Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Vos défauts et les miens

Il y a 3 ans, pour le premier anniversaire du blog, j’ai écrit :

Vos défauts sont les mêmes que les miens. Je vous adore également pour eux comme pour les sujets du blog — le patrimoine, la cuisine, la culture.

Bon anniversaire au blog

C’était l’observation d’un an et demi d’expériences. Après 4 ans et demi, je suis plus convaincu que jamais de ça (avec une exception importante), et je crois sincèrement que c’est pourquoi on s’entend si bien. Bien sûr, on dit aussi que les opposés s’attirent, mais il me semble que c’est plus important de supporter les défauts qu’autre chose. En revanche, ça vaut mieux de prendre en compte les conseils des moines que les miens en ce qui concerne les relations. Mais supposons que je ne suis pas complètement fou pour l’instant.

« Verre brisé », dessert hawaïen, Photo par Jennifer Hasegawa, Domaine public

Commençons avec une citation de Sylvain Tesson, dernièrement vue ici après mon premier voyage en France :

La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer.

Sylvain Tesson

Vous ne devinerez jamais où j’ai trouvé celle-là, alors je vous le dirai. C’était dans un article de The Wall Street Journal (payant et en anglais, double peine) publié en 2020 en plein Covid, intitulé, « Coincés à la maison à cause du Covid, les Français découvrent la France ». L’auteur étant nommé Benoît Morenne, j’imagine qu’il savait de quoi il parlait. Son sujet, c’était qu’à cause du confinement, pas mal de Français voyageaient ailleurs dans l’Hexagone, un endroit où ils ne prenaient jamais leurs vacances. Mais selon lui, cette situation, comment est-elle arrivée ?

C’est pour ça qu’il a cité M. Tesson, pour évoquer deux tendances qu’il voyait dans l’esprit français, un certain pessimisme et une tendance râleur, qui donnaient une tentation d’aller ailleurs. Pour ma part, je suis râleur, je le sais depuis longtemps, et je l’assume. Mais j’ai dit avant, et je vais le répéter ici :

Vous êtes nuls en tant que râleurs. J’entends tout le temps que les Français sont de gros râleurs, mais quand je lis vos commentaires et vos blogs, je ne le vois presque pas du tout. Oui, c’est facile à trouver sur les réseaux sociaux, mais râler est la monnaie du royaume chez eux, peu importe la langue.

Les 1000 Coups de Foudre

Ce que je dirais plutôt, c’est que (presque) personne n’est un râleur en soi, mais (encore presque) tout le monde est convaincu que le reste du pays sont des râleurs insupportables. Ça vient, je crois, du pessimisme, mais même cette tendance sert à quelque chose.

On dit en anglais, « N’attends rien, et tu ne seras jamais déçu. » En France, on parle du Système D, et non pas seulement en tant qu’album des Rita Mitsouko. On s’attend à ce que tout le monde sache comment se débrouiller face à des problèmes inattendus. Il n’y a pas d’expression équivalente en anglais, sauf peut-être chez le Corps des Marines, qui a inventé le mot « snafu », des initiales de « situation normal, all f’d up » — c’est-à-dire « situation normale, tout est foutu ». Mais l’attitude américaine en général est plus optimiste, que tout ira bien, au point d’irrationalité. Un Français s’attend plutôt à des grèves, un métro en panne, quoi que ce soit — et ne panique pas en conséquence.

En parlant des grèves, les Français les font beaucoup plus souvent que chez moi, mais même là, je vois quelque chose de plus positif. Il y a un site web, cestlagreve.fr, qui signale toutes les grèves à venir. Même quand vous faites la grève, vous pensez à prévenir vos concitoyens de chercher des alternatifs. Chez moi, c’est plutôt, « Haha, nous les débardeurs allons simplement détruire l’économie si vous ne nous donnez pas une augmentation de 50 % et une promesse de ne jamais utiliser de la technologie aux ports. » Quand on fait la grève chez moi, c’est toujours en se comportant comme Le Parrain, sans les cannolis.

Vous êtes des perfectionnistes de façon inconnue pour la plupart des américains. Moi, je suis comme ça, raison pour laquelle je n’accepte jamais « Mais au moins le goût est bon ». Quand on entre dans une pâtisserie française, même de qualité moyenne, tout a l’air professionnel. C’est inacceptable de faire moins dans un pays qui a des concours de meilleur ouvrier même pour les installeurs sanitaires. (Ça doit être mon renseignement préféré sur le pays.) C’est pourquoi beaucoup de choses arrivent plutôt lentement en France. Encore une fois, j’entends des choses très différentes des lecteurs — vous dites souvent des choses très gentilles sur des plats que je considère plutôt moyen en ce qui concerne l’aspect (toux, toux, toux).

Cependant, le défaut que l’on ne partage pas, c’est qu’il n’y a personne qui me gronde plus que moi-même, et que j’exprime ça parfois souvent quand je ne devrais pas le faire. Pourtant, des centaines de Français ne sont qu’accueillants envers moi, et si j’ai un vertu, c’est que je n’oublie jamais la moindre gentillesse. Vous allez voir ça en majuscule pendant les deux dernières semaines de la Grande Fête du Tour, et pour ça, je vous remercie.

