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Bonjour de la Nouvelle-Orléans !

Aujourd’hui, je vous écris de la Nouvelle-Orléans, où je suis avec ma fille et mon père jusqu’à la semaine prochaine. La Nouvelle-Orléans est la ville la plus française aux États-Unis (il y a une communauté dans le comté d’Aroostook, dans le Maine, qui serait pas d’accord, mais elle est beaucoup plus petite). C’est ma ville préférée des États-Unis depuis toujours. Vous allez voir pourquoi, mais franchement vous le comprenez déjà.

Je savais que vous penseriez tous à la vieille Orléans quand j’ai mentionné les pralines, mais en fait, les pralines de la Nouvelle-Orléans sont l’un des joyaux de la cuisine américaine. Et parmi les premières choses que l’on voit en sortant de l’avion :

À cause des délais inattendus (peut-être attendus de nos jours, mais pas planifiés), on n’est pas arrivés jusqu’à 18h. Mais on a fait un petit tour aujourd’hui — sans trouver les bonnes pralines, hélas — et je vais le partager ici. (Votre revue du Canard apparaîtra plus tard aujourd’hui.)

On a commencé à l’Hôtel Roosevelt, juste à côté du « Quartier français » (on dit « French Quarter » en anglais). Cet hôtel date de 1893, et a été renommé pour l’ancien Président Theodore Roosevelt en 1923. En accord avec les années 20s, l’hôtel maintient une atmosphère Art Deco.

De l’hôtel, on est partis pour le célèbre « Bourbon Street », dit originalement Rue Bourbon. De nos jours, c’est plein de bars et de clubs, et c’est plutôt le Montmartre américain, mais c’est aussi le meilleur endroit pour voir de l’architecture coloniale française.

On est passés par Galatoire’s, l’un des trois restaurants les plus historiques de la ville, avec Antoine’s et Arnaud’s. Tous sont proches à Bourbon Street, mais Galatoire’s était le préféré de ma grand-mère quand elle était élève à Tulane University dans les années 40s. Galatoire’s est fermé le lundi et le mardi, alors on ne pouvait pas y aller, mais peut-être plus tard cette semaine.

L’histoire de la Nouvelle-Orléans compte une certaine période sous les espagnols, et on peut voir cet héritage dans certains panneaux dans le Quartier français. Celui-ci dit « Quand la Nouvelle-Orléans était la capitale de la province espagnole de Luisiana. 1762-1803, cette rue s’appelait « Calle de Borbon » » :

Si vous connaissez la musique jazz, sa salle la plus célèbre est « Preservation Hall », juste à côté de Bourbon Street. On y reviendra plus tard, mais voici l’extérieur.

C’est un vrai trou dans le mur. Ne le laisse pas vous tromper — c’est fait exprès car c’est très fidèle à l’esprit de ce genre de musique. On a parlé plus tôt de ma chanson préférée de la Nouvelle-Orléans, Eh Là Bas :

Beaucoup de restos sont fermés le mardi, alors on a dîné chez Café Maspero, un resto plutôt touristique. Notez bien le slogan de la Nouvelle-Orléans sur un mur, « Laissez les bons temps rouler ».

Moi, j’ai eu le « crawfish étouffée » (étouffée d’écrevisses), une soupe très épicée. Je l’ai bien aimée, mais c’est ma quatrième fois dans la ville, et je connais de meilleurs endroits. Vous les verrez plus tard cette semaine.

Je m’en vais encore

Peut-être que vous vous souvenez de la fois où j’avais envie du nougat de Montélimar, alors j’ai volé à Paris pour en acheter. La bonne nouvelle, c’est que j’ai toujours huit barres. (C’est le Fort Knox du nougat ici.) Alors pas besoin en ce moment. (Les nouveaux abonnés, veuillez cliquer ici.)

J’ai envie de pralines aujourd’hui.

😉

C’était pas Versailles là-bas

Avez-vous jamais vous demandé pourquoi la famille royale ne s’est pas échappée ? Bien sûr, après la fuite de Varennes, c’était impossible, mais si je vous disais qu’ils avaient peur de quelque chose de pire que la guillotine ? En fait, c’est vrai ! C’était…

LA PENNSYLVANIE !

