Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Une traduction qui confonde

L’un de mes loisirs préférés, c’est troller ma fille en citant ses dessins animés préférés, mais en français. C’est trop facile avec Miraculous, où tous les prénoms sont trop évidents, mais je fais ce que je peux.

Peut-être que vous connaissez l’un des derniers bons efforts de Disney, Souvenirs de Gravity Falls. C’est une série très difficile à traduire parce qu’il y a plein de jeux de mots qui marchent seulement en anglais. On commence avec le nom — « Gravity Falls » est le nom d’un village, mais ça dit littéralement en anglais « La gravité tombe ». Ça ne marche pas du tout en français, mais vu le nombre de villages et de villes qui terminent par « Falls » en anglais (pensez aux cascades) — Niagara Falls, Seneca Falls, Sioux Falls — c’est une bonne blague en anglais.

Dans le dernier épisode de la série, Bill Cipher, dit Bill Crypto en français, chante quelques paroles d’une chanson qu’aucun enfant de nos jours connaîtrait C’est « We’ll Meet Again » par Vera Lynn, une chanteuse britannique de la SGM. Cette chanson a sorti en 1939. Wikipédia donne la traduction « Nous nous retrouverons ». De toute façon, voilà d’abord la version originale de la série :

Je traduirais ce qu’il chante comme ça, sans me soucier des rimes : « On se reverra, j’sais pas où, j’sais pas quand, mais je sais qu’on se reverra une journée ensoleillée ». Mais Disney a dû faire une version française qui marche avec la musique. Voici leur version :

Ici, Bill chante « On se reverra, dans un jour, dans un mois. Le soleil brillera, on se reverra. » D’accord, je préfère « on se reverra » pour le titre, mais cette traduction ne capture vraiment pas le sens de la chanson originale.

Vu que la chanson a une longue histoire, j’étais pas surpris de trouver un autre effort en français. Hugues Aufray a fait de meilleur travail que Disney :

Il chante : « On s’reverra, Dieu sait quand, Dieu sait où. Mais je sais qu’un jour viendra
On s’reverra ». Je trouve cette version encore plus fidèle aux paroles originales, mais ça ne rime pas de la façon qu’exige Disney.

Je n’ai pas de grande conclusion avec ce post. C’est juste un rappel qu’il y a certaines choses qui ne marchent que dans leurs langues originales. L’un de mes répliques préfères de La Cité de la Peur n’a absolument aucun sens en anglais :

Le commissaire demande « Je me trompe ? » Odile Deray lui répond : « Sur « qu’il y a ». C’est « qu’il y ait » ». J’adore ce moment, mais il n’y a aucun risque que je puisse expliquer ce moment à un anglophone, car le subjonctif n’a pas de sa propre conjugaison en anglais. C’est un peu la même chose avec Gravity Falls en français — je peux vous donner une bonne traduction, mais sans le jeu de mots, l’humour est malheureusement perdu.

Le chien qui n’a pas aboyé

Je veux m’adresser à un sujet lourd pour terminer mes réflexions autour de la moitié du Tour. Disons que s’il y a quelque chose vers laquelle je cours, il y a quelque chose d’autre que je fuis. J’espère que je éviterai la polémique en vous parlant de cette dernière.

Il y a une histoire de Sherlock Holmes, Silver Blaze (publiée en français sous le nom Flamme d’Argent), qui a donné lieu à l’un de nos dictons le plus populaires. La traduction d’eBooks Gratuits est assez bonne :

– Y a-t-il quelque autre point sur lequel vous désireriez attirer mon attention ?
– Sur l’incident curieux du chien pendant cette nuit-là.
– Le chien n’a rien fait cette nuit-là !
– C’est justement là ce qu’il y a de curieux.

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Ce qui s’est passé, c’était que le chien était chien de garde mais n’a rien fait quand un cambrioleur était présent. Alors, on parle de « the dog that didn’t bark », le chien qui n’a pas aboyé, quand on s’attend à quelque chose mais il n’arrive pas.

Chien militaire américain, Photo par Josh Plueger, Domaine public

Alors, c’est quoi le chien qui n’a pas aboyé ici ? Vous le comprendrez assez vite. Voici une autre histoire, une nouvelle aux États-Unis il y a 4 ans. Une lycéenne a choisi d’apporter une robe chinoise, une qipao, au bal scolaire (on l’appelle « prom », de « promenade, » un mot anglais qui veut dire « promenade », rien à voir avec un bal. Attention aux faux amis !). Des centaines de milliers d’utilisateurs de Twitter l’a critiqué pour le péché de l’appropriation culturelle.

Et tout à coup, le chien a son nom. Je ne manque pas de gens qui ont des trucs gentils à me dire comme « J’espère que tu resteras aux États-Unis », « L’auteur est tombé en amour. Ça rend aveugle. », et le plus drôle, « Ce sont des desserts, pas de plats principaux. » Ce sont des réactions naturelles à ma personnalité bien charmante, je comprends. Mais personne ne m’a jamais dit — ni en France, ni aux États-Unis — que ce que je fais est de l’appropriation.

En quoi consiste les plaintes habituelles, au moins ici ? Vous comprenez très bien — je reçois parfois des commentaires très sympathiques — qu’il y a plein d’ingrédients indisponibles, que je dois souvent faire des substitutions. Ici, c’est un péché. Voici des liens à des articles qui disent qu’il faut écrire de longues rédactions pour expliquer le contexte culturel ou autrement indiquer que l’on a bien étudié si on veut faire un changement — ici, ici, et ici (tous en anglais).