Trop maison

En 2015, Andy George, un réalisateur américain, a conçu un documentaire sur ce qu’il fallait faire pour réaliser un sandwich de poulet de zéro. Je ne veux pas dire qu’il a simplement fabriqué son propre pain et mayonnaise. Je veux dire qu’il a planté un jardin, tué un poulet, trait le lait d’une vache et fait son propre fromage, même volé vers la Côte Est des États-Unis pour trouver de l’eau de l’océan et la faire bouillir afin d’extraire du sel. Un clip de 3 minutes est devenu viral et il est désormais réalisateur de toute une série de vidéos dites « How to Make Everything » (Comment faire tout). Pas besoin de parler anglais pour suivre son parcours :

Il lui a fallu 6 mois et 1500 $ pour tout réaliser et si vous regardez sa réaction vers la fin, le sandwich est moins qu’une réussite. Dans d’autres clips, il s’avère que le pain est vraiment trop dur, la qualité des légumes est très moyenne, et quant au sel…c’est pas Guérande ici.

Mais il y a à plusieurs façons de penser à ce projet. Si on dit, « Le sandwich n’est même pas digne d’un Bib Gourmand ; c’est donc un échec », on rate la diversité de compétences qu’il a dû apprendre, même s’il n’a pas tout maîtrisé. On peut aussi reconnaître la valeur des producteurs en voyant tout ce qu’il a dû faire. Et finalement, on peut reconnaître aussi que les supermarchés — même les pas super-marchés ! — valent quelque chose. Alors la prochaine leçon du Tour, c’est :

Vous êtes tous un peu menteurs.

S’il y a un message que j’ai entendu encore et encore au début, et que j’ai certainement reçu en grandissant, c’est « Vous les américains mangent de la malbouffe et des produits artificiels ; chez nous, par contre, tout est bio et fait maison ». J’exagère un peu, mais pas complètement — voici des captures d’écran :

Capture d'écran d'un post du site Quora avec du popcorn mélangé avec tout genre de bonbons.
Source
Capture d'écran d'un commentaire sur Facebook qui insulte la nourriture américaine et notre système de gouvernement en passant par moi
Source

Si vous cliquez le lien de la source de la première image, vous trouverez beaucoup d’Américains, dont moi, contrariés, car personne n’a jamais vu ce truc dans un ciné. Croyez-moi, le pop-corn est bien trop cher pour acheter en même temps que les bonbons ! Non, mais sérieusement, ce n’est une habitude nulle part chez moi.

Je ne veux pas vraiment me bloquer sur le caractère insultant de ces posts. Ce qui est beaucoup plus souvent le cas, c’est que l’on dit, plus gentiment mais avec un air de désapprobation, que tout est juste plus sain en France. Et là, j’ai appris deux leçons sincères :

  1. Connaître seulement des expatriés par le moyen de leurs restos donne une fausse impression.
  2. Il y a beaucoup plus de produits industriels aux supermarchés français que les internautes n’aimeraient l’avouer .

Il y avait une raison pour laquelle je voulais visiter un Carrefour pendant mon premier voyage. J’ai énormément profité de l’expérience, mais j’ai vu pour moi-même que vous pouvez nous égaler pour les boites pleines de poudres et produits prêts-à-manger. (À ne pas confondre avec Prêt-À-Manger.) Dit autrement, il n’y a pas que les petits sachets roses qui sortent de l’usine d’Alsa — il y a aussi les préparations de cakes et les poudres à flan. On peut facilement voir que c’est acceptable dans la société française car il y a des milliers de recettes dont « 1 pâte feuilletée » est un ingrédient, et tout le monde sait que ça veut dire une boîte industrielle de 230 grammes.

Image de Carrefour en tant que les portes du ciel -- créée par l'IA Google Gemini
Carrefour en tant que le Ciel, Image créée par l’IA Google Gemini

Pourtant, il y a des fois où c’est une bonne chose. Combien de fois me suis-je plaint dans telle ou telle recette, « Vous pouvez juste acheter de la pâte feuilletée/brisée chez Carrefour ; je dois la fabriquer de zéro » ? (Voilà, voilà et voilà.) Il était une fois, Maman lyonnaise m’a dit qu’elle était admirative de toutes mes pâtes maison, et j’ai dû l’avouer — c’était seulement les prix époustouflants pour de bonnes pâtes ici derrière tout ce travail.

J’entends souvent des compliments aux événements de l’OCA parce que je fais ces pâtes, sans lesquelles plein de choses sont impossibles à réaliser — mais je préférerais les acheter. Je ne suis pas Andy George, mais en plus, ça prend du temps. Sans une certaine quantité de produits déjà fabriqués — la pâte feuilletée, les pâtes à tartiner, les pulpes de fruits — cuisiner à la française tous les jours devient un travail à temps plein !

Alors oui, je crois maintenant qu’il y a une telle chose que « trop maison ».

Le mauvais niveau

Cette semaine, notre thème est « ce que j’ai appris en écrivant le Tour ». On commence avec une critique que j’ai reçu très tôt, avec laquelle je suis à moitié d’accord.

Qu’est-ce que la cajasse quercynoise, le cacou, la flognarde et le clafoutis aux cerises ont en commun ? Ou la flaune, le flan pâtissier et le fion vendéen ? Ou la pescajoune et la pachade ? Ce sont toutes des recettes qui sont plus ou moins similaires . Ça nous amène à la critique.

Je n’ai pas de capture d’écran, mais à plusieurs fois, j’ai entendu — de la part des Français — « Pourquoi les départements ? C’est trop répétitif. Vaut mieux écrire au niveau des régions — vous allez perdre du temps ! »

Carte des départements
Carte des départements, Image par Nilstilar, CC BY-SA 4.0

Et il y en a d’autres du côté anglophone qui connaissent la France et qui sont d’accord. Souvent quand on recherche des villes en France, on reçoit des résultats comme ceux-ci :

3 captures d'écran de Wikipédia en anglais, où les villes sont identifiées comme les capitales des régions.

