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Le vrai chez Tricatel

France with Véro vient de relancer son bulletin la semaine dernière (abonnement gratuit par ici), et elle a commencé en parlant sur les aires d’autoroute. Naturellement, vu que je n’ai jamais roulé sur une autoroute française, je ne pense qu’au film « L’Aile ou la cuisse », où Jacques Tricatel, le méchant, gérait une chaîne de restos qui se trouvaient dans les aires. J’ai mentionné ça à Véro, et elle m’a répondu que dans la vraie vie, Tricatel est en fait un certain Jacques Borel. J’ai dû en savoir plus — depuis que j’ai vu ce film, j’appelle la nourriture industrielle « fait chez Tricatel » même quand je parle en anglais.

©️Studiocanal

M. Jacques Borel a connu son premier succès en ouvrant la version française d’une chaîne de restos de hamburger appelée « Wimpy ». Cette chaîne venait originalement des États-Unis ; les derniers quatre restos sont en Californie, mais dans le centre, pas proche de chez moi. La chaîne existe toujours à travers de la Manche, mais vous avez Memphis, qui serait quand même mieux. Wimpy était nommé pour Wimpy, un personnage de la BD américaine Popeye, dit Gontran en France, qui disait « Je vous paierai volontiers mardi pour un hamburger acheté maintenant. »

Ces hamburgers n’avaient rien de spécial, mais le service était rapide. M. Borel a dit :

« A l’époque, pour être rentable, il fallait faire trois couverts par siège et par jour », explique Jacques Borel, jamais avare de chiffres. « J’en faisais dix-huit en semaine et vingt-sept le week-end ! »

20 Minutes

Mais M. Borel est vraiment devenu Jacques Tricatel quand il a lancé ses restos d’autoroute sous son propre nom. L’architecture de ces restos était plutôt géniale — en s’installant dans un pont au-dessus de l’autoroute, le resto devient également disponible dans les deux sens de la route ! Ça n’a rien à voir avec la qualité de la nourriture, mais c’est le genre de chose qui a fait de lui un succès.

Pont Restaurant Jacques Borel sur A6, ©️ Mémoire2cite

Aujourd’hui, le groupe Jacques Borel n’existe plus. Ses hôtels sont devenus une partie d’Accor ; certains de ses restos existent toujours sous l’entreprise Courtepaille. Mais quant à M. Borel lui-même, il ne se souciait jamais de son image, disant : « je ne veux pas qu’on m’aime, je veux qu’on m’obéisse ».

Au fait, je ne le savais pas à l’époque quand j’ai regardé L’Aile ou la cuisse, mais l’animateur de l’émission « Tous les coups sont permis » était en fait Philippe Bouvard, animateur dans la vraie vie des Grosses Têtes pendant 37 ans. Ça devait être un sacré émission !

De gauche à droite : Tricatel, Duchemin fils et père, et Philippe Bouvard dans L’Aile ou la cuisse, ©️Studiocanal

Des dialogues avec ma fille

J’espère que je ne vous insulte pas lorsque je vous dis que ma fille ne partage pas mon affection pour presque toutes les choses françaises. (Désolé, mais on a la même attitude vers les escargots.) Je lui ai dit de nombreuses fois qu’elle n’est pas obligée d’apprendre le français. Je veux qu’elle fasse ses propres choix — mais s’il s’avère qu’elle me suit, je ne râlerai pas… trop. (Faut protéger ma réputation !) Mais pendant les dernières deux années, elle a un peu appris tout de même. Je garde des notes sur nos conversations les plus marrantes.

En ce qui suit, je vais partager quelques dialogues qu’on a eu, mais pour sa part, seulement les mots en guillemets étaient vraiment en français. Je garde jalousement sa vie privée, alors ici elle n’est que « S ». Vu que c’est moi qui parle avec elle, je suis « M » pour « moi ». Et oui, chacune est 100 % la vérité.

En la récupérant de l’école :

M, en espagnol : ¡ Vámonos !
S : Hein ? Tu ne voulais pas dire « On y va » ?
M : Ça marche !

Elle a appris un peu d’espagnol soi-même, mais sa prononciation n’est pas bonne. Sa bouche marche quand même parfaitement :

S : Kalat !
M : Hein ?
S : Ça veut dire « tais-toi » !
M : EN QUELLE LANGUE ?
S : L’espagnol, bien sûr !
M : HAHAHAHA ! C’est « cállate », et on prononce les lettres « l » comme « y » !
S : Ah bon ? Tu sais où il n’y a pas de lettres comme ça ? Dans « tais-toi » !

J’essaye de lui apprendre des choses parfois :

M : Tu vas aimer le mot « on ». Ça veut dire « nous », mais aussi « quelqu’un ».
S : C’est vrai ? Bon, « on » m’énerve en ce moment. Sais-tu qui il est ?
M : Aucune idée.
S : Le soi-disant prof de français qui vient de m’expliquer ce qui veut dire « on » !