Il y a aussi des scandales où des chefs ou des écrivains sont dénoncés pour avoir changé des ingrédients. Par exemple, le grand chef Stephanie Izard a été dénoncé pour avoir appelé un plat « bibimbap » (c’est coréen) qui avait la mauvaise quantité de riz dans sa photo par comparaison avec les recettes traditionnelles. Peu importe que le chef qui a lancé la plainte vendait un « bibimbap » dans son resto « coréen-polonais » fait avec des nouilles. Notre magazine Bon Appétit a dû ajouter une excuse à sa recette de « halo halo philippin » sert avec des ours gommeux au lieu de racine de taro.

Selon ces plaintes, je suis gros pécheur. Je devine des recettes qui ne sont pas publiées, comme les chichis frégis et les douceurs des Sucs. Je change des recettes comme le « king cake » de la Nouvelle-Orléans, pour les adapter aux goûts français.

Mais curieusement, la plus grande chaîne de restos philippins, Jolibee, vend des spaghettis aux hot-dogs, et je ne vois pas de rédaction pour expliquer que les italiens ne mangent jamais leurs pâtes de cette façon. Voici les vitrines d’une grande chaîne de pâtisserie taïwanaise, 85°C — il n’y a pas d’explication dans leur boutique ni sur leur site que presque tout est fait avec du soja au lieu de lait, mais c’est pas la bonne recette française :

Ces restos viennent de l’étranger, où leurs propriétaires font partie de la majorité. Mais pour être clair, je ne dis pas que ces restos étrangers doivent des excuses. Ils ont aussi adapté des recettes à leurs cultures. Je ne vous dis pas non plus tout ça pour suggérer que c’est toujours respectueux d’emprunter aux autres cultures. Ce que je dis, c’est qu’aux États-Unis, on commence avec la présomption de mauvaise foi, on lance des plaintes, et personne ne demande si la réaction est juste jusqu’à la fin.

Peut-être que je n’entends pas ces plaintes car je suis trop petit. Mais je ne crois pas que c’est la bonne explication, au moins quant à vous. Quand j’ai parlé de mes valeurs républicaines, j’ai dit que j’essaye de m’intégrer, et tant que c’est mon but, je crois qu’aucun Français ne me contredira. Ou presque. Je sais maintenant qu’il y a une telle idée qu’être « français de souche ». C’est le cas que ces gens-là ne s’inquiètent pas de moi, et je l’assume.

Quant à mes compatriotes, je ne sais pas. Les plus grandes plaintes sont souvent lancées par ceux qui ne font pas partie des communautés offensées. Quant aux expatriés et aux immigrants, j’en connais une qui croit que je suis bien fou, et elle ne veut plus jamais revenir en France, mais elle enseigne la langue aux anglophones. C’est pas mon affaire, juste à dire que je doute que ces plaintes viennent de la communauté francophone ici.

La deuxième moitié du Tour continuera d’exactement la même façon. Je serai toujours le premier à vous dire que le vin pétillant californien n’est pas de champagne. Mais si j’ai appris quelque chose pendant la première moitié, c’est que la France a les bras ouverts, et le RER fermé, également à tous ceux qui acceptent ses valeurs. Peu importe si j’utilise toujours le bon fromage. J’essaye quand même à trouver toujours les bons ingrédients et les bonnes recettes pas à cause de la peur qui me font mes compatriotes. C’est parce qu’ils sont à vous. C’est ça le Coup de Foudre.

Les Disparus d’Arkham

On interrompt notre fête de la moitié du Tour pour une nouvelle surprenante :

Vous savez déjà que j’ai fini de lire mon tout premier livre en français le mois dernier. Disons que le deuxième…est passé beaucoup plus vite. J’ai lu la première moitié pendant les vols de mon voyage à la Nouvelle-Orléans, puis je l’ai fini pendant ce dernier week-end. C’est très facile quand on parle de la suite de L’Appel d’Am-Heh, Les Disparus d’Arkham.

Je n’imaginais pas que ce serait possible, mais pour l’amateur du Mythe de Cthulhu, ce livre est un régal encore plus grand. Il y a longtemps, je vous ai parlé du Roi en Jaune de Robert Chambers. Mais dans ce contexte-là, c’était à cause des nombreux liens du livre avec la France. Cette fois, M. Duvert nous fait plonger dans l’histoire du Roi en Jaune, ses liens à la ville mystérieuse de Carcosa, et au…. dieu ? Grand Ancien ? … Hastur. Ça se passe brièvement, et on peut facilement profiter du livre sans la connaître, mais pour quelqu’un dont toute sa vie adulte est colorée par des rêves du Roi en Jaune, c’était étonnant.

Il y en a plus. Je ne veux pas gâcher la signification de ces monstres à l’intrigue, mais dés qu’un personnage a dit d’éviter les coins d’une pièce, j’ai crié : « Il parle des Chiens de Tindalos ! » ([Menteur ! Vous avez dit Hounds, en anglais. J’ai tout entendu. — M. Descarottes]) Et c’était exactement ça. Le livre se termine avec un mot qui m’a bercé. Je pensais à vous le dire, mais au dernier moment, j’ai décidé que non. Mais si vous lisez le livre, dès que vous le terminez, cherchez-le sur Wikipédia.

Mais mettre à côté ces liens-là. Ce livre est une réunion avec les personnages bien aimés du premier livre, mais dans des situations toutes neuves. On savait déjà du premier livre que notre jeune archéologue, Kristen, est réputée d’être mentalement malade. En fait, j’en doute, mais j’ai toujours aucune preuve de mon hypothèse. De toute façon, elle se trouve au début à l’asile légendaire « Arkham Asylum ». (Vous connaissez sûrement vos histoires de Batman.) En fait, celui de Batman est localisé à Gotham City, pas Arkham, mais le Mythe de Cthulhu est la source originale. Notre agent secret britannique, Howard, est perdu ou mort, et notre détective privé, Milton, se mange à cause de se sentir coupable. (Se manger en anglais veut dire que l’on est consommé par de mauvais sentiments ; mes excuses si c’est le mauvais mot en français.)

