Archives de l’auteur : Justin Busch

Avatar de Inconnu

A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Mon dîner puydômois

Vous auriez dû savoir que ce dîner arriverait, même si vous ne saviez pas exactement où. Aucun tour de la cuisine française serait complet sans ce plat bien auvergnat, la soupe aux choux.

À peine 4 mois après avoir commencé en 2020, j’ai regardé le film du même nom. Et pour aller avec, j’ai fait de la soupe aux choux pour la première fois. Je n’ai pas triché — les photos à suivre ne viennent pas de cette nuit-là, et la preuve est la photo à haute résolution en haut. De toute façon, c’était trop tôt pour regarder ce film, plein de patois. Mais il y avait une scène que je connais jusqu’à maintenant par cœur :

Je réciterai le tout pour la balado, bien sûr. En tant que diabétique, je compatis. Je suis tellement Le Glaude, ça fait mal.

J’ai recherché une belle douzaine de recettes, mais fini par utiliser la même recette que j’ai trouvé en 2020. Les ingrédients sont presque toujours les mêmes, sauf pour être végétarien ou pas (ne me croyez pas sur parole). Je dois celle-ci à Alma Lach et son livre « Hows and Whys of French Cooking ». Pourquoi une recette originalement en anglais ? Parce que c’est en fait plus traditionnelle que toutes ces recettes « faciles » sur Internet en français, qui promettent des résultats trop vites ! Il faut 1 1/2 – 2 heures pour mijoter bien.

Le seul changement, à part une pomme de terre de moins, c’est du poulet au lieu de lard ou poitrine salée. Je l’ai déjà eu sous la main, et avec ça, cette recette est un très bon marché, 12 € pour assez de soupe pour 4-6 personnes. (Il n’y a pas d’ingrédients de luxe comme un œuf ou de la crème fraîche.)

Les ingrédients pour la soupe aux choux :

  • 1/2 kg de filet de poulet
  • 1 oignon
  • 2 petits poireaux ou 1 gros
  • 1 navet
  • Une belle poignée de petites carottes
  • 1 pomme de terre
  • 1 chou vert, environ 1/2 kg
  • 1 L de bouillon de poulet
  • 700 mL d’eau
  • Du sel et du poivre

Les instructions pour la soupe aux choux :

  1. Rincer, sécher, et couper le poulet, l’oignon, et les poireaux.
  1. Mettre de l’huile d’olive dans une cocotte (la mienne fait 6,75 L), juste assez pour couvrir le fond. Chauffer l’huile sur un feu moyen, puis y faire revenir — légèrement — le poulet.
  1. Une fois visiblement cuit partout, baisser le feu, ajouter l’oignon et les poireaux, couvrir et laisser mijoter pendant 1/2 – 1 heure. La recette originale dit 1 heure entière, mais vérifier la cuisson ; j’ai continué après 1/2 heure.
  1. Pendant que le poulet et les légumes mijotent, couper la pomme de terre, le navet, le chou, et les carottes.
  1. Préparer le bouillon de poulet.
  1. Quand le poulet et les légumes sont tendres, ajouter les 4 légumes de #4 à la cocotte. Mélanger le tout, ajouter le bouillon et l’eau (1,7 L en total), saler, poivrer et remuer. Puis couvrir la cocotte, hausser le feu jusqu’à moyen-doux, et laisser mijoter pendant 1 heure.
  1. Retirer la couvercle, rectifier l’assaisonnement et servir.

Il n’y a pas trop à ajouter. On ne trouve pas cette soupe dans les bistrots américains, alors je ne connaissais pas cette soupe jusqu’en 2020. Ce que j’ai écrit à mes amis anglophones à l’époque dit tout : « C’est la cuisine des paysans, pas des grands restaurants, mais c’est où le film a lieu. C’est, je pense, « la vraie France », et c’est ça dont je suis à la recherche. »

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Je fris, ils refroidissent

Langue de Molière paraît un jour à l’avance cette semaine. L’explication arrivera avec la prochaine balado.