Aujourd’hui, je vous raconte un petit chapitre tout inconnu de la Révolution, l’histoire du « French Azilum. » En ce qui suit, je suivrai principalement deux sources, cet article du magazine France-Amérique par Anthony Lacoudre, et cet article dans le Bay Journal de Pennsylvanie par Ad Crable.

Asylum Township, Pennsylvanie, Photo par Nicholas A. Tonelli, CC BY 2.0

En 1793, deux aristocrates français se sont trouvés en exil à Philadelphie, le vicomte de Noailles et le marquis Antoine Omer Talon. Moi, si je m’étais trouvé dans une telle situation, je me serais dit qu’il vaut mieux de perdre la tête que rester dans la soi-disant « Cité de l’Amour Fraternel ». Mais à l’époque, c’était toujours la ville de Benjamin Franklin et pas encore celle des gens qui hueront le Père Noël et jetteront des piles (liens en anglais).

Alors les aristocrates voulaient créer un refuge pour d’autres comme eux. On dirait en anglais « asylum, » comme « asile », et c’est exactement le nom qu’ils ont choisi pour leur projet, avec un petit changement d’orthographe. Avec l’aide de quelques hommes d’affaires, ils ont construit une cinquantaine de maisons dans un village tout neuf, French Azilum. Chacune était en bois et avait deux étages avec deux salons, deux chambres, un cave à vin, et une cuisine à l’extérieur de la maison.

Mais il y avait une maison spéciale, planifiée pour Marie-Antoinette elle-même. La Grande Maison a été construite avec trois étages et des sols en marbre. Elle a été guillotinée sans y avoir vécu, mais Louis-Philippe, le roi futur, y vivait de 1796 à 1798. Des noms connus comme Talleyrand et François XII de La Rochefoucauld ont aussi visité le French Azilum.

Mais dites donc, est-ce que des maisons en bois peuvent vraiment survivre une comparaison avec Valençay ? Ou La Rochefoucauld ? Demander est répondre en ce cas. Quand Napoléon a offert une amnistie aux nobles, toutes les familles sauf 4 sont revenues en France où parties pour la Nouvelle-Orléans. Selon le Bay Journal, les familles locales Homet, LaPorte, LeFevre et Brevost sont les descendants de ceux qui ont resté jusqu’à nos jours.

Presque tout le French Azilum a été détruit vers 1840 à cause d’avoir été abandonné. Mais il reste une maison, la Maison LaPorte, érigée em 1836 sur le site de La Grande Maison qui existe toujours, et qui sert comme musée avec des souvenirs de la vie des expatriés de l’époque. Si on veut y visiter maintenant, on commence sur le « Marie Antoinette Lookout » (Point Marie-Antoinette) pour surveiller le village dit maintenant « Asylum, » puis on descend dans le village, où on peut prendre un tour de ce qui reste.

Plus de dialogues avec ma fille

Ma fille était très heureuse de voir mon article sur nos conversations, mais comme on se serait attendu, elle m’a dit « Tu as raté certaines de mes préférées ! » Et elle a raison. Ces deux impliquent son mot préféré de toute la langue française, « connard ». Comme avant, elle n’a dit que les mots entre guillemets en français.

Cette première s’est passée il y a un an, quand les enfants pouvaient enfin revenir dans les écoles ici. Disons qu’il y en a certains qui on est plus heureux de revoir que d’autres.

S : Papa, j’étais heureuse de ne pas voir ma copine de classe, C., aujourd’hui. Elle reste très méchante avec moi. Est-elle un « connard » ?
M : Non, pas du tout.
S : Mais pourquoi ? Elle fait des bêtises et est très impolie. Ce n’est pas un « connard » ?
M : Non. Elle est une connasse. Attention aux genres !

Je suis sûr que vous connaissez La Bande à Picsou, l’une des meilleurs séries des années 80s. Entre 2017 et 2021, il y avait une nouvelle version, à mon avis aussi bonne que l’originale. En anglais, elle est connue sous le nom « DuckTales » (Contes des Canards, mais aussi un calembour sur « duck tails, » ou queues de canard). Quand Disney veut choisir un nom « exotique », c’est souvent en français, et cette fois, une ville a reçu le nom « Saint-Canard ». En fait, Saint-Canard a été remplacé par Bourg-les-canards en version française pour sa première apparition dans Myster Mask. Mais prononcé avec des voyelles anglaises, on pourrait facilement l’entendre mal.