Cette fois-ci, il y a une nouvelle enquêteuse, Lilian Freling, journaliste de Boston. M. Freling est là pour chercher quelques bostoniens riches qui sont disparus pendant des visites à Arkham. Elle sert largement pour remplacer Kristen et Howard tous les deux, et ça marche, même s’il me fallait du temps pour l’aimer.

Il s’avère que presque tout est lié à l’histoire d’Am-Heh du livre précédent. C’est la meilleure sorte d’écriture lovecraftienne — tout est mélangé dans un complot si diabolique, si complexe, que les enquêteurs arrivent à douter de leur santé mentale. Si vous connaissez la série X-Files, vous savez déjà quel genre de problèmes arrive aux enquêteurs — ils sont témoins de tous genres de trucs bizarres, mais les preuves qui restent après leurs rencontres sont toujours ambiguës, de sorte que personne ne les croit.

Je n’ai que deux petits plaints. D’abord, le méchant « Lord Shellington » porte un titre noble (Lord) malgré être censé descendant d’une famille fondatrice de la ville. Il y a ceux qui disent que nos titres élus ont remplacé les titres féodaux, car une fois élu, tout le monde les utilise pour le reste de sa vie. D’accord, mais « Lord » n’était titre nulle part aux États-Unis, même à l’époque. L’autre plaint, c’est que la fin bouge un peu trop vite. Je comprends que tout mène vers un troisième livre, mais la finale de ce livre me rappelle la fin du jeu vidéo Final Fantasy IX — on passe une belle quarantaine d’heures en jouant le jeu, puis la bataille finale est contre un ennemi jusqu’alors complètement inconnu le long du jeu. La fin du livre reste quand même satisfaisante, mais elle vient un peu de nulle parte.

Enfin, je recommande ce livre avec autant d’enthousiasme que j’avais pour le premier. Je n’ai pas de meilleurs compliments !

L’origine du Tour

Je dis parfois que je ferai tout et n’importe quoi tant que l’on me le demande en français. À quel point est-il vrai ? Voici l’histoire de comment j’ai décidé de lancer le Tour (même s’il m’a toujours fallu quelques mois pour commencer). Depuis le départ en mars 2020, mon habitude est de me lancer dans des sujets français en criant « Geronimo ! » (mais curieusement, jamais dans ma quotidienne). Donc le temps que juin soit arrivé, j’étais déjà expert en trouver des arguments. Attention aux yeux : il y a un risque de saigner en lisant mon français de 2 mois et demi. J’écrivais des trucs comme « plus meilleur ».

Tout a commencé quand j’ai vu cet article de Topito, partagé sur Facebook comme ça :

À l’époque, je n’avais pas la moindre idée qu’il y avait une rivalité entre les Parisiens et le reste du pays. Maintenant, je me dis « Et vous, aimez-vous bien être traité comme « en province » par les new-yorkais et les los-angéliens ? En fait, aimeriez-vous que l’anglais aurait une expression qui veut dire « tous les malchanceux qui ne vivent pas dans la bonne ville » ? » Mais ça, c’était mon avenir. Revenons au 16 juin 2020.

L’article était plein de conneries comme celles-ci et je ne connaissais guère Topito :

Waaaah ! Il y a pas mal de gens aux États-Unis qui n’ont jamais vu les mers. Alors, les pauvres se plaignaient de n’importe quoi, selon moi.

J’ai laissé un commentaire bien analphabète :

Ce que je voulais dire était « Vous plaignez-vous de ne pas gagner un championnat ? Mais Paris a beaucoup de choses qui font l’envie du monde entier ! Arrêtez de vous plaindre de Paris et soyez contents de ce que vous avez ! »

Au fait, si vous vous demandez pourquoi le drapeau, c’était la suggestion d’une connaissance qui faisait la même chose avec un 🇫🇷 quand elle participait aux groupes anglophones, pour indiquer qu’elle n’était pas native. Je l’utilisais pendant quelques mois, mais j’ai enfin décidé que très peu de monde l’avaient compris.

Disons que ça a provoqué des réponses. En premier et surtout, celles qui voulaient dire qu’il ne faut pas visiter juste Paris. Celle-ci était l’une des plus gentilles.

Il y en avait aussi des moins gentilles :

La première phrase dit « Paris est génial à visiter mais un putain d’enfer sur Terre pour y vivre. » Il dit aussi que Paris est un cauchemar.

Et :

En français, « Car tu n’y habites pas ! »

Mais c’était pas si facile de se débarrasser de moi. Voilà, la naissance de ma plus grande plainte :

L’anglais veut dire : « Cette conversation me semble quelque chose de bizarre. Un américain vient en admirant votre culture et la moitié des réponses sont négatives, mais en anglais pour qu’il ne rate pas la signification. »

Et avec ça, tout à coup, il y avait de la lumière ! Il n’y a rien au monde qu’un râleur peut apprécier comme un autre râleur. C’est la langue universelle ! Il m’a dit en anglais « Nous ne sommes pas mécontents de vous », puis il s’est lancé :

Il y a deux cents plus de mots dans celui-ci ! Nous sommes tombés d’accord que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Mais revenons à la première réponse, celle qui m’a dit qu’il y avait d’autres villes. J’ai répondu que j’espérais visiter tout le pays, et elle m’a répondu en anglais :

Bref, elle m’a dit de visiter Lyon et Toulouse, mais aussi que la culture française n’était pas la même que celle de Paris, et c’était pour ça qu’il fallait découvrir tout le pays, pas juste la capitale. À son avis, ce sont les Parisiens qui ont fait croire le reste du monde que les Français avaient une mauvaise attitude. Moi, je ne dirais pas que je valide cet avis — j’ai chanté les louanges des Parisiens après mon premier voyage — mais on ne se parleraient pas en ce moment si je croyais l’autre chose !

