Les macarons de Boulay

On finit notre séjour en Moselle avec un dessert très rare, encore une fois une recette propriétaire trouvé chez exactement une boulangerie au monde entier (cf. les chichis frégis, le frescati, les macarons de Cormery). Une connaissance d’origine messine (de Metz) m’a demandé d’essayer de les faire. Après des recherches, voilà :

C’est pas du tout une recette compliquée, mais voici quelques observations : la bonne poudre d’amande devrait venir d’amandes fraîches ; c’est-à-dire toujours vertes. Étant impossible à trouver car c’est hors de saison, j’ai utilisé de la poudre d’amande ordinaire. Mais avec une saison de seulement 2-3 semaines par an, je me demande comment ça marche toute l’année. Aussi, il y a plusieurs recettes sur Internet. C’est difficile à dire quelle est « la » recette.

J’ai tiré ma recette du site Tout Metz. Les autres que j’ai trouvées sont ici (moins de poudre d’amande), ici (presque identique), et ici (du sucre blond au lieu de sucre en poudre). Toutes dépendent d’un sirop d’eau et de sucre. Je suis bien satisfait que la mienne est un juste milieu. Comme souvent, j’ai coupé la recette par deux.

Les ingrédients des macarons de Boulay :

  • 100 grammes de poudre d’amande
  • 100 grammes de sucre en poudre
  • 1 blanc d’oeuf (30-35 grammes)
  • 1 cuillère à soupe d’eau

Les instructions des macarons de Boulay :

  1. Dans un saladier, mélanger la poudre d’amandes avec le blanc d’oeuf. Ne battez pas le blanc ; faites ça avec une cuillère.
  1. Mettre 25 grammes de sucre et une cuillère à soupe d’eau dans une casserole, sur un feu vif. Faire bouillir pendant environ 1 minute après les premières bulles, jusqu’à l’obtention d’un sirop.
  1. Verser le sirop sur le mélange d’amandes/et de blancs d’oeufs. Une fois que le sirop est entièrement absorbé par le mélange, ajouter le sucre restant (75 grammes). Après un certain point avec de grosses miettes, j’ai travaillé la pâte à la main.
  1. Prendre une plaque de cuisson et y mettre un tapis en silicone. A l’aide d’une petite cuillère, faire des tas de pâte (suffisamment espacés) sur le tapis, puis laissez reposer pendant environ 15 min. J’ai écrasé les tas avec le dos de la cuillère, puis fait des disques plus ronds à la main.
  1. Pendant ce temps-là, préchauffer votre four à 175°C.
  2. Enfourner pendant 15 minutes, puis vérifier. Les macarons devraient être dorés et croustillants. Sinon, continuer. Les miens étaient prêts après 20 minutes au four. La photo à gauche est après 15 minutes ; à droite, après 20.

Laisser refroidir avant de servir.

Le nougat breton

Si vous avez vu mon post avec mes derniers achats chez myPanier, vous savez que j’ai acheté un nougat bien français, mais pas de Montélimar. Est-ce une hérésie, ou une belle découverte ? On verra !

J’avoue, j’achèterais presque tout et n’importe quoi — au moins une fois — tant que la boîte dit « nougat » et est labellisée en français. (Attention vendeurs peu scrupuleux chez Cartier : je reconnais la différence entre le nougat et les bijoux. Et j’ai assez de Déclaration pour le reste de ma vie.) C’est-à-dire que j’allais goûter celui-ci peu importe sa région d’origine.

Je ne connaissais pas la nougaterie, « Le Bonheur des Ogres », et je suis sûr que je rate la signification de leur nom. Mais sur leur site, ils promettent que leur nougat « répond aux attentes d’un produit d’épicerie fine haute gamme ». Ils viennent du Morbihan, mais j’ai trouvé ce nougat trop tard pour le mentionner dans le bon post.