Première apparition de l’Oncle Picsou, Domaine public

S : Papa, il y a une blague coquine dans un épisode de DuckTales !
M : Désolé, quoi ?
S : C’est vrai ! Il y a une ville appelée « Saint-Connard » !
M: MONTRE-MOI ! ALLEZ HOP !
(J’écoute)
M : Chère fille, c’est « canard », pas « connard ». Canard signifie « duck. » C’est une blague, mais pas celle-là.

Je jure que je n’ai plus de stock… pour l’instant !

Comment choisir des prénoms étrangers

Hier, on a parlé de L’Appel d’Am-Heh, et j’ai mentionné que j’allais écrire plus sur les noms dans le roman. Mais je ne veux pas du tout que vous pensiez que c’est une critique soit du roman soit de M. Duvert.

Disons qu’il y a une idée linguistique, l’intuition sur les fréquences des mots. Par exemple, vous savez sans besoin de compter que le mot « cela » apparaît beaucoup plus souvent dans n’importe quel texte que le mot « époustouflant ». Ou que le prénom « Marie » est beaucoup plus rare de nos jours qu’il y a 50 ans. Mais à moins que vous fassiez attention à des autres cultures, vous n’allez pas avoir des idées comme celles-ci quant à des autres langues. C’est rien de surprenant — je n’ai pas de bonnes intuitions sur les fréquences des mots français. Mais qu’est-ce que ça a à voir avec Am-Heh ?

Quand j’ai vu le nom « Kristen Dankworth » pour une femme avec une vingtaine d’ans dans les 1930s, je me suis dit « Je ne connaissais aucune amie de mes grands-meres avec un tel prénom. » Et voilà — c’était littéralement impossible :

Source

Au fait, il n’est pas le seul auteur à choisir un prénom américain impossible. Un livre sorti cette année, L’Affaire Alaska Sanders, par un certain Joël Dicker, a un titre avec un tel prénom — la première telle femme a un âge la moitié de son personnage !

Les deux autres personnages anglophones d’Am-Heh ont des prénoms, Milton et Howard, qui sont peu probables — mais pas impossibles à l’époque. (Rappelez-vous que mon grand-père, un soldat dans la SGM, s’appelait Milton.) Mais il y a d’autres raisons pour les avoir choisi. Milton et Blake sont aussi les noms (de famille) des plus grands poètes qui ont écrit sur l’enfer en anglais — voici des traductions françaises du Paradis perdu de Milton et Le mariage du ciel et de l’enfer de Blake. Quant à Howard, il y a pas mal de personnages appelés Howard dans ce genre de fiction, en hommage à M. Lovecraft.

Mais ce n’est rien de mal chez M. Duvert. Pour vous montrer que c’est commun, je suis allé dans une librairie, où j’ai choisi quatre livres, inconnus pour moi, avec des titres qui indiquaient qu’ils se déroulaient en France — par des auteurs américains. J’ai noté les titres, les dates de publication, et les dates des intrigues. Puis j’ai passé quelques minutes en cherchant chacun pour des prénoms. Ici, je vous donne 3 catégories : impossible/peu probable pour un moyen d’entre 0-500 naissances/an pendant les 20 ans avant le temps du roman, possible pour un moyen de 500-2000, et très probable pour un moyen de plus de 2000 naissances.

Three Hours in Paris : publié 2019, a lieu dans les 40s

Murder in the Marais : publié 1998, a lieu en 1993

Sisters of the Resistance : publié 2021, a lieu en 1944

The Paris Seamstress : publié 2018, a lieu dans les 40s, puis les 2010s. Pour celui-ci, je donne les categories pour les deux époques.

3 Hours in ParisMurder in the maraisSisters of the resistanceThe paris seamstress
ImpossibleJean-MarieHenri, René, Aimée, Albertine, Arlette, ClotildeTania, Jean-LucRenée (2010s), Huette (n’existe pas), Fabienne (les deux), Lena
PossiblePhilippeSarah, Florence, ThierryCatherine, Gabrielle, Elisabeth, LouiseJeanne (2010s)
Très probableMarie, AntoineYvette, LilianeRenée (40s), Jeanne (40s)

Certains prénoms sont bien moins probables que des autres, même dans la catégorie peu probable. Il y avait moins que 10 Albertine nées pendant chaque année pour la période en question ; il y avait environ 300 Henri par an pour le même roman. Mais je suis sûr que vous comprenez bien : ces auteurs n’ont pas vérifié si leurs choix sont authentiques pour leurs époques. Certains sont complètement impossibles — il n’y avait aucune Lena en France jusqu’en 1985, et seulement 4 jusqu’en 2006 !

