAIMENT banané dans mon article sur la Loire-Atlantique. Quelques minutes après avoir partagé l’article, j’ai reçu des commentaires des amis sur Facebook : « Comment es-tu arrivé à oublier que Louis de Funès y est enterré ? » Et ils avaient complètement raison. Ça ne sert à rien de dire que je me souviens seulement du fait qu’il est né à Courbevoie, car il l’a mentionné dans Le gendarme et les gendarmettes (et c’est un vrai fait biographique) :

Une commentatrice m’a gentiment suggéré que c’était pas ma faute, mais après plus de 30 films de ce monsieur, il faut demander quel genre de fan je suis !

Mais je peux UN PEU plaider la même chose sur mes sources. Quand je fais mes recherches sur les personnages connus, j’ai toujours deux sources. D’abord, je garde un tableur avec une ligne pour chaque département. Si j’entends parler de quelqu’un avant d’arriver dans leur département, je me laisse une note. L’autre chose, c’est que Wikipédia — avec un accent, je parle SEULEMENT de la version française — a toujours un titre « Personnalités liées au département ». On trouve souvent la même chose pour les communes les plus grandes. Je vérifie toujours les pages des dix communes les plus grandes en plus de la page départementale. D’habitude, je recherche environ deux cents personnes pour ce paragraphe !

Voilà la page du département sur Wikipédia. Il y a un lien vers une autre page, Liste de personnalités nées à Nantes. Louis de Funès n’y est pas né, alors pas surprenant qu’il n’est pas là. Mais sur la page de Nantes lui-même, on trouve un lien vers une autre page, Liste de personnalités liées à Nantes dont « Les Nantais d’adoption ». Mais de Funès vivait juste en dehors de Nantes, au Cellie, alors il n’apparaît pas non plus dans cette dernière liste. Et Le Cellier n’est pas l’une des communes les plus grandes du département.

Je n’ai aucune idée où est enterré Roger Moore, mon James Bond préféré. Même chose pour G.K. Chesterton, mon auteur préféré. Mais Louis de Funès a changé ma vie plus que n’importe qui, alors même si mes amis me taquinaient, ils ont quand même raison.