Voici leurs ingrédients :

C’est une liste impressionnante. On peut suivre toutes leurs sources. J’ai aucune idée si les œufs du Maine-et-Loire aient quelque chose de spécial, mais on paye cheeeeeer pour la vanille de Madagascar, c’est certain. Et c’est un produit bien cher — 8,65 $ la barre de 80 grammes aux États-Unis. Pour une fois, « l’impôt d’importer » n’est pas si grand — cette barre vous coûtera environ 7 €. En revanche, le nougat Soubeyran de Montélimar coûte 5,90 € la barre de 100 grammes chez Galeries Lafayette.

Je dois vous dire la vérité : j’adore ce nougat assez que je me sens un peu le traitre. C’est un produit d’une qualité extraordinaire, avec un prix égal à sa hauteur. J’ai exactement deux plaintes : le rapport qualité prix n’est pas proche du niveau des meilleurs nougats de Montélimar, et c’est collant — j’ai dû couper la plastique au fur et à mesure de manger, car c’était difficile de le retirer de l’emballage. D’autre part, on pourrait dire que c’est un bon régime pour votre portefeuille. On va pas trop acheter à ces prix !

Toute plaisanterie mis à côté, c’est un vrai plaisir, un pur bonheur de trouver un nougat à ce niveau. Plus que j’écris, plus que j’ai envie de nouveautés et de revenir. Une découverte comme celle-ci remonte la morale.

La « Coupe du monde littéraire »

Je vous ai mentionné que La bibliothèque Roz a écrit sur ce tag, originalement de la chaîne YouTube Bouquins & Books. (Vidéo en anglais.) L’idée est de choisir 11 auteurs — comme une équipe de foot — pour représenter votre pays. En plus, si on connaît assez bien les règles de foot, d’expliquer pourquoi les postes vont avec chacun. Franchement, bien que j’aie joué au foot pendant toute ma jeunesse, et j’aie été coach de l’équipe de ma fille, cette partie ne m’intéresse pas trop. Mais 11 auteurs, oui, ça m’intéresse beaucoup.

On commence avec notre Thierry Henry, notre Zidane, Herman Melville. On parle souvent de la question « Quel est le Grand Roman Anéricain ? ». Beaucoup de monde vous direz Gatsby le Magnifique. Même s’il était écrit en France, ils ont tort. C’est Moby-Dick. La moitié du livre n’avance même pas l’histoire, mais parle plutôt de la chasse à la baleine. Mais c’est son génie — on apprend à vivre la vie des personnages. Sa nouvelle Bartleby est considérée très importante, mais je la trouve déroutante.

Sûrement l’autre vedette de cette classe est Mark Twain. Vous pensez en ce moment au générique de Tom Sawyer, je sais déjà. Et oui, c’est un grand roman. Mais moi, je préfère la suite, Les Aventures de Huckleberry Finn, où Huck s’en va avec un esclave en fuite.

Peut-être que vous avez remarqué que tout ici est lié d’une façon ou autre. Mon prochain écrivain est John Dos Passos, pour sa trilogie des années 30s, U.S.A. C’est de la fiction expérimentale avec des petites biographies de vrais personnages historiques interpolées parmi la narration. U.S.A. a inspiré de nombreuses chansons du groupe Rush, mon préféré en anglais depuis le lycée. Essayez surtout The Big Money, d’après son roman traduit en français comme « La Grande Galette ».

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom Theodore Dreiser. De rien.

Je me sens obligé de dire Ernest Hemingway, même si je ne l’aime pas. Il a une réputation pour écrire dans un style court et clair. C’est discutable. Lisez L’Heure triomphale de Francis Macomber ou Un endroit propre et bien éclairé, considérées comme des classiques. J’ai dû les lire au lycée. Hemingway et moi, nous n’avons pas parlé depuis ce temps-là.

On peut pas parler de la fiction speculative sans mentionner Isaac Asimov. Je l’estime plus pour ses idées que sa prose. Ses romans du cycle de Fondation (j’ai lu tous sauf le dernier, ce qui était un échec et presque impossible à trouver) et des robots ont formé toute la science-fiction des 60 dernières années aux États-Unis.