Il y avait beaucoup plus de commentaires, et croyez-moi, Paris avait aussi ses défenseurs. Et ceux qui voulaient trancher le « baloney » plus fin, comme on dirait en anglais :

Mais ce qui comptait, c’était que j’ai appris deux leçons ce jour-là : 1) il y avait pas mal de râleurs en France, et on pourrait très bien s’entendre si je m’améliorais mon français, et 2) je ne savais pas qui avait raison, alors il me fallait vraiment étudier tout le pays, exactement comme on m’avait dit.

Il me restait quelques mois à décider ce qui voulait dire « étudier » dans ce contexte. J’avais quelques amis avec lesquels je parlais souvent de toutes mes découvertes, alors je me suis dit « Imaginez si vous écriviez une lettre tous les jours à l’un d’eux pour parler de ce que vous avez trouvé. » De cette idée, un blog, et de cela, notre Tour.

Mario Kart à Fresnes

Oh là là, je n’imaginais jamais que j’aurais l’occasion de revisiter ce vieux post sur la France dans les jeux vidéo, mais personne, absolument personne ne s’attendait à ce qui se soit passé à la prison à Fresnes. Dans ce temps de pénurie d’essence, il y en a assez afin que des prisonniers puissent faire du karting ? M. Dupond-Moretti prononce les images « choquantes » :

Moi, je préfère le voir comme opportunité. Les joueurs de Mario Kart Tour savent déjà qu’on fait du karting en France :

©️Nintendo

Mais j’ai des suggestions pour de nouveaux équipements pour les prisonniers :

Désolé les prisonniers, mais il vous faut absolument porter les vêtements de Mario pour le karting à la française. Et hop ! Plus de demande pour le karting en prison !

Je dois ajouter que vous avez les meilleurs scandales de prison. En avril, j’ai vu ce gros-titre, mais il n’y avait pas de raison pour écrire un post entier à l’époque :

Capture d’écran personnelle, article ©️Sud-Ouest

On s’attend à faire passer en douce des couteaux, de l’alcool, des drogues — mais en France, c’est plutôt des gourmandises. J’adore ! (Ne vous inquiétez pas, le même gars essayait aussi de faire passer en douce les autres choses.)

Vous savez déjà à quel point j’adore les brouteurs — en fait, les deux derniers abonnés au blog sont des marabouts ! (Voyons s’ils resteront après avoir lu ça.) Le Canard a un article sur les escrocs en ligne, à suivre ce rapport de la Banque de France. La bonne nouvelle : la fraude a baissé en 2021 par comparaison avec 2020. La mauvaise nouvelle : les arnaqueurs ont quand même volé 1,2 milliards d’euros aux Français. La partie qui m’intéresse commence ainsi :

Et voilà le petit dessin :

Je remercie le Bon Dieu que je ne me suis pas fait avoir.

Connaissez-vous la théorie économique des choix publics ? Bref, ça dit que les fonctionnaires ont des motivations en plus de servir le public, comme élever leurs revenus et leurs pouvoirs, alors ils feront des choix qui maximisent ces trucs au lieu de servir les intérêts du public. C’est difficile de voir comment cette nouvelle sert les intérêts des jeunes japonais :

Finalement, je ne connais vraiment pas la Mayotte, mais je comprends trop bien le problème de l’attractivité. Selon l’article des Échos, « Près de la moitié de la population de Mayotte ne possède pas la nationalité française alors même qu’un tiers des étrangers, essentiellement Comoriens, qui l’habitent sont nés sur son sol. » On a un tel problème aux États-Unis, où des touristes asiatiques et moyen-orientaux (liens en anglais) viennent pour accoucher, afin de gagner des passeports américains pour leurs enfants. Depuis 2020, on a changé notre politique afin que les agents consulaires puissent nier les visas (lien en anglais) aux touristes soupçonnés de faire exactement ça. Mais le même problème arrive aussi avec les immigrants illégaux qui sautent les frontières.

Comme toujours, si vous avez aimé ces dessins, abonnez-vous ! (Moi, je viens de renouveler aujourd’hui.)

Le bilan de la première moitié

Pour bien aimer un pays il faut le manger, le boire et l’entendre chanter.

Michel Déon

Ça fait 11 mois depuis le dernier bilan, du premier quart, et nous sommes maintenant finis avec la moitié du Tour des Départements. Ça me rend bien triste — c’est l’aventure de toute une vie ! Mais comme je vous ai dit, la fin du Tour ne sera pas du tout la fin du blog. (Je sais, en fait, comment le dernier post du Tour se terminera.) Alors, qu’est-ce qui s’est passé depuis la dernière fois ?

Où visiter : Sans doute, le Gard — entre Nîmes et Camargue, je n’arrive pas à imaginer un meilleur endroit pour passer un week-end. Je veux voir les rizières autant que les Arènes et le Pont du Gard ! Le Maine-et-Loire pour Angers et la Loire-Atlantique pour Nantes sont aussi des musts. La dernière fois, j’ai choisi les Alpes-Maritimes et l’Ardèche, mais les deux doivent accepter des places un peu plus basses.