Ce sont les textes que Google retourne pour les villes de Toulouse, Reims et Lille. Dans chaque cas, quiconque les a écrits pense à ces villes en termes de leurs régions, pas leurs départements.

J’ai dit que je suis à moitié d’accord avec cette critique. Là où je regrette avoir choisi ce niveau de détail est la cuisine. Si vous avez lu au moins deux ou trois des « Je découvre » avant l’Outre-mer, vous savez que je comptais surtout sur le site Keldelice pour m’aider à trouver les spécialités locales, ainsi que les sites des offices de tourisme et les sites des associations locales (je pense notamment aux producteurs de châtaignes en Ardèche ou mogettes en Vendée). Parfois, Keldelice était une mine d’or :

Capture d'écran de l'entrée de Keldelice pour le Bas-Rhin
Capture d’écran

D’autres fois, c’était un trou noir. Vous remarquerez dans l’image suivante que le site ne connaît même pas une seule spécialité pour la Corrèze :

Capture d'écran de Keldelice pour la Corrèze
Capture d’écran

Quand de telles choses sont arrivées, j’ai décidé de chercher des spécialités au niveau de la région au lieu du département. Mais je faisais quand même des efforts dingues pour trouver des recettes du département avant d’abandonner. Par exemple, en Mayenne, j’ai fini par trouver un fichier publié par les cantines des écoles du département. Il me semble que le lien ne marche plus ; voici un lien vers Internet Archive et une capture d’écran de son côté :

Capture d'écran d'un dossier de recettes des écoles en Mayenne
Capture d’écran

Il y avait des fois où j’ai essayé d’imiter une recette exclusive d’un seul resto ou pâtisserie, car je n’avais pas de choix. C’est ce qui m’est arrivé avec le frescati de l’Hérault ou les macarons de Cormery de l’Indre-et-Loire. J’ai profité de jouer au détective et de noter que le même pâtissier a donné des recettes différentes pour ces mêmes macarons à France 3 qu’à Terroir de Touraine, puis d’essayer de deviner quelle était la bonne. Cependant, je croyais au début qu’il y aurait des centaines de recettes locales partout, et que j’emprunterais facilement ce dont j’avais besoin. J’ai eu tort.

Parfois, il s’avérerait qu’une recette locale avait de petites variations partout dans une région. Je pense surtout à mon dessert deux-sévrien, les macarons de Montmorillon. En fait, comme certains ont eu hâte de me le dire, Montmorillon est en Vienne. Super, je peux lire une carte, merci. Mais les macarons de Montmorillon tels que je les ai faits peuvent être réalisés avec des ingrédients disponibles chez moi. Si on ajoute quelques morceaux d’angélique à la pâte, la même recette devient les macarons de Niort, qui est le chef-lieu des Deux-Sévres. Pourtant, l’angélique n’existe pas chez moi. Si j’avais ajouté de la frangipane aux macarons, ils auraient été les macarons de Thouars, aussi dans les Deux-Sévres. On peut justement me critiquer pour ne pas avoir fait ce dernier, mais les recettes sont autrement identiques. Il y en a ceux qui considèrent que ce sont tous plutôt les macarons du Poitou. Je crois que j’ai fait le bon choix en expliquant les différences, mais ceux qui ne lisaient que les gros-titres et les tweets se sont trompés en résultat.

Voila, le raisonnement contre un tour au niveau des départements, et pour les régions.

Mais l’autre côté, c’est à mon avis plus puissant. Je sais quelque chose sur chacun et tous d’entre vous, non pas seulement les grandes villes de chaque région. J’espérais que ça lancerait plus de conversations, que le blog attirerait dès lecteurs de partout qui m’enverraient des idées pour leurs départements. Ce n’est pas arrivé exactement comme dans mes rêves, avec un compte à rebours à la une du Figaro et un grand défilé le long des Champs-Élysées pour fêter la fin du Tour. Or, je n’ai pas besoin de tout ça pour savoir ce que j’ai quand même vécu. L’exposition sur Louis de Funès de mon premier jour en France, ça s’appelle Bernard. Mon dîner chez Le Procope, ça s’appelle Elsa. Ma visite à Lisieux, ça s’appelle Le Chat voyageur. Rien de tout ça ne serait arrivé avec un court « Tour des Régions » et chacun de ces souvenirs vaut le coup tout seul. Les départements étaient donc le bon niveau.

Saison 3, Épisode 35 — Le retour vers le futur

Est-ce qu’il y avait des nouvelles des États-Unis cette semaine ?

Non, mais sérieusement, j’ai eu une autre conversation difficile à une soirée de jeux vendredi. Ce n’était pas moi qui a évoqué la présidentielle, et après la soirée de tarot il y a deux mois où j’ai trop dit, je voulais vraiment l’éviter. J’ai donc raconté l’histoire — 100 % vrai — de comment une scientifique dans un startup où je travaillais a essayé de me faire virer car j’avais exprimé mon désaccord avec ses vues sur les impôts un an plus tôt. Ce n’était pas moi qui avais évoqué le sujet cette fois non plus. On est devenu trop américanisé quand on ne laisse pas tomber.

Samedi matin, le Marché de Noël de l’OCA a eu lieu. J’ai fait une soixantaine de chacun des macarons à la framboise et des schwowebredeles. Au passé, j’aurais fait juste l’un ou l’autre, mais on a perdu un resto ici dont le chef faisait des dons pour cet événement, et je voulais assurer qu’il y aurait assez de stock. Il y avait aussi deux nouvelles responsables, et il m’était important que leur première fois réussisse. Voici mes contributions :

Je ne sais pas combien restait à la fin. J’espère qu’au moins les stock de macarons à été épuisé.