Elle se pense comme la police des gros mots :

M : P#%+=n !
S : Papa, arrête d’utiliser de gros mots !
M : Quoi ? Tu ne parles pas français !
S : Penses-tu que je suis stupide ?
M : Non.
S : Eh bien, je te dis de ne plus utiliser de gros mots en anglais. Et tout à coup, tu dis cet autre mot. C’est bien évidemment la même chose en français !
M : Nettoie la cage du cobaye !
S : J’a-ai raiso-on, j’a-ai raiso-on !

(Depuis ce dernier, elle a en fait adopté le français pour ce chant de victoire, qui arrive beaucoup trop souvent. À l’époque, c’était plutôt « I’m right! ».)

Je vous ai dit qu’elle est grand fan de Miraculous. Cette conversation était la vraie raison derrière ce post :

S : Puis-je avoir une « fève » ?
M : Pardon ? Où as-tu entendu ce mot ?
S : Tout le monde sait qu’on trouve ça dans une « galette des rois ».
M : HEIN ? Qui êtes-vous ? Où est ma fille ?
S : Ne me dis pas que tu ne faisais pas attention pendant le nouvel épisode de Miraculous samedi.
M : Oh. J’aurais dû savoir.

Mais c’est celle-ci de laquelle je suis le plus fier, même si elle n’a pas trop fait :

S : Papa, sais-tu ce que je fais depuis 05h00 ?
M : Dormir ?
S : « Toi con ! » J’ai commencé à suivre des leçons de français avec Duolingo !
M : Tu déconnes !
S : « Ça veut dire quoi ? »
M : Tu es sérieuse !
S : Ouais !

Mes valeurs républicaines

Aujourd’hui, je ne veux être que sérieux, au moins de ma façon. J’imagine parfois que certains d’entre vous se demandent pourquoi ce type est si passionné de la France. La nourriture est meilleure, bien sûr, et il vit très loin de ses propres trésors patrimoniaux, mais il y a des magazines pour ces symptômes (voilà, voilà, et surtout voilà. Je ne m’abonne qu’au premier.) Le 14 juillet est le bon jour pour parler de ces sentiments.

Tour Eiffel, Photo par Florent AUDEBERT, CC BY-SA 4.0

Je laisse des miettes vers cet article depuis des mois. On a parlé des langues pour prendre les examens de permis de conduire, du droit au français, de ce que vous nous appelez, même de comment vous vous souvenez de vos pires moments. C’est tout à la recherche de l’âme française, de comment vous comprenez vous-mêmes. Peut-être que j’ai tort ([Peut-être n’est pas français — M. Descarottes]), mais voici ce que je vois et pourquoi je l’estime autant.

J’envie votre unité. Je sais — « Justin, vous n’avez rien appris en lisant nos journaux ? On a une vingtaine de partis politiques, on fait la grève toutes les semaines, on se discute des maillots de bain, et vous en conclure QUOI ? » Mais je doute que la plupart d’entre vous connaissiez — heureusement ! — l’expérience d’être l’étranger dans votre propre pays, d’entrer dans un magasin et trouver que personne ne peut vous servir en votre propre langue. J’habite à une vache près de 160 km du Mexique, or je ne peux pas acheter un soda à la station-service près du studio de karaté de ma fille sans parler espagnol. (Pour être clair, quand j’ai voyagé au Mexique ou en Espagne, je ne parlais qu’en espagnol. Je ne suis pas hypocrite.)

Par contre, pour être Français, il faut absolument parler français. Même si on pourrait dire que la France pourrait faire mieux vers les langues régionales, je n’ai toujours trouvé personne qui dit qu’il doit exister le droit de ne pas s’intégrer. Il y a certainement des arguments à propos des banlieues, et ces arguments durent depuis longtemps (voilà et voilà). Mais si on veut devenir citoyen, il n’y a aucune question — il faut parler français au niveau B1. (Je siffle la musique de victoire de Final Fantasy en y pensant.)

J’envie votre fierté, votre loyauté à vos propres producteurs. C’est ma valeur depuis longtemps ici, et vous ne croiriez jamais à quel point mes compatriotes me méprisent pour ça — c’est pas une valeur de ma génération du tout. Après la Seconde Guerre mondiale, quand mon grand-père est revenu de l’Europe, il est devenu vendeur dans un concessionnaire de voitures Dodge. PERSONNE dans ma famille n’a jamais acheté une voiture fabriquée à l’étranger, et nous faisons toujours ça au maximum avec n’importe quel genre de produit. Tout mon équipement stéréo est fabriqué aux États-Unis où possible — et oui, c’était difficile de trouver les bons trucs vu la domination de l’Asie dans ce secteur. Pendant des générations, c’est la tradition dans ma famille parce que nous sommes reconnaissants pour tout ce que les États-Unis ont fait pour nous.