Pont du Gard, Photo par Patrick Clenet, CC BY-SA 3.0

Où habiter : La Finistère, car j’adore Quimper plus que presque n’importe quelle ville que j’ai découverte jusqu’à maintenant. Ou le Loiret — je savais déjà que j’adore Orléans, et je suis tombé bien amoureux de Montargis. Ces départements n’ont pas les plus grandes quantités d’endroits trois fois étoilés, mais quand j’ai vu Montargis, par exemple, je me suis dit « J’aimerais y faire une balade tous les jours pour le reste de ma vie ! ». C’est également le cas quand je pense à la Cathédrale Saint-Corentin à Quimper. Par comparaison avec les choix du premier quart, le Calvados reste le gagnant — si ce dîner-là ne vous explique rien, je ne peux rien ajouter. Je triche un peu, mais c’est aussi proche à plusieurs de mes amis.

Vitrail à la Cathédrale de Saint-Corentin, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 4.0

Meilleure soupe : Du quart, le velouté de cèpes de Sologne. Pour la vie du blog, la soupe de petit épeautre reste ma préférée.

Meilleure viande : Le carré d’agneau et croûte de noix pour le quart. Le bœuf bourguignon reste ma préférée.

Meilleur fruit-de-mer : Les Saint-Jacques à la crème d’oignons de Roscoff. Désolé, les Saint-Jacques à la crème Chaource. Mais je peux acheter du véritable Chaource maintenant, grâce à myPanier, alors peut-être que je dois le refaire.

Meilleur dessert : Oh, c’est pas facile. Le Paris-Brest ? La tarte Tatin ? La pompe aux pommes ? Le fénétra ? Le kouign-amann ? Si les « Je découvre » sont les joyaux du blog, les desserts sont la couronne. On y trouve mes meilleures techniques, et un maximum de passion. Je dirai le Paris-Brest, car c’est le truc le plus « CAP Pâtissier » de tous, mais si on m’a dit que j’aurais une seule chance d’épater quelqu’un… j’ai une jolie boîte à outils ! Le palet d’or de Valrhona, le gagnant la dernière fois, reste l’un de mes préférés, mais si on relis la liste en haut, ils sont tous des classiques, et je vis pour la tradition.

Meilleur film : C’est difficile de choisir. Le Guignolo ? Le Magnifique ? La Classe américaine ? Les trois mousquetaires ? Borsalino ? OSS 117 à Caire ? La dernière fois, c’était facile de choisir Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages car c’est juste derrière Rabbi Jacob et La Grande Vadrouille pour moi. Je choisirai Le Guignolo car il n’y a vraiment pas un mauvais moment — et parce que La Classe américaine n’est vraiment pas un film original — mais c’est proche cette fois. Très proche.

Meilleure réplique : « On va manger des chips ! Tu entends, des chips ! » Je n’arrive pas à choisir La classe américaine en tant que meilleur film, mais vous n’avez aucune idée à quel point j’adore ce moment.

Meilleure chanson : Le Chant des Partisans. Vous ne pouvez pas voir les larmes aux yeux en apprenant cette chanson, et la trentaine de répétitions pour produire une version où je ne pleurais pas. Mais sachez que rien ne m’a plus touché dans ma vie.

Meilleur nom : Saint-Justin, dans les Landes.

Meilleur moment : Est-ce une question ? Acheter du nougat de Montélimar aux Galeries Lafayette ! (Il me reste 7 barres.) Non, mais sérieusement — vivre le rêve de voir Indochine au Stade de France. Si seulement je n’étais pas là tout seul — peu importe à quel point vous pensez que ça me dérange, c’est plus.

Meilleures surprises : Le Gard et la Finistère ont leurs places ici — je rêverais tous les jours de Quimper si je pouvais dormir. Mais il n’y avait pas de meilleure surprise que la Lozère — dès que j’ai lu que la fin de La Grande Vadrouille y a été tournée, je savais que j’allais bien profiter de mes recherches. Notez que ce sont des départements complètements inconnus chez moi avant de commencer. J’allais toujours adorer la Gironde et la Loire-Atlantique. Au fait, vous savez à quel point l’Isère était inconnu chez moi avant ? Je croyais que Grenoble était en Suisse !

« Touristes allemands » en Lozère à l’aérodrome de Mende-Brenoux, ©️Studiocanal

Il y a une autre belle surprise au-delà des départements. Pendant les derniers mois, je vois de plus en plus que vous vous parlez dans les commentaires, pas seulement à moi. Ça fait chaud au cœur.

Pire surprise : Je ne vais pas mentir. J’essaye de donner des opportunités égales à chaque département pour m’épater. Et j’attends toujours à mes films avec impatience. Mais de plus en plus, le blog sent les devoirs parfois. D’une part, c’est que la première année allait toujours être la meilleure — j’ai vécu toutes les meilleures choses des derniers 40 ans en une année, et je n’avais jamais fait aucune de ces recettes. D’autre part, je fais mes recherches parfois, puis je me dis, « Punaise, il n’y a rien à voir sauf le hameau de Saint-Ennuyeux et rien à manger sauf l’énième galette et des couilles d’agneau. Que vais-je faire ? » J’essaye de cacher toujours ces pensées car je me sens comme un invité, mais dans les coulisses du blog, il y a parfois des moments paniqués.

Ce que j’attends le plus : Je vais finalement atteindre le Nord, où on trouve Lille, ce que je croyais la ville de mes rêves. Avais-je raison ? On verra ! J’ai des amis dans de nombreux départements à suivre, dont la Mayenne, le Bas-Rhin, les Pyrénées-Atlantique, le Rhône, la Savoie, et la Seine-Maritime, après lequel sera le prochain bilan du Tour. Détendez-vous, mes amis de la Somme et de la Vendée — votre tour arrivera aussi !