On est bel et bien dans la Grande Fête du Tour cette semaine, et ça continue avec le thème « ce que j’ai appris ». ([Rien, comme toujours. — M. Descarottes]) Alors que chaque semaine est nostalgique, vous découvrirez que chacune se termine par un œil jeté vers l’avenir.

Je dois partager une conversation par SMS avec La Fille. Je ne savais pas qu’elle connaissait le style hyper-informel ! 😂 J’imagine que sa prof serait ravie si elle lisait nos textos — pas exactement ce qu’elle essaye d’enseigner, mais à un niveau pas comme les autres non plus !

Je sais, il serait mieux de dire « la grammaire française », mais pour ce qui était dans sa tête, il faudrait au moins dire « du », pas « de ».

Notre blague traite des funérailles. Nos articles sont :

Il n’y a pas de gros-titres satiriques cette semaine, ni de Bonnes Nouvelles.

Sur le blog, il y a aussi Je rêvais d’un autre monde, sur les avenirs qui ne sont pas arrivés, Je m’attendais à quoi exactement ?, sur mes buts toujours flous, Chambre chinoise, sur mes peurs pour les contenus du blog, et Faites de la place !, sur comment s’intégrer à la société française.

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L’avenir

Je vous dis depuis longtemps « La fin du Tour n’est pas la fin du blog ; je sais ce que le suivra » — on peut trouver de tels commentaires à partir du bilan du premier quart, en septembre 2021. Les choses promises sont enfin dues — aujourd’hui, je vous présente l’avenir.

Je vous ai déjà donné un avant-goût avec le Projet 30 Ans de Taratata, mais je serais menteur si je disais qu’une émission en 2023 faisait partie de mes plans en 2021. Non, mais revenons vers un post de deux mois après le début. Que remarquez-vous dans cette capture d’écran ?

Statistiques du blog par pays

Non, au-delà du fait qu’il y avait plus de lecteurs en Chine qu’en Suisse. En si peu de temps, j’étais déjà au courant que la francophonie, c’est partout. Et c’est pour ça que j’annonce :

Le Tour de la Francophonie

Oui, il est temps de voyager au-delà des frontières de notre pays préféré pour explorer les autres pays où l’on parle français. Le blog était, est, et restera, principalement sur la France, mais là où on parlait de tel ou tel département, on parlera désormais d’autres pays. Mais ! Les règles seront bien différentes. Quand j’ai conçu le Tour, j’ai dit que chaque département serait traité de même façon. Ma voix a bien évolué, et le niveau de détail aussi, mais je n’ai rien sauté.

Cette fois, je jouerai aux favoris sans honte ni scrupule. Le coup de foudre pour la France, elle l’a gagné par toute une vie de souvenirs d’enfance et d’envies, puis les gens que j’ai rencontrés. Je suis sûr qu’il y a des gens de bonne volonté en Côte d’Ivoire, mais dire que mes expériences chez eux sont nulles, ce serait le plus grand euphémisme du blog. De loin. Je ne pense pas que j’écrirai sur ce pays-là. En plus, je n’écrirai pas sur tout un pays quand la partie francophone est bien délimitée. J’écrirai donc certainement, avec grand plaisir, « Je découvre la Wallonie », mais les flamands ne devraient pas s’attendre à leur tour. Toute une série sur le Québec ne sous-entendra pas un « Je découvre la Colombie-Britannique ». (Pour être clair, j’ai bien profité de mes séjours là-bas, mais ce n’est pas mon sujet.) Encore plus, le but du Tour était de répondre à la question « Où habiter ? » J’ai donc essayé de présenter chaque département à son meilleur, même après avoir appris que les Landes se surnomment « la Californie française ». Ce n’est pas un but du nouveau Tour.

Il y aura d’autres nouveaux billets récurrents. Je ne considère pas que ceci est un « blog de cuisine », mais il y aura trois nouvelles catégories là :

  • Cuisiner le CAP Pâtissier — on va explorer toutes les recettes dont on a besoin. J’ai pensé à appeler celle-ci « Échouer votre CAP », car je ne suis par doué en décoration, mais soyons plus optimistes que ça, hein ?
  • Au bistrot — comment est-il arrivé qu’en 4 ans, il n’y a pas de coq au vin ici ? On va aussi explorer les classiques des bistrots.
  • Un Coup d’Italie — que j’écrive un blog avec plus d’une centaine de desserts, ce n’est pas étonnant. Qu’il n’y ait pas de cannoli dans une si longue liste, impardonnable. La cuisine italienne est l’autre grand amour de ma vie, et ça fera désormais une partie importante du blog.

« Mais Justiiiiiin », vous me dîtes, « que va-t-on faire sans LE Tour, le vrai, l’original ? » Bonne question ! Et la réponse est qu’il y en aura un peu plus « pour lagniappe », comme on dit à la Nouvelle-Orléans. (Ça m’offense. C’est un emprunt aux Cajuns, pas un mot anglais !) Il m’a fallu du temps pour trouver mon format. Le premier billet qui mentionne les personnages du département est le 05, les Hautes-Alpes, et j’ai mentionné la nourriture à partir de l’Ain, mais c’est seulement à partir de l’Ariège que les billets ressemblent vraiment à ce que vous connaissez, et le Cher (à ne pas confondre avec la Cher) pour adopter pleinement le tout. Vous aurez donc :

Les 5 premiers, révisités

Ce sera seulement les « Je découvre » ; je ne ferai pas de nouvelles recettes. Puis, on visitera les collectivités et les territoires qui n’ont pas le statut de département. Je ne peux pas promettre le même niveau de détail ni de recettes — Saint-Barthélemy ne couvre que 25 km carrés ! Que cuisiner chez les pingouins ? — mais dans la pleine mesure de mes moyens je ferai ce que je peux. Ceux qui sont ici le plus longtemps se souviennent peut-être du fait que j’ai une dent contre les Terres australes et antarctiques, car Le Temps des Cerises leur enverra des colis, mais pas moi. Je suis plus sérieux qu’il ne paraît.

