Comment choisir des prénoms étrangers

Hier, on a parlé de L’Appel d’Am-Heh, et j’ai mentionné que j’allais écrire plus sur les noms dans le roman. Mais je ne veux pas du tout que vous pensiez que c’est une critique soit du roman soit de M. Duvert.

Disons qu’il y a une idée linguistique, l’intuition sur les fréquences des mots. Par exemple, vous savez sans besoin de compter que le mot « cela » apparaît beaucoup plus souvent dans n’importe quel texte que le mot « époustouflant ». Ou que le prénom « Marie » est beaucoup plus rare de nos jours qu’il y a 50 ans. Mais à moins que vous fassiez attention à des autres cultures, vous n’allez pas avoir des idées comme celles-ci quant à des autres langues. C’est rien de surprenant — je n’ai pas de bonnes intuitions sur les fréquences des mots français. Mais qu’est-ce que ça a à voir avec Am-Heh ?

Quand j’ai vu le nom « Kristen Dankworth » pour une femme avec une vingtaine d’ans dans les 1930s, je me suis dit « Je ne connaissais aucune amie de mes grands-meres avec un tel prénom. » Et voilà — c’était littéralement impossible :

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Au fait, il n’est pas le seul auteur à choisir un prénom américain impossible. Un livre sorti cette année, L’Affaire Alaska Sanders, par un certain Joël Dicker, a un titre avec un tel prénom — la première telle femme a un âge la moitié de son personnage !

Les deux autres personnages anglophones d’Am-Heh ont des prénoms, Milton et Howard, qui sont peu probables — mais pas impossibles à l’époque. (Rappelez-vous que mon grand-père, un soldat dans la SGM, s’appelait Milton.) Mais il y a d’autres raisons pour les avoir choisi. Milton et Blake sont aussi les noms (de famille) des plus grands poètes qui ont écrit sur l’enfer en anglais — voici des traductions françaises du Paradis perdu de Milton et Le mariage du ciel et de l’enfer de Blake. Quant à Howard, il y a pas mal de personnages appelés Howard dans ce genre de fiction, en hommage à M. Lovecraft.

Mais ce n’est rien de mal chez M. Duvert. Pour vous montrer que c’est commun, je suis allé dans une librairie, où j’ai choisi quatre livres, inconnus pour moi, avec des titres qui indiquaient qu’ils se déroulaient en France — par des auteurs américains. J’ai noté les titres, les dates de publication, et les dates des intrigues. Puis j’ai passé quelques minutes en cherchant chacun pour des prénoms. Ici, je vous donne 3 catégories : impossible/peu probable pour un moyen d’entre 0-500 naissances/an pendant les 20 ans avant le temps du roman, possible pour un moyen de 500-2000, et très probable pour un moyen de plus de 2000 naissances.

Three Hours in Paris : publié 2019, a lieu dans les 40s

Murder in the Marais : publié 1998, a lieu en 1993

Sisters of the Resistance : publié 2021, a lieu en 1944

The Paris Seamstress : publié 2018, a lieu dans les 40s, puis les 2010s. Pour celui-ci, je donne les categories pour les deux époques.

3 Hours in ParisMurder in the maraisSisters of the resistanceThe paris seamstress
ImpossibleJean-MarieHenri, René, Aimée, Albertine, Arlette, ClotildeTania, Jean-LucRenée (2010s), Huette (n’existe pas), Fabienne (les deux), Lena
PossiblePhilippeSarah, Florence, ThierryCatherine, Gabrielle, Elisabeth, LouiseJeanne (2010s)
Très probableMarie, AntoineYvette, LilianeRenée (40s), Jeanne (40s)

Certains prénoms sont bien moins probables que des autres, même dans la catégorie peu probable. Il y avait moins que 10 Albertine nées pendant chaque année pour la période en question ; il y avait environ 300 Henri par an pour le même roman. Mais je suis sûr que vous comprenez bien : ces auteurs n’ont pas vérifié si leurs choix sont authentiques pour leurs époques. Certains sont complètement impossibles — il n’y avait aucune Lena en France jusqu’en 1985, et seulement 4 jusqu’en 2006 !

Moi, si j’allais écrire quelque chose de fictif — d’abord je vous conseillerais de courir, car j’ai aucun talent pour ça. Mais je consulterais Politologue et ce tableau ne servirait à rien. J’ai 45 ans, et je sais — hélas, il n’y avait que 15-30 Justin par an en France pendant les 70s. (J’ai même pensé à utiliser mon deuxième prénom, Eliot, sur ce blog ; puis j’ai découvert qu’il était un pire choix.) Un garçon de mon âge est un Sébastien, David ou Frédéric ; une fille est Stéphanie, Sandrine, ou Céline. Si j’allais écrire un roman qui se déroulerait pendant la Seconde Guerre mondiale, comme trois de ces quatre, je choisirais les prénoms de 1920 : Jean, André et Pierre ; Marie, Jeanne et Madeleine. On voit seulement Jeanne et Marie dans le tableau. Pour l’époque d’Am-Heh, je choisirais les prénoms américains de 1900 : John, William et James ; Mary, Helen, et Anna. Pour M. Jours d’humeur, je lasserais un Jean-Kevin quelque part, mais il mourrait d’une façon aussi brutale que stupide tout de suite.