Mon auteur préféré de la science-fiction et du roman le plus important du genre (à mon avis), c’est Frank Herbert. Dune est le chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre : un mélange de la philosophie, de la politique, de la science, et de l’aventure. Il sait quelque chose à propos de tout et n’importe quoi.

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom Tennessee Williams aussi. Encore une fois, de rien.

Un autre auteur comme Herbert, qui sait beaucoup et l’utilise bien dans sa fiction, c’est Michael Crichton. Qu’il soit Jurassic Park, Soleil levant, Harcèlement ou bien Prisonniers du temps, il écrit toujours avec savoir-faire et une connaissance remarquable de ses sujets.

C’est mon équipe, il y a donc une place pour H.P. Lovecraft. Pas de Lovecraft, pas de Chroniques Occultes de Guy-Roger Duvert. C’est aussi simple que ça.

J’ai parlé avec un ami sur celui-ci, et je suis d’accord : faut inclure Joseph Heller pour son roman satirique sur la Seconde Guerre mondiale, Catch 22. Le nom fait référence à une règle fictive de l’armée, où on peut pas la quitter à moins que l’on soit jugé fou, mais vouloir quitter l’armée est une preuve que l’on n’est pas fou. C’est l’un de mes romans préférés, même si c’est devenu complètement réel de nos jours.

Je ne vous déteste pas, alors je viens d’oublier le nom William Faulkner aussi. Encore deux fois, de rien.

La meilleure série de romans de jeunesse que ce pays a produit est sans doute « À Wrinkle in Time, » sorti en France dès 1998 sous le nom Un raccourci dans le temps, par Madeleine L’Engle. Malgré le nom, elle est à nous, pas à vous. (Et ça fait mal au cœur d’écrire ça.) Mais elle vivait près de Chamonix pendant une année et assistait brièvement à l’école en Suisse. De toute façon, ses meilleurs livres traitent de voyages dans le temps, de mondes invisibles, et tous genres de créatures fantastiques. Je la recommande sans hésitation, mais absolument pas du tout la version Disney au ciné, une farce.

Finalement, j’adore les premiers romans d’Anne McCaffrey dans une série appelé La Ballade de Pern en version française. Elle y est restée trop longtemps pour mes goûts, mais pendant des décennies, elle a été l’une des autrices les plus célèbres aux États-Unis. Sa trilogie sur une femme qui vit sur une planète de cristal, et qui devient malade si elle part trop longtemps, La Transe du Crystal (lien non-affilié à Amazon.fr), est aussi excellente.

C’est mon XI américain, et contrairement à l’équipe de foot, j’aime ses chances contre les Pays-Bas !

(Crédit de photo pour les réseaux sociaux : Photo par Markbarnes, CC BY-SA 3.0)

C’est 1er, version décembre 2022

Je continue à copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Mais avant, puis-je vous dire quelque chose ? Hier, j’ai rien compris sur la première page du Canard enchaîné. Je l’ai mentionné sur Facebook, et tout à coup, j’ai eu autant de réponses sur Messenger qu’à chaque fois où j’essayais de répondre, une autre m’interromprait. Vous ne cessez jamais de m’étonner.

Nouveaux à moi :

Les habituels :

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au jardin

Je vous ai fait une promesse que Langue de Molière serait de retour au jardin, et bien que je vous raconte parfois des salades, je ne vous mens complètement jamais. Alors, c’est parti ! (Pas en cacahuète, j’espère.)

On dit souvent qu’il faut casser le noyau pour avoir l’amande. C’est pourquoi je préfère acheter mes amandes déjà rendues en poudre. Non, mais sérieusement, c’est à dire qu’il faut travailler dur pour avoir une bonne récompense. C’est comment les anglophones savent que vous êtes une bande d’obsédés quant à la bouffe, parce que nous disons plutôt « Pas de peine, pas de gain » (« no pain, no gain »). Au moins elle rime, mais elle manque de l’imagination. (Au fait, après ce post, je ne m’intéresse plus à casser les noyaux où je peux l’éviter.)