Moi, si j’allais écrire quelque chose de fictif — d’abord je vous conseillerais de courir, car j’ai aucun talent pour ça. Mais je consulterais Politologue et ce tableau ne servirait à rien. J’ai 45 ans, et je sais — hélas, il n’y avait que 15-30 Justin par an en France pendant les 70s. (J’ai même pensé à utiliser mon deuxième prénom, Eliot, sur ce blog ; puis j’ai découvert qu’il était un pire choix.) Un garçon de mon âge est un Sébastien, David ou Frédéric ; une fille est Stéphanie, Sandrine, ou Céline. Si j’allais écrire un roman qui se déroulerait pendant la Seconde Guerre mondiale, comme trois de ces quatre, je choisirais les prénoms de 1920 : Jean, André et Pierre ; Marie, Jeanne et Madeleine. On voit seulement Jeanne et Marie dans le tableau. Pour l’époque d’Am-Heh, je choisirais les prénoms américains de 1900 : John, William et James ; Mary, Helen, et Anna. Pour M. Jours d’humeur, je lasserais un Jean-Kevin quelque part, mais il mourrait d’une façon aussi brutale que stupide tout de suite.

Mais peut-être que j’ai raté la vérité derrière ces choix. C’est facile à découvrir les « bons » choix, mais ces livres ne sont pas pour les publics qui les reconnaîtraient. Les véritables prénoms français de 1920 sont des stéréotypes aux États-Unis. J’imagine que l’inverse est aussi vrai. Ces choix ne feront rêver personne. En fait, ça m’a donné l’idée pour une autre expérience, et on va revisiter ce sujet bientôt.

Le vrai chez Tricatel

France with Véro vient de relancer son bulletin la semaine dernière (abonnement gratuit par ici), et elle a commencé en parlant sur les aires d’autoroute. Naturellement, vu que je n’ai jamais roulé sur une autoroute française, je ne pense qu’au film « L’Aile ou la cuisse », où Jacques Tricatel, le méchant, gérait une chaîne de restos qui se trouvaient dans les aires. J’ai mentionné ça à Véro, et elle m’a répondu que dans la vraie vie, Tricatel est en fait un certain Jacques Borel. J’ai dû en savoir plus — depuis que j’ai vu ce film, j’appelle la nourriture industrielle « fait chez Tricatel » même quand je parle en anglais.

©️Studiocanal

M. Jacques Borel a connu son premier succès en ouvrant la version française d’une chaîne de restos de hamburger appelée « Wimpy ». Cette chaîne venait originalement des États-Unis ; les derniers quatre restos sont en Californie, mais dans le centre, pas proche de chez moi. La chaîne existe toujours à travers de la Manche, mais vous avez Memphis, qui serait quand même mieux. Wimpy était nommé pour Wimpy, un personnage de la BD américaine Popeye, dit Gontran en France, qui disait « Je vous paierai volontiers mardi pour un hamburger acheté maintenant. »

Ces hamburgers n’avaient rien de spécial, mais le service était rapide. M. Borel a dit :

« A l’époque, pour être rentable, il fallait faire trois couverts par siège et par jour », explique Jacques Borel, jamais avare de chiffres. « J’en faisais dix-huit en semaine et vingt-sept le week-end ! »

20 Minutes

Mais M. Borel est vraiment devenu Jacques Tricatel quand il a lancé ses restos d’autoroute sous son propre nom. L’architecture de ces restos était plutôt géniale — en s’installant dans un pont au-dessus de l’autoroute, le resto devient également disponible dans les deux sens de la route ! Ça n’a rien à voir avec la qualité de la nourriture, mais c’est le genre de chose qui a fait de lui un succès.

Pont Restaurant Jacques Borel sur A6, ©️ Mémoire2cite

Aujourd’hui, le groupe Jacques Borel n’existe plus. Ses hôtels sont devenus une partie d’Accor ; certains de ses restos existent toujours sous l’entreprise Courtepaille. Mais quant à M. Borel lui-même, il ne se souciait jamais de son image, disant : « je ne veux pas qu’on m’aime, je veux qu’on m’obéisse ».