Épisode 23

Vous le ne saviez pas, mais un petit miracle m’est arrivé cette semaine. Depuis presque une décennie, quand je l’ai entendue faire un discours en anglais, l’une de mes héroïnes est la journaliste Anne-Élisabeth Moutet. Il y a très peu de journalistes français qui comprennent vraiment le monde anglophone, mais elle en est un. Je la suis sur Twitter depuis longtemps, mais c’est juste vendredi que ça s’est passé :

Avec ce balado, on va mettre le Tour en pause pendant environ 10 jours. On aura le bilan de la moitié demain, puis quelques réflexions personnelles, et des recettes de la Nouvelle-Orléans. Vous avez peut-être remarqué un manque de films ici ces dernières semaines — en partie c’était juste à cause des vacances, mais il y aura aussi mon guide à regarder la télé française à l’étranger. Les logiciels ne sont pas tous égaux !

Comme toujours, on commence avec la blague de la semaine. Nos articles sont :

Il y a aussi mon dîner marnais, avec le brochet au champagne et le gâteau de Reims. Au fait, attention au volume de 4:40 à 5:00 — mon Septime est plutôt enthousiaste.

Si vous aimez ce balado, abonnez-vous sur Apple, Google Play, Amazon, Spotify, ou encore Stitcher. Bonne écoute !

Mon dîner marnais

Avec ce dîner, on finit la première moitié de notre Tour. Sans tarder, je vous présente le brochet au champagne et le gâteau de Reims :

Derrière cette photo, il y a des heures de panique. Bien sûr, vous avez déjà remarqué que le poisson est cassé. On parlera de pourquoi, mais quand on cuisine avec du champagne, le dîner devient vite trop cher à refaire. Je suis bien satisfait du goût ; je vous donnerai la correction nécessaire. En revanche, le gâteau est ce à quoi j’attendais. Mais oh là là, le chemin d’y arriver…

Commençons avec le poisson. J’ai dû substituer du cabillaud pour le brochet, qui n’est pas disponible ici, mais je crois qu’ils sont assez similaires — avec du chair assez ferme. Mais bien que je n’aie pas fait trop de confiance aux instructions, qui disaient de faire braiser pendant 30 minutes, quand je l’ai vérifié après 10 minutes c’était déjà cassé en gros morceaux. Je vous conseillerais donc de faire une sauce au champagne sans y cuire le poisson, ou pendant 2-3 minutes seulement. Mettez-le dans le four, comme à la fin de notre recette, et ça ira. Vous verrez.

Je dois ma recette à plusieurs sources. D’abord, j’allais suivre celle de Keldelice et de Ma Petite Recette. Mais je vous ai conseillé à plusieurs fois de ne pas faire trop de confiance aux recettes de Keldelice, juste les idées. J’ai trouvé une recette sans bain-marie pour la sauce sur Cuisine AZ, habituellement fiable, et j’ai essayé de combiner les deux. C’était 85 % une réussite — nous notons sur l’apparence ici.

Voilà mon champagne, une 1/4 bouteille de Moët et Chandon Imperial pour 15 €. Je me suis demandé que vous me diriez tous si j’ai acheté une bouteille d’une marque française mais fait dans le Comté de Napa en Californie. J’ai décidé que c’était contre mes règles, mais on va revisiter ce sujet :

Les ingrédients pour le brochet au champagne, 1 personne :

  • 1 filet de brochet de 250-300 grammes
  • 1 échalote
  • Quelques tiges de persil
  • 50 grammes de champignons de Paris
  • 10-12 cl de champagne blanc de blancs
  • 30 ml de crème liquide
  • 25 grammes de beurre
  • 20 cl de fumet de poisson
  • huile
  • sel
  • poivre

Les instructions pour le brochet au champagne :

  1. Laver et sécher le brochet. Séparer les queues et têtes des champignons et laver.
  1. Laver et émincer le persil et les échalotes.
  1. Saler et poivrer les brochets et les déposer dans une braisière avec les échalotes, le persil haché, et les queues des champignons nettoyées.
  2. Mouiller avec le fumet de poisson et le champagne. Couvrir et laisser braiser à feu doux quelques minutes seulement. — Dans les photos ici, vous pouvez voir ce qui s’est passé après 30 minutes de cuisson, selon la recette originale.
  1. Retirer les brochets et les réserver au chaud. Allumez le four et préchauffer à 120°C. Faire réduire au tiers le jus de cuisson, à feu vif.
  1. En même temps, faire cuire les têtes de champignon dans une casserole avec la moitié du beurre. Retirer les têtes et ajouter le reste du beurre. Faire fondre sans le brûler.
  1. Tamiser le jus de cuisson réduit dans le beurre, et ajouter la crème liquide. Remuer pour tout incorporer.
  1. Dresser les filets de brochet, en ayant retiré la peau, sur un plat de service allant au four. Ranger les champignons sur le brochet. Napper avec la sauce et passer quelques minutes au four. Retirer et servir.

Ça marque la seule fois où vous allez voir une recette aux biscuits roses ici. J’aime bien ce gâteau, mais cette boîte m’a coûté 8 €. 100 grammes de farine m’aurait coûté 0,22 €. Même avec plus d’œufs et du gel colorant, la coûte n’aurait pas dépassé 2 €. C’est un ingrédient trop cher pour faire des expériences.

On aurait pensé qu’il y aurait une recette pour le gâteau de Reims sur le site de Fossier, qui fabrique les biscuits roses, mais il y en a une centaine — et pas ça. Il y a apparemment deux idées pour faire ce gâteau — sans cuisson et avec. Vu que les deux utilisent des œufs entiers, je dois dire quelque chose en anglais :

NOPENOPENOPE.