Mais peut-être que j’ai raté la vérité derrière ces choix. C’est facile à découvrir les « bons » choix, mais ces livres ne sont pas pour les publics qui les reconnaîtraient. Les véritables prénoms français de 1920 sont des stéréotypes aux États-Unis. J’imagine que l’inverse est aussi vrai. Ces choix ne feront rêver personne. En fait, ça m’a donné l’idée pour une autre expérience, et on va revisiter ce sujet bientôt.

L’Appel d’Am-Heh

Notre héros se blottit sous la couverture. Toute sa vie l’avait amené jusqu’à ce livre ; la lecture obsessive de H.P. Lovecraft à l’université, les leçons de français, le commencement d’un blog. Il n’y eut aucune coïncidence — le livre réunit tous ses intérêts. Mais le passé simple partout ne lui laissa qu’une seule remédie ; il dut s’arracher les yeux…

Oh, désolé, je ne vous vis pas ! Le truc avec les yeux, vous comprenez. J’étais en train d’écrire mon propre calepin selon la façon de l’auteur Guy-Roger Duvert. Recommençons au début !

Il y a quelques mois, la blogueuse Light & Smell m’a présenté l’œuvre d’un auteur français, M. Duvert. J’ai lu sa critique des Disparus d’Arkham, et en tant que fan de H.P. Lovecraft, ce nom était assez pour piquer ma curiosité. Mais elle m’a conseillé de commencer avec le premier livre de la série, L’Appel d’Am-Heh. Ça sent L’Appel de Cthulhu — pas besoin de me le dire deux fois ! Je l’ai acheté, et bien que ce soit la chose la plus difficile que j’aie lu, je suis ici maintenant pour vous le recommander. Fortement.

Je dois ajouter que ce livre ne sera pas du tout difficile pour vous. C’est écrit presque complètement dans le passé simple, et pour moi, c’est un défi. Mais vous savez déjà que je n’aime pas faire les choses simples, et que je suis aussi un m’as-tu-vu horrifiant ([Aussi horrifiant qu’Am-Heh, en effet ! — Mon ex]).

Au fait, ne me croyez pas sur parole quant aux yeux. Des moments comme celui-ci se passent à plusieurs fois pendant le livre :

Le visage de l’homme était couvert de sang, les orbites oculaires vides, les yeux semblant avoir été arrachés.

Chapitre 43

C’est plus ou moins un trope dans la fiction lovecraftienne, où les horreurs découvertes par les enquêteurs sont aussi horribles qu’ils ne veulent plus voir ou vivre. Et non, c’est pas vrai que le passé simple m’a dérangé jusqu’à un tel point — mais ça m’a tellement fait mal à la tête, car je ne m’y habituais pas du tout. La récompense ? Ça n’ira plus me donner des problèmes ! (Car les yeux sont déjà…vous le savez !)

Notre aventure commence en Égypte, où un archéologue, Rick Nighy, découvre un temple consacré à un dieu égyptien, Am-Heh. Au-dedans il découvre une tablette plutôt comme la Pierre de Rosette. Il est cogné par son guide local, qui est à son tour tué par un assassin inconnu.

On passe aux États-Unis, où un policier, Mack parle avec son ami, Milton Blake — on va parler des noms dans ce livre demain. On lit d’un monstre encore plus horrible que n’importe quel démon lovecraftien, les mœurs américaines :

Un de ces quatre, je vous parlerai de pourquoi la bise me fait plus de peur que tous les escargots en Bourgogne. Il suffit de noter ici que « faire un câlin » est la traduction habituelle de « hug, » et c’est vraiment pas si exotique.

Notre détective, Milton, est embauché par Miskatonic University pour travailler avec une autre archéologue, Kristen Dankworth, ancienne copine de Rick, à laquelle il a envoyé la moitié de la tablette. Leur tâche ? Récupérer l’autre moitié et la remettre à Miskatonic. En Égypte, les deux se retrouvent avec Howard Brixton, ancien espion britannique devenu aventurier. Il s’avère que Rick est mort et la tablette est partie, ce qui lancera une chasse à travers la France, l’Allemagne et au-delà pour la retrouver.