Alors quand je vous ai écrit ce post sur acheter un casque audio Focal, c’était pas juste un achat. J’ai franchi le Rubicon ce jour-là. Il y aura bientôt un autre post de ce genre ici. Quand j’entends parler des produits « de nos régions », ou vois des drapeaux français sur le site de Carrefour pour indiquer les produits domestiques — une chose inimaginable sur les sites de nos grandes entreprises — je vous envie. MÊME VOS COMMUNISTES sont comme ça. Si cette fierté existait toujours ici, ce blog n’existerait probablement pas.

Finalement, j’envie que vous ne gardiez pas de statistiques ethniques. L’Insee dirait que c’est plus compliqué que ça, mais plus importants que les détails sont l’attitude et l’esprit des lois (pour emprunter une expression). Je ne suis pas d’accord avec beaucoup des analyses européens sur nos problèmes à cet égard, mais mettez ça à côté. Il n’y a pas de question que nous sommes obsédés par ce sujet, d’une façon malchanceuse. Il était une fois, les États-Unis croyaient à l’idée que quelle que ce soit sa nationalité, si on est américain, on l’est sans trait d’union (lien en anglais). Moi, je crois toujours à cet idéal, mais cette bataille est bien perdue ici. En France, il reste la loi.

Bonne fête nationale !

Le mot que je n’aime pas

Je vais râler sur un sujet qui me dérange depuis longtemps. Je l’ai mentionné pour la première fois dans un article qui est par ailleurs très positif. Mais je veux faire un argument sincère, alors je ne dirai pas tout de suite où je vais. Et si je vous disais que j’ai écrit ça le 4 juillet, est-ce peut-être un indice ?

Drapeau américain, Photo par Noah Wulf, CC BY-SA 4.0

Commençons par une observation sur une différence entre le français et l’anglais. Je dirais que les deux langues ont suivi deux chemins très différents en ce qui concerne les noms d’endroits. Disons qu’il y a deux principes en tension : le droit d’une culture à définir sa propre langue, et le droit des autres cultures à choisir comment ils se nomment. On commence avec deux exemples impersonnels.

Pendant mes premiers vingt ans, on connaissait des cités de la Chine et de l’Inde sous les noms « Peking » et « Bombay ». Mais après les années 90s, elles sont devenues « Beijing » et « Mumbai ». Dans les deux cas, les gouvernements des deux ont demandé ces changements. Mais en français, Bombay n’est pas devenu Mumbai, Pékin reste Pékin.

On peut voir les différences dans les journaux. Au site du Monde, il y a environ 560 résultats pour Beijing ; plus de 10 000 pour Pékin. En même temps, environ 280 résultats pour Mumbai ; 7 800 pour Bombay. Au Figaro, il y a 35 462 Pékin contre 797 Beijing ; 458 Mumbai contre 2 794 Bombay. Par comparaison, au site du New York Times, il y a 47 195 Peking contre 56 179 Beijing, et 9 968 Bombay contre 7 033 Mumbai — mais leurs archives datent jusqu’au début du 20e siècle. Chez le Los Angeles Times, il y a 3 030 Peking contre 26 838 Beijing et 2 583 Bombay contre 2 284 Mumbai.

Je ne vous dirais qu’un choix est meilleur que l’autre, mais je dirais que les anglophones font plus d’efforts de s’adapter aux vœux des autres en ce qui concerne leurs noms. Et c’est ici où on arrive au mot que je n’aime pas, « états-unien ».

Ne soyons pas perplexes. Ce mot a son origine dans l’attitude des sud-américains que nous n’avons pas le droit au mot « américains » car c’est également le nom de deux continents. Ne le croyez pas sur ma parole — voici deux sources en espagnol qui vous diront qu’américain « n’est pas précis » (le dernier étant du gouvernement d’Espagne). Mais cherchez n’importe quel journal sud-américain — les journaux conservateurs, comme La Prensa en Argentine disent « americanos » pour parler de nous, mais les journaux gauchistes, comme Diario Democracia nous appellent « estadosunidenses ». Ce n’est pas une description neutre — c’est pour se foutre de la gueule de l’Oncle Sam.

Vous ne trouverez jamais ce mot dans aucun dictionnaire bilingue publié aux États-Unis, dont le Larousse, et le Collins, fait en collaboration avec les éditeurs du Robert. Voici trois exemples avec leurs couvertures ; il y a des écarts exactement où on trouverait « états-unien » :

Certains d’entre vous utilisent régulièrement ce mot ; je ne veux pas du tout que vous pensiez que je suis en colère. J’ai un tempérament très académique et en plus, je n’ai jamais — même une fois — anathématisé personne pour ne pas être d’accord avec moi. Mais je veux tellement que vous compreniez exactement ce que ce mot veut dire, et pourquoi je ne l’utilise pas sauf en tant qu’une insulte contre mes compatriotes.