Au fait, je ne le savais pas à l’époque quand j’ai regardé L’Aile ou la cuisse, mais l’animateur de l’émission « Tous les coups sont permis » était en fait Philippe Bouvard, animateur dans la vraie vie des Grosses Têtes pendant 37 ans. Ça devait être un sacré émission !

De gauche à droite : Tricatel, Duchemin fils et père, et Philippe Bouvard dans L’Aile ou la cuisse, ©️Studiocanal

Des dialogues avec ma fille

J’espère que je ne vous insulte pas lorsque je vous dis que ma fille ne partage pas mon affection pour presque toutes les choses françaises. (Désolé, mais on a la même attitude vers les escargots.) Je lui ai dit de nombreuses fois qu’elle n’est pas obligée d’apprendre le français. Je veux qu’elle fasse ses propres choix — mais s’il s’avère qu’elle me suit, je ne râlerai pas… trop. (Faut protéger ma réputation !) Mais pendant les dernières deux années, elle a un peu appris tout de même. Je garde des notes sur nos conversations les plus marrantes.

En ce qui suit, je vais partager quelques dialogues qu’on a eu, mais pour sa part, seulement les mots en guillemets étaient vraiment en français. Je garde jalousement sa vie privée, alors ici elle n’est que « S ». Vu que c’est moi qui parle avec elle, je suis « M » pour « moi ». Et oui, chacune est 100 % la vérité.

En la récupérant de l’école :

M, en espagnol : ¡ Vámonos !
S : Hein ? Tu ne voulais pas dire « On y va » ?
M : Ça marche !

Elle a appris un peu d’espagnol soi-même, mais sa prononciation n’est pas bonne. Sa bouche marche quand même parfaitement :

S : Kalat !
M : Hein ?
S : Ça veut dire « tais-toi » !
M : EN QUELLE LANGUE ?
S : L’espagnol, bien sûr !
M : HAHAHAHA ! C’est « cállate », et on prononce les lettres « l » comme « y » !
S : Ah bon ? Tu sais où il n’y a pas de lettres comme ça ? Dans « tais-toi » !

J’essaye de lui apprendre des choses parfois :

M : Tu vas aimer le mot « on ». Ça veut dire « nous », mais aussi « quelqu’un ».
S : C’est vrai ? Bon, « on » m’énerve en ce moment. Sais-tu qui il est ?
M : Aucune idée.
S : Le soi-disant prof de français qui vient de m’expliquer ce qui veut dire « on » !

Elle se pense comme la police des gros mots :

M : P#%+=n !
S : Papa, arrête d’utiliser de gros mots !
M : Quoi ? Tu ne parles pas français !
S : Penses-tu que je suis stupide ?
M : Non.
S : Eh bien, je te dis de ne plus utiliser de gros mots en anglais. Et tout à coup, tu dis cet autre mot. C’est bien évidemment la même chose en français !
M : Nettoie la cage du cobaye !
S : J’a-ai raiso-on, j’a-ai raiso-on !

(Depuis ce dernier, elle a en fait adopté le français pour ce chant de victoire, qui arrive beaucoup trop souvent. À l’époque, c’était plutôt « I’m right! ».)

Je vous ai dit qu’elle est grand fan de Miraculous. Cette conversation était la vraie raison derrière ce post :

S : Puis-je avoir une « fève » ?
M : Pardon ? Où as-tu entendu ce mot ?
S : Tout le monde sait qu’on trouve ça dans une « galette des rois ».
M : HEIN ? Qui êtes-vous ? Où est ma fille ?
S : Ne me dis pas que tu ne faisais pas attention pendant le nouvel épisode de Miraculous samedi.
M : Oh. J’aurais dû savoir.

Mais c’est celle-ci de laquelle je suis le plus fier, même si elle n’a pas trop fait :

S : Papa, sais-tu ce que je fais depuis 05h00 ?
M : Dormir ?
S : « Toi con ! » J’ai commencé à suivre des leçons de français avec Duolingo !
M : Tu déconnes !
S : « Ça veut dire quoi ? »
M : Tu es sérieuse !
S : Ouais !