Je ne veux pas gâcher tout le livre en vous racontant l’histoire entière, comme je fais avec les films. Mais je veux vous expliquer comment savoir que vous êtes aux mains d’un maître avec ce livre.

M. Duvert suit la convention de rendre hommage à L’Appel de Cthulhu. Mais au lieu de citer le Necronomicon, Milton découvre une statue qui ressemble à Cthulhu, et pense l’expression que j’ai mentionnée, « N’est pas mort… ». Plus tard, Kristen apprend « la Clé », une invocation d’Am-Heh qui rappelle « Cthulhu fhtagn » mais qui ne sert que l’histoire. Vous souvenez-vous du fait que j’ai mentionné « Les montagnes hallucinées » ? Le père de Kristen est mort pendant exactement cette expédition-là. Il y a un parallèle beaucoup plus profond entre les structures des deux histoires, qui m’a bouleversé en lisant les derniers chapitres mais ça vous reste à découvrir.

Il y a plein de détails réels : au lieu du Necronomicon, Kristen aperçoit De Praestigiis Daemonum, un vrai livre du XVIe siècle ; un égyptologue allemand, Lepsius, a vraiment découvert une nécropole, et un autre, Borchardt, le Temple Solaire ; les Nazis étaient vraiment obsédés par l’occulte avec l’aide de la Société Thulé. Tout ça, c’est-à-dire que M. Duvert comprend complètement comment écrire ce genre d’histoire sans copier.

J’ai quelques petites plaintes, mais ne les prennent pas trop sérieusement. Quant à la langue : les trois personnages principaux sont censés être anglophones, mais ils parlent dans un français très idiomatique. Ça va vu la langue du livre. Mais ici et là, l’auteur met Hey, Relax, ou Yep dans leurs bouches — pour moi, ça brise la concentration. Il y a eu ce que j’appelle « l’instant Scoubidou » dans un cimetière — pas grave, mais un peu trop facile face à une impasse. Et j’aurais préféré que Kristen ne s’était pas plainte comme ça :

Kristen ne put s’empêcher une petite grimace. — C’est ça, la cuisine française ? C’est pas très bon.

Les stéréotypes viennent de quelque part, et je l’assume, mais il me semble qu’elle a déjà trop expérimenté dans sa vie pour dire une telle chose. En plus, qu’elle est trop éduquée pour la dire à sa hôtesse.

Mais je ne veux pas finir par vous laisser la mauvaise impression ! Quant à la langue, quand Milton dit « J’adore ce plan. Qu’est-ce qui pourrait ne pas fonctionner ? », je l’ai entendu dans la tête comme dans SOS Fantômes en anglais (« I love this plan! »). Ses personnages sont très naturels, je les adore tous, et j’ai déjà acheté la suite.

Les mythes de H.P. Lovecraft

Demain, on va parler du premier roman que j’ai lu entièrement en français. Mais avant de vous écrire ce post-là, je dois vous donner celui-ci, pour mettre la scène.

On a déjà parlé de mon livre préféré du genre horreur, Le Roi en Jaune de Robert Chambers. À l’époque, je l’ai mentionné car la moitié du livre se déroule en France. Mais l’autre raison pour laquelle il est important, c’est que ce livre a beaucoup inspiré le maître du genre, Howard Phillips Lovecraft (dit H.P.).

Les montagnes hallucinées par Ville Assimen, CC BY-SA 3.0

M. Lovecraft a crée un mythe autour des extra-terrestres et des dieux maléfiques. Tous sont monstrueux, et personne parmi eux ne se soucie de nous, mais leurs actions rendent l’univers un endroit très dangereux. Son histoire la plus connue, L’Appel de Cthulhu, parle d’un dieu démoniaque, (On peut le lire en français gratuit par ici.) Cthulhu, qui est à la fois mort et endormi sous l’Océan Pacifique. Mais on n’aperçoit Cthulhu que très brièvement à la dernière page. Sa technique est de vous montrer les effets de ses travaux — des cultistes fous, des nouvelles paniquées, des légendes déroutantes. De ces matériels, il rend le lecteur de plus en plus nerveux jusqu’à la fin horrifiant.

Après L’Appel de Cthulhu, et le plus important pour demain, est le livre intitulé « Les montagnes hallucinées » (« At the Mountains of Madness »). Dans le Mythe de Cthulhu, il y a une université fictive, Miskatonic University, inspiré par Brown dans le Rhode Island mais situé à la ville fictive d’Arkham dans le Massachusetts. Cette université lance de nombreuses enquêtes vers les sujets surnaturels. Les montagnes hallucinées traite d’une expédition en Antarctique, menée par des scientifiques de Miskatonic. Ils trouvent les ruines d’une ville qui date de plusieurs centaines de millions d’années, tout ce qui reste des extra-terrestres qu’ils appellent les « Grands Anciens ». En découvrant des écritures hiéroglyphiques sur les murs, il s’avère que les Grands Anciens sont responsables pour de nombreux mythes de l’humanité, dont l’égyptien et le romain. On pourrait voir une version de cette idée dans le film Stargate, la porte des étoiles.