Si je ne me banane pas, on dit « mi-figue, mi-raisin » pour dire que quelque chose est à moitié bonne, à moitié nulle. Mais pourquoi ? Quel est le problème chez les figues ? Ou les raisins ? Si on veut être clair sur lequel est nul, ça devrait être « mi figue, mi-raisin sec ». En anglais, « raisin » ne veut dire que « raisin sec » — on dit « grape » pour le pas-toujours-gaspillé. Mais en fait, le lien ici dit que c’est les figues qui ont été méprisées au XVe siècle. Ça ne va pas chez moi. J’adore les figues. Enfin, pas mal d’entre vous n’aiment pas le beurre d’arachide. À chacun ses goûts.

Il y a une expression végétale anglophone que j’ai apporté avec moi, et il s’est récemment avéré que pas tout le monde comprend le sens. On dit « mon herbe à chat » pour quelque chose que l’on peut pas résister ; ici j’ai appelé les montres, myPanier, et Louis de Funès tous « mon herbe à chat ». J’ai finalement eu une question sur cette expression, et j’ai appris que j’aurais dû dire « péché mignon » pour ça. Mais j’adore trop dire celle-ci, alors je continuerai et ce sera mon acte d’impérialisme linguistique, pour satisfaire notre obligation nationale. Oups, j’étais pas censé avouer que ça existe !

Je suppose que c’est bien la fin des haricots. J’ai plus d’expressions du jardin dans ma liste. Pourtant, je me sens comme on a raté une plante. Voilà, les graines de céréales. Mais nous savons tous où les trouver. Langue de Molière vous reverra à la boulangerie.

La toute première entrée végétale dans mon fichier d’expressions est « avoir un cœur d’artichaut », c’est-à-dire tomber amoureux plutôt trop facilement. On peut la trouver plusieurs fois ici (voilà et voilà), et c’est dans mon vocabulaire depuis longtemps. Mais…peut-être que je l’ai mal comprise. Je me souviens d’exactement où je l’ai trouvée, la page d’une prof particulière de français. Elle donne une signification qui ne mentionne pas être inconstant, mais son exemple traduit en anglais, le dit. L’article en haut, des Dédexpressions, parle d’être « presque Don Juan ». Parmi mes nombreux défauts ([IL L’AVOUE ! — Mon ex]), on ne trouve pas de Don Juan. Plutôt l’inverse. Oups.

Mon dîner mosellan

Ce dîner n’est pas comme les autres. Pour la deuxième fois, il y a quelque chose ici pas fait maison (voilà l’autre). En revanche, le fromage blanc nature dont j’aurais eu besoin n’est pas disponible du tout chez moi. Alors, voilà, le bretzel et le Bibeleskäs au saumon fumé.

Les deux recettes viennent du blog d’une cuisinière mosellane, Eva Cuisine. Elle est bien experte en cuisine alsacienne, et a publié plusieurs livres de recettes avec Hachette, une édition connue aux deux côtés de l’Atlantique, donc des œuvres sérieux.

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Épisode 37, des gâteaux sans cesse !

Je ne dois plus jamais avoir une semaine comme celle-ci. Vous connaissez sûrement l’histoire de la Sainte-Bible, où la femme de Lot regarde en arrière et devient une statue de sel. Bon, si je regarde à l’intérieur de mon frigo, je risque de devenir une statue de sucre ! Mon moniteur de glycémie me dit que c’est pas juste une blague.

D’habitude, je ne lis pas à haute voix les recettes, mais M. Descarottes voulait au moins son introduction à la recette du gâteau aux carottes. Alors j’ai peut-être chanté un peu de « Ça ira ». La version originale, vous comprenez. Au moins, il a choisi une chanson bien française pour moi.

Nos articles sont :

Il y a aussi Le pain de citrouille de Thanksgiving et Le gâteau « Red Velvet » de La Fille. Merci surtout pour vos mots gentils en réponse à ce dernier. Malgré ses avis parfois mitigés sur mes activités ici, et son besoin de me taquiner sans cesse, ma fille apprécie vraiment les mots encourageants.

Si vous aimez ce balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. J’apprécie aussi les notes et les avis sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Anchor, qui abrite le balado. Bonne écoute !