Mais vous connaissez le truc le plus drôle sur cette insulte ? C’est quoi le nom de mon voisin au sud ? Le Mexique ? Non, vous avez tort. C’est en fait, en espagnol, los « Estados Unidos Mexicanos » — c’est-à-dire les États-Unis mexicains. « États-unien » pourrait également les désigner. Ça devrait vous dire exactement à quel point c’est une question d’être précis.

Les deux tours, revisité

Il y a un an, j’ai écrit sur les points en commun du Tour de France et mon Tour des Départements. Complètement par hasard, j’ai eu l’occasion d’y penser aujourd’hui quand on a demandé dans « Everything French » pour des recettes pour les différentes étapes. L’année dernière, on avait très peu en commun. Cette fois-ci, je suis prêt ! On va traverser la liste d’étapes. (Pour un autre exemple de « cuisiner le Tour », voilà un blog en anglais.)

Mais je dois commencer avec l’observation que les organisateurs sont bien perplexes à propos de la carte de France. Il y a des étapes au début dans des villes avec de tels noms que Copenhague, Nyborg, et Sønderborg. Je n’arrive pas à les trouver sur ma carte. Bizarre, leur sens de l’humour. (L’équipe 1er degré, merci de vous rappeler qu’OSS 117 est le héros du blog.)

Le Tour français commence avec une étape de Dunkerque à Calais. Nous n’avons pas encore atteint leurs départements, mais heureusement, j’ai vu une carte de Calais au début de La Grande Vadrouille :

©️Studiocanal

Le tour reste dans le Nord, puis passe par les Ardennes, notre premier point en commun, en arrivant ce même jour-là en Meuse et Meurthe-et-Moselle. Des Ardennes, je peux vous offrir la cacasse à cul nu et la galette à suc’. Mais je ne vais pas vous mentir, je ne les considère pas parmi les grandes réussites du blog. Puis le Tout passe par Vosges et Haute-Saône, et j’ai toujours rien à offrir.

Le lendemain, il y a un tour de magie, et les cyclistes partent du Jura vers la Suisse. Comment sautent-ils de la Haute-Saône au Jura ? Je ne suis pas physicien, alors ne me le demandez pas. Mais dans le Jura, on a l’un de mes dîners préférés, le soufflé au Comté et les bugnes de Carnaval. De la Suisse, ils retournent en Haute-Savoie, et j’ai encore une fois rien à offrir.

Deux jours plus tard, c’est la Savoie aux Hautes-Alpes. Aux Hautes-Alpes, on trouve les rissoles et la tarte du Champsaur à la myrtille. Ce dernier est l’un de mes desserts préférés du blog, mais on peut voir qu’à l’époque, il me restait beaucoup à apprendre sur étaler les pâtes. Un jour, j’espère que je referai tous les plats du blog pour un autre projet. Vous pouvez peut-être deviner quoi.

Puis le Tour arrive en Isère, l’un des triomphes du blog. Profitez de la truite grenobloise et surtout le pain de Modane. Le Tour continue par Rhône, et arrive en Loire. Là-bas, il y a le saucisson brioché et la pompe aux pommes. L’étape suivante passe par Haute-Loire, jusqu’en Lozère (notre prochain département). Pour ce jour, on a les lentilles du Puy et les douceurs des Sucs, ce dernier étant un exclusif du blog.

Pour le 15e étape, il y a un autre saut miraculeux de la Lozère à l’Aveyron pour commencer. Cette étape passe par la Haute-Garonne pour finir dans l’Aude. De la Haute-Garonne, je vous offre la souris d’agneau confite au miel et l’un des meilleurs desserts du blog, le fénétra. Notre dîner aveyronnais, les farçous et la flaune était pas mal, mais pour ce jour-là, je préfère la Haute-Garonne. Mon dîner audois, la tarte aux asperges et le clafoutis aux cerises, en est un que je préférerais oublier. Le clafoutis était merveilleux ; la tarte aux asperges est mon pire échec (ici, merci de ne pas me rappeler de mon ex).

Mais la 16e étape nous amène dans l’Ariège pour le dessert Coup de Foudre préféré des Français selon mes statistiques, la croustade de Couserans. Ma soupe de ce jour-là, l’aïgo bullido, n’a rien de spécial — mais ma croustade reste le deuxième résultat chez Google, en haut de leur propre site de tourisme ! Vous n’avez aucune idée à quel point ça fait chaud au cœur.