Mes valeurs républicaines

Aujourd’hui, je ne veux être que sérieux, au moins de ma façon. J’imagine parfois que certains d’entre vous se demandent pourquoi ce type est si passionné de la France. La nourriture est meilleure, bien sûr, et il vit très loin de ses propres trésors patrimoniaux, mais il y a des magazines pour ces symptômes (voilà, voilà, et surtout voilà. Je ne m’abonne qu’au premier.) Le 14 juillet est le bon jour pour parler de ces sentiments.

Tour Eiffel, Photo par Florent AUDEBERT, CC BY-SA 4.0

Je laisse des miettes vers cet article depuis des mois. On a parlé des langues pour prendre les examens de permis de conduire, du droit au français, de ce que vous nous appelez, même de comment vous vous souvenez de vos pires moments. C’est tout à la recherche de l’âme française, de comment vous comprenez vous-mêmes. Peut-être que j’ai tort ([Peut-être n’est pas français — M. Descarottes]), mais voici ce que je vois et pourquoi je l’estime autant.

J’envie votre unité. Je sais — « Justin, vous n’avez rien appris en lisant nos journaux ? On a une vingtaine de partis politiques, on fait la grève toutes les semaines, on se discute des maillots de bain, et vous en conclure QUOI ? » Mais je doute que la plupart d’entre vous connaissiez — heureusement ! — l’expérience d’être l’étranger dans votre propre pays, d’entrer dans un magasin et trouver que personne ne peut vous servir en votre propre langue. J’habite à une vache près de 160 km du Mexique, or je ne peux pas acheter un soda à la station-service près du studio de karaté de ma fille sans parler espagnol. (Pour être clair, quand j’ai voyagé au Mexique ou en Espagne, je ne parlais qu’en espagnol. Je ne suis pas hypocrite.)

Par contre, pour être Français, il faut absolument parler français. Même si on pourrait dire que la France pourrait faire mieux vers les langues régionales, je n’ai toujours trouvé personne qui dit qu’il doit exister le droit de ne pas s’intégrer. Il y a certainement des arguments à propos des banlieues, et ces arguments durent depuis longtemps (voilà et voilà). Mais si on veut devenir citoyen, il n’y a aucune question — il faut parler français au niveau B1. (Je siffle la musique de victoire de Final Fantasy en y pensant.)

J’envie votre fierté, votre loyauté à vos propres producteurs. C’est ma valeur depuis longtemps ici, et vous ne croiriez jamais à quel point mes compatriotes me méprisent pour ça — c’est pas une valeur de ma génération du tout. Après la Seconde Guerre mondiale, quand mon grand-père est revenu de l’Europe, il est devenu vendeur dans un concessionnaire de voitures Dodge. PERSONNE dans ma famille n’a jamais acheté une voiture fabriquée à l’étranger, et nous faisons toujours ça au maximum avec n’importe quel genre de produit. Tout mon équipement stéréo est fabriqué aux États-Unis où possible — et oui, c’était difficile de trouver les bons trucs vu la domination de l’Asie dans ce secteur. Pendant des générations, c’est la tradition dans ma famille parce que nous sommes reconnaissants pour tout ce que les États-Unis ont fait pour nous.

Alors quand je vous ai écrit ce post sur acheter un casque audio Focal, c’était pas juste un achat. J’ai franchi le Rubicon ce jour-là. Il y aura bientôt un autre post de ce genre ici. Quand j’entends parler des produits « de nos régions », ou vois des drapeaux français sur le site de Carrefour pour indiquer les produits domestiques — une chose inimaginable sur les sites de nos grandes entreprises — je vous envie. MÊME VOS COMMUNISTES sont comme ça. Si cette fierté existait toujours ici, ce blog n’existerait probablement pas.

Finalement, j’envie que vous ne gardiez pas de statistiques ethniques. L’Insee dirait que c’est plus compliqué que ça, mais plus importants que les détails sont l’attitude et l’esprit des lois (pour emprunter une expression). Je ne suis pas d’accord avec beaucoup des analyses européens sur nos problèmes à cet égard, mais mettez ça à côté. Il n’y a pas de question que nous sommes obsédés par ce sujet, d’une façon malchanceuse. Il était une fois, les États-Unis croyaient à l’idée que quelle que ce soit sa nationalité, si on est américain, on l’est sans trait d’union (lien en anglais). Moi, je crois toujours à cet idéal, mais cette bataille est bien perdue ici. En France, il reste la loi.

Bonne fête nationale !