Il y a deux semaines, Mme Aurore Ponsonnet est arrivée à bouleverser mon monde :

Ce n’était pas une nouvelle qu’il y a des verbes « défectifs ». Il s’agit du genre de chose qu’il faut savoir pour écrire cette phrase. Mais « s’agir » et « falloir » sont « impersonnels » ; je ne sais même pas ce qui voudrait dire « je… faus ? » ou « tu t’agis ». On est censé être capable de s’exprimer en plusieurs formes aux plus hauts niveaux, mais même en anglais, je ne pourrais pas construire une expression pour le premier. Le deuxième, dans un certain contexte, si — mais c’est Langue de Molière ici, pas Shakespeare, et ce qui me vient dans l’esprit est compliqué.

([Moi, je dis « il faute » en parlant de Justin, mais c’est juste pour dire que tout ce qu’il fait a tort. — Mon ex])

Naturellement, j’ai dû vérifier mon Bescherelle, qui m’a fait exploser la tête :

C’est à dire vraiment que vous comprenez ce qui arrive dans une poêle s’il y a de l’huile et un poisson, mais deux, c’est juste hors compréhension ? Il m’a absolument fallu poser la question, et Mme Moutet, très pratique comme d’habitude, m’a répondu :

Elle a raison, bien sûr, mais elle s’habitue à écrire pour des journaux, où les rédacteurs comptent les mots et les dates limites arrivent vites. On fait ce que la langue permet, et ne se soucie plus de telles bêtises. Mais moi, je reste obsédé par l’esprit derrière cette affaire. Il ne suffit pas de dire « la forme a disparu car personne ne l’utilisait plus ». Dans le désert du Sahara, peut-être que vous arriverez à me convaincre que personne ne parle jamais de faire frire deux poissons en même temps, mais sur les bords de la Loire ? J’imagine une conversation entre un chef qui écrit un livre de recettes et son éditeur :

Chef : Je veux dire aux lecteurs de mettre tous les poissons dans la poêle en même temps.

Éditeur : Vous savez très bien que l’Académie française l’interdit depuis l’accident en cuisine du Duc de Vuznetz-pas-Sérieux* en 1720. (*Ancienne commune près de Metz, Yutz, et Contz-les-Bains.)

Chef : Alors, je peux dire « Quand les poissons auront frit ».

Éditeur : Bien sûr.

Chef : Et « au cas où les poissons friraient ».

Éditeur : Ça marche.

Chef : Pas de problème si je dis « Si les poissons avaient frit avant que vous ne soyez prêt à les poivrer… ».

Éditeur : C’est du français le plus pur.

Chef : Alors, « Pendant que les poissons fritent ».

Éditeur : Espèce de con ! La malédiction revient ! Vous nous avez tous condamné !

Puis une Tarasque vient et les mange tous les deux.

Mais vous n’êtes même pas d’accord sur quels verbes sont défectifs ! Le site où Mme Ponsonnet écrit vous dira que « braire », faire le son d’un âne, ne se conjugue qu’à la 3e personne. Il brait, ils braient. Les autres entrées sont toutes vides. Le Bescherelle est d’accord. Mais les dictionnaires du Robert et de l’Académie française donnent des conjugaisons pour toutes les personnes.

J’ai une théorie pour ça. Aux fermes, c’est bien évident qu’il n’y a pas besoin d’utiliser les autres personnes. L’âne brait, les ânes braient. On ne s’adresse pas directement aux ânes. Mais l’Institut de France est à quelques pas du Palais Bourbon. Ils entendent probablement des choses.

(Nous disons exactement ça de nos hommes politiques aux États-Unis : version Républicaine, version Démocrate. Cherchez « braying ».)

Et avec ça, Langue de Molière arrêtera de braire jusqu’à la semaine prochaine. On parlera plus des Tarasques début avril. La semaine prochaine, Langue de Molière vous reverra avec le mot dont vous n’avez pas besoin.

Épisode 51 — chez Pascal dans le Puy-de-Dôme

Ce week-end, j’ai lancé une nouvelle série ici, « Les découvertes françaises », une exploration des théories scientifiques et philosophiques — les bonnes, pas les conneries de certains philosophes modernes — qui viennent de la France. C’est mon but de vulgariser non pas seulement les célèbres penseurs comme Pascal, mais ceux qui sont moins connus à moins que vous soyez spécialiste, les Bastiat et les Thévenin. Quant à ce dernier, j’ai payé cher pour mon cours d’électrotechnique, et je vais en tirer quelque chose d’utile. Ou vous faire souffrir. C’est grosso modo la même chose.