Le Tour de France traverse les Pyrénées pendant les deux étapes suivantes, où nous n’avons pas encore visitées. Mais pour la 19e étape, vous avez un choix entre le Gers et le Lot. Du Gers, il y a le cassoulet et le pastis gascon ; du Lot, l’agneau et croute de noix et la cajasse quercynoise. Gardez peut-être le dîner lotois pour la 20e étape car elle est complètement dans le Lot. Le Tour de France termine en Île-de-France, et ça fera longtemps avant que nous y visitions.

C’est peut-être pas surprenant — on a déjà visité la moitié de la France métropolitaine, et j’ai des recettes pour la moitié des étapes. Le temps que le prochain Tour arrive, nous serons presque finis (avec le Tour, pas le blog).

Une astuce pour voyager aux États-Unis

Je ne suis aucune Anne-Marie, et vous devriez la lire pour des astuces sur voyager. Mais j’ai eu une conversation aujourd’hui avec un cher ami français qui va prendre ses vacances ici. Quelque chose a bien changé — pour le pire — et je suis certain que vos livres de voyage ne sont vraiment pas conscients de ce sujet. Aussi, c’est une opportunité pour râler sur ma quotidienne, et je ne vais pas la rater.

Le truc duquel vous vous plaignez le plus souvent en voyageant ici, c’est les pourboires. « Pourquoi faut-il laisser des pourboires partout aux États-Unis ? Pourquoi est-ce que vous n’avez pas adopté nos droits du travail et payé suffisamment les serveurs pour qu’il n’y ait plus besoin de pourboires ? » Je ne suis pas ici pour discuter la question de notre SMIC. Mais les coutumes autour des pourboires ont changé à cause de Covid, et je ne veux pas que vous deveniez des victimes.

Vers le début du confinement, beaucoup de serveurs ont perdu leurs boulots, et il y avait beaucoup de sentiment ici qu’il fallait payer de gros pourboires à n’importe qui aux restos, comme si c’était une sorte de sécurité sociale. Ce que vous devriez comprendre, c’est que seulement les serveurs recevaient des pourboires avant le Covid. Dans beaucoup de restos, les pourboires étaient partagés avec les cuisiniers, mais jamais avec les gérants ou les chefs — ces gens avaient des salaires garantis, pas comme les serveurs. Même chose pour ceux qui travaillent derrière les comptoirs dans des restos comme McDo ou KFC.

Mais à cause de la paranoïa autour du virus, beaucoup de nouveaux lecteurs de cartes de crédit étaient installés pendant les dernières deux années. Il n’y a aucune preuve que l’on peut attraper le Covid en touchant une porte ou une carte de crédit, mais payer « sans contact » est devenu la mode. Et avec ces nouveaux lecteurs, de nouveaux logiciels sont aussi arrivés.

Tablette utilisée en tant que lecteur de cartes de crédit, Photo par Z22, CC BY-SA 4.0

Alors maintenant, à chaque fois où on paye avec une carte de crédit, même aux comptoirs, les logiciels vous demandent maintenant si vous aimeriez laisser un pourboire. VOUS N’ÊTES PAS OBLIGÉS DE LE FAIRE. Suis-je clair ? Ces employés sont payés à un plus haut niveau que les serveurs qui attendent aux tables.

Autre chose : NE VOUS LAISSEZ PAS ÊTRE INTIMIDÉS. Pendant le confinement, beaucoup de monde a décidé de laisser 18 % au lieu du 15 % qui était la norme. Même 20 % parfois. C’était un geste charitable pendant le confinement, mais ce n’est pas du tout « la nouvelle norme ». Beaucoup de restos impriment des « pourboires suggérés » sur les additions. Avant le confinement, c’était habituellement un choix de 15, 18, et 20 %, selon votre avis du service. De nos jours, on voit 18, 20, 22 et même 20, 22, 25. C’est absurde et vous n’êtes pas obligés par ces numéros non plus. Le gouvernement utilise 10 % pour leur estimation des pourboires reçus (pour calculer les impôts), et ça n’a pas changé. C’est un escroc de vous faire payer 18 % ou plus — à moins que vous trouviez que le service est exceptionnel. Mais c’est à vous de le décider.

Je vous dis tout ça car je trouve que tout le monde a les mains ouvertes. C’était très gentil à la part des gens ici d’aider les employés des restos pendant la pandémie. Mais bien qu’il existe de vrais changements depuis ce temps-là, ce n’en est pas un.

Adieu et à demain, monsieur

En octobre 2020, j’ai été complètement trompé par une vidéo en ligne. Elle parlait des problèmes d’un barman, un certain Bertrand Usclat, à cause de la fermeture des bars :

Je ne comprenais pas du tout à l’époque qu’il était comédien, et que la vidéo était parodique. Pardonnez-moi ; 5 mois plus tôt, les seuls mots français que je connaissais étaient chez, lèse-majesté, et l’esprit de l’escalier. Et la meilleure partie, c’est que vous pensez que je plaisante sur ces derniers deux. (Tous ces trois font partie de mon écriture en anglais depuis longtemps.)