Le mot que je n’aime pas

Je vais râler sur un sujet qui me dérange depuis longtemps. Je l’ai mentionné pour la première fois dans un article qui est par ailleurs très positif. Mais je veux faire un argument sincère, alors je ne dirai pas tout de suite où je vais. Et si je vous disais que j’ai écrit ça le 4 juillet, est-ce peut-être un indice ?

Drapeau américain, Photo par Noah Wulf, CC BY-SA 4.0

Commençons par une observation sur une différence entre le français et l’anglais. Je dirais que les deux langues ont suivi deux chemins très différents en ce qui concerne les noms d’endroits. Disons qu’il y a deux principes en tension : le droit d’une culture à définir sa propre langue, et le droit des autres cultures à choisir comment ils se nomment. On commence avec deux exemples impersonnels.

Pendant mes premiers vingt ans, on connaissait des cités de la Chine et de l’Inde sous les noms « Peking » et « Bombay ». Mais après les années 90s, elles sont devenues « Beijing » et « Mumbai ». Dans les deux cas, les gouvernements des deux ont demandé ces changements. Mais en français, Bombay n’est pas devenu Mumbai, Pékin reste Pékin.

On peut voir les différences dans les journaux. Au site du Monde, il y a environ 560 résultats pour Beijing ; plus de 10 000 pour Pékin. En même temps, environ 280 résultats pour Mumbai ; 7 800 pour Bombay. Au Figaro, il y a 35 462 Pékin contre 797 Beijing ; 458 Mumbai contre 2 794 Bombay. Par comparaison, au site du New York Times, il y a 47 195 Peking contre 56 179 Beijing, et 9 968 Bombay contre 7 033 Mumbai — mais leurs archives datent jusqu’au début du 20e siècle. Chez le Los Angeles Times, il y a 3 030 Peking contre 26 838 Beijing et 2 583 Bombay contre 2 284 Mumbai.

Je ne vous dirais qu’un choix est meilleur que l’autre, mais je dirais que les anglophones font plus d’efforts de s’adapter aux vœux des autres en ce qui concerne leurs noms. Et c’est ici où on arrive au mot que je n’aime pas, « états-unien ».

Ne soyons pas perplexes. Ce mot a son origine dans l’attitude des sud-américains que nous n’avons pas le droit au mot « américains » car c’est également le nom de deux continents. Ne le croyez pas sur ma parole — voici deux sources en espagnol qui vous diront qu’américain « n’est pas précis » (le dernier étant du gouvernement d’Espagne). Mais cherchez n’importe quel journal sud-américain — les journaux conservateurs, comme La Prensa en Argentine disent « americanos » pour parler de nous, mais les journaux gauchistes, comme Diario Democracia nous appellent « estadosunidenses ». Ce n’est pas une description neutre — c’est pour se foutre de la gueule de l’Oncle Sam.

Vous ne trouverez jamais ce mot dans aucun dictionnaire bilingue publié aux États-Unis, dont le Larousse, et le Collins, fait en collaboration avec les éditeurs du Robert. Voici trois exemples avec leurs couvertures ; il y a des écarts exactement où on trouverait « états-unien » :

Certains d’entre vous utilisent régulièrement ce mot ; je ne veux pas du tout que vous pensiez que je suis en colère. J’ai un tempérament très académique et en plus, je n’ai jamais — même une fois — anathématisé personne pour ne pas être d’accord avec moi. Mais je veux tellement que vous compreniez exactement ce que ce mot veut dire, et pourquoi je ne l’utilise pas sauf en tant qu’une insulte contre mes compatriotes.

Mais vous connaissez le truc le plus drôle sur cette insulte ? C’est quoi le nom de mon voisin au sud ? Le Mexique ? Non, vous avez tort. C’est en fait, en espagnol, los « Estados Unidos Mexicanos » — c’est-à-dire les États-Unis mexicains. « États-unien » pourrait également les désigner. Ça devrait vous dire exactement à quel point c’est une question d’être précis.

Les deux tours, revisité

Il y a un an, j’ai écrit sur les points en commun du Tour de France et mon Tour des Départements. Complètement par hasard, j’ai eu l’occasion d’y penser aujourd’hui quand on a demandé dans « Everything French » pour des recettes pour les différentes étapes. L’année dernière, on avait très peu en commun. Cette fois-ci, je suis prêt ! On va traverser la liste d’étapes. (Pour un autre exemple de « cuisiner le Tour », voilà un blog en anglais.)