Mais également important que sa fiction est le fait qu’il l’a partagée avec d’autres auteurs. Il y a un genre entier d’horreur lovecraftienne, où des personnages et des œuvres fictifs crées par lui et ses amis apparaissent encore et encore, donnant l’impression d’un complot énorme et des vérités inimaginables.

Quant aux œuvres fictifs, on rencontre le plus souvent le « Necronomicon », mais il y a plein d’autres, souvent avec des titres en latin, comme « De Vermis Mysteriis », « Liber Ivonis » et le « Culte des Goules ». On peut suivre ces œuvres fictifs dans les nouvelles de tels auteurs comme Clark Ashton Smith (mon préféré après Chambers et Lovecraft), Robert Bloch, Frank Belknap Long, et August Derleth. Les meilleures histoires lovecraftiennes mélangent ces œuvres avec des faits réels, comme les peintures cauchemardesques de Nicolas Roerich (mentionnés avec Cthulhu) ou les statues de l’Île de Pâques (mentionnées dans « L’Ombre sur Innsmouth », traduit souvent, mais inexactement, comme « Le Cauchemar d’Innsmouth »).

Je veux finir en vous offrant deux citations auxquelles on va retourner demain, de L’Appel de Cthulhu. L’un est une citation (fictive) du Necronomicon, rendu en français par M. Duvert : « N’est pas mort ce qui à jamais dort, et au cours des âges peut mourir même la Mort. ». L’autre est du n’importe quoi, censé être un slogan des fidèles de Cthulhu, « Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn », « traduit » par Lovecraft (puis en français par moi) comme « Dans sa maison à R’lyeh, le mort Cthulhu attend en rêvant ». C’est presque un rituel obligatoire dans la fiction lovecraftienne de faire des références à ces deux citations (voilà encore « L’Ombre sur Innsmouth » et aussi plusieurs histoires dans le livre Acolytes of Cthulhu, dont celle de Neil Gaiman).

Je sais, c’est beaucoup, mais je vous promets : tout ce que vous venez de lire sera utile très bientôt pour comprendre notre premier livre en français.

La carrière en arrière-plan de Robert Dalban

Le 19 juillet était l’anniversaire de l’acteur Robert Dalban, mais je ne l’ai pas remarqué jusqu’à ce que j’aie vu un post dans un groupe de cinéphiles. Je me suis demandé combien de ses films j’avais vu, et la réponse m’a étonné : 12. Dans mon graphique de comptes de films par acteur, il mérite la place d’honneur à côté de Belmondo !

Pas vraiment, évidemment. Belmondo était la vedette de tous les films que j’ai vus avec lui, sauf Casino Royale (le vrai, pas la parodie avec Daniel Craig). La bonne comparaison est aux deux autres acteurs avec 12 films dans le graphique, le duo comique de Grosso et Modo. Robert Dalban jouait toujours dans des seconds rôles, dans plus de deux cents films. Mon histoire avec lui ne touche qu’à la seconde moitié de sa carrière, mais la liste de ses vedettes est impressionnante.

Sa carrière des années 30s jusqu’aux années 50s appartient à un monde tout inconnu chez moi. Mais en 1961, il a joué dans Le cave se rebiffe, en tant que l’un des inspecteurs qui poursuivent « Le Dabe » (Jean Gabin). Et cette année-là, il a joué dans 9 films en total — un horaire inimaginable aujourd’hui ! Au fait, quand j’ai acheté cette disque au Leclerc à Orléans, c’était suffisant que la couverture a mentionné Gabin, Françoise Rosay, et Bernard Blier — je ne savais pas toujours que le film faisait partie d’une trilogie.

©️Gaumont

On se revoit en 1963 avec Les Tontons Flingueurs, dans le rôle de Jean, majordome de la maison de Fernand (Lino Ventura). C’est lui qui tient le pistolet pendant cette scène célèbre avec Ventura, Bernard Blier, et Jean Lefebvre :

De 1964 à 1966, il jouait aux côtés de Jean Marais et Louis de Funès dans les trois Fantômas d’André Hunebelle. Son rôle était l’éditeur du journal où travaille Fandor, le journaliste joué par Jean Marais. Ici, il ne dit rien pendant que Louis de Funès fulmine, mais la scène est quand même inoubliable :

Aussi en ’66, il a joué dans Le Grand Restaurant, comme l’un des conspirateurs. Puisque je l’ai loué sur iTunes bien avant le début du blog, pas de photo, hélas.