Ne vous inquiétez pas ; j’ai vite découvert mon erreur. Après, je suis devenu fan, même si je n’ai pas de Canal+. Peut-être ma blague préférée de lui est dans cette vidéo quand on dit « Moi, je suis anti-vax mais pro-pass ».

On penserait donc que j’étais déçu vendredi dernier, lorsque M. Usclat a sorti une vidéo pour dire à ses fans qu’il quittait la série :

Mais j’ai déjà appris ma leçon. L’année dernière, il a aussi sorti une vidéo qui disait qu’il allait quitter la série — jusqu’au milieu, où il a eu un changement d’avis :

Évidemment il voulait réessayer avec plus de temps pour que ses fans se fassent croire qu’il est sérieux. Mais ce matin, ce Tweet est arrivé :

Source

Il ne faut pas croire à rien qui dit M. Usclat.

Ma loi préférée !

Dans le groupe Facebook privé « La Bande de Véro », on a partagé un article — en anglais, mais d’un site .fr — qui parle de la loi Toubon et du « droit au français ». J’avais déjà remarqué (sans le mentionner ici) qu’il y a souvent des publicités dans le métro ou l’aéroport à Paris avec des anglicismes suivies par des astérisques, avec des traductions en français en bas. Il me semble que ça arrive moins souvent avec les publicités numériques — je ne le vois que rarement dans les courriels du Temps des Cerises ou le site de la FNAC. Mais ce qui compte ici, c’est que c’est une loi, et cette loi est la raison pour laquelle on doit traduire les anglicismes dans les publicités.

L’afficheur, de la collection du Library of Congress, par un auteur inconnu, Domaine public

Mais ce droit au français, de quoi consiste-t-il ? Pourrait-on — je ne sais pas d’où vient cet exemple — appeler les gendarmes si un serveur refuse de lui parler en français ? Bon, je dois m’arrêter ici-même pour être clair — même si une telle loi existait, je ne ferais jamais quelque chose d’aussi saligaud ! Mais non, la loi Toubon n’a rien à dire sur ce sujet. (L’article de TheLocal.fr dit ça, mais j’ai vérifié le texte quand même. Disons que je ne le ferais jamais, mais les serveurs ne me connaissent pas !) En fait bien que ce soit le début de la loi :

Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France.

Elle est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics.

Article 1

la suite ne parle pas du tout des échanges. La connection la plus proche que j’ai avec cette loi, c’est l’article 2, qui garantit que les modes d’emploi, les conditions de garantie (merci Focal !) et les factures (merci la FNAC !) doivent être disponibles en français. C’est l’article 3 qui vous garantit le droit aux astérisques dans les transports communs.

L’article 6 est plutôt drôle pour moi, même si je suis sûr que ça parle vraiment des réunions professionnelles :

Tout participant à une manifestation, un colloque ou un congrès organisé en France par des personnes physiques ou morales de nationalité française a le droit de s’exprimer en français.

Article 6

C’est la mention des manifestations. J’imagine un ministre avec un porte-voix — M. Darmanin ou Mme Bachelot — criant « Faites votre émeute, mais faites-la en français ! ». Avouez-le, vous ne pouvez trouver ce genre de contenu nulle part ailleurs !

Je ne vais pas lire toute la loi ici. Mais j’ai récemment vu un article de l’AFP — en anglais — qui touche sur ce sujet. Il s’agit d’une liste de vocabulaire pour les jeux vidéo publiée par la Commission d’enrichissement de la langue française au Journal officiel. J’ai été choqué par la description en anglais, qui dit :

France regularly issues dire warnings of the debasement of its language from across the Channel, or more recently the Atlantic.

AFP

Ça dit en français (ma traduction) : « La France lance régulièrement des avertissements effrayants sur l’avilissement de sa langue d’outre-Manche, ou plus récemment d’outre-Atlantique. »

J’ai donc trouvé la version originale en français. Il y a des parties qui sont des traductions exactes, mais cette phrase n’apparaît pas du tout. On pourrait deviner que c’était écrit par quelqu’un qui n’était pas d’accord avec la loi. Ça me dérange. Que vous soyez d’accord ou pas, on ne devrait pas partager de tels avis sous le nom d’actualité. Le pays a clairement le droit d’établir des règles concernant sa propre langue.

Mais pourquoi me soucie-je d’une telle loi ? Pas pour la première fois, je vous dirai que l’on y reviendra le 14 juillet.

