Il y a 3 ans, pour le premier anniversaire du blog, j’ai écrit :
Vos défauts sont les mêmes que les miens. Je vous adore également pour eux comme pour les sujets du blog — le patrimoine, la cuisine, la culture.
Bon anniversaire au blog
C’était l’observation d’un an et demi d’expériences. Après 4 ans et demi, je suis plus convaincu que jamais de ça (avec une exception importante), et je crois sincèrement que c’est pourquoi on s’entend si bien. Bien sûr, on dit aussi que les opposés s’attirent, mais il me semble que c’est plus important de supporter les défauts qu’autre chose. En revanche, ça vaut mieux de prendre en compte les conseils des moines que les miens en ce qui concerne les relations. Mais supposons que je ne suis pas complètement fou pour l’instant.

Commençons avec une citation de Sylvain Tesson, dernièrement vue ici après mon premier voyage en France :
La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer.
Sylvain Tesson
Vous ne devinerez jamais où j’ai trouvé celle-là, alors je vous le dirai. C’était dans un article de The Wall Street Journal (payant et en anglais, double peine) publié en 2020 en plein Covid, intitulé, « Coincés à la maison à cause du Covid, les Français découvrent la France ». L’auteur étant nommé Benoît Morenne, j’imagine qu’il savait de quoi il parlait. Son sujet, c’était qu’à cause du confinement, pas mal de Français voyageaient ailleurs dans l’Hexagone, un endroit où ils ne prenaient jamais leurs vacances. Mais selon lui, cette situation, comment est-elle arrivée ?
C’est pour ça qu’il a cité M. Tesson, pour évoquer deux tendances qu’il voyait dans l’esprit français, un certain pessimisme et une tendance râleur, qui donnaient une tentation d’aller ailleurs. Pour ma part, je suis râleur, je le sais depuis longtemps, et je l’assume. Mais j’ai dit avant, et je vais le répéter ici :
Vous êtes nuls en tant que râleurs. J’entends tout le temps que les Français sont de gros râleurs, mais quand je lis vos commentaires et vos blogs, je ne le vois presque pas du tout. Oui, c’est facile à trouver sur les réseaux sociaux, mais râler est la monnaie du royaume chez eux, peu importe la langue.
Ce que je dirais plutôt, c’est que (presque) personne n’est un râleur en soi, mais (encore presque) tout le monde est convaincu que le reste du pays sont des râleurs insupportables. Ça vient, je crois, du pessimisme, mais même cette tendance sert à quelque chose.
On dit en anglais, « N’attends rien, et tu ne seras jamais déçu. » En France, on parle du Système D, et non pas seulement en tant qu’album des Rita Mitsouko. On s’attend à ce que tout le monde sache comment se débrouiller face à des problèmes inattendus. Il n’y a pas d’expression équivalente en anglais, sauf peut-être chez le Corps des Marines, qui a inventé le mot « snafu », des initiales de « situation normal, all f’d up » — c’est-à-dire « situation normale, tout est foutu ». Mais l’attitude américaine en général est plus optimiste, que tout ira bien, au point d’irrationalité. Un Français s’attend plutôt à des grèves, un métro en panne, quoi que ce soit — et ne panique pas en conséquence.
En parlant des grèves, les Français les font beaucoup plus souvent que chez moi, mais même là, je vois quelque chose de plus positif. Il y a un site web, cestlagreve.fr, qui signale toutes les grèves à venir. Même quand vous faites la grève, vous pensez à prévenir vos concitoyens de chercher des alternatifs. Chez moi, c’est plutôt, « Haha, nous les débardeurs allons simplement détruire l’économie si vous ne nous donnez pas une augmentation de 50 % et une promesse de ne jamais utiliser de la technologie aux ports. » Quand on fait la grève chez moi, c’est toujours en se comportant comme Le Parrain, sans les cannolis.
Vous êtes des perfectionnistes de façon inconnue pour la plupart des américains. Moi, je suis comme ça, raison pour laquelle je n’accepte jamais « Mais au moins le goût est bon ». Quand on entre dans une pâtisserie française, même de qualité moyenne, tout a l’air professionnel. C’est inacceptable de faire moins dans un pays qui a des concours de meilleur ouvrier même pour les installeurs sanitaires. (Ça doit être mon renseignement préféré sur le pays.) C’est pourquoi beaucoup de choses arrivent plutôt lentement en France. Encore une fois, j’entends des choses très différentes des lecteurs — vous dites souvent des choses très gentilles sur des plats que je considère plutôt moyen en ce qui concerne l’aspect (toux, toux, toux).
Cependant, le défaut que l’on ne partage pas, c’est qu’il n’y a personne qui me gronde plus que moi-même, et que j’exprime ça parfois souvent quand je ne devrais pas le faire. Pourtant, des centaines de Français ne sont qu’accueillants envers moi, et si j’ai un vertu, c’est que je n’oublie jamais la moindre gentillesse. Vous allez voir ça en majuscule pendant les deux dernières semaines de la Grande Fête du Tour, et pour ça, je vous remercie.




