En 1968, Dalban a joué dans Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, en tant que le chauffeur de Léontine, jouée par Françoise Rosay. Ici, les deux sont rejoints par la merveilleuse Marlène Jobert, dans seulement son cinquième rôle. Dalban sert le déjeuner, mais il ne dit rien :

©️Gaumont

L’année prochaine, il apparaît dans Le Cerveau avec Bourvil et Belmondo, cette fois en tant qu’un soldat enrhumé. Il tousse, qui attire l’attention de David Niven, et les deux se regardent, mais il ne dit rien :

©️Gaumont

Dans les années 70s, il a joué un paysan deux fois dans les deux premiers films 7e Compagnie. Ici, dans Mais où est donc passé la 7e Compagnie ?, on le voit avec Pierre Mondy (dos tourné), Aldo Maccione, et encore une fois, Jean Lefebvre. Cette fois-ci, il parle avec tous les trois :

©️Gaumont

Après les deux 7e Compagnie, on lui retrouve dans L’Incorrigible, encore une fois avec Belmondo. Cette fois, il joue un bandit, Freddy, qui a un coup de fil avec Vauthier, le personnage de Belmondo :

©️Studiocanal

Mon dernier rencontre avec lui jusqu’à maintenant est venu dans La Boum, un film qui m’a inspiré à dîner chez La Coupole pour ma première nuit en France. Encore une fois, loué sur iTunes, alors pas de photo. Mais ce film a mis en vedette Sophie Marceau pour la toute première fois, et elle reste une vedette jusqu’à nos jours.

J’ai découvert un fait incroyable en recherchant ce post. La toute première apparition de Robert Dalban sur l’écran a eu lieu en 1934. Il a joué dans L’Or dans la rue avec une jeune Suzy Delair. (Vous la connaissez comme Germaine Pivert, la femme de Victor Pivert dans Rabbi Jacob, le film qui m’a lancé dans le cinéma français.) C’est époustouflant qu’un tel fil lie Sophie Marceau à un film tourné juste 5 ans après le tout premier film parlant français !

Cet été, c’est l’enfer

Il y a quelques semaines, avant la canicule, un ami m’a partagé un dessin sur Facebook. Ça vient d’un dessinateur, Prims, qui publie ses travaux sur Twitter.

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J’ai dû y penser pendant une semaine pour comprendre le calembour, car ma prononciation d’extrêmement avait apparemment une syllable de trop. J’avais beaucoup moins du mal à comprendre nos dessins de cette semaine car la canicule, elle est partout. Au fait, le dessin en haut apparaît aussi dans son livre, disponible ici.

On ne commence pas avec le temps, mais plutôt avec quelque chose à la première page qui m’a tellement fait rire que je me suis dit « Faudra le mettre en premier ! ». Il s’avère que M. le Président Macron a volé dans un jet militaire :

Je dirais juste qu’il faut faire attention aux souhaits. Il était une fois, Michael Dukakis, l’ancien candidat à la présidentielle des Démocrates, pensait que rouler dans un char lui donnerait l’air d’un dur à cuire. Puis les photos sont apparues. Il avait l’air ridicule, et l’évènement est connu jusqu’à nos jours comme l’un des plus grandes erreurs politiques (lien en anglais).

Vous souvenez-vous de la fois où j’ai appris du Livret A ? Voilà le retour :

Je ne veux pas vous décevoir, alors : QU’EST-CE QU’IL Y A AVEC LA PORSCHE ? Faudrait être une Peugeot Hypercar ! Même une Jannarelly ! (Je remets mon chapeau OSS 117.) Peut-être que les espions étrangers ont repris le Canard.

Vous n’avez aucun besoin de liens pour vous rappeler la canicule, alors on passe directement à notre prochain dessin :

Je ne connaissais pas les mégalithes de Carnac, et il s’avère qu’ils sont dans le Morbihan, le seul département breton qui nous reste.

Finalement, un bref souvenir personnel. Il y a deux ans, il y avait des incendies chez moi comme celles en France en ce moment. Je n’ai pas été évacué mais je vivais à quelques kilomètres des flammes. Les seules personnes parmi mes amis qui m’ont contacté étaient des français, bien que tous mes amis américains aient su où j’étais. On n’oublie pas les deux comportements.

Comme toujours, si vous avez aimé ces dessins, abonnez-vous !

Je découvre le Maine-et-Loire

On continue maintenant le Tour avec le 49, le Maine-et-Loire. C’est le département le vingt-huitième plus peuplé et les habitants se nomment angevins. C’est notre deuxième séjour dans le Pays de la Loire.