La Cuisine des mousquetaires et « une certaine idée de la France »

Aujourd’hui, on va parler d’une France différente, d’un temps au passé, même si pas si loin, mais je veux être clair — c’est pas pour le critiquer. Bien au contraire. En plus, il y a une certaine hypocrisie en disant que l’on désapprouve de la boucherie tandis que l’on mange des viandes, mais ce dont on va parler n’apparaîtrait pas à la télé de nos jours. Je parle, bien sûr, de la Cuisine des mousquetaires et l’animatrice Maïté.

J’ai rencontré Maïté à cause de mon groupe de nostalgiques des années 80s qui m’a lancé sur cette grande aventure. (Désolé, je sais que le grammaire de l’article lié pique les yeux.) Son émission, La Cuisine des mousquetaires, est l’une des émissions qui ont vraiment lancé la cuisine à la télé, avant Iron Chef, avant Gordon Ramsey, avant Philippe Etchebest.

La première fois où j’ai vu Maïté, elle a tué un canard sur scène :

Ce qui rend cet épisode un peu choquant n’est pas qu’elle nous montre une carcasse de canard où même qu’elle cuit le sang (bien que vous ne voyiez jamais une telle chose ici). Non, c’est plutôt la façon de parler sur le canard. En ouvrant le panier où le canard attend, Maïté dit à Micheline, son assistante « Regarde comme il est joli ! Il est beau, il est beau, il est magnifique ! ». Elle le met dans un appareil que je ne reconnais pas, inversé, puis dit à Micheline « Il ne souffre pas ; c’est impeccable ». On ne voit pas le moment exact, mais tout à coup, elle nous dit qu’elle saigne son canard, et il y a un bol de sang bien frais.

L’Obs nous montre un autre épisode en parlant de comment la cuisine a changé depuis son époque :

Elle parle directement à son anguille :

Ne bouge pas ma chérie, on va juste te heu… c’est rien, on va juste te tuer, te peler la peau, te découper en morceaux, t’éviscérer et te faire revenir des heures dans une marmite avec du vin rouge. C’est rien, ma chérie, c’est rien, ça passe…

Mais est-ce vraiment aussi choquant que ça ? Le chef américain Thomas Keller, le premier du pays avec deux restos trois fois étoilés, a écrit dans son premier livre de recettes (ma traduction) :

Un jour, j’ai demandé à mon fournisseur de lapins de me montrer comment tuer, écorcher et vider un lapin. Je ne l’avais jamais fait et il me semblait que si j’allais cuisiner des lapins, je devrais le connaître de l’état vivant, en passant par la tuerie et la boucherie, jusqu’au point de cuisiner. Le type est arrivé avec dix lapins vivants. Il en a cogné un sur la tête afin de le rendre inconscient, lui a tranché la gorge, l’a écorché — toute l’affaire. Puis il est parti.

Je sais pas ce à quoi je m’attendais…j’ai dû mal avec le premier. Il a hurlé. Les lapins hurlent, et celui-ci a hurlé fort. Puis il s’est cassé la jambe en essayant de s’échapper. C’était horrible.

The French Laundry Cookbook, p. 205

Il n’y a vraiment pas de différence entre ces deux. Maïté et le Chef Keller nous parle également d’un animal vivant qui finit par apparaître sur une assiette. C’est juste que nous — et j’en suis le premier — ne voulons pas le regarder.

Revenons à l’article de L’Obs. ils disent que « l’émission a bien mal vieilli ». Pourquoi ? Parce que « On y cuisinait avec les doigts, les proportions se mesuraient à l’œil, le respect de l’équilibre nutritionnel restait bien sagement au frigo, avec les légumes, qui ne sortaient qu’à de très rares occasions, et l’alcool était omniprésent. » Oh là là, c’était un problème si Mamie n’avait pas de Nutriscore ? Bien sûr, pour ma part je serais bien perdu sans ma balance.