Cette colonne est partie de l’une des premières choses que j’ai écrit sur Quora en français, une réponse à la question « Que fait la France mieux que les États-Unis ? » C’est bien moi, et vous reconnaîtrez sûrement le style ainsi que l’attitude. Mais la grammaire, ça pique les yeux (je l’ai écrite 5 mois après ma première leçon). Et pour autant que certains commentaires soient gentils, il y a d’autres… disons qu’il y a des râleurs Label Rouge partout. Et sur les contenus, même pas la grammaire ! À mon avis, c’est un passé qui mérite d’être fêté, et ça convient parfaitement aux autres sujets ici. Les articles ne seront pas hebdomadaires, mais quand on croise les bons chemins.

J’ai appris quelque chose de bête cette semaine. Si vous aimez trop d’articles trop vite sur WordPress, et vous avez un compte géré par Automattic, l’entreprise derrière WordPress.com, ils vous banniront d’aimer les articles des autres. C’est arrivé à une poète italienne que je suis ([La chirurgie peut aussi vous rendre italien maintenant ? Les californiens n’arrêtent jamais ! — M. Descarottes]). Elle a partagé la correspondance (c’est en anglais). Je suis ici pour vous dire qu’elle n’est pas troll. Mais attention ! Si je vous laisse une mention j’aime, ça veut dire toujours que j’ai tout lu. De cette façon, je suis assez lente pour eux. Si vous avez l’habitude de laisser beaucoup de mentions pour soutenir vos amis même quand vous n’avez pas de temps pour lire, il y a un risque que ça vous arrive.

Je dois vous remercier tous pour les commentaires gentils sur « Le bon ordre ». Faire rire aux autres est l’une des choses les plus difficiles à faire dans une langue étrangère. Et une dernière note personnelle : avec ce post, j’atteins deux jalons — 250 jours de suite de publications sans cesse, et 400 000 mots en total pour le blog. C’est comme 4 romans, pourtant la série est loin d’atteindre sa fin ! (Si vous pouviez lire la fin du Tour, vous sauriez que « fin » n’est pas français.)

Notre blague de la semaine vient d’un album de Raymond Devos. C’est un numéro comique appelé « Ouï-dire ». Je ne suis pas Louis lui, mais j’espère qu’il restera drôle dans mes mains. Nos articles sont :

Il y a aussi C’est le 1er, version mars 2023, avec le nouveau dessin de ma fille pour fêter mes blogueurs préférés, et Le banana bread de Péla, encore une fois une recette emprunté à l’une de nos pâtissières préférées.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Anchor, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Le banana bread de Péla

Encore une fois, une recette de Péla est arrivée chez moi. C’est plus qu’un peu drôle qu’une recette américaine soit venue de France sur ce blog, mais je note que ça fait deux jours depuis sa publication, et si je peux faire l’aller-retour en deux jours, la recette aussi. Alors :

La photo en haut est disponible à haute résolution en cliquant.

Comme Péla a mentionné, cette recette vient des États-Unis pendant les années 30 et la Grande Dépression. Alors, deux brefs contes de ma grand-mère maternelle, née ici en 1922. 1) Son père était épicier. Quand les tomates sont venues dans son magasin, elles étaient toujours vertes. Pour les vendre plus vite, il les mettait dans de petites boîtes, quatre à la fois, puis les recouvrait avec de la cellophane rouge. 2) Étant fille d’épicier était sa propre punition, car la famille mangeait ce que les clients ne voulaient pas acheter. Et souvent, c’était les haricots de Lima. Je vois que Carrefour ne les vend pas. Ma grand-mère détestait ces haricots au point où après la fin de la SGM, elle ne les a plus jamais mamgés. Pour ma part, dès que j’ai quitté chez mes parents, je ne les ai plus jamais achetés ni mangés non plus. Pas fan.

Mais du banana bread, oui. Allons le faire !

Lire la suite

L’erreur de Pascal

Avec cet article, on lance une nouvelle catégorie, « Les découvertes françaises ». J’expliquerai tout avec la prochaine balado, mais je me doute que vous aurez déjà compris.