Alors, le futur du blog est bien assuré. Le seul problème, c’est que je l’écrirai toujours du mauvais endroit !

Faites de la place !

On a presque terminé la semaine de la « théorie du blog ». Ma dernière réflexion sur ce sujet traite de quelque chose dont je parle souvent. Parce qu’il n’y a pas de coïncidences sur ce blog, il y a deux jours, un ami du blog m’a envoyé exactement le bon article pour aborder le thème de l’intégration dans la société. Mais personne ne va me détourner de la référence du gros-titre pour commencer !

Connaissez-vous le film « Soleil vert » ? J’ai toujours regretté la traduction française du titre car elle rate quelque chose d’important. Le titre original, « Soylent Green », contient un mot inventé, « soylent », qui est une combinaison de deux légumes, « soy » (soja) et « lentil » (lentille). Vu que le film a 50 ans déjà, ce n’est pas un divulgâcheur de dire que la nourriture « soylent » dans le film est un escroc, qu’elle est fabriquée à base de cadavres humains, tout au nom de réduire le problème de surpopulation. De son tour, le film est tiré d’un roman dit originalement « Make Room! Make Room! » — c’est-à-dire, « faites de la place ».

Bien sûr, je ne m’attendais pas à manger quelqu’un afin de trouver une place parmi vous — pour autant que vous sachiez — mais la question de faire de la place, comment m’intégrer, est mon sujet le plus vieux. En 2022, en me plaignant de l’anglais pendant mes voyages, j’ai écrit :

Tout ça, c’est-à-dire que l’on n’est pas obligé de s’intégrer aux États-Unis. Si on veut rester hispanophone monolingue, on peut vivre dans certains quartiers à Santa Ana, près de chez moi, où beaucoup d’endroits au milieu de l’état. Si on ne veut parler qu’en chinois, déménager à San Gabriel réussira ce but. Ses opportunités seront limitées, et on ne deviendra citoyen de cette façon. mais c’est au moins possible.

Faut pas emmerder les Justin

Tout ce paragraphe était au service d’expliquer comment on peut être colon au lieu d’immigré aux États-Unis. On n’a pas besoin de chercher très loin ici pour reconnaître deux choses : 1) je ne suis pas fan de cette attitude, et 2) je ne suis pas hypocrite non plus.

Ça nous amène à l’article que l’ami du blog Anagrys m’a envoyé il y a deux jours. Il vient de CNN, et traite de deux expatriés américains qui reviennent aux État-Unis après environ un an à Nîmes (lien en anglais). Heureusement pour vous, même pas un jour plus tard, Agathe m’a donné un lien vers la même histoire en français, publiée dans La Dépêche. Et je dois vous dire, cet article a commencé de faire le tour des groupes anglophones consacrés à la France. Qu’est-ce qu’il y a ?

Menu en anglais chez Le Procope​
Menu en anglais chez Le Procope

Bref, ces deux septuagénaires — riches, vu leurs intitulés du post, malgré leurs protestations au contraire — se sont installés dans le Gard sans savoir parler un mot de français. Selon La Dépêche, qui donne une traduction gentille :

Sur le plan gastronomique, leur déception est aussi palpable : malgré leur passion initiale pour les plats emblématiques français, Joanna avoue ne pas avoir apprécié la nourriture au quotidien.

En anglais, elle avait plutôt dit que la qualité des fruits et des légumes aux supermarchés était pénible. Ils se sont aussi plaints des difficultés à trouver un médecin et à importer leur voiture.

Ce sont exactement les gens qui vous donnent une mauvaise impression des américains, ceux qui n’auraient dû jamais quitter Paris. Les Emily.

Le Tour représente mon effort de m’éloigner au maximum de ces gens. Je vous ai parlé dans le même article lié en haut d’avoir exigé une carte en français chez Le Procope. Ailleurs, je vous ai dit :

Je fais le maximum pour m’intégrer, mais comme toutes les relations amoureuses, je ne peux pas vous forcer à accepter le cadeau.

Et les Français parlent anglais

Je crois ça plus que jamais. Le couple qui a fait son rien pour s’intégrer, je ne sais pas à quoi ils s’attendaient. Mais au-delà de la voiture, nous sommes opposés. La langue ? Ouais. La nourriture ? Ouais. Ai-je déjà fait un rendez-vous médical en France ? DEUX FOIS. (Doctolib pour des tests covid, rien de grave.) Cependant, plus que tout ça, ce fameux couple ne savait vraiment rien de Nîmes avant d’y déménager. Par hasard, mon ingrédient préféré au monde entier — le riz de Camargue — vient de ce coin de France. Il me semble que j’aurais été plus prêt qu’eux à y vivre !

Il ne me reste qu’à tester tout ça, et l’attente est l’épreuve la plus dure au monde.

Chambre chinoise

Étant linguiste, les choses qui m’empêchent de dormir la nuit — au-delà de la douleur sans cesse dans ma colonne vertébrale — sont plutôt bizarres par rapport à celles des êtres humains. Et depuis le début du blog, ma plus grande peur, c’est d’être une chambre chinoise.