Ils ont trouvé une académicienne, Virginie Spies de l’Université d’Avignon, pour élaborer l’argument : l’émission est « un miroir grossissant de la société » pour diffuser une cuisine à « base d’alcool, de gras et de viande » en service de « Une chaîne…qui parle de traditions et raconte une certaine idée de la France. L’émission de Maïté ne dit pas autre chose : elle met en avant des “valeurs françaises” et la nourriture des grands-parents ».

Mais qu’est-ce que l’on trouve ici chez Coup de Foudre ? Le poulet à la normande (Calvados et cidre), le bœuf bourguignon (vin rouge), les escalopes de saumon et des pêches au vin Monbazillac (vin blanc), le pastis gascon (Armagnac), et plein d’autres arrosés de l’alcool. Et alors ? Ne mettez pas de guillemets autour de ces valeurs !

J’ai commencé les recherches pour cette rédaction en pensant surtout aux moments choquants, la boucherie en direct. Mais Mme le professeur Spies a fini par éclairer mes pensées, bien que je sois sûr de façon inattendue. « Alcool, gras, viande », une certaine idée de la France — de laquelle j’ai pas honte, sauf qu’elle omet le sucre. (Aux États-Unis, on dit que nos valeurs sont « Maman, le baseball, et la tarte aux pommes », d’après une pub légendaire.) C’est pas Montaigne ici, mais ça suffit !

Des achats chez myPanier en 2022 -- des pralines roses, une tablette de chocolat, une barre de nougat, deux paquets de beurre d' Isigny et une boîte d'Anis de Flavigny

Des opportunités prises et ratées

D’abord, je vais vous dire tous d’aller lire l’excellente histoire de Thanksgiving chez Jours d’humeur. Si c’est pas tout vrai, ça devrait être le cas. Moi, je vais plutôt parler de la suite, Vendredi noir. Surtout celui-ci.

Selon le gouvernement Québécois, il ne faut pas dire « Vendredi noir » pour « Black Friday ». En fait, ils déconseillent les deux, en faveur de « Vendredi fou ». Les raisons sont très différentes, mais plutôt touchantes de leur façon. Quant à « Vendredi noir », ils disent :

Un jour noir est un jour malheureux, voire funeste, au cours duquel se produit un événement tragique pour un ensemble de personnes, par exemple les attentats du 11 septembre 2001. On a, notamment, nommé Jeudi noir le krach boursier du 24 octobre 1929, à l’origine de la Grande Dépression.

Je pense aux bousculades qui ont tué (lien en anglais) des chercheurs de bons marchés et je ne suis pas sûr qu’ils aient raison, mais ces jours-là sont finis. Il n’y a plus de promotions pour les 20 premiers acheteurs. Peut-être qu’un jour, personne ne se souviendra plus de cette bêtise culturelle.

Mais l’autre raison des Québécois est tout simplement qu’on va emprunter à l’anglais en marchant sur leurs cadavres, pour emprunter une métaphore anglaiseil faudra me passer sur le corps » est proche, mais manque du mot piquant) :

L’emprunt à l’anglais Black Friday, d’usage récent en français, n’est pas acceptable parce qu’il ne s’intègre pas au système linguistique du français.

Je n’arrive pas à comprendre quel emprunt serait acceptable, mais je suis pas offensé. C’est leur affaire, et en plus, bien que mes raisons ne soient pas les leurs, on partage le même but de ne pas entendre des anglicismes. (Vous ne comprendrez jamais l’horreur de « Is that OK? »/« Est-ce OK ? ». Comptez-vous chanceux.)

J’ai évité nos centres commerciaux aujourd’hui, parce qu’il reste quand même de grosses foules, et les « promotions » sont largement un escroc. Mais j’ai visité le meilleur magasin d’Orange County, myPanier, parce qu’ils ont eu une vraie promotion. -20 %, comme beaucoup de monde, mais sans avoir haussé les prix avant, comme cette blague de Martine :

Qu’est-ce que j’ai acheté ? Voilà :

Du chocolat pour ma fille, du beurre pour la pâtisserie, des Anis de Flavigny afin d’occuper mon docteur, du nougat de…Bretagne ? — on verra — et des pralines roses lyonnaises. Ça fera 11 départements de plus — peut-être 4 mois — avant d’arriver dans le Rhône. Mais ça fait un an entier depuis la dernière fois où les pralines roses y ont été en stock, et je n’allais pas rater mon opportunité. Vais-je les utiliser dans une recette ? Aucune idée, mais il sera moi qui prendrai cette décision, pas le manque d’un ingrédient. (Au fait, est-ce que je devrai écrire 2 articles, 69D et 69M ?)