Avant de quitter le Puy-de-Dôme, je voulais écrire sur une pensée de son plus célèbre fils, Blaise Pascal. Je parle de son fameux pari. J’ai des sentiments mitigés quant à même évoquer le sujet, pour deux raisons. Numéro 1 « avec une balle » (« with a bullet »), comme on dit en anglais, c’est que je suis bien au courant que parler de sujets religieux est un faux pas en France. Exactement deux francophones m’ont demandé ce que je crois pendant ces 3 dernières années, ce qui me dit plus que n’importe quelle autre preuve. Disons simplement qu’il y a des indices par ici et par là le long du blog. Mais numéro 2, quel que je croie, ce blog n’est pas ici pour faire polémique… bon, pas trop souvent. 4 articles de presque 850 ? Sans en venir aux injures ? Je l’assume.

Alors, le pari de Pascal. Ça m’est arrivé dans l’esprit à cause de quelque chose dans la vraie vie il y a 3 semaines. Mais d’abord, qu’est-ce que c’est que le pari ? Pascal était philosophe, et voulait convaincre ceux en dehors de l’Église que même s’ils ne croyaient pas eux-mêmes, il valait le coup de faire un effort. Pour comprendre son argument, il faut que l’on apprenne l’idée de « valeur attendue ». Bien que je parle de cette idée dans le cadre d’une erreur, c’était un pas en avant important pour beaucoup de sujets, dont les finances et la gestion des risques.

Statue de Pascal à la Tour Saint-Jacques à Paris. Photo par Dennis Jarvis, CC BY-SA 2.0

C’est une idée très simple. Il faut savoir deux choses : la probabilité d’un événement, et ce que l’on attend à gagner s’il arrive. La valeur est le produit de multiplier ces choses. Par exemple, la valeur minimum de la loterie « Powerball » aux États-Unis est 20M $ ; quand on gagne, c’est la valeur du prix au prochain tirage au sort. Et la probabilité de la gagner, c’est 1 sur 292 201 338. La valeur attendue d’un billet est donc 20 000 000 $/292 201 338, ou 0,07 $. Pourtant les billets coûtent 2 $. C’est pourquoi je joue à la loterie seulement si le prix hausse au moins dix fois, à 200M $. La valeur attendue du billet ne s’approche presque jamais de ce qu’il coûte, mais je préfère de perdre 1,30 $ plutôt que 1,93 $. (En fait, je perds presque toujours 2 $, mais laissez tomber. C’est la valeur attendue, pas arrivée.)

Certains d’entre vous, plus doués en maths, me diront que 0,07 $ est une borne inférieure car il y a d’autres prix que l’on peut gagner, aussi plus probables. Évidemment, je le sais. Merci de ne pas compliquer l’exposition.

Pascal nous demande de considérer le résultat d’un pari sur l’existence de Dieu : soit Il existe, soit pas. Avec 2 états de réalité possibles — vous avez raison ou vous vous trompez — il y a 4 résultats possibles. J’emprunte ce tableau à Wikipédia:

Pari de Pascal, Wikipédia

Dans les cas où Dieu n’existe pas, les gains et les pertes sont limités à ce que vous arrive dans la vie ; ils sont finis. Il n’est pas vraiment important de les calculer de façon exacte. Ce qui compte sont les cas où Dieu existe et les gains et pertes deviennent illimités. Évidemment, l’un des deux est positif, et l’autre est négatif. Pascal vous dirait donc que cette analyse des risques indique qu’il vous faudrait faire un effort d’être croyant, parce que ça évitera une perte inacceptable contre 3 gains qui sont tous préférables. Oui, dans un des trois, on parie contre et a raison, mais on exclut ce cas de nos choix, car si ça ne va pas, on va dans le San Bernardino (maison de mon ancienne belle-famille).

Pourtant, même les croyants n’aiment pas souvent cet argument. Mettre à côté la plainte que l’on pourrait parier sur le mauvais dieu. C’était évident à Pascal que les cultes grecques et nordiques sont disparues à cause d’être fausses. Laplace, un grand mathématicien, avait l’avis (lien en anglais) que Pascal avait choisi la mauvaise valeur, que plus le gain est grand, moins la probabilité que le gain soit réel. (Ça implique, à tort, qu’un dieu que ne promet rien existe presque certainement.) Mais il y aussi des plaintes (lien en anglais) que la croyance n’est pas un choix — si je vous paye à croire que le soleil est bleu, vous verrez quand même la vérité, et rien n’aura changé. Ou que c’est immoral de faire un tel choix simplement pour le gain.