Tout le monde sauf Bernard pense « Justin, vous avez vraiment perdu la tête en ce moment ». Oui, absolument, mais pas pour cette raison. J’explique.

La chambre chinoise est une idée qui vient du philosophe américain John Searle. C’est un argument très bien connu dans la philosophie de l’esprit et du langage. Bref, M. Searle a proposé une expérience de pensée comme ça :

Imaginez qu’il y a un homme enfermé dans une chambre. À l’extérieur, il y a une autre personne qui parle couramment le chinois. Les deux peuvent communiquer seulement en passant des bouts de papier par une ouverture dans un mur, plutôt comme on reçoit le courrier. Mais en fait, l’homme dans la chambre ne parle pas un mot de chinois. Les murs sont recouverts de papier peint qui lui explique en anglais, « Tu vois ce symbole, tu réponds avec cet autre symbole ». Il y en a assez pour répondre à n’importe quelle question de la personne à l’extérieur.

Photo de calligraphie chinoise
Calligraphie chinoise par Wang Xianzhi, Domaine public

Il faut que j’ajoute que « chambre chinoise » est la traduction que j’ai trouvée sur Wikipédia en français. Dans mes notes pour ce mois, on trouve plutôt « pièce », avec un mot pour me rappeler : « Le type n’y dort pas, connard ! » Disons que la dernière fois où j’ai dit chambre pour pièce m’a traumatisé ([Ne croyez pas la « drama queen », les amis — M. Descarottes]). Mais revenons à compter nos moutons.

Selon M. Searle, on peut donc dire que du côté de la personne à l’extérieur, son interlocuteur est sinophone. Mais selon nous, qui savent la vérité, est-ce que l’homme à l’intérieur parle chinois ? La réponse de M. Searle est « absolument pas ».

Vous pouvez tout à coup voir comment cette situation s’applique quand on se lance dans un projet où on compte sur Google Traduction pour l’aider, ou cherche des recettes pour suivre au pied de la lettre ! Je ne vérifie plus mes articles avec Google sauf une phrase ici et là pour l’usage de à et de, et ça, rarement. ([C’est vrai, les amis. Google ne ferait jamais autant d’autres erreurs. — M. Descarottes]) Cependant, la peur de ressembler à un copier-coller géant de Wikipédia, des sites de tourisme, et de Marmiton, ça reste réel.

Ai-je réussi à l’éviter ? Une mesure facile, à ne pas dire suffisante, de la complexité d’un texte est sa longueur, et ça a bien haussé au fil des années :

Table qui montre une hausse de 215 à 760 mots par jour

Je considère ma limite d’être 800 mots quotidiennement, la longueur d’un billet d’opinion dans un journal américain. Bien sûr, il y a des différences entre les langues qui rendent ce cible un peu épineux. On dit en anglais « the cathedral’s windows » et en français « les vitraux de la cathédrale » — la perte de certaines économies ne signifie pas plus de complexité. Mais je considère que la tendance ici montre une amélioration du niveau.

Et oui, à mon avis, une moyenne de 700 serait mieux. Je fais des efforts ([Genre Les Habits neufs de l’empereur — M. Descarottes]) pour limiter la croissance.

Mais c’est pour lutter cette tendance que j’essaie depuis longtemps d’inclure des pépites hyper-personnelles au fil du Tour. Personne ici ne se souvient de notre visite en Charente, mais je vous ai raconté sa connexion avec les X-Files. Dans les Landes, on a parlé de Greg Lemond et Supercopter. Dans le Tarn, on a parlé de l’admiration de ma grand-mère pour l’artiste Toulouse-Lautrec. Peut-être qu’il y a eu des fois où c’était trop obscur, mais j’espère qu’à chaque fois, les anecdotes personnelles ont servi un but plus utile que d’allonger les articles. Si vous en avez profité, peut-être que je ne suis pas une chambre chinoise après tout.

Je m’attendais à quoi exactement ?

Le Tour m’a apporté tout genre de connaissances que je n’aurais jamais imaginées tout seul. Le Festival des Menteurs dans le Lot-et-Garonne, la Fête des Lumières dans le Rhône, même que le Château d’If, la seule prison qui me faisait autant peur qu’Alcatraz, existait vraiment dans les Bouches-de-Rhône. Cependant, il y a une question dont je n’ai jamais réussi à trouver la réponse pendant le Tour, notre gros-titre du jour : je m’attendais à quoi exactement ?

J’ai raconté assez souvent les racines québécoises du blog, que tout ça est parti d’un problème technique de vouloir participer au groupe de fans de Laurence Manning. (Ne cliquez pas le lien à moins que vous vouliez vous faire piquer les yeux.) Mais ça ne suffit pas pour expliquer des centaines d’heures de recherches. Et oui, je me sentais comme si j’avais raté une opportunité importante en ne pas ayant appris la langue au lycée. Mais je serais menteur si je disais que je connaissais tous les trésors le long du chemin. C’est évidemment faux.

Alors, qu’est-ce que je cherchais ? La meilleure réponse, peut-être la seule, que j’ai trouvée à ce point, ne se trouve pas dans un bâtiment, ni dans une œuvre d’art, ni sur une assiette, même pas dans un café de Pierre Hermé.

C’est vous tous.

J’avais un certain plan pour apprendre la langue, mais au-delà de Duolingo, il s’agissait largement de lire autant que possible, de hausser mon niveau en inhalant tout le texte que je pouvais trouver. Mais je n’avais pas la moindre idée de ce qui était le but, et l’idée d’écrire le Tour ne m’est pas venue dans l’esprit, jusqu’au moment d’un malentendu.