Tout ce que l’on doit savoir sur ce département commence avec son gentilé, angevin. « Maine-et-Loire » n’est qu’un nom arbitraire choisi pendant la Révolution — on est dans l’ancien empire d’Anjou, la gloire des Plantagenêt ! Bien que ce soit Guillaume le Conquérant qui a établi le lien entre nos pays et nos langues, c’est les Plantagenêt, à partir d’Henri II jusqu’à Richard II qui l’ont régularisé. Ce ne serait qu’après 2 siècles de rois Plantagenêt que l’Angleterre aurait son premier roi, depuis Guillaume, qui parlait anglais au lieu de français, Henri IV.

On va donc commencer notre séjour à Angers (2 étoiles Michelin). Il faut absolument visiter le Château d’Angers (3 étoiles), construit originalement par Saint-Louis sur l’ancien site de la maison des Plantagenêt. Le site était toujours important pour la défense de la ville, mais le château actuel vaut le visite pour son enceinte et ses tours impressionnantes, ses jardins, et les nombreux logis et chapelles à l’intérieur. Peut-être que son plus grands trésor est la Tapisserie de l’Apocalypse (3 étoiles). En ville, on visite le Musée des Beaux-Arts (2 étoiles) pour ses collections d’objets inhabituels, dont des « ivoires, émaux, céramiques, [et] bronzes ». On finit dans le Musée Jean-Lurçat et de la Tapisserie contemporaine (2 étoiles), pour la spectaculaire collection de tapisseries Chant du Monde.

D’Angers, on conduit vers l’ouest pour visiter le Château de Serrant (3 étoiles). Ce château de Renaissance appartenait à une famille irlandaise pendant la Révolution, alors il a échappé au pire. De nos jours, on le visite pour sa bibliothèque à 12 000 livres, sa collection de meubles des derniers trois siècles, et sa cuisine énorme. On tourne vers le sud pour passer par deux villages classés « Petites Cités de Caractère », Savennières et Béhuard. Le vignoble de Savennières existe depuis le Ier siècle après J-C et produit trois vins AOP. Béhuard est un tout petit village d’une centaine de personnes dans une île au milieu de la Loire — suivez ce chemin pour apercevoir la confluence avec la Maine. Après avoir traversé la Loire, on conduit vers l’est pour visiter le Château de Brissac (2 étoiles), appartenant à la même famille depuis 1502. Le plus haut château en France, avec sept étages, est distingué par quelques caractéristiques inhabituels, dont une salle d’opéra de 200 places.

On conduit vers l’est à Saumur (2 étoiles), où on commence avec le château (2 étoiles), et ses musées municipal et du cheval. On y visite aussi l’Église Notre-Dame-de-Nantilly (1 étoile), de style romain, et la plus vieille de Saumur. Juste au sud-est de Saumur, on y trouve l’Abbaye Royale de Fontevraud (3 étoiles). Je me suis trompé en la décrivant en Indre-et-Loire, car j’avais trop hâte de partager des vidéos de Véro pour vérifier le code postal. Oups. Voilà, je la repartage en bas, mais puisqu’on a déjà parlé des Plantagenêt, on va visiter leur nécropole et finir à l’église abbatiale (2 étoiles) pour prier qu’un jour je fasse moins d’erreurs géographiques.

Qui sont les personnages les plus connus du Maine-et-Loire ? Il faut d’abord commencer avec les Plantagenêt, ducs d’Anjou et rois en Angleterre. On y trouve les frères Adolphe et Édouard-Jean Cointreau, créateurs de la liqueur Cointreau. Une créatrice, Gabrielle Chasnel, dite Coco Chanel, est née à Saumur. La vedette des Grosses Têtes et ministre occasionnelle Roselyne Bachelot y était députée pendant 14 ans. L’actrice Jeanne Moreau y a fondé une école de cinéma, Les Ateliers d’Angers.

Quoi manger dans le Maine-et-Loire ? Vous souvenez-vous de notre fouace de l’Indre-et-Loire ? Ici, c’est la fouée, ou fouace angevine. En plats principaux, il y a aussi la gouline, une tourte remplie de rillauds d’Anjou, et le cul de veau à l’angevine, un quasi de veau cuit avec du vin blanc et des légumes. En dessert, on trouve les bottereaux, une sorte de beignet, le crêmet d’Anjou, une crème Chantilly avec du coulis de fruits rouges, et les quernons d’ardoise, une confiserie à la nougatine et au chocolat bleu, ce dernier pour rappeler les toits d’Angers. Pour boire, il y a une belle douzaine d’appellations de vin, dont l’Anjou AOC, le saumur-champigny AOC, et le Coteaux-du-Layon AOC.

Épisode 18

Comme tous les lundis, c’est le temps pour notre balado hebdomadaire. Cette semaine, on visitera le 49, le Maine-et-Loire. Un ami belge m’a demandé s’ils mangent aussi des pruneaux. Pas comme nos amis des derniers deux, c’est sûr ! Je comprends — en fait, je fais des efforts pour balancer les genres de plats ici. Mais c’est le temps des cerises chez moi — très littéralement — et j’aimerais ne pas le rater juste à cause de fidélité aux plats locaux.