Mais les problèmes viennent en général du fait que l’une des valeurs est infinie. La méthode elle-même est solide. Il y a 3 semaines, on a menacé sur TikTok de faire quelque chose d’horrible à l’école de ma fille la Saint-Valentin, sans préciser quoi exactement. J’ai en fait construit le même tableau :

C’est bien évident — même sans connaître les probabilités exactes — qu’il n’y a aucun gain, et deux pertes, et l’une est bien pire que l’autre. Je l’ai donc gardée à la maison, il n’y a pas eu d’attaque, et j’ai reçu un SMS impoli exactement comme prévu. Évidemment, dans le monde des finances, il faut estimer les coûts plus exactement, et j’ai sauté par-dessus de cette complication. Mais la méthode est la même, et l’idée de valeur attendue est donc une idée de très grande valeur. Peut-être infinie.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le bon ordre

Il était une fois, j’avais assez de peur que j’ai vérifié tous mes articles sur Google Traduction. ([Maintenant, vous publiez juste n’importe quoi. C’est pas mieux. — M. Descarottes]) M. Descarottes a un peu raison — je n’utilise plus Google de cette façon. Mais il y a quelque chose que je vérifie tous les jours, l’ordre des adjectifs et leurs noms. Revenons en 2020 pour la leçon trompeuse.

Chez les anglophones, il y a un mnémonique que l’on apprend aux élèves de français : BAGS. C’est-à-dire « Beauty, Age, Goodness, Size », ou dans une langue plus compréhensible, Beauté, Âge, Bonté, Taille. Mais il faut avouer que BABT ne veut rien dire. Pourquoi un mot qui signifie « sacs » réussit ce but, je n’arrive pas à l’expliquer. De toute façon, les adjectifs « BAGS » sont censés être tous ceux qui vont avant un nom. Mettre à côté la règle sur les adjectifs de plus de deux syllabes ; celle-ci a déjà tort.

Clairement, c’est pas complètement fou. On dit « la petite ordure », pas « l’ordure petite », et « le joli gâteau », pas « le gâteau joli ». J’ai donc du mal à comprendre comment vous supportez tous Angelina Jolie, dont son nom doit vous faire mal aux oreilles, mais c’est votre affaire. (Perso, je serais plus dérangé par son côté vampirique.)

Pourtant, cette règle de BAGS nous triche. Il y a des adjectifs qui ne vont que dans la mauvaise place, si l’on la prend au sérieux. On dit « un arbre géant », mais jamais « un géant arbre ». « Un arbre énorme » aussi, malgré le fait que ces deux traitent de tailles.

Et vous ne vous contentez pas seulement de jouer des tours avec l’ordre des mots. Non, il y a plein d’adjectifs qui changent de sens selon leur place. Mon « ancien ami » est le gars auquel je ne parle plus, mais mon « ami ancien » reste en contact avec moi, il a juste besoin de son déambulateur. Ma chère amie m’est vraiment importante, mais mon amie chère…([C’est un blog familial. Ne finissez pas cette pensée. — M. Descarottes])… ma voiture chère m’a coûté beaucoup d’argent.

Même la négation change de sens selon l’ordre ! Si j’écris « J’ai toujours pas fini mon dessert», c’est à dire que je suis toujours en train de faire quelque chose et il vous faudra attendre si vous avez faim. Mais si j’écris « J’ai pas toujours fini mon dessert », c’est à dire plutôt « J’ai mangé assez de desserts pour énerver mon docteur ; parfois j’ai tout mangé, et parfois j’ai laissé quelques miettes sur l’assiette ». C’est vraiment similaire quant à vraiment : « M. Descarottes n’est vraiment pas content de moi ! » veut dire qu’il est 21h01, pourtant il n’a toujours pas reçu les carottes qu’il m’a demandé à 21h. D’autre part, « M. Descarottes n’est pas vraiment content de moi » veut dire plutôt qu’il est 19h, alors il n’a reçu aucune carotte, mais il n’est toujours pas en colère contre moi.

Au fait, bien qu’il soit vrai qu’il demande toujours des carottes à 21h, j’entends « 21h » dans la voix de Catherine Ringer.