Je ne vous donnerai jamais n’importe quelle recette avec des jaunes crus. C’est stupide, et je ne jouerai JAMAIS avec la santé, la mienne (trop tard) ou la vôtre. On suivra largement la recette de Recettes et Terroirs, sauf pour le problème du moule. Vous verrez.

Les ingrédients pour le gâteau de Reims :

  • 12 biscuits roses de Reims (100 grammes)
  • 150 grammes de sucre en poudre
  • 25 grammes de poudre d’amande
  • extrait de vanille
  • 3 œufs, séparés en blancs et jaunes
  • 70 g de beurre

Les instructions pour le gâteau de Reims :

Vous allez avoir besoin d’un moule d’environ 20 cm de large. Mon moule à gâteau habituel a presque 23 cm. J’ai utilisé un cercle de pâtisserie sur un tapis en silicone. Un peu trop petit, en fait, et j’ai dû le faire cuire plus longtemps — presque 30 minutes au lieu de 20. Faites confiance à un cure-dent, s’il vous plaît, et tester souvent.

  1. Réduire les biscuits roses de Reims en poudre.
  1. Travailler en pommade les jaunes d’œufs avec le sucre et quelques gouttes d’extrait de vanille. Voyez-vous la tâche dans la photo en bas à gauche ? C’est de la vanille.
  1. Faites légèrement fondre le beurre au micro-ondes.
  1. Monter les blancs en neige.
  1. Incorporer au mélange la poudre de biscuits roses, la poudre d’amandes et le beurre légèrement fondu. Travailler le tout, jusqu’à obtenir un mélange homogène et ajouter les blancs montés en neige ferme. Mêler le tout délicatement.
  1. Disposer dans un moule rond à génoise. On peut aussi utiliser un cercle à pâtisserie et un tapis en silicone.
  1. Passer dans un four préchauffé à 180 °C pendant 20 minutes — mais ne le sortez pas du four jusqu’à ce que le test à cure-dent réussisse. Voyez-vous ce fond plutôt brun ? On va tout régler ! Pas besoin d’un couteau !
  1. Avec un tamis, saupoudrer avec du sucre glace. Quelle chance — fredonnez « Tes Yeux Noirs » en vous adressant au gâteau : « Tu es siiiii jo-li-i-i-i-ie ». Et personne d’autre ne saura ce à quoi vous pensiez quand le gâteau est sorti.

Parlons en japonais

Je l’ai déjà mentionné quelques fois, mais je suis linguiste. C’est pas à dire traducteur professionnel — je travaille entièrement avec l’anglais — mais à l’université, j’ai dû apprendre une langue européenne et une asiatique. J’ai déjà parlé très bien l’espagnol, mais pendant deux ans, j’ai suivi des cours de japonais. En attendant le départ d’un invité non invité pour faire mon dîner marnais, je vais mettre la table pour quelque chose la semaine prochaine en vous parlant de mes expériences japonaises

Voici le t-shirt d’un camp d’été auquel j’ai assisté pour commencer à apprendre. Ne vous inquiétez pas, je traduirai tout :

Le titre dit « Top 10 de raisons pour étudier le japonais ». Ce qui suit est un bon exemple de ce que l’on appelle le « Japanglish », le franglais de l’Est.

Numéro 10 dit « Benkyō shitakunai » — « Je ne veux pas étudier ». Il n’y a pas de sujet — en japonais, il n’y a pas de personne pour les conjugaisons, seulement le temps. S’il n’y a pas de sujet, on parle de soi-même. Sinon, on dirait « (Nom) wa » pour indiquer qui fait le verbe.

Numéro 9 : « Final Fantasy ga dekiru » — « Être capable de jouer à Final Fantasy ». Le nom du jeu est écrit en katakana, un alphabète que l’on utilise grosso modo pour les mots empruntés aux langues étrangères.

Numéro 8 : « Nihonjin no kanojo ga dekiru » — « Être capable d’avoir une copine japonaise ». Aux États-Unis, tout le monde croit que c’est la seule et unique raison pour laquelle un homme étudie le japonais. Je dirais deux choses : 1) Ce cours est arrivé 3 ans après le lycée, où j’ai demandé de sortir deux fois avec la mémé japonaise sans succès. C’était donc trop tard. 2) Vu qu’il y a presque 2 fois plus de japonais que de français (124 M versus 68 M), si c’est vrai, je suis bien incapable de compter.

Numéro 7 : « Tako to tako no chigai wakaru ». Voici un exemple de la différence entre l’alphabète hiragana et le katakana. Le mot natif « tako » veut dire soit une pieuvre soit du poulpe ; l’autre est l’aliment mexicain. C’est-à-dire « J’oublie la différence entre du poulpe et un taco ». Ça vient de la fois où j’ai mis des sushis, dont de poulpe, dans le frigo, ils ont un peu gelés, et j’ai essayé de régler la situation avec un micro-ondes. N’y mettez jamais du poulpe. Il deviendra extrêmement chaud.

Numéro 6 : « Arubaito o shitakunai », ou « Je ne veux pas travailler ». Arubaito est un emprunt à l’allemand, le mot pour un boulot étant arbeit.

Numéro 5 : « Kurejito ga iru », c’est-à-dire « Avoir du crédit pour le cours ».

Numéro 4 : « Mada paati o shinaide kudasai », une traduction littérale d’une expression en anglais, « Don’t party just yet » (« Faites pas toujours la fête »). Ça vient du jeu vidéo Lylat Wars, où il est dit par ce personnage (la première chose dans la vidéo). Mes copains de classe et moi, nous jouions à ce jeu tous les jours. Encore une fois, « paati » est en katakana, au lieu d’utiliser un mot natif. Je ne sais même pas quel est le mot natif en japonais — c’est exactement comme week-end versus fin de semaine en français.