À vous

Le 23 juin, on fête cette année le vingtième Jour de la Catastrophe. Vous ne connaissez pas cette fête ? Bon, c’est peu connu en dehors d’Elbe-en-Irvine. En Belgique, anciennement le véritable paradis de la francophonie, il n’y avait même pas une seule raison pour le fêter jusqu’en 2015. Aucun jour ne me déprime comme celui-ci.

(Pour être clair, cette personne ne me manque pas du tout. Mais comme les Érinyes, elle me poursuivra tant que j’habiterai chez les états-uniens. Remarquez ce dernier mot. Vous ne l’avez jamais vu ici. On y reviendra.)

Au lieu de penser à ça, je préférerais parler de vous tous parce qu’il y a pas mal d’entre vous qui me font sourire quotidiennement. Je veux donc aujourd’hui vous diriger vers mes blogueurs préférés, par catégorie, et je jette un coup d’œil vers mentionner des intérêts que certains d’entre vous partagent.

C’est dingue, mais je suis maintenant une belle poignée de blogueurs littéraires. J’étais toujours un grand rat de bibliothèque — on dirait plutôt « ver de livre » (« bookworm ») en anglais — mais lire des livres dans les quantités folles que je vois tout le temps chez eux, en français, c’est hors question. Je vous recommande fortement Light & Smell, qui écrit de nombreuses listes de ses lectures, dont des polaires et des BD, mais trouve quand même le temps pour écrire des critiques détaillées. Miss Biblio Addict !! écrit sur des fantasmes historiques et les BD aussi parfois, sans oublier qu’elle a d’excellents goûts musicaux. Roseleen lit aussi des polaires et romans de mystère, mais grâce à elle je découvre parfois des livres complètement inattendus, comme ce roman québécois sur un vieux homme qui conduit un bibliobus. L’autodidacte aux milles livres lit pas mal de classiques, dont beaucoup de mes préférés, les dystopies. Et n’oubliez pas le seul que je connais qui est aussi auteur, Jours d’humeur, duquel j’essaye toujours d’apprendre le style, surtout d’articles comme celui-ci où il invente des noms hilarants (mes nombreuses fautes ne sont pas à lui !). J’ai récemment commandé son roman Dossiers froids, mais la FNAC veut apparemment que je prenne l’opportunité pour écrire des lettres d’affaires avant de me le livrer.

C’est pas du tout surprenant que j’adore les blogs de voyage, vu que ce blog n’est qu’un voyage très lente à travers la France. Mais c’est aussi le cas que certains dans cette catégorie sont parmi les plus vieux amis du blog. Carry the Beautiful était la tout première à me découvrir (en dehors de mes amis avant le début), mais autant que j’adore ses contes d’endroits comme l’Islande, cet article m’a donné le courage d’écrire l’article le plus personnel du blog. Flanel, le chat voyageur est une grande influence — en lisant ses articles très détaillés sur des villes de France, j’ai été inspiré à changer complètement les « Je découvre », qui étaient très courts au début. Plus récemment, j’ai découvert Blogosth, un guide inestimable à l’Alsace et aussi au…euh…voisin au nord. J’adore aussi l’humour et jeux de mots des articles trop rares de Je Suis Sur La Route.

Il y a certains qui sont hors catégorie qui sont quand même autant des musts que le célèbre parfum de Cartier. Maman Lyonnaise cuisine (dont une recette qui est parue ici), écrit sur les livres (quelle coïncidence, ce choix, hein ?), prend des photos intéressantes, et écrit sur la culture. Les chroniques de Ludiwine parle souvent des livres, mais mes articles préférés chez elle sont les histoires de monstres et de véritables crimes. Malgré le nom, on sait jamais ce qui arrivera chez
Témoignages et expériences de voyages France Moyen Orient Amériques : un jour, c’est les voitures ; autre jour, les travaux publics. Il a aussi de bon goût en ce qui concerne les lecteurs du Canard. Le journal des jumelles est un peu comme ici — des pépites de partout en France, et parfois des trucs complètement inattendus, comme les bananes bleues. Histoire2Connaître n’est vraiment pas hors catégorie sauf ici, mais on peut apprendre beaucoup de l’histoire française de lui. Je ne veux pas oublier Couroucou, qui n’écrit pas trop souvent, mais cite de la poésie intéressante, aime les chats, et laisse des commentaires très gentils.

J’ai une petite collection de poètes. Courir écrire et crier est peut-être un peu trop avancé pour moi, mais j’aime tellement sa série récente Le pain, la pomme et les poèmes. Pensieri Parole e Poésie est en italien et anglais, mais dans un autre univers, ce blog est en italien (je rêvais de vivre à Florence) et je viens d’écrire « Je découvre les Cinque Terre ». News from Ibonoco n’est pas seulement de la poésie, mais aussi du jazz et de la philosophie — cet homme sait un peu sur tout !