Comme d’hab, on commence avec la blague de la semaine. Nos articles sont :

Il y avait aussi deux recettes lozériennes, la tarte cévenole et la coupétade.

Si vous aimez ce balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. Bonne écoute !

Le vrai chez Tricatel

France with Véro vient de relancer son bulletin la semaine dernière (abonnement gratuit par ici), et elle a commencé en parlant sur les aires d’autoroute. Naturellement, vu que je n’ai jamais roulé sur une autoroute française, je ne pense qu’au film « L’Aile ou la cuisse », où Jacques Tricatel, le méchant, gérait une chaîne de restos qui se trouvaient dans les aires. J’ai mentionné ça à Véro, et elle m’a répondu que dans la vraie vie, Tricatel est en fait un certain Jacques Borel. J’ai dû en savoir plus — depuis que j’ai vu ce film, j’appelle la nourriture industrielle « fait chez Tricatel » même quand je parle en anglais.

©️Studiocanal

M. Jacques Borel a connu son premier succès en ouvrant la version française d’une chaîne de restos de hamburger appelée « Wimpy ». Cette chaîne venait originalement des États-Unis ; les derniers quatre restos sont en Californie, mais dans le centre, pas proche de chez moi. La chaîne existe toujours à travers de la Manche, mais vous avez Memphis, qui serait quand même mieux. Wimpy était nommé pour Wimpy, un personnage de la BD américaine Popeye, dit Gontran en France, qui disait « Je vous paierai volontiers mardi pour un hamburger acheté maintenant. »

Ces hamburgers n’avaient rien de spécial, mais le service était rapide. M. Borel a dit :

« A l’époque, pour être rentable, il fallait faire trois couverts par siège et par jour », explique Jacques Borel, jamais avare de chiffres. « J’en faisais dix-huit en semaine et vingt-sept le week-end ! »

20 Minutes

Mais M. Borel est vraiment devenu Jacques Tricatel quand il a lancé ses restos d’autoroute sous son propre nom. L’architecture de ces restos était plutôt géniale — en s’installant dans un pont au-dessus de l’autoroute, le resto devient également disponible dans les deux sens de la route ! Ça n’a rien à voir avec la qualité de la nourriture, mais c’est le genre de chose qui a fait de lui un succès.

Pont Restaurant Jacques Borel sur A6, ©️ Mémoire2cite

Aujourd’hui, le groupe Jacques Borel n’existe plus. Ses hôtels sont devenus une partie d’Accor ; certains de ses restos existent toujours sous l’entreprise Courtepaille. Mais quant à M. Borel lui-même, il ne se souciait jamais de son image, disant : « je ne veux pas qu’on m’aime, je veux qu’on m’obéisse ».

Au fait, je ne le savais pas à l’époque quand j’ai regardé L’Aile ou la cuisse, mais l’animateur de l’émission « Tous les coups sont permis » était en fait Philippe Bouvard, animateur dans la vraie vie des Grosses Têtes pendant 37 ans. Ça devait être un sacré émission !

De gauche à droite : Tricatel, Duchemin fils et père, et Philippe Bouvard dans L’Aile ou la cuisse, ©️Studiocanal

La coupétade

On finit notre séjour en Lozère avec LE dessert lozérien, la coupétade. C’est un genre de pain perdu fait avec des pruneaux, des raisins secs, et les ingrédients typiques du pain perdu. J’aime bien ce dessert et je le referais sans hésitation.

C’est censé être une recette anti-gaspi, mais je viens de la mauvaise place pour acheter une baguette quotidienne — j’ai donc payé cher (prononcé « 4 € ») juste pour trouver le bon genre de baguette. (Celles disponibles près de chez moi sont soit nulles soit du levain.) Alors, avant de commencer, j’ai dû sécher ma baguette au four, comme ça :

Il y a de nombreuses recettes pour la coupétade, mais les différences ne sont pas trop importantes — des changements de quantité, 10 minutes plus ou moins au four. J’ai choisi celle de Marmiton après avoir vu cette vidéo de TF1 où un boulanger lozérien mentionné que la sienne est cuite pendant une heure, le même que celle de Marmiton. C’est assez pour moi. Je vous conseillerais d’augmenter la température — il y a des versions qui demandent 200 ou encore 220°C, et cette recette marche mieux avec des températures plus élevées.

Il y a des versions fait avec du caramel, mais même si je ne le trouve pas trop gourmand — une idée qui n’a aucun sens chez moi — c’est pas traditionnel, et on suit les traditions ici. Les moniteurs de glycémie aussi, parfois.