Penser au fait qu’un cobaye et une fille de 12 ans peuvent m’ordonner par ici et par là me frite vraiment, comme on dit en anglais. Heureusement, il n’y a que moi uniquement qui frite, car le français interdit deux choses de faire frire en même temps. C’est ça le sujet du prochain Langue de Molière.

Comment dessiner un bandeau

Ma fille est encore une fois partie pour une semaine chez sa mère, alors bien qu’elle sache de quoi on va parler, elle n’a rien vu. Disons qu’elle était ravie de voir des commentaires gentils avant d’aller à l’école.

Alors, reprenons le bandeau, puis je vais vous donner un aperçu de son processus. Je l’ai faite arrêter plusieurs fois pendant son travail pour prendre des captures d’écran :

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous reconnaissent au moins la religieuse, mais les autres sont ma bûche de Noël 2021 et mon macaron Saint-Valentin de la même année. Voici les 3 photos originales :

À l’école, elle apprend à dessiner avec Adobe Illustrator. Il n’y a pas besoin de commencer de zéro avec ce logiciel. Après avoir ouvert le bon fichier, elle a commencé par créer des « calques » pour manipuler l’image :

Puis avec un outil appelé le « lasso », elle sélectionne et découpe des régions de la photo qu’elle veut remplacer :

Au fur et à mesure, une partie après l’autre est remplacée dans un des calques, et l’image final commence à prendre forme :

En gardant l’image originale dans son calque, on peut vérifier que le nouveau dessin reste fidèle à l’objet original :

Finalement, on supprime le calque avec la photo originale, et il ne reste que le dessin :

C’est facile de comprendre comment les deux autres ont été produits de même façon. Tout ce travail lui a pris quatre heures sur deux jours.

Quant aux couleurs rouge et bleu qui y apparaissent, elle les a choisi d’un graphique trouvé sur Wikipédia, qui reflète le drapeau avant les changements de M. le Président Macron en 2020.

Tout le bandeau était son idée, au-delà des mots « C’est le 1er », mais comme certains ont déjà remarqué, les couleurs sont dans le sens opposé du drapeau actuel. Il y a en fait une raison pour ça.

Quelques jours après avoir terminé le dessin, elle m’a demandé si elle pouvait ajouter les couleurs du drapeau en arrière-plan. Je lui ai répondu que je m’inquiétais que ça paraîtrait comme des graffitis sur le drapeau. Aux États-Unis, on voit souvent de tels dessins (voilà, voilà, et voilà ; je ne garantis pas que ces liens dureront), malgré le fait que l’on n’est vraiment pas censé faire ça (lien en anglais). Pour être clair, ici c’est une question d’étiquette, pas de loi.

Alors elle l’a préparé en comprenant que j’allais montrer les deux dessins à une amie à laquelle je fais absolument confiance. Et sa réponse était que même si personnellement elle l’assumait, il restait un risque d’offenser les autres. Afin de ne pas offenser personne, ma fille a donc choisi de garder l’ordre inversé des couleurs, pour minimiser le risque de confusion avec le drapeau lui-même. Mais vu la réaction, elle va régler l’ordre avant la prochaine colonne.

Je vous remercie tous encore une fois pour l’accueil bienveillant de son effort. Elle était vraiment reconnaissante hier matin, alors moi aussi !

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version mars 2023

Je continue à copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles. Langue de Molière est donc reporté jusqu’à jeudi. Et ce mois, on débute un nouveau graphique pour cette colonne, dessiné par La Fille. C’était son idée, et elle a fait tout le travail à partir de certaines de mes photos. Demain, je vous montrerai comment elle l’a fait.

Nouveau à moi :

  • Planète Vegas est un blog qui parle de mon autre ville préférée après la Nouvelle-Orléans, Las Vegas. Son site est plein de liens vers des entreprises locales françaises, des associations, et des événements qui rend Vegas la ville la plus intéressante du pays. Par exemple, le jardin de l’hôtel Bellagio, qui change son thème 4 fois par an, et les magasins du Grand Bazar (à ne pas confondre avec le Big Bazar). Plus tard cette année, je vous promets une visite au « Vegas français », tout ce que j’adore dans cette ville depuis le XXe siècle !