Finalement, il y a les cuisiniers. Sans doute, mon préféré est En cuisine avec Péla car elle aime les desserts autant que moi — essayez ses Pitch au chocolat ou son gâteau aux myrtilles. Un déjeuner en Provence fait de nombreux plats italiens comme les lasagnes au saumon mais aussi des desserts traditionnels comme la tarte tropézienne. La tête dans le panier ne publie pas trop souvent de nos jours, mais les archives sont étonnantes — essayez les raviolis verts à l’orti avec asperges et palourdes, même si seulement pour la photo. Tay’s Brunch-book Club a fait la meilleure tarte à la citrouille que j’ai jamais vue à l’étranger.

Hélas, j’ai déjà lu tous ces articles, mais vous avez assez de choix pour oublier ce que j’ai écrit au début. C’est pour le meilleur. Qu’un jour je sois en France et ne pense qu’à tous ces gens merveilleux.

Les mystérieuses traductions

L’une de mes blogueuses préférées, Light & Smell, a écrit un post où elle a traduit l’expression « made you feel warm and fuzzy » de l’anglais. Elle a choisi « qui t’a réchauffé » qui n’est pas mal vu que la phrase d’où elle est venue avait le sens de « faire sentir quelque chose d’agréable à quelqu’un ». Mais elle avait l’impression qu’on pourrait choisir une expression plus précise et m’a demandé mon avis. Pour ma part, dans ce contexte je rendrais « warm » comme « chaleureux ». Mais « fuzzy » m’a lancé sur ce qu’on appelle en anglais la chasse à l’oie sauvage (c’est-à-dire une aventure compliquée).

Il s’avère que je peux donner une signification exacte à Mme Light & Smell, car elle est fan de manga. On dirait que « warm & fuzzy » est exactement comme on se sent en voyant quelque chose de kawaii, comme Hello Kitty. Voici un exemple de « Hello Kitty Con 2014 » qui va vous faire sentir « warm and fuzzy, » mais merci de ne pas me demander pourquoi j’étais là. (La petite est exactement celle à laquelle vous pensez.) Mais on a toujours besoin d’une expression française.

J’ai essayé plusieurs de mes sources habituelles. Le Collins-Robert offre « flou » (sens photographique), « crépu » (sens poilu), et « confus » (sens logique). Mais aucun de ces mots ne capture le sens sentimental. Google Traduction m’a donné « duveteux », qui est hilarant, mais pas du tout le bon choix. DeepL m’a aussi donné « flou ». Clairement, j’avais besoin de meilleures sources.

J’ai essayé des thesaurus. Peut-être qu’un synonyme de « content » ou « heureux » serait le bon choix ? Mais bien que je sois béat d’avoir appris une belle douzaine de nouveaux mots, aucun n’est le bon non plus. Épanoui, traduit par « beaming » dans mon dictionnaire Oxford (pas disponible en ligne), est un bon mot pour l’expression du visage à laquelle on s’attendrait. Mais je n’aime pas « faire sentir chaleureux et épanoui » pour une traduction.

J’ai essayé des listes d’expressions idiomatiques écrits par de meilleurs bilingues que moi. Cet article promet une centaine d’expressions, mais franchement il ne casse pas trois pattes à canard. Wikipedia (en anglais) m’a donné une belle liste de francismes en anglais, dont le « footing » version française, « double entendre » — on ne dirait jamais ça en français, mais plutôt « à double sens ». Un site appelé « All About French » (Tout sur Français) offre plusieurs centaines, mais c’est un truc de fou — pas de bons choix non plus.

J’ai fini par chercher WordReference, un site où des milliers de soi-disant experts en grammaire se retrouvent. J’ai trouvé exactement ce que je m’attendais — plusieurs conversations sur cette expression. La plus vieille date en 2004, mais on a revisité ce sujet en 2007 et jusqu’en 2018. Comme on s’attend, il y a plus de commentaires insultants que d’idées utiles, MAIS j’ai trouvé quelques bonnes suggestions. Il y a « bien attendri », « douillet », « ça me rend toute chose » et « ça fait chaud au cœur ». Ce dernier a une traduction très exacte en anglais — « it warms my heart » — mais il me semble, après avoir considéré tous les choix — que c’est le plus proche à l’esprit de l’original. Et pour une traduction littérale, je choisirais « ça me fait sentir chaleureux et douillet ».

En tant que linguiste, je suis censé croire que toutes les langues du monde peuvent exprimer toutes les mêmes idées. Peut-être. Certainement, je suis d’accord qu’il n’y a pas d’idées qui ne peuvent pas être comprises sauf qu’en une langue. Mais c’est faux de dire que toutes ces idées peuvent s’exprimer de même façon. Et croyez-moi, je n’échangerais jamais les cadeaux du français contre tous les « fuzzies » d’anglais.