Les ingrédients pour la coupétade :

  • 1 litre de lait
  • 280 grammes de sucre en poudre
  • 1 cuillère à soupe de vanille liquide
  • Environ 200 grammes de pruneaux
  • Des raisins secs
  • 6 œufs
  • Assez de baguette tranchée pour couvrir le moule

Les instructions pour la coupétade :

  1. Préchauffer le four à 180°C.
  2. Mettre les pruneaux et raisins secs au fond d’un plat rectangulaire.
  1. Mettre le pain au-dessus.
  1. Faire chauffer le lait et la vanille dans une casserole.
  1. Pendant que le lait chauffe, battre 6 œufs dans un grand saladier.
  1. Y déposer 280 grammes de sucre et incorporer avec le fouet.
  1. Ajouter un peu du lait chaud aux œufs et mélanger.
  1. Verser les œufs dans la casserole et mélanger bien.
  1. Verser le lait au-dessus du pain.
  1. Avec une fourchette, faire tremper le pain dans le lait.
  1. Enfourner pendant une heure — et peut-être plus. Suivez la couleur et soyez sûr que votre coupétade est cuite avant de la sortir du four.

Des dialogues avec ma fille

J’espère que je ne vous insulte pas lorsque je vous dis que ma fille ne partage pas mon affection pour presque toutes les choses françaises. (Désolé, mais on a la même attitude vers les escargots.) Je lui ai dit de nombreuses fois qu’elle n’est pas obligée d’apprendre le français. Je veux qu’elle fasse ses propres choix — mais s’il s’avère qu’elle me suit, je ne râlerai pas… trop. (Faut protéger ma réputation !) Mais pendant les dernières deux années, elle a un peu appris tout de même. Je garde des notes sur nos conversations les plus marrantes.

En ce qui suit, je vais partager quelques dialogues qu’on a eu, mais pour sa part, seulement les mots en guillemets étaient vraiment en français. Je garde jalousement sa vie privée, alors ici elle n’est que « S ». Vu que c’est moi qui parle avec elle, je suis « M » pour « moi ». Et oui, chacune est 100 % la vérité.

En la récupérant de l’école :

M, en espagnol : ¡ Vámonos !
S : Hein ? Tu ne voulais pas dire « On y va » ?
M : Ça marche !

Elle a appris un peu d’espagnol soi-même, mais sa prononciation n’est pas bonne. Sa bouche marche quand même parfaitement :

S : Kalat !
M : Hein ?
S : Ça veut dire « tais-toi » !
M : EN QUELLE LANGUE ?
S : L’espagnol, bien sûr !
M : HAHAHAHA ! C’est « cállate », et on prononce les lettres « l » comme « y » !
S : Ah bon ? Tu sais où il n’y a pas de lettres comme ça ? Dans « tais-toi » !

J’essaye de lui apprendre des choses parfois :

M : Tu vas aimer le mot « on ». Ça veut dire « nous », mais aussi « quelqu’un ».
S : C’est vrai ? Bon, « on » m’énerve en ce moment. Sais-tu qui il est ?
M : Aucune idée.
S : Le soi-disant prof de français qui vient de m’expliquer ce qui veut dire « on » !

Elle se pense comme la police des gros mots :

M : P#%+=n !
S : Papa, arrête d’utiliser de gros mots !
M : Quoi ? Tu ne parles pas français !
S : Penses-tu que je suis stupide ?
M : Non.
S : Eh bien, je te dis de ne plus utiliser de gros mots en anglais. Et tout à coup, tu dis cet autre mot. C’est bien évidemment la même chose en français !
M : Nettoie la cage du cobaye !
S : J’a-ai raiso-on, j’a-ai raiso-on !

(Depuis ce dernier, elle a en fait adopté le français pour ce chant de victoire, qui arrive beaucoup trop souvent. À l’époque, c’était plutôt « I’m right! ».)

Je vous ai dit qu’elle est grand fan de Miraculous. Cette conversation était la vraie raison derrière ce post :

S : Puis-je avoir une « fève » ?
M : Pardon ? Où as-tu entendu ce mot ?
S : Tout le monde sait qu’on trouve ça dans une « galette des rois ».
M : HEIN ? Qui êtes-vous ? Où est ma fille ?
S : Ne me dis pas que tu ne faisais pas attention pendant le nouvel épisode de Miraculous samedi.
M : Oh. J’aurais dû savoir.

Mais c’est celle-ci de laquelle je suis le plus fier, même si elle n’a pas trop fait :

S : Papa, sais-tu ce que je fais depuis 05h00 ?
M : Dormir ?
S : « Toi con ! » J’ai commencé à suivre des leçons de français avec Duolingo !
M : Tu déconnes !
S : « Ça veut dire quoi ? »
M : Tu es sérieuse !
S : Ouais !