Les habituels :

À encourager :

Rien de nouveau chez Histoire2Connaître et Collapsofictions. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Je découvre le Puy-de-Dôme

On continue maintenant le Tour avec le 63, le Puy-de-Dôme. C’est le département le trente-huitième plus peuplé et les habitants se nomment puydômois. C’est notre neuvième séjour en Auvergne-Rhône-Alpes, mais ça fait belle lurette depuis le dernier, la Haute-Loire (43) !

Pour moi, le nom Clermont-Ferrand a toujours été le plus séduisant en France — malgré le fait que je n’en savais rien jusqu’à ce moment ! Ça vient du latin « Clarus Mons », puis « clair mont ». Ai-je mentionné que ma fac était à Claremont, Californie, à côté de Montclair ? Je me sens comme toute ma vie m’amène à ce point. Quant au nom Puy-de-Dôme, merci de ne pas le confondre avec le Puy de Dôme, sans traits d’union, qui est un volcan. Dans la langue de clarté, même les traits d’union ont des significations ! (Je vis pour ces moments.)

Alors, commençons à Clermont-Ferrand, la préfecture. On va prendre la balade la plus étoilée du blog, à partir du Vieux Clermont (2 étoiles Michelin). Là, on passera par la Place de Jaude (1 étoile), la place centrale de la ville, et la Rue des Gras (1 étoile), où cette dernière nous amène jusqu’à la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption (2 étoiles), du XIIIe siècle, construit en pierre noire de Volvic, avec de nombreux vitraux de l’époque.

On continue vers la Basilique Notre-Dame-du-Port (3 étoiles), qui fait partie des chemins de Saint-Jacques, avec un chœur et quatre chapelles décorés avec des chapiteaux extraordinaires, des tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles, et des vitraux du XIXe siècle. Finalement, on arrive à L’Aventure Michelin (2 étoiles) pour rendre hommage à notre ami Bibendum (bien moins effrayant de nos jours qu’au début) et faire le parcours d’un musée avec presque 140 ans de produits et de pubs Michelin, dont des avions. Il y a 29 restos à Clermont-Ferrand recommandés par leur guide. Si les enfants s’ennuient, amenez-les à l’Académie des Jedis Auvergnat — vous pensez que c’est une blague, mais voici la vidéo de l’INA. Je ne vous mens jamais sur la France, car la réalité est trop intéressante !

Puy Puis, on quitte Clermont-Ferrand pour le village d’Orcines, d’où on peut prendre le Panoramique des Dômes, un train au sommet du Puy de Dôme (3 étoiles), le plus grand volcan de la Chaîne des Puy (3 étoiles), 80 volcans éteints qui s’étirent sur environ 40 kilomètres. Très proche, on trouve le parc d’attractions Vulcania (2 étoiles), où il y a des spectacles et expositions scientifiques sur les volcans ainsi que des montagnes russes. Au village d’Orcival (2 étoiles), un peu au sud, on trouve sa Basilique Notre-Dame-des-Fers (2 étoiles), une basilique du XIIe siècle avec une statue de la Vierge du VIe siècle derrière l’autel. Plus au sud, à Issoire (2 étoiles), on trouve l’Abbatiale Saint-Austremoine (2 étoiles) pour sa fresque du Jugement dernier, et la Tour de l’Horloge (1 étoile), avec une vue panoramique sur la ville.

Au nord-est d’Issoire, on passe par Saint-Gervais-sous-Meymont et son parc naturel Livradois-Forez (1 étoile). Au bord de la Haute-Loire, il y a de belles vues panoramiques des volcans et les forêts qui y poussent. Le parc s’étend jusqu’aux Monts du Forez, que l’on a déjà visité en Loire.

Parc de Livradois-Forez, Photo par JulienChabal, CC BY-SA 3.0

De Saint-Gervais, au nord on trouve la statue la plus inhabituelle de France, mais malheureusement, il n’y a pas de photo gratuite en ligne — la statue de Goldorak à Thiers. Mais je peux lier cette vidéo de sa construction !

Notre prochain arrêt est à Riom, au nord de Clermont-Ferrand. Ici, on trouve le musée régional d’Auvergne (fermé l’hiver, 1 étoile), où « A travers plus de 4 000 objets, on découvre l’Auvergne rurale du XIXe siècle mais aussi un territoire et ses habitants aujourd’hui. » Les collections comprennent des instruments aratoires, des costumes et d’autres objets de la vie quotidienne auvergnate. On finit à Volvic pour visiter le parc de la source de la fameuse eau et aussi le château de Tournoël (juillet et août seulement, 2 étoiles), château-fort du Xe siècle. Maintenant ruiné, il reste un donjon carré et des vues exceptionnelles.