Mais je dois commencer avec l’observation que les organisateurs sont bien perplexes à propos de la carte de France. Il y a des étapes au début dans des villes avec de tels noms que Copenhague, Nyborg, et Sønderborg. Je n’arrive pas à les trouver sur ma carte. Bizarre, leur sens de l’humour. (L’équipe 1er degré, merci de vous rappeler qu’OSS 117 est le héros du blog.)

Le Tour français commence avec une étape de Dunkerque à Calais. Nous n’avons pas encore atteint leurs départements, mais heureusement, j’ai vu une carte de Calais au début de La Grande Vadrouille :

©️Studiocanal

Le tour reste dans le Nord, puis passe par les Ardennes, notre premier point en commun, en arrivant ce même jour-là en Meuse et Meurthe-et-Moselle. Des Ardennes, je peux vous offrir la cacasse à cul nu et la galette à suc’. Mais je ne vais pas vous mentir, je ne les considère pas parmi les grandes réussites du blog. Puis le Tout passe par Vosges et Haute-Saône, et j’ai toujours rien à offrir.

Le lendemain, il y a un tour de magie, et les cyclistes partent du Jura vers la Suisse. Comment sautent-ils de la Haute-Saône au Jura ? Je ne suis pas physicien, alors ne me le demandez pas. Mais dans le Jura, on a l’un de mes dîners préférés, le soufflé au Comté et les bugnes de Carnaval. De la Suisse, ils retournent en Haute-Savoie, et j’ai encore une fois rien à offrir.

Deux jours plus tard, c’est la Savoie aux Hautes-Alpes. Aux Hautes-Alpes, on trouve les rissoles et la tarte du Champsaur à la myrtille. Ce dernier est l’un de mes desserts préférés du blog, mais on peut voir qu’à l’époque, il me restait beaucoup à apprendre sur étaler les pâtes. Un jour, j’espère que je referai tous les plats du blog pour un autre projet. Vous pouvez peut-être deviner quoi.

Puis le Tour arrive en Isère, l’un des triomphes du blog. Profitez de la truite grenobloise et surtout le pain de Modane. Le Tour continue par Rhône, et arrive en Loire. Là-bas, il y a le saucisson brioché et la pompe aux pommes. L’étape suivante passe par Haute-Loire, jusqu’en Lozère (notre prochain département). Pour ce jour, on a les lentilles du Puy et les douceurs des Sucs, ce dernier étant un exclusif du blog.

Pour le 15e étape, il y a un autre saut miraculeux de la Lozère à l’Aveyron pour commencer. Cette étape passe par la Haute-Garonne pour finir dans l’Aude. De la Haute-Garonne, je vous offre la souris d’agneau confite au miel et l’un des meilleurs desserts du blog, le fénétra. Notre dîner aveyronnais, les farçous et la flaune était pas mal, mais pour ce jour-là, je préfère la Haute-Garonne. Mon dîner audois, la tarte aux asperges et le clafoutis aux cerises, en est un que je préférerais oublier. Le clafoutis était merveilleux ; la tarte aux asperges est mon pire échec (ici, merci de ne pas me rappeler de mon ex).

Mais la 16e étape nous amène dans l’Ariège pour le dessert Coup de Foudre préféré des Français selon mes statistiques, la croustade de Couserans. Ma soupe de ce jour-là, l’aïgo bullido, n’a rien de spécial — mais ma croustade reste le deuxième résultat chez Google, en haut de leur propre site de tourisme ! Vous n’avez aucune idée à quel point ça fait chaud au cœur.

Le Tour de France traverse les Pyrénées pendant les deux étapes suivantes, où nous n’avons pas encore visitées. Mais pour la 19e étape, vous avez un choix entre le Gers et le Lot. Du Gers, il y a le cassoulet et le pastis gascon ; du Lot, l’agneau et croute de noix et la cajasse quercynoise. Gardez peut-être le dîner lotois pour la 20e étape car elle est complètement dans le Lot. Le Tour de France termine en Île-de-France, et ça fera longtemps avant que nous y visitions.

C’est peut-être pas surprenant — on a déjà visité la moitié de la France métropolitaine, et j’ai des recettes pour la moitié des étapes. Le temps que le prochain Tour arrive, nous serons presque finis (avec le Tour, pas le blog).