Je dis souvent que mon 2020 était meilleur que le vôtre, et si c’était le cas, c’était certainement à cause de l’accueil que j’ai reçu d’autant d’inconnus. Sans une relation ou un boulot pour me motiver, la seule raison de continuer à un rythme de folie — parfois 7 heures la nuit au lieu de dormir ! — c’était pour en savoir plus sur le genre de peuple qui avaient tellement hâte de m’ouvrir leurs portes, même si seulement en ligne. Peut-être que je croyais qu’il devait y avoir un secret quelque part, mais s’il y en a un, je ne le connais toujours pas.

Pourtant, il ne m’est plus important. Le reste de cette semaine est consacré à d’autres pensées sur mes plans. Les deux semaines suivantes sont plutôt sur ce que j’ai appris pendant le Tour. Et la leçon la plus importante, c’est sans doute que la blague suivante est fausse. Ça dit « Raisons pour aimer la France », et la légende indique que les trois couleurs représentent la cuisine, les gens, et le vin. Il ne me fallait pas trouver le bâtiment magique ou le bon nougat afin de savoir ce que j’estime le plus en France.

Source

(Mais ne vous trompez pas, le nougat a sa place !)

Je rêvais d’un autre monde

On continue la Grande Fête du Tour avec des pensées sur les avenirs ratés.

Peut-être que vous connaissez la théorie des mondes multiples. C’est l’idée due à la mécanique quantique qui suggère que l’univers se divise sans limites à chaque fois où on observe les actions quantiques. Par exemple, si vous connaissez l’exemple du chat de Schrödinger, on dit que le chat est en même temps vivant et mort jusqu’à ce que l’on ouvre la boîte. Mais selon la théorie des mondes multiples, en fait il y a désormais deux mondes, presqu’identiques, un où le chat reste encore vivant, et l’autre où on se lance dans les funérailles.

Le chat de Schrödinger dans des mondes multiples. Dessin de Christian Schirm, Domaine public

En philosophie de langue, il y a une idée très liée à cette théorie, le réalisme modal, selon laquelle :

[T]ous les mondes possibles sont des mondes existants et il y a ainsi une infinité de mondes alternatifs. Notre monde, ce monde-là, n’est que l’un parmi une infinité d’autres.

Réalisme modal, Wikipédia

Je ne sais pas à quel point je crois en ces idées. Je ne suis pas assez fort en physique pour comprendre d’où vient toute l’énergie pour copier tous ces mondes sans cesse, ou pourquoi ce n’est pas un problème. Et le réalisme modal est une solution pour un problème que je ne suis pas sûr existe vraiment — que nous ne pouvons pas imaginer d’autres états d’affaires sans qu’ils n’existent. Je comprends bien les maths derrière ce dernier, c’est extrêmement malin, mais est-ce réel ?

J’espère que oui.

Je pense souvent aux autres mondes, les avenirs qui auraient pu avoir lieu, mais pour autant que je sache, ne sont jamais arrivés. Au moins, pas dans notre réalité. Cependant, il y avait au moins deux autres futurs auxquels je pensais sérieusement. Pour des raisons différents, ils n’arriveront pas, et dans l’un des deux cas, je l’assume. L’autre… je ne regrette pas qu’il n’arrivera jamais, mais bien compris, je l’aurais aimé.

Je suis allé en Italie 2 fois, en 2005 et en 2008. Pour autant que j’aime la France, il y a une ville en Italie que j’aime autant que n’importe où en France, Florence. Malheureusement, je ne peux rien partager de mes visites là — en 2010, j’ai tout abandonné de ma vie d’avant, pour les mêmes raisons que Hernán Cortés a brûlé ses navires une fois arrivé au Mexique — soit on avance, soit on meurt, mais pas de retour. (Je garde néanmoins deux souvenirs de mes voyages avec cette personne, des cadeaux pour ma grand-mère, et vous en ai montré un.) À mon avis, Florence est le site du plus grand patrimoine de l’humanité : la cathédrale Santa Maria del Fiore, la galerie des Offices, et la Galleria dell’Accademia (parmi une centaine). Mon premier voyage en France m’a certainement ouvert les yeux, et la visite à Bayeux aussi, mais même après avoir fini le Tour, mon avis n’a pas changé.

Santa Maria del Fiore, Photo par Teo Pollastrini, CC BY-SA 4.0

Alors, ce dont je rêvais le plus entre 2010 et 2020, c’était de déménager à Florence et devenir bénévole à la cathédrale. Je n’ai jamais appris l’italien, car il me semblait que c’était un rêve peu probable, et en plus, je l’ai vu comme une punition — une pénitence où je vivrais comme un moine sans prendre les vœux, mais au moins je ferais quelque chose d’utile. Pourtant, c’est l’idée que j’aurais aimée.

Plus jeune, je rêvais de l’Angleterre. J’adore leur accent beaucoup plus que n’importe quel accent de chez moi (la plupart d’Américains vous dira la même chose — on est fous des britanniques, mais surtout les anglais). J’aime leur nourriture presqu’autant que le français, et je suis complètement sérieux, peu importe la réputation.

Mais j’ai appris quelque chose pendant ces 4 dernières années. Je suis honnête avec vous quand je suis vraiment mécontent de telle ou telle chose en France — les xénophobes, l’anglais partout, etc. Je me sentais au début comme si je devais cacher ces observations, mais vous savez tous que ça vient d’un ami. Chez les britanniques, je regrette de vous dire, ils ne partagent pas nos sentiments à l’envers. Je suis allé dans le Royaume-Uni 4 fois de la vie, et je l’ai aimé à chaque fois, mais le venin que je vois de chez eux en ligne, ça fait mal au cœur. Je me sens fortement que je peux aller n’importe où en France et recevoir un accueil chaleureux. J’ai partagé un petit peu de ce qu’ils disent avec vous, mais je sais maintenant que je n’aimerais être que touriste là. « Yankee go home » tombe plus mal dans les oreilles quand ça vient d’un autre anglophone.