Numéro 3 : « Wakarimasen ». Ça veut dire « j’ai oublié ».

Numéro 2 : « Eigo no nyusuretaa o kaku no wa jikan mudadzukai » — « Perdre du temps en écrivant un bulletin en anglais ». En tant qu’élèves, nous étions obligés d’écrire un bulletin pour le camp (où on pouvait apprendre plusieurs langues).

Numéro 1 : « So that you can read this t-shirt! » — Ça veut dire « Pour que vous puissiez lire ce t-shirt ! ».

Peut-être que ça vous surprendra, mais je suis également « Justin » en japonais qu’en français. En tant qu’élève d’espagnol, j’ai dû prendre un nom espagnol — je réponds toujours à Diego. Mais en japonais, je suis ジャスティン. On écrirait ça en anglais comme Jyasutein, mais en fait, ils le prononce d’une façon plus proche à l’anglais que vous. (Vu que la prononciation en anglais fait partie de nombreuses blagues nulles, c’est pas une plainte sur la VF.)

Dans la tête, il me reste des traces de cette histoire. En fait, je n’appelle pas ma propre langue « English » dans mes pensées ; elle est « eigo ». Quand je trouve quelque chose d’intéressant, je me dis sous mon souffle « Omoshiroi, ne ? » (Ne chez les japonais marche plus ou moins comme n’est-ce pas.) Si je fais une grosse erreur, je me dis « Yoku dekimashita ! » (Bien fait !).

Malgré tout ça, je n’ai jamais essayé de m’intégrer dans cette société-là de même façon qu’ici. En partie, c’était trop tôt pour écrire un blog comme celui-ci — j’aurais dû écrire tous les logiciels moi-même. Mais aussi, si on n’est pas japonais soi-même, c’est presque impossible. On reste le gaijin (étranger) quoi que l’on fasse. Je ne trouve ce problème nulle part en français, et on parlera plus de pourquoi.

L’art de conserver

Grâce au groupe privé de France with Véro, j’ai appris que le truc peut-être le plus américain a été inventé par un français. Oui, la technologie des boîtes de conserve vient d’un ingénieur français, Nicolas Appert. (Vu que les fromages au lait cru n’existent presque nulle part aux États-Unis, peut-être que j’ai tort, et le truc le plus américain est plutôt la pasteurization. Même combat, on dirait.) Je suis ici largement le récit du lien de Wikipédia.

Bouteille de conserve de M. Appert, Photo par Jpbarbier, CC BY-SA 3.0

M. Appert est né à des parents aubergistes en 1749. Après douze ans de service en tant qu’officier de bouche pour deux nobles — un duc allemand, puis sa veuve française — il est devenu confiseur à Paris. Là, il s’intéressait à des méthodes de conserver les aliments pour de nombreuses raisons, dont éviter la gabelle, un impôt royal sur le sel. Son idée, l’appertisation, était de :

mettre dans des récipients rendus étanches à l’air, puis chauffés pour détruire les micro-organismes pathogènes

Bien sûr, étant développé avant les travaux de Louis Pasteur, personne ne savait pourquoi ce procédé marchait si bien. Tout le monde croyait toujours à la théorie de la génération spontanée, selon laquelle si on laisse reposer un aliment, des mouches et des moisissures apparaîtraient sans aide. C’était l’expérience de Pasteur avec la soupe dans la bouteille à col de cygne en 1861 qui allait enfin montrer qu’il y avait des organismes dans l’air tués par l’appertisation ou la pasteurisation.

Dès 1802, M. Appert opérait la première usine au monde pour fabriquer des conserves. Il faisait des tests sur les navires de la marine française, qui étaient des réussîtes, et il a finit par demander au gouvernement un prix pour ses efforts. Mais le gouvernement lui a offert un choix : soit recevoir un brevet soit un prix seulement s’il donne son invention à l’humanité. Comprenant que les brevets étaient inutiles à l’étranger à l’époque, il a judicieusement choisi le dernier. Alors en 1810, il a publié un livre « L’Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales ».

Malheureusement, comme ce qui arrive à beaucoup d’inventeurs (j’ai 3 brevets ; je sais de quoi je parle), son invention était facile à copier, et des britanniques — n’oubliez pas qu’ils étaient en guerre contre Napoléon à l’époque — ont vite inventé une nouvelle version avec des boîtes en fer-blanc au lieu de verre. Puis il a eu encore plus de chance quand la marine britannique, sous le vice-amiral Nelson, a coulé la grande majorité de ses clients. (Moi, j’étais grand fan de l’amiral Nelson depuis mon enfance, mais c’est facile de retourner la veste si besoin. 😉) Puis les britanniques ont envahi et ont détruit son usine.

Après la fin des Guerres Napoléoniennes, avec l’aide du gouvernement français, il s’est rétabli dans une nouvelle usine à Paris. Là, il faisait des recherches sur « les tablettes de jus de viande et de bouillons de légumes ». Ouais, en plus des boîtes de conserve, il a aussi inventé les cubes de bouillon.

C’est ici où les histoires de notre cuisine et la vôtre séparent vraiment. Les français ont bien réussi à convaincre le monde entier que personne n’utilise pas les boîtes de conserve ni les préparations non plus, que tout est fait maison. Par contre, tout le monde croit également que nous ne mangeons que des trucs en boîte. C’est un mensonge, je dis — en espérant que vous avez tous oublié que la seule recette détaillée pour une « salade » sur ce blog est élaborée complètement des boîtes et d’un sac — de chamallows !