([Menteur ! Dites-leur la vérité ! Ce sont pas l’intégrale de vos achats ! — M. Descarottes]) Bon, il dit la vérité. J’ai aussi acheté 4 barres du chocolat Ghirardelli, mon préféré pour les ganaches. ([Et ? ET ?]) Ç…ce…cela !

([C’est pas un produit français, garçon.]) C’est un souvenir d’enfance, c’est mon excuse.

De toute façon, j’ai récemment raté une autre opportunité, dont je doute qu’elle revienne. Je voulais tellement une affiche du concert d’Indochine à Paris, exactement comme sur ce T-shirt :

©️Indoshop

Mais j’attendais car leurs frais de livraison à l’étranger n’ont rien à voir avec le coût, étant 32 € tout court. Et je voulais aussi commander le T-shirt, mais ma taille (L, pas XL, merci) est en rupture de stock depuis le début. Je voulais acheter les deux en même temps au lieu de payer les frais deux fois. En attendant le T-shirt pendant des mois, la boutique ne vend plus l’affiche. Si on m’avait dit que je ne pouvais en choisir qu’un, il aurait été l’affiche. Oups.

Tout ça, c’est-à-dire prendre vos opportunités quand elles se présentent. Je vais me donner des claques pendant longtemps à cause de cette dernière !

Le gâteau « Red Velvet » de La Fille

Aujourd’hui, je vous présente quelque chose d’inattendu. Tout l’équipe chez Un Coup de Foudre fait son tour en vedette de temps en temps, et leurs rôles sont assez bien connus ([Garçon ! Plus de carottes, tout de suite ! –M. Descarottes]). Mais cette fois-ci, c’est La Fille qui cuisine. Voilà, son gâteau « Red Velvet » (littéralement « Velours rouge »).

L’arrière-plan ne vous est pas familier, hein ? C’est pourquoi vous êtes chez la Mère Coup de Foudre pour la fête d’anniversaire. (Peut-être que ce nom ne collera pas ; j’ai jamais pensé à cette situation.) Elle avait dit à ma fille que les deux feraient un gâteau ensemble, puis au dernier moment, elle a changé d’avis et a dit à ma fille de le faire ensemble avec moi. Merci, maman.

Naturellement, je lui ai dit, « Si tu vas cuisiner chez nous, il y aura des photos. » Je suis fier de ses efforts, et vous allez voir qu’elle a appris la leçon la plus importante — la cuisine, c’est le triage. Dès qu’on commence, il y a des crises partout et des choses qui ne vont pas. Faut toujours penser à « qu’est-ce que je peux faire ? », pas à « tout est perdu ».

Comme le gâteau aux carottes, cette recette vient du livre Southern Cakes. Le glaçage est exactement le même, mais je le copierai ici pour être complet. Le « Red Velvet » et l’un de mes gâteaux préférés depuis la première fois où je l’ai goûté, à Ralph Brennan’s Jazz Kitchen à Disneyland — la version locale des restos de la famille Brennan à la Nouvelle-Orléans. (Voilà, toutes mes histoires sont liées, les unes aux autres.)