Qui sont les personnages les plus connus du Puy-de-Dôme ? En première place, je dois mettre le philosophe et mathématicien Blaise Pascal (on parlera de sa seule erreur plus tard), né à Clermont-Ferrand, ainsi que l’industriel avec le nom le plus cité sur ce blog, Édouard Michelin. Odile Deray Chantal Lauby y a grandi. Héros du blog pour son rôle de Slimane dans Les Aventures de Rabbi Jacob, Claude Giraud, est né à Chamalières, où le célèbre connaisseur de diamants, Valéry Giscard d’Estaing, était maire. Le prêtre et paléontologue Pierre Teilhard de Chardin est né à Orcines. L’actrice Audrey Tautou, connue mondialement pour avoir joué Amélie Poulain, est née à Beaumont.

Quoi manger dans le Puy-de-Dôme ? Il y a 3 fromages AOP fabriqués là-bas : le Saint-Nectaire, le Bleu d’Auvergne, et la Fourme d’Ambert, Les plats principaux sont généralement partagés avec leurs voisins auvergnats, comme la truffade (des pommes de terre cuites avec du fromage tomme de Cantal), la pintade aux lentilles, et le coq au vin auvergnat. En dessert, on trouve les célèbres pâtes de fruit d’Auvergne, originalement de Clermont, et la pompe aux pommes, ce qu’on a déjà fait en Loire. Pour boire, il y a 5 vins reconnus AOC sous l’appellation Côtes d’Auvergne, ainsi que l’eau Volvic.

Épisode 50 — à la friterie avec les Grands Anciens

Tout d’abord, je dois vous dire que je m’inquiète pour la santé dentaire de la France. Après l’histoire de pourquoi j’ai fait le fondant baulois pour ma fille, j’ai reçu plus de plaintes de mal aux dents d’autres que jamais dans la vie ! Vu que les frais de livraison sont prohibitifs, consultez Docteur Péla, qui peut vous aider par Chronopost.

Aujourd’hui, cette balado a dépassé un jalon, juste deux semaines avant son anniversaire, 8 000 lectures !

Pourtant, j’ai toujours presque aucune idée de qui l’écoute et pourquoi ! (Sauf pour leur distribution géographique.) Si vous n’êtes pas un lecteur du blog régulier, merci de vous présenter dans les commentaires — j’aimerais tellement apprendre comment vous êtes arrivé chez moi. Et surtout si vous l’écoutez de Visalia — la curiosité sur les statistiques de cette ville californienne me tue. Après Los Angeles et Elbe-en-Irvine, il y a plus d’auditeurs américains là-bas que partout ailleurs !

Après deux ans de paresse, j’ai finalement complètement mis à jour mon compte Instagram. J’ai ajouté une belle soixantaine de photos, la moitié du Tour des départements ainsi que quelques autres desserts. Malheureusement, après 2 ans et demi, il y a 3 véritables abonnés et une douzaine d’arnaqueurs. Il faudrait désormais être plus facile à maintenir. Mais comment le grandir ? J’ai pas envie de produire des « stories » élaborées.

Je veux prendre l’opportunité à l’avance pour remercier une chère amie qui me connaît depuis presque 3 ans pour de l’aide avec le prochain « C’est le 1er ». Ma fille a préparé une surprise pour vous, et en est justement fière, mais je voulais vérifier que ses choix seraient reçus de la bonne façon. Nous étions nous deux d’accord de demander à F. son avis. Tout le monde devrait avoir une amie comme ça, quelqu’un de bon sens qui a toujours un bon jugement.

Notre blague de la semaine traite de deux anciens présidents de la République. J’ai un peu de peur que certains m’en voudront, parce que je reste étranger, alors j’ai hâte d’ajouter que je l’ai lu sur Quora, écrit par un citoyen. Nos articles sont :

Il y a aussi Mon dîner pas-de-calaisien, d’après le style d’une friterie calaisienne, avec le welsh, les frites, et la tarte à la bière, et Le fondant baulois de Péla, un excellent dessert selon une recette de l’une de nos pâtissières préférées.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Anchor, qui abrite la balado. Bonne écoute !