Il y a un autre avenir que j’aurais aimé connaître, où je n’aurais jamais appris le français — mais je l’échangerais pour l’actualité sans hésitation, car c’est mon plus grand regret. En 1998, j’ai rejeté une offre d’aller à l’Université du Michigan pour un doctorat en linguistique, car j’aurais perdu ma copine, plus tard la mère de La Fille ainsi que mon ex. Tout le malheur de ma vie part de cette décision, et je n’ai jamais eu mon doctorat. D’autre part, La Fille n’existerait pas non plus, et je me sens énormément coupable quand je me permets cette pensée. Mais j’espère qu’en quelque sorte, il y a un autre monde où je connais cette vie, et que c’est ce que je voulais, car le prix de vous connaître sur ce chemin, c’était en effet très cher.

Lettre à une amie

Aujourd’hui, on commence la première semaine de la Grande Fête du Tour, un mois entier consacré au plus grand projet de ma vie — un tour virtuel de toute la France. J’ai organisé notre novembre en quatre semaines, chacune avec son propre thème. Cette première semaine est consacrée à mon plan original — cependant, pour détourner une citation d’un Voisin bien connu, « Aucune écriture ne peut se planifier avec certitude au-delà de la première confrontation avec le sujet. » (Le lien l’attribut au mauvais von Moltke.) Voici l’histoire de la planification du blog, mais surtout le Tour.

Poste aérienne, Dessiné par Paul-Albert Laurens, Domaine public

J’avais un plan très particulier au début. On peut lire mes premières catégories dans le tout premier post, ainsi que mes « règles » de moins en moins respectées :

Mais ce que je n’ai pas dit là, c’était que comme tout écrivain, j’avais pensé à qui serait mon public. Après tout, on écrit pour être lu (sauf le mec qui a écrit le manuscrit de Voynich), et là, j’imaginais qu’un type qui ne savait dire que « n’est-ce pas » et « lèse-majesté » au début de la même année allait devenir écrivain ?

Pas si vite, Kowalski, comme dit la chute de la blague du 5/6/23. (Si vous n’avez jamais lu cette page, vous ratez l’un des atouts du blog — et de plus en plus, une star de Google. Mais il vaut mieux les écouter sur Spotify. 😉) Cependant, j’avais — j’ai toujours — le meilleur atout que je puisse imaginer pour le blog. Avec mes catégories pour me guider, le blog serait une sorte de longue lettre écrit à exactement une personne — mon amie F.

Si vous cliquez ce lien-là, vous pouvez lire la plupart des louanges que j’ai à offrir à son égard. Mais dans ce cas, ce à quoi je pensais, c’était nos conversations à l’époque. En anglais, les parents ont pas mal de blagues sur leurs ados quand ils découvrent des choses bien connues, genre « OMD, j’écoutais la radio et j’ai entendu ce groupe tout inconnu pour la première fois — Led Zeppelin. As-tu en entendu parler ? » (En France, les ados le font à l’envers — c’est qui, Brian ?) Je suis bien au courant que c’était absolument le moi de 2020, mais je n’hésitais jamais quand même de l’envoyer de telles pépites. Alors, dans la tête, je me suis dit, « Vous allez lui écrire 2-300 mots tous les jours sur l’un de vos sujets. » Pour sa part, elle est L’abonnée originale, et les jours où elle laisse un commentaire ici ou une mention j’aime sur Instagram restent les meilleurs.

Bien sûr, le blog est maintenant une conversation avec des centaines de personnes. Peut-être que vous avez remarqué que je laisse des pépites pour faire plaisir à tel ou tel lecteur régulier. Par exemple, chaque fois où j’appelle Ralphs mon « pas super-marché » est un clin d’œil pour Agathe et le rhum Clément était sur notre chemin martiniquais pour Marie-Luce. Mais il n’y avait qu’une personne pour qui je gardais un fichier dit « Expressions pour faire rire F ». (Début 2023, j’ai arrêté de le mettre à jour, pas par manque d’intérêt, mais parce qu’avec une centaine, il n’était plus facile d’en trouver de nouvelles.) Mon idée du public était hyper-ciblée, mais vous aurez remarqué que c’était assez pour me lancer.

Je dois aussi vous dire qu’en tant qu’homme avec l’intelligence émotionnelle d’un concombre (c’est-à-dire, la moyenne), j’apprécie infiniment qu’elle soit toujours là. Je vous donnerai un exemple de pourquoi, mais pas le seul. Peut-être que vous vous souvenez de mon tour de Beverly Hills, écrit particulièrement pour F. J’étais là pour l’exposition sur l’histoire du ciné français, et elle m’avait dit que LA lui faisait rêver. Avec mon attitude…euh, bien connue… sur mon état, j’ai dit quelque chose comme « Ici ? Impossible ! » Je suis parfois très irréfléchi. Mais s’il y avait quelqu’un qui devrait comprendre une telle pensée, c’était un type qui a planifié une visite chez Carrefour plusieurs semaines à l’avance. J’offre mes excuses en public car j’ai souvent du mal à le faire en privé, et je veux terminer ce Tour sans regrets. (C’est pas chez Édith Piaf ici.)

Alors le Tour finit exactement là où il a débuté. Avec une lettre à F.