Les ingrédients pour le gâteau Red Velvet :

  • 375 grammes de farine
  • 1/2 cuillère à café de sel
  • 1 cuillère à café de vanille liquide
  • 240 ml de lait ribot
  • 2 cuillères à soupe de poudre de cacao
  • Du colorant rouge
  • 240 + 40 grammes de beurre doux
  • 400 grammes de sucre en poudre
  • 2 œufs
  • 1 1/2 cuillères à café de bicarbonate de soude
  • 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc
  • 225 grammes de fromage Philadelphia
  • 450 grammes de sucre glace
  • 1 cuillère à soupe de vanille liquide
  • Du lait (facultatif)

Les instructions pour le gâteau Red Velvet :

  1. Préchauffer le four à 180°C.
  2. Beurrer 2 moules à gâteau ronds de 23 cm, y déposer du parchemin, et beurrer le parchemin.
  1. On va préparer 3 mélanges. D’abord, tamiser la farine dans un grand saladier, ajouter le sel, et mélanger.
  1. Dans un autre bol, combiner le lait ribot et la cuillère à café de vanille liquide. Remuer bien.
  1. Dans un petit bol, mélanger la poudre de cacao avec le colorant rouge. Ce sera un peu difficile, mais remuer jusqu’à ce que le tout devienne une pâte.
  1. Dans le bol d’un robot, battre le beurre à petite vitesse jusqu’à ce qu’il devienne moelleux. Ajouter le sucre en poudre et battre plus vite pendant 3-4 minutes. Racler souvent les bords. Y ajouter les œufs et mélanger bien. Puis, ajouter la pâte de cacao et mélanger encore.
  1. On va ajouter le lait en deux fois et la farine en trois fois. Ajouter un tiers de la farine, puis la moitié du lait. Battre à petite vitesse jusqu’au moment où la farine est dissous. Répéter avec le deuxième tiers de la farine et le reste du lait. Finir avec le reste de la farine.
  1. Dans un petit bol, mélanger le bicarbonate de soude et le vinaigre blanc avec une cuillère en bois. Ajouter à la pâte et mélanger bien. Déposer dans les moules.
  1. Enfourner pendant 20-25 minutes, mais ne retirez pas les gâteaux du four jusqu’à ce qu’ils réussissent le test du cure-dent.

Pendant que les gâteaux refroidissent, on passe au glaçage :

  1. Faire ramollir le beurre et le fromage Philadelphia, puis les mettre dans le bol d’un robot équipé de la feuille. Les rendre moelleux. Ils doivent être bien ramollis, où vous allez avoir des petits morceaux de beurrer dans votre glaçage.
  1. Ajouter le sucre glace en six fois, et mélanger bien à chaque fois. Racler les bords souvent avec une maryse.
  1. Ajouter la vanille liquide et mélanger plus.
  2. Maintenant, c’est une question de texture. Si vous trouvez le glaçage trop sec ou dur, ajouter du lait, une cuillère à soupe à la fois. Mélanger et tester après chacune. En ce cas, on en a utilisé 3.

Montage :

Peut-être que vous avez remarqué que son premier gâteau a eu des bords très irréguliers. Alors ce que je lui ai dit, c’était d’étaler du glaçage sur ce gâteau en premier :

Puis elle a mis le plus beau gâteau au-dessus. J’ai coupé un cercle avec un couteau très bien aiguisé, afin de produire des bords plus réguliers. À la fin, j’ai fait une petite coupure dans le cercle extérieur pour retirer les bords sans abîmer le gâteau :

Après, elle a étalé le reste du glaçage au-dessus et autour les bords du gâteau. À mon avis, le glaçage avait la bonne texture, mais il n’a pas bien collé aux bords du gâteau.

Je l’ai aidée à déplacer le gâteau sur une assiette propre et nous l’avons livré chez les grands-parents. Ma mère y a posé deux rangs de bougies, 4 et 6 pour 46. Et oui, je les ai TOUS soufflés en une fois — pas toujours trop faible !

Elle a fait du bon travail. Je suis le mauvais prof pour lui apprendre à décorer, mais elle a tout fait ici, sauf pour les parties qui avaient besoin soit d’un couteau soit du four. Et franchement, je crois qu’elle peut utiliser les couteaux sans problème. Mais je ne peux même pas risquer la moindre blessure chez elle. De toute façon, je suis fier d’elle — c’est de loin le truc le plus difficile qu’elle a cuisiné, et elle l’a choisi toute seule.